vignette|droite|Hommes grecs affectés aux bataillons de travaux forcés.
Les bataillons ottomans de travaux forcés représentaient une forme de travaux forcés dans les dernières décennies de l'Empire ottoman. Ce terme est associé principalement au désarmement et à l'assassinat des soldats arméniens ottomans pendant la Première Guerre mondialeForeign Office Memorandum by Mr. G.W. Rendel on Turkish Massacres and Persecutions of Minorities since the Armistice, March 20, 1922, Paragraph 35 et des à l'époque du génocide grec dans l'Empire ottoman pendant la guerre d'indépendance turque.
Généralités Pendant la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'appuie sur les bataillons de travaux forcés pour soutenir l'organisation logistique de l'armée. Les infrastructures ferroviaires sont alors rares sur le territoire ottoman. D'après , l'effectif des hommes affectés à ces bataillons variait de à , selon que l'empire était en paix ou en guerre.
Les travailleurs forcés sont affectés à des travaux de terrassement des routes et de construction des chemins de fer ainsi qu'au transport des ravitaillements dont l'armée a besoin sur le champ de bataille. La plupart des travailleurs forcés sont des chrétiens, dont les Arméniens forment le principal contingent aux côtés des Grecs et des voire des JuifsKaiser, Hilmar (2002). Kieser, Hans-Lukas; Schaller, Dominik J. (eds.). p.191.
Arméniens affectés aux bataillons de travaux forcés
Les Arméniens ne servent dans l'armée ottomane qu'à partir de 1908.
Le , après la défaite des Ottomans à la bataille de SarıkamışKaiser, Hilmar (2002). Kieser, Hans-Lukas; Schaller, Dominik J. (eds.). p.193, l'État-major ottoman publie la Directive 8682 d'Enver Pacha, alors ministre de la Guerre, qui déclare qu'en raison des attaques des Arméniens sur des soldats et des réserves de bombes dans les maisons des Arméniens, Kaman Gürün (1986), The Armenian File. Palgrave McMillan. . Enver Pasha justifie cette décision en précisant : . Les Arméniens déployés dans la bataille de Sarıkamış sont désarmés et envoyés dans les bataillons de travaux forcés. L'armée ottomane n'engageait traditionnellement que des hommes non musulmans âgés de 20 à 45 ans dans l'armée régulière. Les soldats non musulmans plus jeunes (15-20 ans) et plus âgés (45-60 ans) avaient toujours été versés dans le soutien logistique via les bataillons de travaux forcés.
Les travailleurs arméniens subissent des conditions dures. Ils reçoivent peu de nourriture et les gardes les battent fréquemment. Beaucoup souffrent de maladies. Avant , certains conscrits arméniens doivent accomplir un travail manuel (hamals) ; à terme, ils sont exécutésToynbee, Arnold. Armenian Atrocities: The Murder of a Nation. London: Hodder and Stoughton, 1915, p. 181–2..
Grecs affectés aux bataillons de travaux forcés Les Grecs d'Anatolie, comme les Arméniens, sont envoyés de force dans ces bataillons. Les chrétiens sont enrôlés dans l'armée pour la première fois en 1909. Le gouvernement se montre ambigu sur le service militaire des chrétiens : d'une part, l'État a besoin d'une vaste armée face aux conflits et aux guerres qui s'annoncent sur tous les fronts ; d'autre part, de nombreux Ottomans pensent que les chrétiens éprouvent des sympathies pour les nations chrétiennes que l'empire combat (par exemple durant les guerres balkaniques de 1912-1913).
En 1915, la plupart des hommes grecs en âge de servir dans l'armée avaient été enrôlés dans des bataillons de travaux forcés. Ils sont chargés de la maintenance des tunnels, de la construction des routes et de travaux agricoles. Ils reçoivent peu de nourriture et portent des vêtements en lambeaux. Un consul étranger, au sujet des conscrits grecs à Konya, émet ce commentaire :
Les hommes affectés à ces bataillons meurent vite. Par exemple, quelque 80 % des travailleurs forcés à İslahiye, près de Gaziantep, ont succombé. Un agent du renseignement anglais déclare que . D'autres témoins étrangers rapportent que les Grecs décédés sont jetés dans des charniers, où jusqu'à six corps sont entassés dans une même tombe.
En 1921, les autorités turques émettent de faux certificat de naissance pour falsifier l'âge des orphelins grecs afin de les vieillir. Avec cette manipulation, les garçons adolescents sont aussi affectés aux bataillons de travaux forcés. Même , connu pour ses sympathies pro-turques, observe que les hommes grecs de ces bataillons sont .
Dans la littérature Deux mémoires décrivent les expériences de Grecs enrôlés dans les bataillons de travaux forcés. Ilías Venézis, qui y a survécu, a raconté son parcours dans La Grande pitié (). L'autrice américaine , fille de la rescapée Sano Halo, décrit ce qu'a vécu sa mère dans . Sano Halo, grecque pontique, revient sur l'histoire de son père et de son grand-père, enrôlés dans ces bataillons alors qu'elle était jeune fille. Son père s'est enfui et il a retrouvé sa famille mais son grand-père n'en est jamais revenu.
Leyla Neyzi a publié une étude des carnets de Yaşar Paker, membre de la communauté juive au début du dans la ville d'Angora / Ankara, qui a été emmené deux fois dans des bataillons de travaux forcés : d'abord pendant la guerre gréco-turque puis de nouveau pendant la Seconde Guerre mondiale, à laquelle la Turquie ne participe pas. L'analyse de Neyzi à partir des carnets de Paker, publiée par les , présente une description générale des conditions de vie dans ces bataillons, qui se composaient entièrement de non musulmansStrong as Steel, Fragile as a Rose: A Turkish Jewish Witness to the Twentieth Century, Leyla Neyzi paper on the basis of Yaşar Paker's diary published in the Jewish Social Studies in Fall 2005.
Notes et références
Notes
Références
Annexes Articles connexes Génocide grec pontique Génocide arménien Génocide assyrien
Bibliographie Zürcher, Erik-Jan: Ottoman labour battalions in World War I, in: Kieser, Hans-Lukas / Schaller, Dominik J. (eds.): Der Völkermord an den Armeniern und die Shoah = The Armenian genocide and the Shoah, Zurich 2002: Chronos, pp. 187-196.
Catégorie:Génocide arménien Catégorie:Unité militaire de l'Empire ottoman Catégorie:Conscription Catégorie:Centre d'extermination du génocide arménien Catégorie:Histoire de l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale Catégorie:Travail forcé Catégorie:Histoire des Grecs en Turquie Catégorie:Discrimination en Turquie Catégorie:Esclavage dans l'Empire ottoman Catégorie:Violence contre les hommes Catégorie:Génocide grec pontique Catégorie:Guerre d'indépendance turque Catégorie:Esclave du XXe siècle