est le nom vernaculaire de nombreuses espèces d'arbres et d'arbustes appartenant au genre , et à certains genres apparentés de la famille des fagacées, notamment Cyclobalanopsis et Lithocarpus.
Ce genre, présent dans tout l'hémisphère nord et dont l'aire de répartition s'étend depuis les froides latitudes jusqu'aux zones tropicales de l'Asie et de l'Amérique, comprend à la fois des espèces à feuilles caduques et d'autres à feuilles persistantes.
Là où il est naturellement présent dans son aire de répartition, le chêne abrite des centaines d'autres espèces (notamment après sa vie dans son bois mort), de sorte que certains écologues le qualifient de point chaud de biodiversitéFodor, E., & Hâruta, O. (2016). Quercus Robur, Q. Cerris And Q. Petraea As Hot Spots Of Biodiversity. Journal of Plant Development, 23..
Étymologie et différentes appellations
Il n'y a pas de mot indo-européen spécifique au chêne, un arbre qui puise ses noms dans des couches linguistiques plus anciennes. Le nom de chêne renvoie ainsi à quatre étymons différents : l'indo-européen *dreu-, *perkʷus et heyǵ-, et le gaulois *cassanos.
Les étymons indo-européens *dreu-, *deru-, *doru- (avec le sens polysémique de solide, ferme comme un arbre) se retrouvent dans le sens de chêne, l'arbre par excellence, dans différentes langues : le breton derv, le gallois derw, le gaélique dair, qui signifient tous « chêne ». Les langues slaves connaissent des formes comme le russe, le tchèque dub et le polonais dąb. Le grec druas, dérivé de ces étymons, a donné les termes de dryades, de dendrochronologie et de philodendron. Le est peut-être issu de cette racine. La racine *dreu- est à l'origine du pré-germanique *dréu̯om qui a donné l'anglais tree, « arbre ».
L'étymologie du mot « druide » (latin druidæ, protoceltique *dru-wid-s) est souvent reliée à cette racine indo-européenne. Si tous les spécialistes s'accordent pour reconnaître dans le second terme de ce composé la racine *weid- (« savoir, voir »), le premier terme est souvent interprété comme le préfixe intensif indo-européen dru- (grec ancien , « chêne »Druide, TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé (1971-1994).), d'où la traduction courante : « les très savants ». Cette explication a été critiquée, notamment par le linguiste Émile BenvenistePhilippe Jouët, L’Aurore celtique dans la mythologie, l'épopée et les traditions, Yoran embanner, Fouesnant, 2007, ..
Le mot attribué au genre scientifique, le latin quercus (qui se perpétue dans l'italien quercia, le sarde kerku et le corse querciu) remonte à l'indo-européen *perkʷus (par l'intermédiaire d’une forme altérée *kʷerkʷus par le phénomène d'assimilation entre les deux consonnes initiales). *perkʷus est probablement lié mythologiquement au nom de l'orage ( ou Perkūnas, « dieu de l'orage », la relation entre l'orage et l'arbre étant peut-être due à l'impact des impacts de la foudre sur leurs hautes cimes), la désignation métonymique d'un dieu du ciel se faisant par la figure de style d'hypallage..
Le proto-germanique *aik, *aig, issu du proto-indoeuropéen heyǵ- explique les termes dans les langues germaniques modernes : l'allemand Eiche, l'anglais oak , le néerlandais eik, le danois eg et le suédois ek qui désignent le chêne, et les mots grecs aigilops (mot bisémique désignant soit le chêne rouvre, soit une céréale), krataigos (nom désignant l'Azérolier)..
Le mot chêne (d'abord chasne en ancien français, v. 1100) est issu du gaulois *cassanos, par l'intermédiaire d'une forme gallo-romane *CASSANU. Ce mot, attesté par le bas latin cassinus et le latin médiéval casnus (886), est à l'origine de l'ancien français chasne, dont les formes chaisne, chesne ainsi que les variantes dialectales caisne, quesne, représentent des altérations précoces, d'après le mot fresne « frêne »Alain Rey (sous la direction d’), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, Paris, éd., 1998, p. 726b.. Le mot latin cassinus est probablement d'origine gauloise ou prégauloise. L'étymologie du gaulois *cassanos (autrement noté *cassăno-, éventuellement *cassĭno) est incertaine, car il ne possède aucun équivalent direct dans les langues celtiques, et les divers rapprochements proposés pour en rendre compte restent peu probantsPeut-être dérivé de cassi- cf. irlandais cas « enchevêtré » in Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, édition errance 1994.; son origine est peut-être préceltiqueXavier Delamarre, Op. cité., Errance, Paris, 2001 , ..
Le terme indigène casnus n'a pas été supplanté par le latin quercus, sans doute du fait de l'importance qu'avait cet arbre pour les constructions et surtout comme arbre saint du druidisme Oscar Bloch, Walther von Wartburg, Dictionnaire étymologique de la langue française, PUF éd. 1960.. On distingue des formes régionales : aire normande et picarde : quesne, queyne, francoprovençal et nord-occitan : chasne, quart nord-est chesne, chêne, sud-ouest cassou, casse (la cassagne). En Gascogne, ce nom s'applique aux grands chênes à feuilles caduques qu'on distingue du tauzin (Quercus pyrenaica), exactement comme les Basques distinguent lharitz pédonculé de lametz (tauzin) et de larte (yeuse).
Différentes appellations selon les pays L'étymon indo-européen *perkʷus est à l'origine des termes germaniques : vieux haut allemand forha > allemand Föhre, sorte de sapin, anglo-saxon furh « sapin » (l'anglais moderne fir « sapin » est un emprunt au vieux scandinave fyra) et gothique fairɧus « monde » (c'est-à-dire « arbre du monde » dans la mythologie germanique cf. Yggdrasil). Le même indo-européen explique aussi le nom des monts Erzgerbirge et de la forêt hercynienne (Hercynia silva) par dérivation lexicale *perkʷu-nia > *perkunia > hercunia. La chute de [p] initial de *perkunia > [h]ercunia est propre au celtique (la lettre h est une prothèse) et la lettre y est un emprunt au grec : le radical erc- « chêne » étant d'ailleurs attesté en gaulois en toponymie et en anthroponymie, ex : Erco-lana « plaine des chênes » et de *Arcuna, variante de *Ercuna.
Le latin robur (attribué en taxinomie au chêne pédonculé Quercus robur), donne en français (chêne) rouvre (rivoire) et explique aussi les termes italien rovere, catalan roure et espagnol roble (noms génériques des chênes à feuilles caduques).
La racine *karr est à l'origine de mots latin cerrus, ibériques arte, karraska, carballo, occitan languedocien garric, garrolha, occitan limousin jarric, berbère akarruš, slovène hrast, arménien, kaghni (կաղնի).
Le chêne vert, le plus répandu en pays méditerranéens, est appelé en catalan alzina, occitan ausina, espagnol encina, d'un dérivé *ilicina du latin ilex. Le terme « yeuse » ([] est issu de l'occitan euse « chêne vert », lui-même issu d’elex, variante d’ilex... Ce dernier mot donne également l’italien leccio, corse leccia, par métathèse de [l].
Les chênes-lièges s'appelaient en latin suber, à rapprocher du basque zuhar « orme », de zu(r)- « bois ». On le retrouve dans les termes corses suvera, catalan alzina surera, portugais sobreiro et français sûrier.
Toponymes et patronymes en France
Il existe au moins 221 toponymes en France faisant référence au chêne ou à une chênaie..
Les formes anciennes ou dialectales du mot chêne, à savoir chesne, chaine/chayne et quesne, issues du gaulois , ont donné les toponymes (et patronymes dérivés) de Chesnay, , , , ; la même racine se retrouve dans , , , , Le latin robur se retrouve dans l'adjectif qualificatif robuste, les toponymes et patronymes , , , et le héros de Jules Verne Robur le Conquérant, et le latin ilex (chêne vert) dans yeuse, euze, elze. En revanche, l'arbre ne suscite que peu d'hydronymes. On trouve une rivière Chassaigne en Bourbonnais et une Rouvre en Normandie, mais guère plus.
Le breton distingue le tann (au sens de chêne rouvre), du taouz (tauzin). Le mot tan est d'origine celtique *tanno-. Comme le breton, il a survécu assez longtemps au sens de « chêne ». Cette racine celtique se retrouve dans des toponymes qui évoquent la présence de tanneries ou de chênes : Tanis, Thennes, Thenney, , Tanay, Theneuil, Theneuille, Thénioux, Tannerre-en-Puisaye, Thenailles et Thenelles mais des confusions sont possibles avec la tanière (tanne) et le mot latin thannus qui désigne un buisson, un tronc d’arbre.
Généralités vignette|redresse=1.2|Maître du mimétisme homotypique, la chenille de la Boarmie du chêne imite une brindille mais le camouflage de cette arpenteuse ne l'empêche pas d'être prédatée par des insectivores du feuillage (mésanges, fauvettes, pouillots, roitelets)Cette source de nourriture peut devenir prépondérante en hiver, le rapport aire-volume élevé chez ces oiseaux impliquant des apports alimentaires fréquents pour maintenir leur homéothermie.. vignette|Le chêne est la plante hôte de 17 espèces de Catocales, dont la Fiancée aux ailes supérieures de couleur cryptique ressemblant au lichen sur l'écorce . vignette|Feuilles couvertes d'un parasite biotrophe, Erysiphe alphitoides, champignon phytopathogène responsable de l'oïdium du chêne. Le genre Quercus comprend entre 200 et 600 espèces (chiffre variable selon les auteurs, vu le nombre important d'hybrides) situées majoritairement dans l'hémisphère Nord, dont une vingtaine d’espèces poussent spontanément en Europe et 8 en France (les chênes vert, liège, kermès, tauzin, sessile, pédonculé, pubescent et chevelu).. Rustiques à semi-rustiques, appréciant une place en plein soleil dans un endroit dégagé, ils colonisent des milieux extrêmement diversifiés, allant des zones arides (Afrique du Nord, Californie) aux zones tropicales humides (Colombie, Amérique centrale), en passant par les régions tempérées (Europe, Amérique du Nord, Asie centrale). En règle générale, c’est dans les régions tempérées que les aires de distribution occupent les plus vastes surfaces, à l’échelle des continents.. Le chêne est l'arbre le plus répandu en France, avant le pin. où il représente 40 % des essences, feuillus et conifères confondus.
Les chênes font partie des espèces forestières les plus polymorphes au plan génétique, d'où leur forte capacité d’adaptation..
Espèces porteuses et ingénieurs, elles abritent une biodiversité importante (épiphytes, oiseaux, insectes, parasites et autres symbiotes) et fournissent un humus doux peu acide, à minéralisation rapide, qui engendre la formation de sols bruns forestiers, neutres ou même légèrement alcalins..
Les botanistes distinguent deux grandes catégories de chênes. : les chênes caducifoliés dont le feuillage tombe en automne, parfois au printemps (chêne rouge, chêne chevelu, chêne pubescent, chêne tauzin et chêne rouvre) ; les chênes sclérophylles dont les feuilles sont persistantes : arbres poussant surtout sur les rivages méditerranéens (chêne vert, chêne kermès et chêne-liège) ainsi qu'en zones subtropicales et tropicales en Amérique et en Asie. Les premiers, généralement plus grands, ont des feuilles divisées en lobes ou crénelées ; les seconds ont des feuilles coriaces entières ou à dents épineuses. Les espèces tropicales ont des feuilles entières, comparables à la forme de certaines Lauracées (camphrier). La nervation craspedodrome bien visible est pennée avec des nervures secondaires alternesFeuilles des arbres Laboratoire Informatique & Systématique de l'Université Pierre-et-Marie-Curie.
Hormis s'il pousse au milieu d'une clairière, en raison d'une croissance lente, dans une forêt mélangée primaire subnaturelle mixte (feuillus-résineux), il faut 100 à 150 ans pour qu'il atteigne la canopée, mais cette lenteur permet au chêne de produire un bois dense et dur, apprécié pour de nombreux usages, surtout depuis la quasi-disparition des grands ormes, vers le milieu des années 1980, qui produisaient également un bois dur et de grande taille.