L’Ariane ou Ariane-Le Manoir est un quartier situé à cheval entre les villes françaises de Nice et Saint-André-de-la-Roche, sur la rive droite du Paillon. Situé à l'extrémité nord-est de Nice, il a été principalement urbanisé durant les années 1960 et 1970, en remplacement d'anciens hameaux ruraux.

Il compte près de habitants en 2018, sur une surface de . Bien que principalement composé de grands ensembles sociaux, le quartier présente un habitat relativement divers, avec des logements privés et maisons individuelles.

Rencontrant des problèmes de pauvreté, d'exclusion et d'insécurité importants, il est classé quartier prioritaire de la politique de la ville, l'un des plus importants de la ville, devant Les Moulins. Il fait ainsi l'objet de projets de rénovation de l'ANRU depuis 2007, qui l'a classé « d'intérêt national ».

Situation vignette|gauche|Localisation du quartier au sein de la ville.

Le quartier de l'Ariane est situé à l'extrémité nord-est de la ville de Nice, avec une partie située dans la commune de Saint-André-de-la-Roche et à proximité de La Trinité. Il se trouve à environ six kilomètres du centre-ville de NiceL'évaluation de l'attractivité des quartiers prioritaires - Quartier Ariane-Le Manoir - Communes : Nice et Saint-André-de-la-Roche sur ccomptes.fr, décembre 2020.

Le quartier est implanté entre les berges du Paillon et la colline du Tripode, formant un arc de cercle autour du boulevard de l'Ariane.

Immédiatement au sud du quartier, en aval sur l'autre rive du fleuve, se trouvent d'autres quartiers populaires : Pasteur, Bon-Voyage, Liserons et Hauts de Saint-Roch. Ils sont réunis en tant que quartier prioritaire sous le nom « Paillon » avec une population équivalente à l'Ariane.

Urbanisation vignette|gauche|Tour de l'Ariane-Paillon. Les premières implantations humaines sur le territoire de l'Ariane remonteraient au . Le lieu vit des activités agricoles qui se développent à partir du , profitant de terres fertiles à proximité, ainsi que de l'artisanat permis par la présence de moulins à farine et huile ainsi que des tanneries, qui bénéficient de la proximité du fleuve le Paillon, depuis recouvert dans sa partie urbaine. Un hameau s'implante alors autour de la chapelle Saint-PierreL’Ariane d’ hier à aujourd’hui sur nicecotedazur.org.

En 1844, le quartier compte près de 500 habitants vivant dans de petites maisons rurales. Comptant environ un millier d'habitants en 1936, le quartier va surtout se développer durant les Trente Glorieuses. Les premières constructions de grands ensembles se déroulent durant les années 1950, avant de s’amplifier durant les années 1960 et 1970. Elles contribuent à décupler la population du quartier, qui dépasse alors les habitants. L'Ariane contribue d'abord à reloger les rapatriés Français d'Algérie au début des années 1960, avant d’accueillir des travailleurs immigrés.

En 1962, Les Anémones est l'une des premières résidences achevées au nord de l'avenue Émile Ripert, avec trois immeubles pour 144 logements sociaux, dans le centre du quartier. À proximité, l'ilot Saint-Pierre constitue le plus important ensemble de quartier, avec 454 logements.

vignette|Sud-ouest du quartier, en 2009. Dans le nord du quartier, la résidence des Amandiers est achevée en 1966 avec huit étages et 36 logementsAriane sur pss-archi.eu. Le plus important ensemble immobilier du secteur est construit entre 1968 et 1971 : la résidence Ariane Paillon compte 341 logements sociaux répartis dans six immeubles, dont deux tours de 15 et 16 étages, entre le boulevard de l'Ariane et les bergesRésidence Ariane Paillon - Bât. 6 sur pss-archi.eu.

Le sud-ouest du quartier est le dernier aménagé. En 1975, une barre d'immeuble de 140 mètres de long nommée « Les Pléiades » est achevée sur la rue du Comte Vert Amédée VI, avec 161 logements sur huit étages et commerces en rez-de-chaussée. Plus à l'ouest, des barres similaires forment deux carrés fermés, avec cours intérieures et parkingsLes Pléiades sur pss-archi.eu.

Rénovation urbaine Premiers projets vignette|Ancienne chapelle Saint-Pierre, place des Sitelles.

Dès les années 1980, l'Ariane fait partie de seize quartiers français concernés par le programme expérimental « développement social des quartiers ». Il bénéficie à ce titre du onzième plan État-région de 1984 à 1989, aboutissant à la création d'une halte-garderie et d'une bibliothèque au sein de l'ancienne chapelle Saint-Pierre, en plus du théâtre Lino Ventura, inauguré en 1992 avec une capacité de 700 spectateursThéâtre Lino Ventura sur nice.fr.

Le quartier devient une zone franche urbaine en 1997, tandis qu'un commissariat de police et un cantonnement de CRS sont installés dans le cœur du quartier au début des années 2000. En 1995, le sénateur niçois José Balarello avait réclamé au gouvernement l'implantation de ces équipements face à la hausse de l'insécuritéQuartier de l'Ariane (Nice) sur senat.fr.

Premier programme de rénovation (2007-2016)

Avec la création de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) en 2004, l'Ariane va commencer à bénéficier de l'aide de l’État, et un programme est mis sur pied pour la période 2007-2016, avec un budget de 162 millions d'euros. Entre 2008 et 2010, près de 170 nouveaux logements sociaux sont construits au sein de quatre résidences, dont trois situées dans le nord du quartierRénovation urbaine de quartier de l'Ariane à Nice nicecotedazur.org, février 2012.

En 2009, l'intérieur de la résidence des Anémones est modernisé, puis ses façades sont rénovées et embellies en 2012Les Anémones - Bât. 1 sur pss-archi.eu. À proximité, l'ilot Saint-Pierre et ses 454 logements sociaux sont intégralement démolis en 2009 et 2010La fin de l'îlot Saint-Pierre sur nice.maville.com, le 22 décembre 2009, et remplacés en 2012 par quatre résidences plus petites, comptant 230 logements dont 50 privés. L'ensemble comprend également des commerces et services publics, dont une nouvelle bibliothèque municipale, remplaçant celle de la chapelle Saint-Pierre.

En 2016, la plus haute tour de seize étages de la résidence Ariane Paillon est démolie au grignotage, soit 96 logements, alors que le reste de l'ensemble est rénovéLe quartier de l’Ariane entame une nouvelle phase de transformation sur nicepremium.fr, le 21 juin 2016. Au total, 351 logements sont réhabilités. La refonte de la place des Sitelles est comprise dans le programme, mais finalement repoussée pour le second programme de renouvellement.

Second programme de renouvellement (2019-2030) vignette|Immeubles voués à la destruction, rue Guiglionda de Sainte-Agathe. En 2019, la ville et l’État se mettent d'accord sur le second programme de renouvellement urbain, censé durer au moins dix ans, alors que l'Ariane est déclaré d'« intérêt national » par l'ANRU. Cependant, les violences de l'été 2020 incitent le maire Christian Estrosi à demander une aide supplémentaire de l’État et présente un projet « plus ambitieux », avec notamment plus de destructions de logements. Le projet prévoit la destruction des deux résidences sociales à l'ouest de la rue Guiglionda de Sainte-Agathe, soit 326 logements. Ils seront remplacés par 120 logements privés, tandis que le lotissement des Chênes-Blancs sera réhabilitéEngagement du Nouveau Programme de Renouvellement Urbain (NPRU) sur nice.fr.

La place des Sitelles devrait être transformée, se voyant prolongée jusqu'aux berges du Paillon, le tout avec de nouveaux équipements et plus d'espaces verts. Un nouveau complexe scolaire primaire sera créé sur la place, avec onze classes. Enfin, le square Lecuyer se verra réaménagé avec l'installation d'une crèche de 80 places.

Population vignette|Habitants du quartier au parc Jacques Lecuyer, en 2010.

Le quartier de l'Ariane a toujours été le lieu de résidence de populations aux origines très diverses. Les premiers arrivants sont des immigrés italiens originaires du Piémont voisin. Le début des années 1960 marque l'arrivée des nombreux pieds-noirs et harkis évacués d'Algérie à la fin de la guerre. Beaucoup vont ensuite quitter le quartier pour laisser place à de nouveaux arrivants, notamment des Maghrébins ou des Gitans, certains de ces derniers s'étant sédentarisés dans le lotissement des Chênes-Blancs, construit en 1988Destins de gitans dans la cité Ariane sur Libération, le 10 janvier 1995.

Le quartier présente une population généralement jeune, rencontrant souvent d'importantes difficultés sociales. Il compte habitants en 2018, dont 44 % ont moins de 25 ans et vivent à Nice, sauf 5 % à Saint-André-de-la-Roche. Un ménage compte en moyenne 2,4 personnes, tandis que 21 % des foyers sont des familles monoparentales et 18 % des couples avec trois enfants ou plusDémographie sur sig.ville.gouv.fr.

Le taux de pauvreté s'inscrit à 46 % de la population, contre 21 % pour l'ensemble de la ville de Nice et 43,5 % pour la moyenne des quartiers prioritaires français. Les revenus médians des ménages par unité de consommation atteignent par mois en 2018, contre pour la commune de Nice. Les revenus des habitants du quartier sont constitués à 57 % de revenus du travail, 27 % de prestations sociales et le reste essentiellement de pensions de retraiteRevenus sur sig.ville.gouv.fr. Près de 56 % des logements sont sociaux, contre seulement 13 % pour la commune, loin du seuil minimal de 20 % requis par la loi SRULogement sur sig.ville.gouv.fr.

Criminalité vignette|Sud de l'Ariane et lotissement des Chênes-Blancs, en 2009.

Classé zone de sécurité prioritaire, le quartier de l'Ariane rencontre des problèmes d'insécurité récurrents, liés au trafic de drogues, à des conflits communautaires ou à des rivalités entre quartiers, comme avec Pasteur ou Les Moulins. Le manque d'emplois à proximité du quartier, ainsi qu'un phénomène de ghettoïsation, ont notamment contribué à cette situation. En effet, la réhabilitation du centre-ville au milieu des années 1970 a conduit à l'« entassement » des populations les plus précaires vers des quartiers excentrés, alors que les logements sociaux manquent à Nice et sont particulièrement mal répartis, concentrés dans quelques quartiers seulementLa cité Ariane, au fil de la violence sur Libération, le 7 janvier 1995.

Le nord du quartier est réputé plus dur, alors que le trafic de drogue y est enraciné. Les règlements de compte entre gangs rivaux y sont régulièrement meurtriers. En , un ancien trafiquant est abattu dans le sud du quartier, probablement dans le cadre d'une compétition, son avocat accusant des « jeunes qui sont très pressés, qui peuvent tuer pour quelques euros et qui n'ont peur de rien et de personne »Nice : le « petit prince » de l'Ariane abattu de trois balles sur nice.maville.com, le 25 décembre 2008. Ces fusillades ont également produit des victimes collatérales, comme le policier Georges Janvier, tué par une balle perdue le lors d'une rixe entre jeunes maghrébins et gens du voyage, ou une éducatrice tuée par des « tirs de joie » quelque temps auparavantA Nice, lundi soir, un policier a été tué lors d'une rixe entre jeunes sur Libération, le 4 janvier 1995.

Pour lutter contre la petite délinquance ou l'insécurité du quotidien, l’État a mis en place en 2021 une patrouille de prévention, constituée d'éducateurs spécialisés en protection de l'enfance et de médiateurs chargés de résoudre les conflits. Active la nuit et les week-ends, la patrouille rencontre de jeunes habitants du quartier, notamment dans le but d'éviter leur « recrutement » par des trafiquants. En contrepartie de ces difficultés, ce quartier à l'identité affirmée présente un important réseau associatif et sportif, ainsi que de forts liens de solidarité entre les habitantsÀ Nice, avec le «bataillon» qui prévient la violence dans les cités sur Le Figaro, le 15 mars 2022.

Éducation vignette|Église Saint-Pierre de l'Ariane.