Le manoir d'Hainneville est une demeure du remaniée au , située dans le quartier de Hainneville, sur la commune française de Cherbourg-en-Cotentin, dans le département de la Manche, en région Normandie. Propriété de la commune depuis 1995, il est entouré d'un parc paysager ouvert au public.
Localisation
Le manoir se trouve rue Albert-Mahieu, dans le quartier de Hainneville, une ancienne paroisse puis commune rattachée à Équeurdreville en 1965. La commune d'Équeurdreville-Hainneville a elle-même fusionné avec Cherbourg-Octeville et trois autres communes en 2016 pour former Cherbourg-en-Cotentin.
Description
Le manoir se compose d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage unique, coiffés d'une toiture en schiste ornée de sept souches de cheminées. La façade principale, de composition classique, s'ouvre par de grandes baies à linteaux droits disposées de part et d'autre d'un avant-corps central. Ce dernier est couronné d'un fronton triangulaire percé d'un oculus et précédé, à l'étage, d'une porte-fenêtre ouvrant sur un balcon à garde-corps en fer forgé.
L'accès au rez-de-chaussée surélevé se fait par un escalier à double volée, en forme de U, muni d'un garde-corps en ferronnerie. Derrière cet escalier subsistent des meurtrières, dont la présence pourrait témoigner d'un état plus ancien de l'édifice, antérieur à la reconstruction de 1650. À gauche de l'escalier figure un fronton triangulaire sculpté d'un écu entouré de motifs végétaux de style Renaissance.
La cour d'honneur se referme sur une entrée en demi-lune flanquée de deux pavillons coiffés d'un toit à quatre pans, dont l'un servait autrefois de remise pour les voitures attelées. La façade arrière, prolongée par deux ailes en retour, ouvre sur une terrasse à balustrade ajoutée au , qui domine le parc.
Le parc
Le manoir est entouré d'un parc paysager d'environ 1,5 hectare, aménagé en lieu de promenade après le rachat communal de 1995. Une prairie centrale, traversée d'allées, met en valeur la bâtisse depuis un parvis pavé bordé de gradins en amphithéâtre.
Le parc conserve des arbres d'essences locales, comme des érables, des tilleuls et des aubépines, aux côtés d'espèces exotiques introduites au , dont l'arbre aux mouchoirs (Davidia involucrata) et l'arbre à sucre (Cercidiphyllum japonicum). Chaque arbre remarquable est signalé par un anneau gravé portant ses caractéristiques, et un jeu de piste invite les visiteurs à découvrir l'histoire du site. Le parc accueille également, depuis le printemps, des spectacles de rue, notamment dans le cadre de la manifestation « Passeurs du soir ».
Toponymie
Le nom de Hainneville apparaît pour la première fois en 1030 sous la forme Hainevilla, dans la charte de fondation de l'abbaye Saint-Sauveur-le-Vicomte. Les documents ultérieurs livrent des graphies voisines : Henevilla en 1090, Hanevilla en 1163, Henneville en 1331, Haineville en 1467, Hayneville en 1490. La carte de Cassini, dressée entre 1753 et 1785, retient la forme Henneville, qui coexiste avec Hainneville jusqu'au milieu du , époque à laquelle cette dernière s'impose définitivement.
Le second élément, -ville, vient du latin villa et désigne un domaine rural. Il est précédé d'un nom de personne, Hainne-, dont l'origine a fait l'objet d'hypothèses divergentes. Une filiation scandinave a été avancée, qui rattacherait le toponyme au prénom nordique Högni et à un domaine attribué lors de la colonisation viking du duché. La forme la plus ancienne attestée, Hainevilla, et l'évolution phonétique du nom orientent cependant plutôt vers un nom de personne d'origine germanique continentale, Hagino (au féminin Hagina), interprétation retenue par la plupart des toponymistes en l'absence de forme antérieure permettant de trancher définitivement en faveur de l'hypothèse scandinave.
Histoire
Les seigneurs de Hainneville (XIe siècle – 1345)
Une église existe à Hainneville dès la fin du . Son patronage est donné à l'abbé de Saint-Sauveur par Néel II, baron et vicomte de Saint-Sauveur, qui fonde l'abbaye Saint-Sauveur-le-Vicomte en 1080. Néel II, qui avait pris part à la révolte des barons normands défaite à la bataille de Val-ès-Dunes en 1047 avant de rentrer en grâce, confirme vers 1090 aux moines de Saint-Sauveur la possession d'une charruée de terre à Hainneville, de la dîme de la paroisse et de l'église elle-même.
La seigneurie passe ensuite par alliance à la famille Taisson : vers 1165, Jourdain Taisson, devenu baron de Saint-Sauveur par son mariage avec Léticie, nièce et héritière de Roger II, est également qualifié seigneur de Hainneville. À la mort de son fils Raoul Taisson vers 1213, l'héritage est partagé entre ses trois filles : l'aînée, Pernelle, épouse de Guillaume Painel, reçoit les fiefs de Percy et de Hainneville. Un état des fiefs de Normandie dressé sous le règne de Louis IX confirme que Guillaume Painel tient alors le fief de Hainneville, réuni à celui de Tréauville, en dépendance de la baronnie de Saint-Sauveur.
Au milieu du , Jean de la Roche-Taisson, seigneur de Hainneville, s'allie à Godefroy d'Harcourt, sire de Saint-Sauveur, dans une attaque armée contre l'évêque de Bayeux. La révolte est réprimée par le roi Philippe VI : les complices de Godefroy d'Harcourt sont exécutés en mars 1344 et leurs biens confisqués, dont la seigneurie de Hainneville possédée par Jean de la Roche-Taisson.
Le fief des abbés du Mont-Saint-Michel (1394-1650)
Sequestrées par les baillis royaux, les seigneuries de Hainneville et de Tréauville sont concédées à titre provisoire par Charles VI aux religieux du Mont-Saint-Michel, en compensation d'une fondation de messe quotidienne. Par une charte de mars 1465, Louis XI transforme cette donation provisoire en possession perpétuelle, en échange de rentes dues à l'abbaye par la couronne. Les abbés administrent la seigneurie par l'intermédiaire d'un sénéchal et d'un procureur ; un aveu rendu en 1547 mentionne notamment un litige sur une rente de froment réglé devant le sénéchal Clerc Gireult.
La reconstruction par les Gigault de Bellefonds (1650)
En novembre 1650, les religieux du Mont-Saint-Michel cèdent le fief de Hainneville à Louis Gigault de Bellefonds, seigneur de Brécourt par son mariage en 1624 avec Françoise Rozette, en échange d'un domaine situé près de Caen. Le nouveau seigneur trouve le manoir et son colombier en ruine ; leur reconstruction, adjugée la même année, s'élève à dix-neuf mille livres. La façade actuelle, de style classique, est ensuite remaniée par ses descendants jusqu'à la fin du et au début du .
Le XVIIIe siècle : procès seigneuriaux et raid anglais
Les successeurs de Louis Gigault entrent à plusieurs reprises en conflit avec les habitants de Hainneville au sujet de leurs droits seigneuriaux, notamment sur la mesure du boisseau de blé dû par les tenanciers. Un aveu de 1668 et une sentence arbitrale rendue à Rome en 1681 aboutissent à un compromis limitant certains de ces droits, dont celui de garenne. En 1753, Bernardin Jacques de Gigault, capitaine au régiment de Champagne, prend le titre de marquis de Bellefonds, bien que la terre de Hainneville n'ait jamais été érigée en marquisat. Nommé en 1740 capitaine des garde-côtes de Hainneville, il prend part le 8 août 1758 à la résistance opposée aux troupes britanniques débarquées près d'Urville, avant leur retraite vers Cherbourg ; les paroisses de Hainneville, Équeurdreville, Tonneville, Nouainville et Octeville sont pillées dans la nuit qui suit par les soldats anglais.
Alexandre Bernard Gigault de Bellefonds et la Révolution
Né au manoir en 1758, Alexandre Bernard Gigault de Bellefonds, fils de Bernardin Jacques, est capitaine de dragons au début de la Révolution. Il émigre, participe à la campagne de 1792 sous les ordres du prince de Condé, puis prend part à la chouannerie en Bretagne et en Basse-Normandie sous le pseudonyme de Bernard Lefranc. Le 7 juin 1795, il est grièvement blessé au visage par un coup de feu en protégeant un débarquement de munitions ; laissé pour mort, il est recueilli par un paysan des environs. Nommé colonel de l'armée royale en 1797 en raison de la gravité de ses blessures, il est présenté par plusieurs biographes locaux comme l'un des modèles possibles de l'abbé de la Croix-Jugan, personnage défiguré du roman L'Ensorcelée de Jules Barbey d'Aurevilly. Il se retire ensuite à Valognes puis à Marchesieux, où il meurt.
Du XIXe siècle à l'acquisition communale
En 1880, le manoir et ses vingt hectares de terres sortent de la famille Gigault de Bellefonds : ils sont vendus par un descendant sans postérité, Bernardin Prosper Hignard, à Paul Armand de Pasquier, vicomte de Franclieu. La propriété change ensuite plusieurs fois de mains, passant notamment par les familles Coupey, Houlgatte et Martin, puis par une entreprise de génie civil.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le manoir est occupé par l'armée allemande, puis par les troupes américaines après la libération de Cherbourg. En 1995, la commune d'Équeurdreville-Hainneville rachète le manoir et son parc. Des travaux de restauration sont menés depuis, portant notamment sur la charpente, la toiture en schiste et les huisseries.
Depuis sa création en 2002, l'association ADEPH (Association pour la défense de l'environnement et du patrimoine hainnevillais) contribue à la connaissance et à la valorisation du site, notamment par la publication semestrielle des Cahiers d'Hainneville.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Liste des monuments historiques de la Manche Cherbourg-en-Cotentin Jules Barbey d'Aurevilly
Liens externes
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