Léon Bourgeois, né le à Paris et mort le au château d’Oger (Marne), est un homme d'État français.

Issu d'une famille modeste et républicaine, Léon Bourgeois commence sa carrière dans l'administration, qu'il quitte après son élection à la Chambre des députés en . Radical, il exerce ensuite plusieurs fonctions ministérielles.

En 1895, il est nommé président du Conseil des ministres, formant le premier gouvernement radical homogène, avec le soutien des républicains modérés. Il démissionne six mois après son investiture, en raison de la contestation de sa politique par le Sénat.

Législateur aguerri, il est l'un des rares hommes politiques à avoir présidé les deux chambres du Parlement français. Il est considéré comme l'inspirateur et le théoricien du solidarisme.

En 1920, il devient président du premier Conseil de la Société des Nations, ainsi que lauréat du prix Nobel de la paix.

Biographie Famille et études vignette|gauche|Léon Bourgeois est né au 12 rue Saint-Louis-en-l'Île, à Paris. Léon Bourgeois est le fils de Marie Victor Bourgeois, horloger, et Augustine Euphrosine Élise Hinoult. Il naît le au 12 rue Saint-Louis-en-l'Île, à Paris. Il grandit dans une famille républicaine et commence ses études à l’institution Massin. Il entre en 1859 au lycée Charlemagne, dont il préside l'association des élèves. Après l’obtention de son baccalauréat ès lettres et ès sciences, il entre à la faculté de droit de Paris. Il se porte volontaire en 1870 pour défendre Paris. Brigadier-fourrier dans la légion d’artillerie, il est pour la défense du fort de l'Est. À la fin de la guerre, il reprend ses études. À vingt et un ans, il obtient sa licence de droit avec une thèse sur l’« acte public ». Léon Bourgeois a de multiples centres d’intérêt : la philosophie, l’art. Il se passionne notamment pour le sanskrit. En 1875, il rejoint le cabinet de l'avocat Albert Christophle ; la même année, il accède au poste de secrétaire de la conférence du stage. Il soutient sa thèse de doctorat — sur les chemins de fer à voie étroite et sur accotements — le .

Le , il se marie avec Virginie Marguerite Sellier, une Châlonnaise née cinq jours après lui. Son beau-père, Jules Auguste Eugène Sellier, est propriétaire-vigneron à Oger dans la Marne. La femme de Léon Bourgeois, rencontrée par l'intermédiaire de l'avocat et président du conseil général de la Marne Désiré Médéric Leblond, est issue d'une famille plus fortunée que lui. Ils auront deux enfants : Georges, né le , et Hélène, née le .

Carrière administrative Débuts dans l'administration En 1876, il préfère l’administration au métier d’avocat et intègre le ministère des Travaux publics, comme sous-chef du contentieux. C’est alors que Albert Christophle en est le ministre. Après la démission du ministère Simon, le président Mac Mahon nomme un gouvernement de droite dirigé par Albert de Broglie. De nombreux fonctionnaires sont alors révoqués au sein des ministères pour « républicanisme », Léon Bourgeois fait partie de ceux-ci. Lors des élections législatives qui suivent, il aurait fait campagne pour Albert Christophle dans l’Orne (dans la circonscription de Domfront).

Lorsque les républicains reviennent au pouvoir, Léon Bourgeois demande au ministère de l’Intérieur — par le biais de Christophle — à devenir secrétaire général de préfecture. Avec l’aide des relations de sa belle-famille et de Désiré Leblond, on lui trouve en un poste à Châlons-sur-Marne, d’où est originaire sa femme, auprès du préfet de la Marne Paul Duphenieux. Soutenu à nouveau par Désiré Leblond, mais aussi par Eugène CourmeauxHomme politique et bibliothécaire influent dans le département avec qui il entretenait une correspondance et l’ensemble du conseil général, dont son beau-père fut membre, il est nommé sous-préfet de Reims par Ernest Constans le . À ce poste, il pacifie les relations tendues entre la municipalité rémoise et la préfecture. Durant l’été 1882, il est initié à la loge maçonnique « la Sincérité », membre du Grand Orient de France. Il devient après deux mois compagnon et maître. Cette ascension rapide est probablement due à sa nomination dans le Tarn où il ne devait pas être un simple apprentiPaul Guillaume, « La Franc-maçonnerie à Reims (1740-2000) », Thèse de doctorat, Université de Reims Champagne-Ardenne, 2001, .

Préfet du Tarn Le , il est officiellement nommé préfet du Tarn par Armand Fallières. Dans le Tarn, il fait d’abord face aux catholiques tarnais opposés au manuel scolaire Éléments d’éducation civique et morale de Gabriel Compayré, qui défend le mariage civil. Le clergé menace de ne pas communier les enfants utilisant ce manuel et l’ouvrage est mis à l’Index par le Vatican. En , Léon Bourgeois retire leur salaire à cinq prêtres et limoge le maire de Lavaur. De plus en plus d’enfants quittent l’école publique et Bourgeois révoque d’autres maires et prêtres. En , un compromis est finalement trouvé entre le gouvernement et le clergé. Certains trouvent Bourgeois trop favorable aux républicains et il s’estimera plus tard lors de cet épisode.

Au mois de , une grève des mineurs éclate à Carmaux, dans le Tarn. La direction demande aux forces de l’ordre d’intervenir, mais Léon Bourgeois s’y oppose trouvant cette solution comme disproportionnée. Il juge qu’elle entraînerait une déception vis-à-vis de la République parmi les mineurs et les pousserait vers le socialisme. Préférant le dialogue et le droit à la force, il se place alors comme médiateur entre les ouvriers et les propriétaires des mines. Après quatre tentatives d’accord ayant échoué, Léon Bourgeois se rend à Paris pour rencontrer le conseil d’administration des mines, fait pour l’époque. Voyant que la direction ne fera plus de concessions, il encourage les ouvriers à reprendre le travail après six semaines de grève. Il assiste à l’assemblée générale des grévistes, qui suivent son conseil et le remercient de son aide, malgré la faible augmentation des salaires. Pour son rôle pacificateur, les parlementaires du Tarn demandent que lui soit remise la Légion d’honneur, dans une lettre du adressée au ministre de l’Intérieur Pierre Waldeck-Rousseau. Le , il est nommé par décret chevalier de la Légion d’honneur et est décoré le à Paris.

Retour à Paris vignette|redresse|Léon Bourgeois, collection Félix Potin (vers 1900). En raison de la maladie de son père qui décédera peu après, il demande en à se rapprocher de la capitale. Lucien Pasquier, un ancien collègue, l’appuie pour le poste de secrétaire général de la Seine, qu’il avait lui-même décliné en raison de problèmes de santé. Trois jours après sa nomination, il entre en fonction le . À ce poste, il entretient des relations tendues avec le préfet Eugène Poubelle. Le , il est nommé préfet de la Haute-Garonne et prend ses fonctions le ; il le reste jusqu’en . Il refuse d’être candidat aux législatives dans la Marne ainsi qu’une proposition de fonction à Annam. Il est ensuite affecté en tant que directeur du personnel et du secrétariat au sein du ministère de l’Intérieur à Paris ; moins d’un mois plus tard, il prend le poste de directeur des affaires départementales.

En , il devient assistant du président du Conseil René Goblet, sur le budget, en tant que conseiller d’État extraordinaire. Il est promu officier de la Légion d’honneur par un décret du . Il la reçoit de Louis Herbette le . Celui-ci lui propose le poste de préfet de police de Paris, mais il estime la fonction comme étant la . Il rejoint finalement la préfecture de police au mois de novembre, après la démission d’Arthur Gragnon à la suite du scandale des décorations. Cette affaire pousse également à la démission le président Jules Grévy et des manifestations ont lieu dans la capitale en parallèle de l’élection présidentielle. Léon Bourgeois y fait maintenir l’ordre , mais son travail affecte sa santé.

Parcours politique Ascension À nouveau sollicité par les radicaux et les opportunistes marnais pour être député, Léon Bourgeois est candidat pour l’élection partielle du , due à l’élection au Sénat de Camille Margaine. Opposé au cumul des fonctions, il promet renoncer à son poste de préfet de police s’il est élu. Atteint d’un et toujours préfet, il effectue peu de déplacements dans le département. Les conservateurs ne lui opposent pas de candidat : ils estiment qu’à un an des élections et qu’étant minoritaires, un élu de plus ne changerait pas leur situation. Ils recommandent le vote blanc ou nul. Certains estiment qu’ils veulent laisser le champ libre au général Boulanger qui se présente dans plusieurs départements dont la Marne. Critiqué par Le Journal de la Marne, Léon Bourgeois insiste sur sa relative implantation locale : sur les cinq ans passés dans l’administration marnaise, mais aussi sur le prestige de sa belle-famille châlonnaise. Il est élu avec , soit 65 % des suffrages, contre au général Boulanger ; portent sur d’autres noms.

Membre du groupe de la Gauche radicale, il est nommé sous-secrétaire d’État dans le gouvernement Floquet (1888-1889) puis, élu député de Châlons-sur-Marne en septembre 1889, occupe, à partir de 1890, des postes ministériels importants. Il est réélu à Châlons-sur-Marne en 1893, 1898 et 1902.

Président de la Chambre vignette|gauche|redresse|Léon Bourgeois lors de son installation à la Chambre des députés (Le Petit Journal, supplément illustré). À la suite de la victoire du Bloc des gauches aux élections législatives de 1902, Léon Bourgeois refuse de succéder à Pierre Waldeck-Rousseau à la présidence du Conseil. Il brigue cependant le perchoir de la Chambre des députés. Le , au moment de l'élection du président provisoire de l'assemblée, il l’emporte par contre 267 pour le sortant Paul Deschanel.. Cinq jours plus tard, il est confirmé lors de l'élection du président définitif..

Réélu l’année suivante, il ne brigue pas un troisième mandat, le , pour raisons familiales.. Le radical Henri Brisson lui succède.

Le , les congressistes du Parti républicain, radical et radical-socialiste le nomment par acclamation membre du comité exécutif de cette formation politiqueBulletin du Parti républicain radical et radical-socialiste : organe officiel du comité exécutif, 28 juillet 1905, ..

Possible candidat à l’Élysée À la fin de l'année 1912, la succession d'Armand Fallières à la présidence de la République se prépare. Si les prétendants à la magistrature suprême ne manquent pas, Léon Bourgeois fait partie des favoris dans la course à l’Élysée. Dans ses mémoires, le président du Conseil d’alors, Raymond Poincaré, voit en Bourgeois un « républicain résolu, patriote éprouvé » ayant a priori toutes les qualités requises pour cette haute fonction, et se dit persuadé qu'il serait « impossible de trouver meilleur président » que luiRaymond Poincaré, Au service de la France : neuf années de souvenirs, tome III : L'Europe sous les armes, 1913.. Mais, en dépit de la pression de ses partisans, Léon Bourgeois refuse de se présenter à l’élection présidentielle de 1913 en raison d’ennuis de santé.

Responsabilités ministérielles En , soit quelques semaines après son élection, Léon Bourgeois devient sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Floquet. Débute alors une longue carrière gouvernementale. Le cabinet Floquet tombe en . Un an plus tard, il est nommé ministre de l'Intérieur au sein du ministère Tirard. Il se voit ensuite attribué le portefeuille de l'Instruction publique et des Beaux-arts sous les cabinets de Freycinet et Loubet. Dès , il occupe le poste de ministre de la Justice au sein des deux premiers .

vignette|redresse|Portrait de Léon Bourgeois paru dans L'Artiste en 1897.