vignette|La « carotte », enseigne réglementaire. des bureaux de tabac en France.
Le tabac en France est à la fois une industrie, celle des produits à base de tabac, et un phénomène de société, le tabagisme, dont la dangerosité a fait un problème de santé publique.
L'histoire du tabac en France remonte au . En 2015, le tabac est le plus grand risque pour la santé et cause par année en France..
Histoire
vignette|Ancienne publicité murale pour le tabac.
En 1560, l'ambassadeur de France (François II) au Portugal, Jean Nicot, attribuant au tabac des vertus curatives, envoie de la poudre de cette plante à la Reine Catherine de Médicis., afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le traitement ayant eu du succès, le tabac devint ainsi « l'herbe à la Reine ». Sa vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. Pour honorer Jean Nicot, le duc de Guise proposa d'appeler cette herbe nicotiane. Cette proposition fut retenue par le botaniste Jacques Daléchamps qui dans son livre Histoire générale des plantesGallica au chapitre « Du Petum ou Herbe à la Reine » l'illustre d'une gravure intitulée Nicotiane ou Tabacum, terminologie reprise ensuite par Linné pour créer son binôme.. La plante reçut de très nombreux noms parmi lesquels on peut citer « nicotiane », « médicée », « catherinaire », « herbe de Monsieur Le Prieur », « herbe sainte », « herbe à tous les maux », « panacée antarctique » et finalement « herbe à ambassadeur ».
C'est à la fin du qu'apparaît le mot « tabac » : la première illustration botanique en est donnée par Nicolas Monardes en 1571. En 1575, André Thevet donne un « pourtrait de l'herbe Petum ou Angoulmoisine » dans sa Cosmographie universelle (t II, livre XXI, chap VIII).
À la même époque est publié un des premiers traités sur le tabac, vu alors comme une plante médicinale : L'instruction sur l'herbe petum (1572) par Jacques Gohory.
Le cardinal de Richelieu instaure une taxe sur la vente de tabac en 1629.. Colbert fit de sa production et de son commerce un monopole royal et à l'époque la production nationale est la plus développée d'Europe, avec des plantations dans l'Est, le Sud-Ouest, ainsi que dans les 4 îles des Antilles les plus peuplées : Saint-Christophe, Martinique, Guadeloupe et Saint-DomingueTobacco in History: The Cultures of Dependence.
Ainsi que l'a écrit le chevalier François de Labat, dit chevalier de Vivens, dans son livre Observations sur divers moyens de soutenir et d'encourager l'agriculture principalement dans la Guyenne paru en 1756 : « La culture du tabac était établie en France, il y avait près d'un siècle, comme nous l'avons déjà dit. Un particulier de Clairac, vers l'année 1630, la porta de l'Amérique dans son pays ; il fut le premier qui cultiva & fabriqua le tabac dans ce royaume pour en faire du revenu. » (page 32). La date communément retenue pour cette première exploitation systématique du tabac est 1637. C'est en effet dans ces années-là qu'apparaissent les premières mentions du tabac (ou thobac) dans les contrats de métayage et dans les accords commerciaux rédigés à Clairac.
Le tabac connaît un succès vif et rapide au . Ainsi, Molière ouvre sa pièce Dom Juan ou le Festin de Pierre par une tirade de Sganarelle sur le tabac :
vignette|Jeune plante de tabac.
À la demande de Louis XIV, Colbert établit un « Privilège de fabrication et de vente » en 1674, l'année de la création de la Compagnie du Sénégal. Les premières manufactures des tabacs sont fondées à Morlaix, Dieppe et Paris. Le privilège est d'abord concédé à des particuliers dont le premier est Madame de MaintenonThe making of New World slavery: from the Baroque to the modern, 1492-1800 qui le revend, puis à la seule Compagnie des Indes, au moment où celle-ci doit se retirer du commerce du sucre, relevant alors directement du roi et des ports qu'ils souhaitent favoriser.
La culture du tabac devient un monopole et rapidement les gouvernants voient les rentrées d'argent qu'ils peuvent espérer des taxes sur le tabac. Ces taxes augmentent le prix de vente, tandis que la recherche d'un bénéfice rapide dicte un faible prix d'achat aux planteurs, à une époque où les rois souhaitent remplacer la culture du tabac aux Antilles par celle du sucre, beaucoup plus rentable, à l'image de ce qui s'est passé sur l'île de la Barbade britannique. Plus que le monopole, c'est la stratégie de prix de vente et d'achats qui modifie alors en profondeur la production mondiale de tabac.
La contrebande se développe sur les côtes, en particulier sur l'île de Noirmoutier, et le nouveau monopole doit installer des acheteurs dans les ports d'Amsterdam et Liverpool, pour acheter le tabac des Antilles françaises, puis le tabac de Virginie, beaucoup moins cher, auquel les consommateurs prennent goût, et qui prend son essor.
vignette|Un champ de tabac (aux États-Unis).
Les planteurs de Virginie commencent à importer des esclaves grâce à la Compagnie royale d'Afrique, créée en 1672. En trente ans, les importations françaises font plus que tripler, passant de 20 % à 70 % de la consommation intérieure de tabac. La Virginie représente à elle seule 60 % des importations françaises. En échange, la monarchie anglaise tente d'empêcher les raids de flibustiers anglais sur les îles à sucre françaises. Cette politique subit cependant un coup d'arrêt à la fin du siècle lorsque les taxes sur l'exportation du tabac anglais augmentent de 150 %. En 70 ans, elles quadruplent, mais sans gêner encore la position dominante déjà acquise sur le marché. Le port de Londres, qui a le monopole d'importation depuis 1624, a les moyens de rendre cette filière compétitive.
Dès le milieu du , la colonie de Virginie contrôle l'essentiel du marché mondial. L'autre grand producteur est la colonie voisine du Maryland, également soutenue par la maison Stuart. Afin de maîtriser les flux, la culture du tabac est prohibée dès 1719 dans toute la France, avec des condamnations qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort. Exceptions : la Franche-Comté, la Flandre et l'Alsace. Elle le reste jusqu'en 1791. En 1809, Nicolas-Louis Vauquelin, professeur de chimie de l'École de médecine de Paris, isole un principe actif azoté des feuilles de tabac. La nicotine, quant à elle, est identifiée quelques années plus tard. La cigarette est introduite en France vers 1825.
Dans le calendrier républicain français, le du mois de Messidor est dénommé jour du tabacPh. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République française, ..
À la fin du apparait un « tabac désintoxiqué », produit selon la « méthode Gérold », que les médecins suisses disent bien promouvoir, mais pas avant Correspondance « À propos du tabac désintoxiqué », Bulletin général de thérapeutique médicale, chirurgicale, obstétricale et pharmaceutique 1902, n° 143. - Paris : Doin, 1902. voir p. 635 faisant suite à un article du Bulletin général de thérapeutique médicale, chirurgicale, obstétricale et pharmaceutique 1902, paru le 15 mars 1902. - Paris : Doin, 190. M Bielefeld, 6 rue Thimonnier à Paris est présenté en 1902 comme l'un des premiers consommateurs de ce tabac en France et comme susceptible d'en citer des fournisseurs. On vend aussi des pipes et fume-cigares désintoxiquants. Au début du , à Lons-le-Saunier le docteur Parant crée et vend un « tabac dénicotinisé »Dr. Parant, Dénicotinisation et désintoxication scientifiques du tabac ; imprimerie E. Rubat Du Mérac & cie, 1904 - 84 p. dont il faisait des cigares et du tabac à pipe et à cigarette, mais selon un journal français de l'époque, Journal des débats politiques et littéraires, 1910/08/04, N°214) (Numéro 214 avec Gallica.
Alors que de la nicotine et des extraits de tabac (décoction, extraits de fumée) utilisés comme médicaments ont commencé à tuer des patients ou des animaux lors d'expérimentations animales, et après qu'on a commencé à la fin du à prouver qu'il existe une accoutumance et une dépendance au tabacLaurent, Le Nicolinisme, 1893 Mohio, Article : Tabac in Nouv. Dict. de Méd. et Chir. pratiques , quelques médecins commencent à étudier scientifiquement le tabagisme. On étudie d'abord ses effets sur la digestion avec par exemple une première thèse de médecine produite en 1894 par KohosKohos, thèse de médecine ; De la dyspepsie tabagique. Th. Paris, 1894;. En 1894, la thèse de médecine du Dr Chéreau s'intéresse aux effets du tabac sur la gorge et la voixChéreau, Sur quelques cas d'aphasie transitoire chez les fumeurs. Th. Paris, 1894 avant que celle du Dr Pellet en 1897Pellet, thèse de médecine, Les effets du tabac sur l'organisme. Th. Montpellier,(1897) puis celle de Jaucent en 1900Jaucent, thèse de médecine ; Le tabac, étude historique et pathologique. Th. Paris, 1900 ne s'intéressent aux effets généraux du tabac et de ses extraits sur l'organisme et ses fonctions. Les travailleurs de l'industrie du tabac semblent également affectés, au point qu'en 1901, l'office du travail le considère comme un des poisons industrielsOffice du travail, Ministère du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes, Poisons industriels Ed:Office du travail, Ministère du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes, Impr. Nation., 1901, 449 pages et 5 ans après, le Dr Amouroux et Prieur étudient respectivement certains de ses effets cancérigènesAmouroux, Étude expérimentale, sur l'athérome tabagique. Th. Toulouse, 1906 et cardiovasculaires (1906)Prieur, Thèse de Médecine Le tabac et l'appareil vasculaire. Th. Paris, 1906. Trois ans plus tard, sur de solides bases expérimentales et cliniques la thèse du Dr Abel Gy (en 1909) complète leur travailAbel Gy (né le 20 sept 1877), thèse de médecine : Le tabagisme, étude expérimentale et clinique, , faculté de médecine de Paris., avec de quoi inquiéter ou préoccuper le monde médical quant aux effets de la toxicité du tabac qui semblent pouvoir négativement affecter la totalité des organes après un temps plus ou moins long. voire à mettre en question sa cultureVilmorin, Le tabac devant la Régie, Bulletin de la Société nationale d'agriculture de France, janvier 1907..
Culture du tabac La culture du tabac en France est en baisse depuis les années 1950. En 1950, produisaient du tabac ; au tournant des années 1970, exploitaient encore et produisaient près de . Le nombre d'agriculteurs cultivant du tabac est passé de à de 2010 à 2014., puis à 670 en 2018.
La France connait un déclin continu de sa production de tabac depuis les années 1950 et n'a plus de filière transformation depuis 2019, ni de fabrication de produits du tabac depuis 2017..
En 2024, la France a produit de tabac brut sur une superficie de , contre sur en 2019 ; c'est le de l'Union européenne après l'Italie, la Pologne, l'Espagne, la Grèce, la Croatie, la Hongrie et la Bulgarie.. La profession est organisée autour de cinq coopératives, pour un chiffre d'affaires estimé à moins de 30 millions d'euros en 2018 ; à titre de comparaison, la valeur de la production agricole française était de 74,6 milliards d'euros en 2020..
Les cinq coopératives sont regroupées dans les lieux historiques de production : pour le Sud-Ouest, Périgord Tabac, Tabac Garonne Adour et Midi Tabac, pour le Grand-Est, Tabac Feuilles de France et, en Isère, la plus petite des cinq, la Dauphinoise. En France sont désormais cultivés principalement le Burley et le tabac de Virginie, les producteurs, pour faire face à la concurrence internationale, visant des marchés de niche plus valorisés comme le narguilé, qui nécessite un tabac de Virginie sucré, et un marché encore dynamique, le cigare et le tabac à rouler.