La guerre belgo-néerlandaise est un conflit qui oppose la jeune Belgique au royaume uni des Pays-Bas, puis aux Pays-Bas, entre 1830 et 1833. Elle fait suite à la révolution belge, qui débute le par de violentes émeutes à Bruxelles, avant de se généraliser à l'ensemble des Pays-Bas méridionaux.

Bien qu'il n'y ait pas de déclaration de guerre officielle, le conflit débute de facto le lors de l'épisode dit des « Journées de Septembre », lorsque les forces armées du royaume uni des Pays-Bas entrent en action en tentant de reprendre le contrôle de Bruxelles, mais aussi de Louvain. À la surprise générale, l'opération est mise en échec par les volontaires belges, accourus de partout pour défendre les différentes cités. Ils poursuivent ensuite les combats en harcelant l'armée et en la repoussant vers la nouvelle frontière entre la Belgique et les Pays-Bas selon trois grands axes : vers Anvers, dans les deux Flandres et dans le Limbourg. Dans le même temps, de nombreuses autres villes se révoltent et la quasi-totalité des places fortes situées dans les Pays-Bas méridionaux tombent aux mains des « Belges ».

De jure, la Belgique ne proclame son indépendance que le . Les batailles se poursuivent jusqu'à un armistice imposé le par les grandes puissances européennes rassemblées lors de la conférence de Londres. Toutefois, celui-ci n'est pas entièrement respecté et plusieurs escarmouches ont encore lieu, allant jusqu'à des incursions dans le territoire des Pays-Bas. Les forces royalistes occupent encore plusieurs positions stratégiques situées sur le sol belge, dont la citadelle d'Anvers et la forteresse de Maastricht.

Les combats reprennent le avec la tentative d'invasion menée par Guillaume Ier, le roi des Pays-Bas, afin de reconquérir ses terres lors de l'épisode de la campagne des Dix-Jours. La jeune armée belge récemment créée ne parvient pas à contrer l'offensive néerlandaise et ce n'est que grâce à l'intervention d'un corps expéditionnaire français que l'opération échoue.

La guerre se conclut le par la signature de la convention de Zonhoven mais il faut attendre 1839 et le traité des XXIV articles pour que la scission des deux royaumes soit acceptée et entérinée par Guillaume .

Contexte Naissance du royaume uni des Pays-Bas Après la révolution française de 1789, les troupes révolutionnaires de la Première République envahissent, entre autres, le Benelux actuel (composé grosso modo des Pays-Bas autrichiens, de la principauté de Liège et des Provinces-Unies). Les territoires sont intégrés à ce qui devient rapidement le Premier Empire français sous Napoléon Bonaparte qui y créé des départements, notamment les neuf départements réunis qui forment les territoires de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas.

Toutefois, après de la défaite française lors de la bataille de Waterloo le , l'Empire est démembré et les puissances européennes victorieuses (Royaume-Uni et Prusse en tête) décident de créer un nouvel État sur les anciens territoires conquis par la France. Celui-ci devra être assez puissant pour contrer les éventuelles nouvelles ambitions françaises sans toutefois dépasser la puissance des états vainqueurs. Ils choisissent donc de regrouper les anciens différents territoires sous une monarchie dont le souverain sera Guillaume Ier de la maison d'Orange-Nassau.

Le , le congrès de Vienne ratifie la création du royaume uni des Pays-Bas.

Révolution et indépendance belge

Cependant, le mariage entre belges, luxembourgeois et néerlandais ne se passa pas comme prévu. Les deux premiers, majoritairement catholiques, se sentirent opprimés par les « hollandais » majoritairement protestants, notamment sur le plan politique, alors qu'ils représentaient la majorité de la population. De nombreuses discordes virent le jour, révélant de profondes disparités entre les deux peuples.

Le contexte révolutionnaire est également présent à l'étranger : la Grèce vient de se révolter contre l'Empire ottoman et d'obtenir son indépendance le . Plus proche, en France les 27, 28 et 29 eurent lieu les « Trois Glorieuses », révolution qui remet au pouvoir Louis-Philippe Ier dans ce qui sera appelé la monarchie de Juillet.

En Belgique, l'étincelle qui met le feu aux poudres a lieu le à Bruxelles, lorsque des émeutes éclatent après la représentation de la pièce de théâtre la Muette de Portici de Daniel-François-Esprit Auber au théâtre de la Monnaie, le jour du cinquante-neuvième anniversaire du roi Guillaume Ier. En effet, cette pièce met en scène plusieurs protagonistes lors de la révolte de la république de Naples contre le joug espagnol en 1647. La petite république gagna son indépendance face au grand royaume. Il n'en fallut pas plus pour attiser la foule et les premières émeutes dans la capitale, puis bientôt dans d'autres villes belges.

Après les premiers combats et le début de la guerre, l'indépendance de la Belgique est proclamée le par le gouvernement provisoire. Après un premier plan de partage rejeté, l'indépendance du nouveau pays est reconnue par la conférence de Londres le de la même année.

Chronologie

1830

Préludes

vignette|L'arrivée du Corps franc liégeois à Bruxelles le , mené par Charles Rogier. vignette|Combats à Diegem le , en prélude des Journées de Septembre. Entre le moment où la révolution belge débute, le par les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, et la véritable militarisation du conflit avec des Journées de Septembre, plusieurs escarmouches ont lieu entre les « Belges » et les « Hollandais », avant les premiers engagements officiels des forces armées du royaume uni des Pays-Bas. Des manœuvres militaires d'envergure ont lieu, préparant les futurs affrontements. Parmi eux : : Les émeutes de Bruxelles de la veille continuent et se propagent en province, marquant le début de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux.

Herstal : Des barricades sont érigées sur la route de Maastricht à Herstal, par Jean-Lambert Sauveur. Vilvorde : Les deux fils du roi des Pays-Bas, Guillaume Ier, les princes Guillaume et Frédéric d'Orange-Nassau, installent leur campement, accompagnés d'une armée de issus majoritairement de la afdeeling d'infanterie en garnison à Anvers et de plusieurs batteries d'artillerie légère de la garnison de Bréda, dans le but d'éventuellement reprendre le contrôle de Bruxelles.

Les premiers détachements du futur corps franc liégeois de 1830 s'arment et quittent Liège en direction de Bruxelles. Bien d'autres corps francs de volontaires se formeront un peu partout dans les Pays-Bas méridionaux, soit pour regagner Bruxelles, soit pour s'engager dans les combats locaux. Louvain : la population de la ville tente de prendre le contrôle de la caserne militaire. Des fusillades s'ensuivent avec la garnison et la schutterij, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés. La garnison finit par évacuer Louvain et les bourgeois « belges » prennent le contrôle du conseil de Régence de la ville. : Première tentative des habitants de Mons de s'emparer des portes de l'enceinte de la ville, gardées par les soldats. : Le fort de Huy est pris par la garde bourgeoise de la cité. vignette|Le colonel Walraven Elias Johan van Balveren, commandant les hussards du .

Alost : À la demande du gouverneur de la province de Flandre-Orientale, , qui craint une révolte populaire dans la ville, des renforts militaires arrivent, composés d'un bataillon d'infanterie de la Afdeeling dirigé par le lieutenant-colonel Schenofski et renforcés dès le lendemain par trois escadrons du régiment de hussards, le sous les ordres du colonel Walraven Elias Johan van Balveren, venus de Tournai et composés d'un grand nombre de Belges. Ce qui représente, en tout, près de supplémentaires. Ath : Premiers accrochages entre partisans belges et militaires.

Maastricht : le général arrive dans la forteresse de Maastricht pour prendre le commandement militaire de la région. Mons : début des combats de Mons, au moment où le général Otto Christopher von der Howen est envoyé dans la citadelle de Mons pour reprendre le contrôle des troupes du roi. Namur : le général déclare l'état de siège depuis la citadelle de Namur. : deux patrouilles de reconnaissance belges accrochent les forces royales à Tervuren et à Vilvorde. : À Liège, le fort de la Chartreuse est pris par la garde urbaine liégeoise. : Les gardes en faction à la porte de Schaerbeek aperçoivent des cavaliers hollandais patrouillant autour de l'enceinte de Bruxelles. Aussitôt, la garde bourgeoise de Bruxelles effectue une sortie et accroche les hommes du régiment de dragons légers de l'armée. Les combats se poursuivent aux alentours de Diegem et d'Evere où les grenadiers venaient établir un campement. On dénombre deux morts et plusieurs blessés côté belge.

Diegem : Un détachement belge attaque la position des chasseurs à cheval et des tirailleurs dès . Après toute une journée d'escarmouches, le commandant hollandais, le baron van Coehoorn, lance une charge militaire avec un escadron de lanciers et disperse les Belges, faisant une centaine de prisonniers. On compte et dans les rangs des patriotes. Oreye : La garde urbaine liégeoise et la garde communale ralliée à la cause, lancent une attaque sur les positions hollandaises stationnées dans le village, un point de passage stratégique sur la route qui relie Liège à Bruxelles via Saint-Trond, Tirlemont et Louvain. , sous le commandement du Major François-Joseph Mathot, ancien capitaine de la maréchaussée royale, attaquent les hommes du colonel Monhemius, commandant du de la afdeeling. Ils font entre dans le camp adverse selon les sources ainsi qu'une vingtaine de prisonniers et en profitent pour s'emparer des armes et des munitions. On compte un mort et plusieurs blessés dans les rangs liégeois. Zellik : Une fusillade a lieu entre les hussards du colonel Van Balveren, cantonnés à Asse et un détachement de Belges, sortis par la porte de Flandre avec trois pièces d'artillerie. L'opération fait deux morts dans les rangs belges.

Journées de Septembre

vignette|Les combats du parc de Bruxelles sur une toile de Constantin Fidèle Coene. : début des Journées de Septembre, l'armée passe à l'action à Bruxelles et en province. Bruxelles : début des Quatre Jours de Bruxelles, l'armée du Prince d'Orange qui campait à Vilvorde, attaque la ville qui s'est barricadée et résiste avec le soutien de nombreux renforts venus de province. Les combats font et . Louvain : début des combats de Louvain, lorsque la ville est attaquée par les troupes du général Ghisbert Martin Cort Heyligers. vignette|Les troupes « hollandaises » quittant Bruges le .

Ath : Chute de la citadelle d'Ath, le jour de l'arrivée du colonel hollandais , venu rétablir le pouvoir royal alors qu'au même moment, Louis de Potter passe par la ville, en chemin vers Bruxelles. Cela galvanise les partisans locaux qui s'emparent de la place forte, avec, à leur tête, Édouard Duval de Beaulieu de Blaregnies, Louis-Joseph Hotton et Jacques Van der Smissen. Cela marque la fin de la révolte de 1830 à Ath. Bruges : Retrait de la garnison de la ville après la révolte des citoyens. Bruxelles : fin des Quatre Jours de Bruxelles à la suite du repli des forces du Prince d'Orange, qui évacuent le parc de Bruxelles, où elles sont arrêtées par les volontaires belges. Vilvorde : le commandant de la prison, Gérard Boon, la remet au gouvernement provisoire de Belgique. vignette|Évacuation de l'armée vers Flessingue, depuis le port d'Ostende le .

Tournai : Début des combats de Tournai. L'armée royale évacue une partie de la province de Flandre-Occidentale par le port d'Ostende, en embarquant vers Flessingue.

Mons : La forteresse de Mons tombe aux mains des Belges, marquant la fin des combats de Mons.

Audenarde : les postes de garde sont attaqués par les bourgeois de la ville sous les ordres d'un boulanger local, Lieven Waelkens.