Léopold Moumé Etia, né le à Douala et mort le à Douala, est un syndicaliste, indépendantiste, anticolonialiste, homme politique., et écrivain camerounais.

Militant de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, il est l’un des pères fondateurs de l’Union des populations du Cameroun (l’UPC), un des pionniers du syndicalisme camerounais, et l'un des premiers nationalistes camerounais. Il est également le fondateur du MDC (Mouvement démocratique camerounais), parti progressiste classé à gauche de l’échiquier politique.

Selon Philippe Gaillard, journaliste et écrivain français, ancien directeur de la rédaction du magazine Jeune Afrique, qui a accompagné les indépendances des colonies françaises d’Afrique, Léopold Moumé Etia est l’un des acteurs de premier plan du syndicalisme et de la vie politique du Cameroun sous tutelle française.

Fondateur et animateur, avec Jean Mandessi Bell, de l’Union camerounaise de Paris en 1936, il rentre à Douala en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Entre 1944 et 1945, il est du petit groupe qui crée les syndicats au Cameroun. Il milite avec les responsables du seul mouvement politique de l’époque, la Jeucafra, et surtout l’Amicaline, embryon du syndicat des cheminots.

C’est ainsi qu’il joue un rôle de premier plan dans les évènements sanglants de , sur lesquels toute la vérité n’a pas encore été dite et qu’il relate dans son ouvrage, Cameroun: les années ardentes paru en 1990. À Paris, il fait jouer efficacement ses relations tant avec les hommes politiques africains et les syndicalistes français de la CGT, qu’avec le ministre socialiste de la France d’outre-mer des gouvernements du Front Populaire, Marius Moutet.Il est de ceux qui, le , fondent l’UPC.

À maintes reprises, Léopold Moumé Etia est arrêté, emprisonné et torturé. Il échappe à plusieurs tentatives d’assassinat et vit dans la clandestinité à certaines périodes. Il est contraint temporairement par l’Administration coloniale à l’exil à Pointe-Noire au Congo, avant de revenir très rapidement au Cameroun. Son ouvrage"Voyage à Pointe-Noire est inspiré de cette période d’exil.

Biographie

Enfance et premières années au Cameroun (1913 - 1927) Léopold Moumé Etia, de son nom complet Léopold Épée Moumé Etia, est né le à Douala. Il est le fils d’Isaac Moumé Etia, premier écrivain camerounais d’expression française et de Christine Mouna Ntonè Ekwalla Eyoum Ebelè, princesse de la Chefferie supérieure de Deïdo. Il est le frère aîné d’Abel Moumé Etia, premier ingénieur camerounais de la météorologie, Haut fonctionnaire et Écrivain.

Il effectue ses études primaires à l’école communale de Bonamouti à Akwa (Douala). Après son cycle primaire, il part pour la France à l’âge de 14 ans, le à bord du bateau Hoggar, afin d’y effectuer des études. Il voyage en compagnie du prince Richard Din Manga Bell, délégué en France par le Ngondô, et de l’instituteur suisse devenu pasteur, Paul Baâtard, qui a introduit le scoutisme au Cameroun entre 1925 et 1926. Grâce au privilège qu’avait son père d’avoir côtoyé des personnalités coloniales au Cameroun, il sera accueilli en France par un couple franco-antillais que son père avait connu à Douala.

Arrivée en France et début du militantisme (1927 - 1939) Parallèlement à ses études, Léopold Moumé Etia intègre les mouvements nationalistes et syndicalistes en France. Il se lie d’amitié avec d'autres étudiants de la diaspora africaine et des Antilles françaises comme Frantz Fanon et Aimé Césaire, notamment à travers la Revue du monde noir, et le salon littéraire de Paulette Nardal.

À partir de 1932, chaque dimanche, il retrouvait au quartier latin à Paris, dans l’immeuble sis au 71 rue Monge, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le dahoméen Sourou Migan Apithy, le guyanais Léon Gontran Damas, les togolais Nicolas Grunitzky et Anani Santos, ainsi que le gabonais Aristide Issembé. Ensemble, ils échafaudent des rêves de libération et réfléchissent à la mise en place d’actions visant à détruire l’image négative du "nègre", telle que véhiculée par le colonisateur, pour le restituer à sa juste mesure. Au printemps 1936, Léopold Moumé Etia sollicite Marius Moutet, ministre socialiste des colonies dans les gouvernements du Front populaire dont il était proche, et réussit à faire lever l’interdiction par l’Administration française, de la Native Baptist Church du pasteur Adolph Lotin à Samè.

En , Jean Mandessi Bell, Léopold Moumé Etia et Gottfried Chan fondent à Paris, le Comité de défense des intérêts du Cameroun, mouvement nationaliste qui devient en , l’Union camerounaise de Paris (UC – Paris) avec pour Président, Jean Mandessi Bell et comme secrétaire général, Léopold Moumé Etia. L’UC Paris était présente aux grandes manifestations telles que le Congrès du Rassemblement mondial contre le racisme, organisé du 22 au à la Maison de la Mutualité à Paris, par la LICA(Ligue internationale contre l'antisémitisme) devenue LICRA(Ligue internationale contre le Racisme et l'antisémitisme) en 1979. Léopold Moumé Etia y prit la parole en public pour la première fois, le , en tant que secrétaire général.

Parallèlement, au Cameroun, sous l’influence du Commissaire de la République française au Cameroun, Richard Brunot, des notables et quelques fonctionnaires camerounais créent la JEUCAFRA (Jeunesse camerounaise Française), avec à sa tête Paul Soppo Priso, pour appuyer le mouvement anti-allemand piloté par la France, et la revendication des colons français en faveur de la transformation du Cameroun sous mandat, en colonie française.

L’Union camerounaise de Paris quant à elle était pour un Cameroun libre et non colonisé. Ses revendications politiques s’exprimaient en deux refus:

la non-recolonisation du Cameroun par l’Allemagne dont la menace se précisait, et la non-transformation du territoire oriental camerounais, sous tutelle de la SDN (Société des Nations) en colonie française, ce que demandaient les colons français et la Jeucafra.

Retour au Cameroun Après une vie libre en France, Léopold Moumé Etia rentre au Cameroun à bord du paquebot Canada, le à l’âge de 26 ans, car son père Isaac Moumé Etia est très malade. À son arrivée à Douala, après 12 années passées en France, il est confronté à la réalité du colonialisme. Il constate combien les Camerounais sont maintenus dans une position inférieure du fait des colons et soumis à un régime spécial. Ils ne peuvent aller et venir à leur guise dans leur propre pays. Même pour acheter du pain, ils doivent présenter une autorisation et attendre d’être servis après les Occidentaux. Face à cela, Léopold Moumé Etia se rebelle et multiplie des actions de désobéissance civile, dans les rares boulangeries qui ne vendent du pain à certains indigènes que sur autorisation de l’administration coloniale. Régulièrement, il fait parler de lui et il subit la vindicte de l’administration coloniale. Mais à cause du statut de son père Isaac Moumé Etia, et parce qu’il compte de nombreux amis en France métropolitaine, il se sort de l’étau à chaque fois.

Le , soit deux mois après son retour au Cameroun, son père, Isaac Moumé Etia décède. Et alors même qu’il a obtenu son diplôme en France, l’administration coloniale lui fait passer un test pour vérifier ses aptitudes professionnelles au sein de la compagnie camerounaise des chemins de fer, la Régifercam (Régie nationale des chemins de fer du Cameroun), parce qu’il a déjà été identifié depuis Paris comme étant un « meneur ». Il passe ainsi un examen au service des travaux publics et de chemins de fer, ports et rades, qu’il réussit. Il est ensuite nommé contrôleur de la main-d’œuvre (responsable des ressources humaines aujourd’hui). Il est le premier noir à accéder à ce poste au sein de la Régifercam.

Le syndicalisme Léopold Moumé Etia est l’un des principaux leaders de toutes les luttes syndicales et politiques du Cameroun sous tutelle française. C’est à la Régifercam, société qui l’emploie, qu'il commence son engagement en tant que syndicaliste, au sein de l’Amicaline des agents des Chemins de fer du Cameroun. L’Amicaline crée le avec pour Président Manfred Eboy, est enregistré comme "association professionnelle" et non comme syndicat, parce que le syndicalisme était interdit aux noirs par l’administration coloniale.

Les débuts de l’action syndicale au Cameroun (1939 - 1947) Dès son retour en , et fort de son passé activiste en France métropolitaine, Léopold Moumé Etia aide à structurer l’Amicaline sur le modèle de la CGT. Il participe ainsi au réveil des consciences des cheminots sur leurs droits, et mène la première grève des employés de la Régifercam.

Le tout premier rassemblement politique et syndical en terre camerounaise fut organisé à la salle des fêtes d’Akwa, le , à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Amicaline. Cette manifestation qui fut suivie de plusieurs autres, créa des tensions avec l’administration coloniale. À cette occasion, Léopold Moumé Etia est élu Secrétaire général à l’unanimité. Le mandat qui lui est confié par le bureau est d’être le référent auprès de l’Administration coloniale et de transformer rapidement l’Amicaline en véritable syndicat, l’un des tout premiers des colonies françaises d’Afrique. L’état-major de l'Amicaline avait en effet eu vent de la prochaine autorisation du syndicalisme dans les colonies, par des personnalités françaises qui avaient fait escale au Cameroun en rentrant à Alger, après la conférence de Brazzaville: René Pleven, Commissaire aux colonies du gouvernement provisoire, Félix Gouin, Président de l’Assemblée consultative provisoire, Albert Gazier, délégué de la CGT. Ils ont encouragé l’Amicaline à structurer l’association, en vue de sa transformation en syndicat, lorsque la loi le permettra.

Ce tout nouveau rapport de force permit à Léopold Moumé Etia de présenter des doléances au nom de l’Amicaline, à la Direction des travaux publics et des Chemins de fer. En pleine guerre mondiale, où un effort supplémentaire était demandé, les cheminots du terrain obtiennent ainsi maintes améliorations de leur situation, non seulement en termes de salaires, mais aussi des constructions de nouveaux logements sous forme de cité ou l’amélioration des anciens, l’obtention des trains navettes entre New-Bell et Bassa, la régression des brimades et châtiments corporels ainsi que l’obtention d’un "statut de Cheminot" pour le personnel auxiliaire permanent.

Le , le décret Pleven autorise les syndicats dans les colonies françaises. Plusieurs syndicats naissent au Cameroun dans l’enthousiasme, mais non sans rencontrer des obstacles. Des unions régionales des syndicats fleurissent un peu partout dans le territoire. Le , à l’occasion de la Toussaint, une manifestation syndicale avec un défilé, des banderoles et des slogans inspirés du Parti Communiste français eut lieu pour la première fois au Cameroun.

En , les unions régionales syndicales se regroupent au sein de l’Union des Syndicats confédérés du Cameroun (USCC) affiliée par la CGT. Le bureau à Douala était composé d’un Secrétaire général (le français Maurice Soulier), d’un Secrétaire général adjoint administratif (Léopold Moumé Etia) assisté de deux secrétaires généraux adjoints (Ngallè Miano et Ebénézer Ekwalla) et comme Trésorier( le français Lapeyre).

En , Léopold Moumé Etia représente l'USCC avec Um Nyobe, au premier congrès du Rassemblement démocratique africain (RDA) à Bamako.