Lusine de tabac reconstitué de Spay est un établissement industriel situé à Spay, dans les Pays de la Loire, en France.

Elle fabrique du tabac reconstitué, produit entrant dans la composition des cigarettes, selon un procédé inspiré des techniques de l'industrie papetière. Leader mondial de ce marché, ses clients sont les principaux acteurs de l'industrie du tabac au niveau mondial. Elle est exploitée par l'entreprise française LTR Industries, filiale du groupe Schweitzer-Mauduit International.

Construite en , l'usine connaît un important développement dans la deuxième moitié du , jusqu'à atteindre une production annuelle de et un effectif de dans les années , et compter parmi les principaux établissements industriels de la région. Elle connaît ensuite une phase de déclin dans les années , au cours de laquelle l'activité diminue de moitié. L'entreprise engage alors une stratégie de diversification et d'innovation pour commercialiser d'autres produits.

L'usine est une source de risque industriel et de nuisances pour l'environnement, notamment de pollution de l'eau, et pour cette raison régulièrement surveillée par les autorités françaises.

Histoire Création de l'usine L'usine de tabac reconstitué de Spay trouve son origine dans la mondialisation et la concentration de l'industrie du tabac.

Pendant la première moitié du , la société américaine Schweitzer, fondée en comme importatrice de papier à cigarettes de la France vers les États-Unis, s'est développée en faisant l'acquisition de plusieurs papeteries dans les deux pays. Elle exploite ainsi en France des Papeteries de Malaucène à partir de , et les Papeteries de Mauduit, à Quimperlé, à partir de . L'entreprise familiale est vendue en au groupe papetier américain Kimberly-Clark « Schweitzer-Mauduit International, Inc. History » sur fundinguniverse.com, tiré de International Directory of Company Histories, Vol. 52. St. James Press, 2003..

Les années voient aussi l'apparition du tabac reconstitué, au carrefour de l'industrie du tabac et de la papeterie. Il s'agit en effet d'utiliser les techniques de fabrication du papier, appliquées à la transformation des résidus de feuilles de tabac en une pâte, qui est étalée en feuille, elle-même séchée et broyée. La matière ainsi produite est réintroduite dans la composition des cigarettes. Le procédé est breveté en par Peter Schweitzer « LTR : Les marchés émergents font la croissance à Spay », Le Journal des entreprises, 6 mai 2011..

L'usine de Spay, près du Mans dans les Pays de la Loire en France, est construite en , sous le nom Le Tabac Reconstitué, par le groupe Kimberly-Clark. Spécialisée dans la production de tabac reconstitué en feuille, elle est implantée à proximité de la Sarthe car elle consomme une grande quantité d'eau « LTR industries fabrique du tabac comme du papier », Ouest-France, 18 juin 2009.. Elle comprend initialement une seule ligne de production, équipée d'une machine d'une capacité de production de par an Rapport de l'inspection des installations classées, DREAL des Pays de la Loire, 16 avril 2015..

L'entreprise est un succès, et en , une deuxième machine est installée.

La Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes acquiert des parts dans la société Arrêté du 30 septembre 1980 autorisation a la Société nationale d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes de souscrire une participation au capital de la société anonyme Le Tabac Reconstitué industries, JORF du 7 novembre 1980, numéro complémentaire..

Transfert et croissance à la fin des années 1990 En , le groupe Kimberly-Clark opère une stratégie de recentrage en se séparant de ses activités liées au tabac par une opération de scission. Celles-ci sont en effet considérées comme une menace juridique par une partie des actionnaires, en raison des effets nocifs du tabac pour la santé humaine, d’autant plus que le cœur de compétence du groupe est constitué des produits d'hygiène personnelle. Les activités liées au tabac de Kimberly-Clark, qui représentent dans plusieurs pays et du chiffre d’affaires du groupe, sont scindées dans une société anonyme de droit américain nommée Schweitzer-Mauduit International (SWM), dont les actions sont initialement distribuées aux actionnaires de Kimberly-Clark. L'usine de tabac reconstitué de Spay fait partie des établissements ainsi séparés « Kimberly-Clark va se séparer de ses usines de papier à cigarette », Les Échos, 10 mai 1995. « Kimberly-Clark Board Approves Spinoff », New York Times, 2 novembre 1995..

L'année est particulièrement profitable pour LTR Industries, devenue filiale de SWM. Elle réalise un chiffre d'affaires de près de , contre en , et emploie en effectif mensuel moyen, contre l'année précédente. Premier fabricant mondial de tabac reconstitué, elle enregistre un taux de rentabilité exceptionnel de . Son produit est commercialisé aux grandes entreprises du tabac, principalement en Europe de l'Ouest « LTR, le plus grand des petits du tabac », L'Expansion, 5 novembre 1998..

Au niveau de la maison mère, le groupe Schweitzer-Mauduit International mène une stratégie de développement ambitieuse de à , puis connaît des difficultés financières entre et . Celles-ci sont cependant étrangères à l'usine de tabac reconstitué de Spay, dont le produit connaît un succès croissant. LTR Industries atteint ainsi en un chiffre d'affaires de , supérieur de à celui de l'année précédente, et dégage une marge nette de . Elle compte « LTR industries investit 59,2 millions de dollars dans la Sarthe », L'Usine nouvelle, 18 décembre 2002..

Extension au début des années 2000 Le groupe Schweitzer-Mauduit International renoue avec la croissance à partir de , ce qui lui permet d'investir de nouveau dans sa filiale française de tabac reconstitué.

En , LTR Industries met aux normes la station d'épuration de l'usine de Spay, pour un montant de « LTR Industries modernise sa station d'épuration », Le Moniteur, 12 avril 2002..

Surtout, l'extension de l'usine est engagée la même année afin d'installer une troisième ligne de production, les deux lignes existantes étant exploitées à leur pleine capacité. La nouvelle installation a une capacité de production de , portant la capacité totale de l'usine à . L'extension représente supplémentaires, dont une moitié sont occupés par la nouvelle machine, l'autre moitié par les quais et halles de stockage. La surface bâtie atteint ainsi , et la surface imperméabilisée passe de à . L'investissement représente soit « LTR industries investit 59 millions d'euros dans son usine sarthoise », Les Échos, 24 décembre 2002. Rapport de l'inspection des installations classées, DRIRE Pays de la Loire, 24 mars 2003..

L'augmentation de l'activité conduit à une augmentation de ses conséquences dommageables sur l'environnement et en particulier sur l'eau de la Sarthe qui approvisionne le site. L'usine de tabac reconstitué prélevait auparavant d'eau par heure ; ce chiffre double après son extension en . Environ de l'eau prélevée est restituée dans le milieu après traitement par la station d'épuration de l'usine Rapport de l'inspection des installations classées, DREAL Pays de la Loire, 7 juin 2006..

Les rejets de polluants sont également en hausse, faisant de l'usine l'une des principales sources de pollution de l'eau en région Pays de la Loire. En , des dysfonctionnements de la station d’épuration conduisent à la pollution de la Sarthe par des substances chimiques. La société LTR Industries est condamnée à d'amende, dont avec sursis, et à verser de dommages-intérêts à deux associations de protection de l'environnement en « Pollution de la Sarthe : 20 000 € d'amende pour LTR », Ouest France, 24 mars 2009..

Phase d'expansion de la fin des années 2000 Fin , la Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita), vend sa participation de au capital de LTR Industries à Schweitzer-Mauduit International pour un montant de . Cette dernière, qui détenait déjà des actions, devient ainsi propriétaire de la totalité de l'entreprise à compter du « Schweitzer-Mauduit va détenir la totalité de LTR Industries », Le Télégramme, 27 décembre 2007..

L'usine de Spay connaît une forte croissance de son activité en et . Elle détient des parts de marché du tabac reconstitué, pour un chiffre d'affaires de . de la production a pour destination l'Europe de l'Ouest. Elle embauche cinquante personnes supplémentaires, portant son effectif à .

L'usine de Spay est temporairement en perte de vitesse en , ce que ses dirigeants attribuent à la concurrence mondiale. Une restructuration de l'usine est mise en œuvre, de traduisant par la suppression de neuf postes. La même année, le groupe Schweitzer-Mauduit International ferme les Papeteries de Malaucène, qui fabriquaient du papier à cigarettes.

En , le chiffre d'affaires de l'usine atteint ; elle emploie et produit près de de tabac reconstitué. La consommation de tabac est en baisse aux États-Unis et en Europe en raison de sa nocivité, mais la baisse des ventes est compensée par l'augmentation du tabagisme en Asie, notamment en Russie et en Chine. L'entreprise compte parmi ses clients Philip Morris International et la China National Tobacco Corporation « A Spay, le tabac reconstitué a fait la fortune de LTR », France Bleu, 27 mai 2013..

En , l'usine est dotée d'une chaudière biomasse, pour un coût de dont de subventions publiques de l'Ademe. L'équipement, alimenté en bois, doit fournir des besoins en énergie du site, par substitution au gaz naturel.

L'activité de tabac reconstitué atteint son apogée en , avec commercialisées « 19 médaillés du travail chez LTR industries », Ouest France, 12 janvier 2013..

Déclin du tabac reconstitué dans les années 2010 À partir de , l'usine de tabac reconstitué de Spay entre dans une situation économique défavorable. Les ventes sont en baisse, ce que ses dirigeants attribuent à la diminution du tabagisme, en raison de ses effets néfastes pour la santé humaine, et à la concurrence de la cigarette électronique « LTR industries supprimera 68 emplois dans la Sarthe », L'Usine nouvelle, 17 novembre 2014..

En , un plan de départs volontaires est adopté afin de supprimer , mais cet objectif n'est pas atteint « L'usine de tabac recyclé n'a plus la santé », Ouest France, 15 novembre 2014..

La situation s'aggrave en , avec une baisse des ventes de en trois ans. La production n'est plus que de annuelles ; l'une des trois machines de l'usine est mise à l'arrêt faute de débouchés, une autre fonctionne à la moitié de sa capacité. En , l'entreprise met en œuvre un plan social pour réduire les effectifs de sur , dont par cessation anticipée d'activité. Les salariés de l'usine se mettent en grève pendant quatre semaines pour contester le nombre de licenciements et le montant des primes de départ : du personnel y participe, à l'appel des syndicats CGT et Sud « Spay. LTR : 4e semaine de conflit et situation toujours bloquée », Ouest France, 3 décembre 2014. « Fin de la grève chez LTR à Spay », Ouest France, 11 décembre 2014..

L'année suivante, en , l'entreprise enregistre une légère hausse de ses ventes, avec de tabac reconstitué écoulées, mais elle estime qu'il s'agit d'une reprise temporaire et que la demande va continuer à diminuer « La société LTR développera de nouveaux produits », Ouest France, 12 janvier 2016..

Stratégie de diversification à la fin des années 2010