Fra Diavolo est un court métrage muet américain réalisé par Alice Guy, sorti en 1912.
Le film constitue l'une des productions les plus ambitieuses de Solax au début des années 1910. Tourné en trois bobines, il mobilise près de deux cents personnes, des décors spécialement construits, de nombreux costumes et d'importantes scènes d'extérieur réalisées sur Long Island et dans les environs de l'Hudson.
À sa sortie, le film est salué par la presse spécialisée pour sa mise en scène, ses décors, ses costumes et l'interprétation de Billy Quirk dans le rôle du célèbre brigand italien.
Il s'agit de la seconde adaptation au cinéma de l'œuvre de Daniel-François-Esprit Auber Fra Diavolo ou l’Hôtellerie de Terracine, opéra-comique en trois actes, sur un livret d'Eugène Scribe et Casimir Delavigne, créé à Paris le à l'Opéra-ComiqueVoir fiche BNF après celle d'Albert Capellani, sortie sous le même titre deux ans plus tôt.
Il y aura plusieurs autres adaptations cinématographique de cet opéra-comique, par Mario Bonnard (1931) , par Hal Roach et Charley Rogers (1933) aux États-Unis et par Luigi Zampa en Italie.
Synopsis Le célèbre brigand italien Fra Diavolo parcourt les montagnes en se faisant passer pour un gentilhomme afin de détrousser les voyageurs fortunés. Arrivé dans une auberge, il remarque les bijoux de Lady Allcash, épouse d'un riche aristocrate anglais, et imagine aussitôt un stratagème pour s'en emparer.
Après avoir gagné la confiance du couple, il organise avec sa bande l'attaque de leur diligence. Si une partie des richesses est dérobée, Lady Allcash est parvenue à dissimuler ses plus précieux bijoux. Fra Diavolo décide alors de poursuivre son entreprise dans une seconde auberge où séjournent également Lorenzo, officier des carabiniers, et Zerline, la fille de l'aubergiste, dont il est amoureux.
Profitant de la nuit, Fra Diavolo et ses complices tentent de pénétrer dans les chambres des voyageurs afin de s'emparer du reste du trésor. Plusieurs quiproquos amoureux et malentendus jalonnent cette tentative, jusqu'à ce que Lorenzo découvre l'identité véritable du brigand.
Une poursuite s'engage à travers les montagnes italiennes et s'achève par un spectaculaire combat au bord d'un précipice, où Lorenzo terrasse finalement Fra Diavolo.
Fiche technique Titre : Fra Diavolo Réalisation : Alice Guy Scénario : Alice Guy d'après l'opéra-comique de Eugène Scribe et Casimir Delavigne (1830) Photographie : Montage : Producteur : Alice Guy Société de production : Solax Film Company Société de distribution : Film Supply Company (États-Unis), J.F. Brockliss (Royaume-Uni) Pays de production : Langue : film muet avec les intertitres en anglais Métrage : mètres (3 bobines) Format : Noir et blanc — 35 mm — 1,33:1 — Muet Genre : Film dramatique Durée : Date de sortie : États-Unis :
Distribution Billy Quirk : Fra Diavolo George Paxton : Lord Allcash Fanny Simpson : Lady Allcash Darwin Karr : le capitaine Lorenzo Blanche Cornwall : Zulima Lee Beggs : le chef des brigands Magda Foy : rôle mineur (non crédité)
Production
Au printemps 1912, Solax entreprend la réalisation d'une ambitieuse adaptation cinématographique de l'opéra Fra Diavolo, déjà célèbre sur les scènes lyriques internationales. Après le succès de Mignon, Alice Guy poursuit son intérêt pour les adaptations d'opéras, auxquelles elle cherche à donner une ampleur nouvelle grâce au format en trois bobines.
La production fait l'objet d'une préparation particulièrement importante. Pendant plusieurs semaines, des décors entièrement nouveaux sont dessinés puis construits sous la direction du décorateur Menessier. Alice Guy valide personnellement chaque esquisse avant le début de la fabrication. Les équipes réalisent notamment plusieurs auberges italiennes, des rues, des tours, des salons et différents décors de montagne destinés aux scènes d'extérieur.
Les costumes, les accessoires et plusieurs véhicules, notamment les diligences utilisées dans le film, sont fabriqués spécialement pour la production. Alice Guy effectue elle-même plusieurs déplacements à Chicago, Philadelphie et Washington afin de sélectionner certains accessoires nécessaires à la reconstitution de l'Italie du début du XIX siècle.
Au total, près de deux cents personnes participent à la réalisation du film, dont plus de cent cinquante figurants présents simultanément lors de certaines scènes de foule. Cette ampleur est inhabituelle pour une production américaine de 1912 et témoigne de l'ambition artistique de Solax.
Tournage
Une grande partie du tournage se déroule en extérieur sur Long Island, où Solax aménage de vastes décors temporaires dans un domaine rural offrant un relief naturel propice aux scènes de montagne. Les décors sont transportés depuis les studios de Fort Lee par plusieurs chariots et remontés sur place afin de créer un véritable village italien.
Le journaliste Louis Reeves Harrison assiste à plusieurs journées de tournage. Il décrit notamment un vaste décor représentant une auberge italienne, construit de manière à pouvoir être filmé aussi bien depuis l'intérieur que depuis l'extérieur. Il souligne la richesse des costumes, l'importance accordée à la profondeur des décors et la fluidité des déplacements des nombreux figurants.
Harrison insiste également sur la manière dont Alice Guy dirige son équipe. Selon lui, la réalisatrice demeure constamment calme, donne des indications simples et précises et coordonne sans difficulté les déplacements d'un très grand nombre d'acteurs, comparant sa direction à celle d'un chef militaire conduisant une armée.
Le tournage est marqué par plusieurs incidents. Harrison raconte notamment qu'un attelage de chevaux prend peur et traverse le plateau, provoquant une véritable panique parmi les acteurs et les techniciens. Aucun blessé n'est cependant à déplorer et le tournage reprend rapidement.
La scène culminante du film, opposant Fra Diavolo et Lorenzo au bord d'un précipice, est tournée au-dessus de l'Hudson. Les deux acteurs évoluent sur une corniche étroite à plus de soixante mètres au-dessus de l'eau. Afin de garantir leur sécurité, des cordages et plusieurs dispositifs dissimulés sont installés sous la supervision d'Alice Guy. Billy Quirk effectue lui-même la spectaculaire chute finale du brigand.
Analyse
Fra Diavolo marque une étape importante dans l'évolution artistique d'Alice Guy. En adaptant un opéra-comique célèbre plutôt qu'un simple mélodrame, la réalisatrice démontre que le cinéma peut transposer des œuvres lyriques ambitieuses tout en conservant leur efficacité dramatique.
Le film alterne scènes d'aventure, épisodes comiques, romance et séquences spectaculaires, reprenant fidèlement l'équilibre entre humour et action qui caractérise l'œuvre d'Auber. La mise en scène privilégie les grands espaces, les scènes de foule et une narration particulièrement fluide pour l'époque.
L'importance accordée aux décors constitue également l'une des principales caractéristiques du film. Les critiques contemporains soulignent la qualité des reconstitutions italiennes ainsi que le soin apporté aux costumes et aux accessoires, éléments qui participent à la crédibilité du récit.
Accueil critique
À sa sortie, Fra Diavolo reçoit un accueil particulièrement favorable dans la presse professionnelle.
Louis Reeves Harrison loue la qualité de l'interprétation de Billy Quirk, qu'il considère comme idéal dans le rôle du brigand italien. Il salue également George Paxton, Fannie Simpson, Darwin Karr et Blanche Cornwall, estimant que leur jeu contribue largement à faire évoluer le cinéma vers une véritable forme d'art dramatique.
Le critique met aussi en avant la richesse des costumes, la qualité des décors et l'équilibre entre les passages humoristiques et les scènes d'action. Il considère le film comme l'une des meilleures adaptations cinématographiques d'un opéra réalisées jusqu'alors.
Le Moving Picture News qualifie pour sa part la production de « chef-d'œuvre » et souligne la maîtrise artistique d'Alice Guy, déjà remarquée pour Mignon et The Violin Maker of Nuremberg. La revue insiste sur la beauté des décors, la qualité des scènes rurales italiennes et l'ampleur inhabituelle de la production.
Lors de son exploitation, plusieurs salles mettent en avant la qualité exceptionnelle de la photographie et la beauté des paysages. Un compte rendu publié en août 1912 évoque « l'une des plus belles productions présentées depuis longtemps » et souligne le réalisme des décors ainsi que l'utilisation de plans montrant les acteurs en pied.
Promotion et exploitation
Solax accompagne la sortie du film d'une importante campagne publicitaire. Des affiches originales, des programmes illustrés, des panneaux de hall, des photographies et même un accompagnement musical spécialement composé pour piano et violon sont proposés aux exploitants.
Les affiches conçues pour le film suscitent un débat dans la presse professionnelle. Contrairement aux usages de l'époque, elles ne reproduisent pas directement des scènes du film mais proposent des compositions symboliques illustrant la cupidité de Fra Diavolo. Cette approche est défendue par Solax comme une conception plus artistique de l'affiche cinématographique.
Articles connexes Films américains sortis en 1912 Fra Diavolo, le surnom de Michele Pezza (1771-1806), l'un des chefs insurgés napolitains contre l'armée de Napoléon ; Fra Diavolo ou l’Hôtellerie de Terracine ; Fra Diavolo, film muet français réalisé par Albert Capellani, sorti en 1910 ; Fra Diavolo, film français réalisé par Mario Bonnard sorti en 1931 ; Fra Diavolo (), film américain réalisé par Hal Roach et Charley Rogers, sorti en 1933 ; Fra' Diavolo, film italien réalisé par Luigi Zampa sorti en 1942.
Liens externes
Notes et références
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