vignette|droite|page=2|Page du rapport Harrison Le rapport Harrison est un document de rédigé par le juriste américain Earl G. Harrison, en qualité de représentant de l'Intergovernmental Committee on Refugees (« Comité intergouvernemental sur les réfugiés »), au sujet des conditions de vie qui règnent dans les camps de personnes déplacées en Europe après la Seconde Guerre mondialeRobert L. Hilliard, "Surviving the Americans: The Continued Struggle of the Jews After Liberation" (New York: , 1997) .

Le rapport Harrison s'inscrit dans le mouvement présidant à la création de l' concernant la Palestine mandataire, qui se trouve à cette époque sous mandat britannique. Le comité d'enquête est fondé pour préconiser des mesures concernant à la fois les réfugiés de guerre juifs et les problèmes de la Palestine.

Après la remise du rapport, Harry S. Truman en adresse une copie à Clement Attlee, Premier ministre du Royaume-Uni, eu égard à la responsabilité britannique sur la Palestine. Truman écrit : « D'après ce document et d'autres informations qui me sont parvenues, je rejoins l'avis voulant qu'aucun sujet n'est plus important, pour ceux qui ont connu les horreurs des camps de concentration depuis plus d'une décennie, que l'avenir des possibilités d'immigration en Palestine »JVL, 31 August 1945.

Les autorités britanniques opposent une réaction négative au rapport ; elles dénoncent des pressions sionistes quant à ses conclusions sur la Palestine et laissent entendre que les États-Unis devraient eux aussi accueillir leur part de réfugiésPenkower, 2016, pages 56–58: "The official British response could be foretold. Truman’s 24 July request of Churchill had already set Near East specialist Beeley’s teeth on edge, indicating to him that the Zionists had been “deploringly successful in selling the idea” that, even after Allied victory, immigration to Palestine represented for many Jews “their only hope for survival.” Wishing to avoid a postwar influx of Jews into Palestine, the Foreign Office’s Refugee Department had expressed the fear in March 1944 that British trials of Germans on charges of crimes against humanity committed against Jews would convince survivors not to return to their native countries after the war. Whitehall’s expert on refugees, Ian Henderson, was convinced that the Zionists were behind Harrison’s recommendations. British military authorities in Germany rejected Harrison’s criticism, claiming that Jews were being treated exactly like all other displaced persons... In Bevin’s mind, Harrison’s report was “not based on real investigation.” Bevin told Weizmann that Truman was merely trying to gain votes by his stance; the United States had to take its share of those Jews who must be removed from Europe.". Attlee souhaitait que le rapport demeure confidentiel mais sa requête n'est pas prise en compte.

Nomination et mission

Franklin Delano Roosevelt nomme Harrison représentant américain de la Commission intergouvernementale sur les réfugiés le .

Le , l'agence juive en Palestine mandataire adresse une note détaillée et formulée en termes vigoureux aux autorités britanniques pour demander d'immigration au bénéfice des survivants de la Shoah () en EuropePenkower, 2016, p.22: “On 18 June, Shertok had officially requested Palestine High Commissioner Lord Gort, in light of the unprecedented “campaign of extermination” that had destroyed more than six million European Jews, for 100,000 immigration permits (25 percent for children) to be placed immediately at the agency’s disposal. A detailed memorandum indicated that a settlement of this size was not only practicable, but it would generally benefit the economic structure of the country.” (Penkower cites: 39Shertok to Gort, 18 June 1945, Jewish Agency confidential files, Zionist Archives, New York City (now in the CZA)).

Le , deux mois après la mort de Roosevelt, son successeur à la présidence des États-Unis Harry S. Truman demande à Harrison d'effectuer une tournée d'inspection dans les camps de personnes déplacées en Europe, sur les instances du secrétaire au Trésor des États-Unis sortant, Henry Morgenthau Jr.. Harrison a pour mission de s'enquérir des conditions de vie et des besoins des personnes vivant dans les camps de déplacés dans les pays libérés en Europe de l'Ouest, en Allemagne occupée et en Autriche occupée, en prêtant une attention particulière au sort des réfugiés juifs qui seraient éventuellement apatrides ou qu'il serait impossible de rapatrier :

Harrison part début juillet à la tête d'une petite délégation où figurent deux représentants de l'American Jewish Joint Distribution Committee, Joseph J. Schwartz et Herbert Katzki (le second est aussi membre du War Refugee Board) et du comité intergouvernemental sur les Réfugiés. Le groupe se sépare pour visiter environ trente camps de déplacés ; Schwartz se rend dans ceux du Nord de l'Allemagne tandis que Harrison visite les camps sous administration américaine en Autriche et en Bavière. En Allemagne, Harrison est accueilli par Abraham Klausner, aumônier de l'armée américaine, qui prend personnellement ses dispositions pour lui montrer la véritable situation des déplacés en BavièreUS Holocaust Memorial Museum Interview - https://www.ushmm.org/exhibition/personal-history/media_oi.php?MediaId=3285&th=liberation.

Contenu du rapport

Le rapport remis est daté du . Il impute aux autorités militaires américaines les conditions de vie terribles qui règnent dans les camps :

Harrison établit une comparaison entre ces conditions vie et la situation relativement normale des populations allemandes qui les côtoient :

Il écrit aussi qu'à ce moment-là, les autorités américaines traitent les déplacés, de manière classique, comme des groupes nationaux mais que la situation et l'histoire de l'antisémitisme nazi appellent la reconnaissance de l'identité particulière de ces déplacés :

Harrison recommande au président que installés dans ces camps aient l'autorisation de se réinstaller en Palestine.

Réactions

Truman transmet le rapport au général Eisenhower, commandant des l'armée américaine en Europe. Ce dernier y réagit sans tarder en instaurant un train de mesures pour séparer les déplacés juifs, trouver des logements , procurer davantage de rations et offrir des conditions d'embauche préférentielles ; il s'appuie peut-être sur le contenu du rapport avant que celui-ci ne parvienne à Truman. Une autre conséquence immédiate des préconisations de Harrison est la nomination d'un conseiller aux Affaires juives auprès de l'armée américaine, avec le grade de major général, d'après la recommandation de plusieurs associations juives auprès du secrétaire à la guerre. Le rabbin Judah P. Nadich est le premier à exercer cette fonction ; en , le poste est repris par , juge et fonctionnaire municipal à New York. Enfin, le rapport attire l'attention de Truman et de l'état-major américain sur le sort des déplacés juifs. Le , Truman écrit à Eisenhower : .

Le rapport souligne aussi que la Palestine représente l'issue à ces questions et que les contrôles britanniques sur la migration constituent un obstacle majeur.

En réponse au rapport Harrison, à la mi-octobre Eisenhower fournit un vaste compte-rendu des évolutions pour exposer les changements apportés aux conditions de vie ; il conteste également la déclaration de Harrison : . Selon Eisenhower, .

Dans un discours à la radio prononcé le lendemain, Harrison répond que ce qu'Eisenhower voit comme des améliorations ne correspond pas du tout aux attentes : .

Conséquences

Le rapport de Harrison s'inscrit dans le mouvement qui préside à la fondation de l', formé pour préconiser des politiques publiques relatives aux réfugiés de guerre juifs et aux problèmes de la Palestine. Harrison milite en faveur de sa proposition dans les mois qui suivent, témoignant en devant l'Anglo-American Committee. En 1946, le New York Times qualifie le travail de Harrison de « première proposition officielle pour l'installation immédiate de en Palestine ». Certains historiens estiment que le rapport Harisson consistue une étape cruciale dans le développement du soutien américaine en faveur de l'État d'IsraëlHarry Reicher, "The Post-Holocaust World and President Harry S. Truman: The Harrison Report and Immigration Law and Policy" , accessed July 16, 2013. En juin, Harrison invite les Nations unies à créer une agence dévolue aux problèmes des personnes déracinées par la guerre, dont beaucoup sont devenues apatrides, et il estime alors que l'Amérique latine peut en accueillir certains.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ernest Bevin, cite le rapport Harrison lors d'un discours prononcé à la Chambre des communes, une semaine après l'échec de la (la dernière tentative britannique de négocier la paix en Palestine). Dans ce discours, il reproche au rapport Harrison d'avoir nourri des tensions diplomatiques[PALESTINE (GOVERNMENT POLICY), HC Deb 25 February 1947 vol 433 cc1901–2007.

Notes et références

Annexes Voir aussi Camps de personnes déplacées en Europe après la Seconde Guerre mondiale Survivant de la Shoah Bibliographie Allen H. Podet, 1978, "Anti-Zionism in a Key United States Diplomat: Loy Henderson at the End of World War II," pp. 155–87, Penkower, Monty Noam. "The Earl Harrison Report: Its Genesis and Its Significance". American Jewish Archives Journal, 68, no.1 (2016): 1–75

Liens externes .

Catégorie:Palestine mandataire Catégorie:Historiographie de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Conséquence de la Shoah Catégorie:1945 aux États-Unis Catégorie:Histoire de la Palestine mandataire pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Document historique relatif à la Shoah