Linux (parfois nommé GNU/Linux) est un système d'exploitation open source de type Unix, basé sur le noyau Linux créé en 1991 par Linus Torvalds. De nombreuses distributions Linux ont depuis vu le jour et constituent un important vecteur de popularisation du mouvement du logiciel libre.
Si, à l'origine, Linux a été développé pour les ordinateurs compatibles PC et accompagné des logiciels GNU, il n'a jamais équipé plus d'une très faible (~3.17 %) part des ordinateurs personnels. Mais le noyau Linux, accompagné ou non des logiciels GNU, est largement utilisé sur les serveurs, téléphones mobiles, systèmes embarqués et les superordinateurs.
Controverse autour du nom
À l'origine, le terme Linux ne désignait que le noyau de système d'exploitation Linux. Puis, par métonymie, l'usage du terme Linux s'est répandu pour décrire tant le noyau Linux que le système d'exploitation au sens large, qui contenait plus de logiciels issus du projet GNU que du projet Linux. Le nom GNU/Linux a été initié par Debian à la demande de Richard Stallman, pour créditer à la fois les développeurs de GNU (les logiciels système) et de Linux (le noyau). Cependant, ce terme plus long n'a jamais supplanté Linux qui reste le plus répandu.
Depuis les années 2000, le noyau Linux est aussi très largement utilisé sans être accompagné de logiciels GNU. C'est notamment le cas d'Android, des images de conteneurs d'application qui utilisent une distribution minimaliste comme Alpine Linux, et des systèmes embarqués avec des commandes système simplifiées fournies par BusyBox.
Histoire Unix, Minix et GNU
Le système Unix a été créé par AT&T au début des années 1970 et s'est notamment répandu dans le monde universitaire. Dès la fin de l'année 1977., des chercheurs de l'université de Californie apportèrent de nombreuses améliorations au système Unix et le distribuèrent sous le nom de Berkeley Software Distribution (BSD). Finalement, les distributions BSD furent purgées du code AT&T et librement disponibles en 1991. La distribution de BSD a toutefois été contrariée par une au début des années 1990. 140px|thumb|La mascotte GNU. En 1983, Richard Stallman annonce son projet de développer un système d'exploitation libre compatible UNIX appelé GNU., en invitant la communauté hacker à le rejoindre et à participer à son développement. Dès 1985, certaines pièces maîtresses sont opérationnelles, dont le compilateur GCC , Préface du manuel d’utilisation de la machine Lisp du MIT, juin 1984.. Le projet GNU commence vers 1990 à travailler sur le noyau de système d'exploitation Hurd, mais son développement prendra plus de dix ans.
Minix est un système d'exploitation de type Unix fondé sur un micro-noyau. Il a été créé en 1987 par le professeur Andrew Tanenbaum à des fins pédagogiques. La licence de Minix était bon marché afin d'être accessible aux étudiants, mais Minix n'était pas librement distribuable.
1991 : naissance du noyau Linux 140px|thumb|Linus Torvalds, initiateur et coordinateur du noyau Linux. 140px|thumb|Tux, le manchot mascotte de Linux.
En 1991, l'étudiant finlandais Linus Torvalds, indisposé par la faible disponibilité du serveur informatique UNIX de l'université d'Helsinki, entreprend le développement d'un noyau de système d'exploitation, qui prendra le nom de « noyau Linux ».
Linus Torvalds utilisait et appréciait Minix. Le , il annonce sur le forum Usenet comp.os.minix le développement du noyau Linux..
Bien qu'il appelait son projet « Linux » en privé, Linus l'a d'abord appelé « Freax » en public, car il trouvait le nom « Linux » trop égocentrique. Toutefois, lors de la première publication sur le site FTP ftp://ftp.funet.fi, l'administrateur du serveur Ari Lemmke n'aimait pas « Freax » et a créé un répertoire pub/OS/Linux..
Linus Torvalds choisit rapidement de publier son noyau sous licence GNU GPL. Cette décision rend les logiciels GNU et le noyau Linux juridiquement compatibles. Dès lors, pour combler le vide causé par le développement inachevé de Hurd, GNU et le noyau Linux sont associés pour former un nouveau système d'exploitation (parfois considéré comme variante de GNU) : GNU/Linux ou Linux.
Depuis 1991 : évolution et diffusion du système À l'origine, l'installation d'un système opérationnel GNU/Linux nécessitait des connaissances solides en informatique et obligeait à trouver et installer les logiciels un à un.
Rapidement, des ensembles de logiciels formant un système complet prêt à l'usage ont été disponibles : ce sont les premières distributions Linux. On peut citer par ordre chronologique, 30 juin 2004, LWN.net (consulté le 28 juillet 2011). : deux disquettes 5,25 pouces boot et root créées par HJ Lu, et contenant un minimum de logiciels ; MCC Interim Linux, collection de disquettes sortie en ; , faite par l'université A&M du Texas pour ses besoins internes, mais distribuée et première distribution incluant X Window ; Softlanding Linux System sortie en , qui sera reprise pour faire Slackware ; Yggdrasil Linux/GNU/X sortie en , première distribution avec possibilité de live CD ; Slackware, sortie en , qui est la plus ancienne distribution encore maintenue ; Debian, sortie en , qui est une des principales distributions actuelles.
Dans la prise en compte progressive de l'intérêt commercial de Linux et des logiciels libres, on peut citer quelques manifestations : le lancement en de lOpen Source Initiative ; l'annonce en du support dOracle Corporation, qui porte et supporte sa célèbre base de données sous GNU/Linux ; l'entrée en bourse de Red Hat le ; celle de VA Linux le mois suivant qui marque le sommet d'une bulle spéculative ; le support massif apporté par le géant IBM, qui y dépense son premier milliard de dollars en 2001., emploie en 2005 près de trois-cents développeurs du noyau Linux et organise à partir de 2003 la riposte légale lors de l'attaque du SCO Group qui affirmait posséder des droits d'auteurs sur le noyau Linux (voir l'article SCO contre Linux) ; l'acquisition en octobre et de Ximian puis de SUSE par l'entreprise américaine Novell...
C'est dans le monde des serveurs informatiques que GNU/Linux a eu le plus d'impact, notamment avec le très populaire LAMP. Sur les serveurs, GNU/Linux a souvent été utilisé pour remplacer d'autres systèmes de type Unix ou éviter l'achat de licences Windows NT et est un des acteurs majeurs du domaine. Dès 2003, Microsoft semble faire lui-même en partie appel à GNU/Linux..
En , Linus Torvalds exclut du développement du noyau de Linux douze développeurs russes, surtout présents dans la maintenance de pilotes pour le noyau. La raison officielle évoquée est la volonté d'appliquer les sanctions contre la Russie..
Philosophie du projet : esprit hacker et logiciel libre Dans son ouvrage intitulé The Daemon, the Gnu, and the Penguin, Peter Salus explique que ce système est né de la rencontre du mode opératoire « hacker » avec les principes du mouvement du logiciel libre, les philosophies hacker et du logiciel libre y sont décrites comme deux facettes du même objet.
Logiciel libre
90px|thumb|upright|alt=C inversé, symbole du copyleft|Le C « inversé » est le symbole du copyleft, l'« opposé » du symbole copyright.
La différence essentielle des distributions Linux certifiées par la par rapport à d'autres systèmes d'exploitation concurrents — comme macOS, Microsoft Windows et Solaris — est d'être des systèmes d'exploitation libres, apportant quatre libertés aux utilisateurs, définies par la licence publique générale GNU (GPL), les rendant indépendants de tout éditeur et encourageant l'entraide et le partage.
Un logiciel libre n'est pas nécessairement gratuit, et inversement un logiciel gratuit n'est pas forcément libreLe français possède ces deux traductions différentes de free, qui amènent les anglophones à les distinguer comme dans free speech (libre) et free beer (gratuite).. Ce ne sont pas non plus des logiciels libres de droits : c'est en vertu de leurs droits d'auteurs que les contributeurs d'un logiciel libre accordent les quatre libertés, qui sont d'« utiliser le logiciel sans restriction », d'« étudier le logiciel », de le « modifier pour l'adapter à ses besoins » et de le « redistribuer sous certaines conditions précises », leur non-respect pouvant conduire à des condamnations..
Certaines licences sont fondées sur le principe du copyleft, c'est-à-dire sur le principe de réciprocité : une œuvre dérivée d'un logiciel sous copyleft doit à son tour être libre. C'est le cas de la licence libre la plus utilisée, notamment par le noyau Linux lui-même à l'exception de certains micro-blobs propriétaires : la licence GNU GPL écrite par Richard Stallman.
L'ouverture du code source, l'un des quatre critères correspondant à la notion de logiciel libre, a des avantages théorisés entre autres par Eric Raymond, comme la correction rapide des bogues, et notamment la correction des failles de sécurité. C'est le refus du principe de sécurité par l'obscurité.
Interopérabilité Linux n'aurait pas pu se développer sans la présence de protocoles standardisés utilisés sur Internet. Un bon nombre de logiciels libres sont d'ailleurs des implémentations de référence, comme Apache.
Les partisans des logiciels libres sont donc des partisans constants de l'interopérabilité. Ils mettent en avant les formats ouverts, des formats de données dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d'accès ni de mise en œuvre, afin de ne pas dépendre d'un seul logiciel.
Citons dans cette optique Mozilla Firefox, qui tente de respecter scrupuleusement les recommandations émises par le World Wide Web Consortium, Jabber, qui a donné naissance au standard XMPP reconnu par l'Internet Engineering Task Force dans le domaine de la messagerie instantanée ou encore les suites LibreOffice et Calligra, qui ont lancé le standard OpenDocument dans le domaine de la bureautique.
Dans d'autres domaines, il n'existe pas d'organisme ou d'accord de standardisation reconnus. Le marché est alors morcelé entre divers vendeurs qui ont chacun leur technologie ou sous la domination d'un acteur économique prédominant qui ferme ses formats ou protocoles.
Le premier cas de figure prévaut dans la guerre des messageries instantanées et est en partie résolu par des logiciels multiprotocoles comme Pidgin ou Kopete. Les formats des suites Microsoft Office successives et le protocole Server Message Block qui permet de partager des fichiers et des imprimantes entre différents ordinateurs d'un réseau Microsoft Windows tombent dans la deuxième catégorie (ceci n'est plus vrai depuis que la suite Office utilise des fichiers XML). Ces formats et protocoles ne sont souvent pas ou mal documentés. L'interopérabilité passe alors nécessairement par la rétro-ingénierie.
Cela peut nécessiter un travail important, travail par ailleurs illégal aux États-Unis mais légal en Europe (tant qu'on reste dans le cadre de l'interopérabilité) ; aujourd'hui, OpenOffice.org (LibreOffice depuis ) permet de lire la très grande majorité des fichiers aux différents formats DOC, et le logiciel Samba permet d'utiliser les partages réseaux Windows du protocole SMB.
Plus problématique du point de vue des logiciels libres sont les formats et protocoles nécessaires à l'interopérabilité, mais verrouillés techniquement ou légalement : gestion des droits numériques, brevets logiciels, Directive EUCD, Digital Millennium Copyright Act, etc.
Sur le site Debian, il est expliqué que « les normes de POSIX ne sont pas gratuites et la certification POSIX.1 (et FIPS 151-2) est très chère »..
Communautés De nombreuses associations, connues sous le nom de Groupe d'utilisateurs Linux (Linux Users Group en anglais), cherchent à promouvoir GNU/Linux et, par extension, les logiciels libres, par le biais de rencontres où des démonstrations de GNU/Linux sont faites, des formations, et pour ceux qui le souhaitent des installations sur leur ordinateur.