La sexualité des personnes autistes, ainsi que leur vie de couple, et leur parentalité, diffèrent souvent de la norme hétérosexuelle observée chez les personnes neurotypiques, notamment en raison d'une expression et d'un vécu différents de la sensorialité et des émotions. Cela préoccupe souvent les personnes autistes, leurs parents et leurs proches. C'est pourquoi la sexualité fait l'objet de discussions au sein de la communauté autiste, et de quelques études de la part de la communauté scientifique. Ces études montrent qu'une vie sexuelle avec un partenaire leur est souvent rendue difficile, voire inaccessible, ..
Les études montrent aussi une fréquence plus élevée des relations homosexuelles, de l'asexualité, et des paraphilies chez les personnes autistes par rapport à la population non-autiste, et soulignent le besoin de travaux de recherche plus approfondis. Les personnes autistes sont statistiquement nettement plus vulnérables au risque d'abus ou d'agressions sexuelles, et donc de stress post-traumatique que la moyenne de la population générale.
Une connaissance encore émergente et incomplète
Comme pour le handicap en général, les personnes autistes ont souvent été considérées par la société, voire par leurs proches, comme asexuelles ou n'ayant pas ou peu de besoins sexuelsAltermath V, Bury R et Rouvinez A (2016) Quelle est la satisfaction sexuelle ressentie par les personnes Asperger à l'âge adulte, et quels sont les facteurs qui influencent la satisfaction ? Travail présenté à la Haute école de travail social et de la santé - EESP - Lausanne, Bachelor of Science HES-SO en ergothérapie.. Bien que l'asexualité soit plus fréquente que la moyenne chez les personnes autistes, toutes ne sont pas asexuelles.
Les sujets de la sexualité, de l'épanouissement sentimental, de la santé sexuelle, de l'éducation sexuelle et plus généralement de l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) préoccupent les parents d'enfants autistes, qui ne savent pas toujours comment et quand l'aborder dans la communication parent-enfant sans jugement et sexuellement inclusives, particulièrement pour les parents d'enfants dont les troubles du spectre autistique sont associés à des déficits profonds de cognition, d'habileté sociale, de communication, de motivation.. Les discussions sur la santé sexuelle et reproductive sont souvent difficiles pour les prestataires de soins de santé, les éducateurs, les proches aidants et les familles. Ceci fait que beaucoup d'adolescents et jeunes adultes autistes alors qu'ils sont généralement tout aussi susceptibles d'être sexuellement actifs que leurs pairs neurotypiques.. En France, les « centres ressources autisme » (CRA) disposent de guides, jeux et matériels pédagogiques utiles avec des langages et des images clairs et concis, appropriés à diverses classes d'âge et niveaux cognitifs.
Selon une revue d'études publiées par Giorgia Salaa en 2019, la plupart des travaux ayant porté sur ces sujets .. En outre, comme les études sur l'autisme ont d'abord et surtout porté sur les enfants, il reste difficile de bien explorer, qualitativement, les expériences sexuelles des adultes autistes ou même leurs expériences de proximité émotionnelle, d'affection physique non sexuelle, romantique ou d'amitié (ce qui serait important, pour adapter l’éducation sexuelle et affective au spectre de l'autisme, et en raison d'enjeux de santé sexuelle et reproductive).G. Sala, M. Hooley, M.A. Stokes (2020) Intimité romantique dans l'autisme: une analyse qualitative Journal of Autism and Developmental Disorders, 50 (11), p. 4133-4147 |doi=10.1007/s10803-020-04377-8 .
La plupart de ces études concernent des pays dits occidentaux ; certaines ont des réponses faites par des parents ou un personnel d'encadrement et d'autres contiennent des questions formulées inadéquatement pour la logique d'un autiste. Certains questionnaires sont construits avec des autistes pour éviter ce dernier problème..
Selon les statistiques disponibles qui concernent surtout des hommes (les femmes étant sous-diagnostiquées), dans le contexte occidental du premier quart du siècle, pour une personne autiste, les premières expériences amoureuses ou sexuelles ne se concrétisent généralement qu'après 18 ans ou tardivement ; les expériences de vie sexuelle et de couple durent moins longtemps, et ont plus de risques d'être jugées insatisfaisantes.. Et les autistes (femmes notamment) sont bien plus à risque que la moyenne d'avoir été victimes d'abus ou de violence (y compris de viols et autres violences sexuelles) dans leur enfance et/ou adolescence, que ce soit dans leur famille, à l'école, dans leur travail, leur couple, en institutions, etc.).
Des besoins de recherche plus approfondie, et de services cliniques adaptés sont nécessaires pour garantir que les personnes avec TSA (adolescents notamment) voient leurs besoins informationnels satisfaits, pour qu'ils soient - autant que possible - en mesure d'éviter les risques liés à la sexualité, et pour qu'ils puissent développer une sexualité saine et gratifiante lors de leur transition vers l'âge adulte puis leur vie durant..
Richesse fantasmatique L'imaginaire, la fantaisie et les préférences sexuelles incluant la définition des rôles sont plus ou moins traduits en fantasmes sexuels sans nécessairement être exprimés dans ses comportements.
Selon la psychologue et sexologue Isabelle Hénault, qui écrit en 2010 avant la disparition du syndrome d'Asperger, les personnes semblent avoir une richesse fantasmatique importante, mais éventuellement différente de celle de la population générale, probablement en raison de sensorialités spécifiques, et également en raison de besoins psychiques propres au spectre de l'autisme. L'imaginaire peut aussi être alimenté par des images ou histoires à caractère érotique ou pornographique, et une richesse particulièrement élevée peut faire partie des mécanismes compensatoires aux difficultés relationnelles et de contact. Parfois, la situation fantasmée peut être plus importante que ses connotations homosexuelles ou hétérosexuelles.
Importance et fréquence des comportements sexuels Les données statistiques documentant ces items sont assez rares, et en outre limitées à une période récente et à quelques pays de culture occidentale.
La recherche a montré qu'., et que les personnes autistes expriment un niveau d'intérêt pour les relations amoureuses et romantiques équivalent à celui exprimé par les non autistes, selon Hancock . et Strunz ..
À titre d'exemples : une étude en 2016 a porté sur un panel de 184 adolescents et jeunes adultes, de 15 à 39 ans, diagnostiqués dans l'enfance autistes à des degrés de fonctionnement faible à élevé ; presque tous montraient un intérêt sexuel pour le sexe opposé.. selon Isabelle Hénault, les personnes autistes connaissent le même développement de caractères sexuels secondaires mais, plusieurs études ont montré que cette puberté est généralement plus précoce que dans la population générale. Par exemple, une étude longitudinale montre que les adolescents autistes entrent en puberté plus tôt que leurs pairs non autistes, un décalage qui peut rendre cette période particulièrement difficile en raison de leur sensibilité accrue aux changements corporels et de leur faible tolérance générale au changement. Le rythme pubertaire est en outre plus rapide chez les jeunes garçons autistes, ce qui les expose souvent à des défis psychologiques, sociaux et physiologiques accrus.. Les règles sont également, en moyenne, plus précoces chez les adolescentes autistes que chez les filles non-autistes .. Pour la personne autiste, la puberté et ses spécificités sensorielles (croissance, modifications hormonales, émotionnelles et corporelles, érogénicité accrue, premières règles et premières éjaculations, nouvelles odeurs corporelles) peuvent être vécues comme envahissantes ou désorganisantes, notamment chez les filles ; avec aussi des troubles des comportements alimentaires (TCA)|prénom1=Bethany |nom1=Fearon |prénom2=Amy |nom2=Pearson |prénom3=Steven K. |nom3=Kapp |titre=Exploring the Social and Emotional Impact of Puberty and Adolescence on Autistic People Assigned Female at Birth (thèse) |date=2025-03-21 |issn=2573-9581 |doi=10.1089/aut.2024.0298 |lire en ligne=https://www.liebertpub.com/doi/abs/10.1089/aut.2024.0298 |consulté le=2025-12-29.. Les personnes autistes ont les mêmes besoins sexuels que les personnes neurotypiques, mais leurs difficultés de communication peuvent limiter les interactions amoureuses, induire des comportements inappropriés ou mettre fin plus tôt à une relation. Comme dans la population générale, certains médicaments peuvent négativement interférer avec la libido ou l'épanouissement sexuel ; toujours selon Isabelle Hénault. : outre la masturbation, les personnes autistes ont diverses pratiques sexuelles « comme les baisers profonds, les caresses et les contacts génitaux (…) » ; 34 % de ces personnes expérimentent ceci avec un ou une partenaire ; en 1997, Konstantareas et Lunsky trouvaient que parmi 15 adolescents et adultes autistes de différents niveaux, près de 26 % avaient des rapports sexuels et 46 % s'adonnaient à des caresses sexuelles et des baisers profonds. Selon , de 40 à 80 % des adolescents autistes ont une activité sexuelle, soit un peu moins que dans la population générale (40 à 80 %). Cependant seuls 1 à 33 % des hommes autistes et 4 à 17 % des femmes autistes déclarent avoir déjà eu au moins une relation sexuelle complète.
Parmi les spécificités liés à l'autisme, l'hypersensibilité tactile peut empêcher les caresses ou pénétrations en les rendant désagréables à douloureuses alors que l'hypo-sensibilité d'un ou plusieurs sens peut pousser à des comportements apparaissant excessifs pour les autres.
Différences selon le sexe
Une méta-analyse menée en 2016 autour de cette question permet de recenser 27 études, mettant en évidence une meilleure compréhension de ce qu'est la sexualité chez les femmes autistes par comparaison aux hommes autistes, mais aussi un plus grand nombre d'expériences sexuelles aversives que chez les hommes, qu'ils soient autistes ou non.
Les hommes autistes expriment en moyenne davantage de désir et d'engagement sexuel que les femmes autistes.
..
Hypothèse du cerveau masculin extrême Du point de vue de la sexualité, la théorie de Simon Baron-Cohen selon laquelle l'autisme serait une forme extrême du « cerveau masculin » ou « théorie de l'autisme du cerveau masculin extrême », théorie qui a été source d'une re-conceptualisation des différences psychologiques entre les sexes en termes d'empathie et de systématisation chez les personnes du spectre de l'autisme, n'est pas confirmée par les observations cliniques, lesquelles évoquent au contraire un modèle sexuel plus ambigu pour plusieurs traits sexuellement dimorphiques.
Il n'existe pas encore d'études sur une large cohorte ou incluant des pays très divers, mais à titre d'exemple :
en 2014, une étude a interrogé 50 adultes du spectre de l'autisme et d'intelligence située dans la fourchette moyenne, appariés à 53 témoins neurotypiques. Le questionnaire portait sur l'identité et le rôle du genre, la typicité de genre auto-perçue et la sexualité (Bem Sex-Role Inventory modifié + questions sur la sexualité et le genre conçues aux fins de l'étude). Dans le groupe TSA, la « masculinité » (ici mesurée par des critères d'affirmation de soi, de leadership et de compétitivité) était moins marquée que dans le groupe-témoin, chez les hommes comme chez les femmes. La typicité de genre auto-perçue ne différait pas selon le groupe, mais la figure du « garçon manqué » et la bisexualité étaient surreprésentées chez les femmes du groupe TSA. Une moindre libido a été signalée chez les deux sexes du groupe TSA, par rapport aux témoins. Cette étude a conclu à un modèle atypique de genre, semblant associé aux troubles du spectre autistique..