thumb|Statue du poète Robert Burns à Dumfries. La culture de l'Écosse forme une synthèse des différentes cultures, celte, germanique et anglaise principalement. Les reliefs naturels, délimitant géographiquement les Highlands, montagneux, isolés, au Nord, et les Lowlands, plus ouverts aux échanges culturels et commerciaux avec l'Angleterre, ont joué un rôle important dans l'établissement du panorama culturel écossais.

L'histoire de l'Écosse est marquée de cette diversité d'origines, en raison des différents peuples ayant habité le pays. Durant l'Antiquité et le haut Moyen Âge, les Gaëls, à l'Ouest, les Pictes, au Nord, les Bretons insulaires et les Angles, au Sud, ont constitué une mosaïque de cultures et de langues, influencée également par les invasions vikings. Ces origines diverses se traduisent encore au début du dans les différentes langues parlées en Écosse, anglais, scots et gaélique écossais, ainsi que dans les différentes mythologies reflétées dans les légendes et croyances populaires. À partir de la fin du Moyen Âge, l'unification politique de l'Écosse a tendu à l'effacement partiel des disparités culturelles, le clivage entre Lowlands et Highlands demeurant toutefois très présent.

Le système de clans a constitué la base de la société écossaise jusqu'au . L'Acte d'Union réunit en 1707 l'Écosse à l'Angleterre au sein du Royaume de Grande-Bretagne. Des soulèvements, les rébellions jacobites, déchirent le pays entre 1715 et 1745, tandis que les philosophes des Lumières écossaises ont largement participé au mouvement européen des Lumières, particulièrement avec David Hume et Adam Smith. En 1746, l'échec de la dernière rébellion jacobite se solde par une répression des symboles nationaux, tels le tartan, le kilt ou la cornemuse, et par une désagrégation de la société traditionnelle et du système clanique. Au , la révolution industrielle, combinée aux , des mouvements d'émigration massifs vers le Nouveau Monde, vont radicalement modifier le panorama culturel écossais et achever le changement de la société.

C'est à cette époque, où la culture écossaise traditionnelle reçut un apport considérable de la culture anglaise, et plus largement occidentale, que deux grands auteurs écossais, Robert Burns et sir Walter Scott, ont chacun célébré la spécificité écossaise, qui s'est plus tard intégrée au mouvement de la Renaissance écossaise, aux accents plus nationalistes. Le sport s'est également développé, le football gagnant rapidement une grande popularité alors que le golf se codifiait peu à peu.

Au début du , le nationalisme culturel écossais cohabite avec une politique d'union au sein du Royaume-Uni, et l'héritage culturel pèse un poids variable dans le sentiment d'appartenance nationale. Divers organismes publics et privés assurent la préservation de cet héritage, dont certains aspects ont diffusé dans le reste du monde, particulièrement en Amérique septentrionale et en Australasie.

Caractéristiques générales Influences géographiques

thumb|Carte topographique de l'Écosse. La géographie est un élément essentiel de la culture écossaise. En effet, les montagnes, et particulièrement la chaîne des Grampians, divisent le territoire entre les , terres fertiles allant du sud au centre, et les , terres plus austères et sauvages du nord. Pour les rédacteurs de lEncyclopédie de Diderot et d'Alembert, la frontière entre et se situait le long de la rivière Tay« On divise cet État en trente-cinq petites provinces, que l'on distingue en méridionales & septentrionales, par rapport au Tay qui les sépare. » Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, article Écosse (consulté le 13 juin 2009). Tandis que les Écossais des ont été historiquement agriculteurs ou marchands puis industriels et ouvriers, ceux des avaient une tradition plus guerrière comprenant les clans, des petits fermiers et des chasseurs. La philosophie différait également : la structure et l'appartenance au clan était source de fierté dans les , tandis que les possessions matérielles prenaient le pas pour les . Enfin, le gaélique était présent dans les , et le reste toujours dans la partie nord-ouest, tandis que le scots était parlé dans les Amblard, Marion Du rebelle au héros — Les Highlanders vus par les portraitistes des Lowlands entre 1680 et 1827 Revue écossaise novembre 2008 .

Le contraste culturel entre habitants des et des fut remarqué dès le début du par les voyageurs anglais, notant les divergences de langues, de religion et de mode de vie entre ces populations peu en contact l'une avec l'autre. En 1775, Samuel Johnson remarqua :

Si, à l'époque de la Renaissance, les considéraient les comme des paresseux et des criminels, leur regard a changé du tout au tout à la fin du alors que les se sont trouvés placés sur la scène politique, par les soulèvements jacobites, puis culturelle. En parallèle, le terme gaélique , longtemps utilisé par les pour désigner aussi bien les habitants des que les Anglais, vit son sens se restreindre aux seuls Anglais. Les habitants des sont alors devenus les principaux représentants de l'Écosse en tant que nation, ce que résume le professeur Roderick Watson, de l'université de Stirling Roderick Watson, The literature of Scotland, the middle ages to the nineteenth century, , 2007 :

Influences historiques

Influence celte : Gaëls, Pictes et Bretons insulaires thumb|Carte des peuples au milieu du . En vert, les Gaëls, en bleu les Pictes et en rouge les Bretons insulaires. Les Celtes vinrent du Danube et se séparèrent en deux groupes culturels et linguistiques : les Gaëls, parlant une langue du groupe Q-celtique, et les brittophones tels que les Brigantes vivant en Écosse méridionale et parlant une langue du groupe P-celtique. Les historiens grecs décrivent les Celtes comme des guerriers de haute stature, aux yeux bleus et moustachus, portant de grandes capes avec les cheveux ramenés en arrière. L'héritage des Gaëls provient essentiellement de manifestations chrétiennes, telles que le livre de Kells ou les décorations de torsades entrelacées se terminant en animaux ou têtes humaines connues à travers les croix celtiques. Sur le plan littéraire également, les premiers poèmes en gaélique à nous être parvenus sont religieux. Ainsi, le nord-ouest de l'Écosse, où fut établi le royaume de Dal Riada, possède un héritage celte. Le second groupe, principalement au nord-est, est constitué par les Pictes, qui sont considérés comme les descendants probables d'un peuple natif de l'île mélangé à des brittophones. Leur héritage se retrouve dans les pierres pictes et des fortifications appelées broch. L'influence de leur culture est moins persistante, puisqu'ils durent céder leur place aux Gaëls et Scandinaves au ; ces derniers auront une empreinte culturelle durable dans les Hébrides et les Orcades Seth, Godfrey Great Britain: The Land, The People and The Culture, Godfrey Mwakikagile.. Enfin, le Sud-Ouest de l'Écosse était tenu par des Bretons insulaires, avec le royaume gallois de Gododdin connu par le poème Y Gododdin. Contrairement à l'Angleterre, l'Écosse fut peu marquée par la culture latine puisque les Romains, après avoir conquis l'Angleterre vers 45 , se sont retranchés au sud du mur d'Hadrien. Cependant, l'arrivée de la langue latine marque le début de l'histoire écrite de l'Écosse, avec l'usage de l'alphabet amené par les Romains ; le latin sera ensuite utilisé pour rédiger les chroniques, dans des ouvrages tels que le Scotichronicon de Jean de Fordun.

thumb|Une pierre picte sculptée. Au , Kenneth MacAlpin devient roi des Gaëls et des Pictes. Ses descendants selon la tanistrie, la maison d'Alpin, régneront jusqu'en 1034, et le terme de scotia qui désignait l'Irlande ou l'Écosse commence à se fixer pour se référer au nord de l'île de Bretagne. La descendance est brisée temporairement par Macbeth, mormaer de Moray, puis restaurée par Malcolm III et sa maison de Dunkeld qui restera sur le trône jusqu'en 1286. À travers les mariages, les anglo-normands gagnèrent de l'influence et construisirent de nombreux bâtiments tandis que leur langue remplaçait le gaélique au sud et à l'est, commençant à établir la frontière entre les et les . Cette langue donnera le scots qui, au , a pris le dessus dans les : par exemple, le poète William Dunbar parlant scots dit à son confrère Walter Kennedy, venant d'une zone de culture gaélique (), qu'il pratique une langue inférieure. Le scots emprunte à la grammaire du gaélique et aussi à son vocabulaire, avec certains mots bien connus de la culture écossaise : whisky et loch. D'autres emprunts viennent du vieux norrois par les Vikings au Nord, tels que kirk pour désigner l'église, ou du français à travers l'origine anglo-normande avec par exemple ashet pour désigner une assiette.

Influence germanique : Angles et Vikings Au , lors des invasions germanique de la Grande-Bretagne, les Angles s'installent dans le Sud de l'Écosse avec le royaume de Bernicie, lui-même remplacé par la plus vaste Northumbrie. Cet apport a eu une influence considérable sur la culture de l'Écosse ainsi que sur la langue écossaise parlée dans les Lowlands, le Scots. Cette dernière est une langue germanique très similaire à l'anglais, et toutes deux possèdent le vieil anglais comme ancêtre commun Carolyn Emerick, Scotland's Other Heritage: The Forgotten Legacy of Germanic Scotland, https://www.medievalists.net/wp-content/uploads/2013/05/Scots-Language.pdf, 2013. Le Nord et une partie de l'Ouest de l'Écosse ont été quant à eux par les Vikings (principalement norvégiens), entre le et le , où ils se sont installés dans les îles Nordiques des Orcades et des Shetland, les Hébrides, les îles de Firth of Clyde, mais aussi sur la partie continentale, dans les comtés de Caithness et Sutherland. Si une partie d'entre eux se sont assimilés à la langue celtique qu'est le gaélique écossais, une autre partie a donné naissance à une nouvelle langue germanique, le norne. Cette langue était parlée dans les Shetland, les Orcades et le Caithness. Bien que considérée comme morte depuis le , elle laissa un héritage considérable dans le vocabulaire employé par les Écossais de ces régions.

Influence française : la Auld Alliance En 1295, la Auld Alliance, (ou Ald Allyance ; en gaélique écossais : An Seann-Chaidreachas), entre la France et l'Écosse fut signée à Paris entre John Balliol et Philippe le Bel. Il s'agit à l'origine d'un accord militaire, qui ouvrit la voie à des échanges culturels et commerciaux prolongés. Dès le , la France hébergeait nombre d'Écossais, en particulier des étudiants ; la rue des Écossais, à Paris, fut nommée en raison du grand nombre de marchands écossais y tenant des échoppes Francisque Michel, Les Écossais en France et les Français en Écosse, 1862.

L'influence française en Écosse connaîtra son apogée au , lorsque Marie de Guise fut régente d'Écosse alors que sa fille Marie Stuart, reine d'Écosse, était l'épouse du roi de France François IIJean-Paul Souesme, Grammaire anglaise en contexte, Éditions Ophrys, 2003, . C'est à cette époque que furent également importées en France des danses traditionnelles écossaises.

C'est en 1560 que fut rompue en grande partie la « Vieille Alliance », par la signature du traité d'Édimbourg. Certains aspects perdurèrent assez tardivement, comme la garde écossaise des rois de France (jusqu'en 1791). En 1589, Henri IV comptait encore soixante cavaliers écossais dans son armée et était entouré de conseillers écossais, à l'image de ses prédécesseurs. Il assura cinq ans plus tard à Jacques d'Angleterre (Jacques VI d'Écosse) sa volonté de maintenir l'alliance franco-écossaiseRecueil des lettres missives de Henri IV, tome IV, ..