Évelyne Sullerot, née Évelyne Hammel le à Montrouge (Seine) et morte le à Paris, est une sociologue et militante féministe française, auteur de nombreux ouvrages sur la cause des femmes et la famille, et cofondatrice de l'ancêtre du mouvement français pour le planning familial.
Biographie Enfance et formation Issue d'une famille protestante, Évelyne Henriette Annie Hammel naît à Montrouge le . Elle est la fille du pasteur André Hammel et de Georgette Roustain. Elle est cousine de la résistante Elisabeth Rioux-Quintenelle et la petite-nièce de la féministe Louise Massebiau-Compain..
Au début de l'année 1942, alors lycéenne à Uzès, elle se fait arrêter par la police de Vichy pour « propagande antinationale et propos hostiles au chef de l'État ». Libérée et revenue en zone occupée, elle entre ensuite dans la résistance à l'OCMJ (Organisation civile et militaire des jeunes), travaille dans le Réseau Charles Verny et soutient un maquis en Sologne.
(Témoignage, 2 février 1999)..
Au décès de sa mère d'une crise d'asthme, elle doit élever ses frères et sœurs, après 1943.
Enseignante Évelyne Sullerot fait ses débuts comme enseignante (1947-1949).
Bande dessinée Au début des années 1960, avec Francis Lacassin, Alain Resnais et bien d'autres, elle fait partie des membres du Club des bandes dessinées, groupe historique fondateur de la bédéphilie en France, dont elle est vice-présidente. Elle publie un essai à ce sujet et donne un cours sur la bande dessinée à l’Institut français de presse (1963-1968).
Sociologie Elle reprend ensuite des études en sociologie. Elle fait partie des pionnières de l'étude des discours destinés aux femmes dans la presse féminine. En 1963, elle publie ainsi La Presse féminine..
Elle réalise une thèse de doctorat à l'Institut français de presse (1965) sous la direction de Jacques Godechot. Elle est ensuite chercheuse au Centre d’études des communications de masse de l’École pratique des hautes études (1960-1963), chargée de cours à la faculté des lettres de Paris X Nanterre (1967), professeure à l’Université libre de Bruxelles (1966-1968), experte auprès de la Communauté économique européenne (1969-1992) et du Bureau international du travail (1970).
Évelyne Sullerot est la fondatrice et présidente des centres Retravailler (1974) pour faciliter le retour à l'emploi des mères de famille et à l'origine de la première méthode d'orientation professionnelle pour adultes.
De 1974 à 1984, elle est membre du Conseil économique et social, et membre de la commission nationale consultative des droits de l’Homme (1986-1999). En 1999, elle est élue membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section « Morale et sociologie ».En 2000, elle est promue commandeur dans l'ordre de la Légion d'honneurSon discours d'accueil est prononcé par Alice Saunier-Seïté Leurs deux allocutions sont en ligne sur le site de l'Académie des sciences morales et politiques., puis grande officière en 2010. Elle est ancienne membre de la Commission française de l’Unesco.
Combats Pour la cause des femmes En 1956, elle écrit à Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé après avoir lu le récit de celle-ci à l'Académie des sciences morales et politiques dans Le Monde, dans le but de fonder une association de sensibilisation à la contraception. Elles fondent l'association La Maternité heureuse en déposant les statuts le 8 mars de la même année à la suite de l'affaire Bac, et Évelyne Sullerot en devient la secrétaire générale (1955-1958). Cette association devient en 1960 le Mouvement français pour le planning familial. Mère au foyer, elle élève alors quatre enfants. Elle fait partie en 1969 des premiers membres de l'Association nationale pour l'étude de l'avortement.
Elle écrit par la suite de nombreux ouvrages féministes à succès, notamment Demain les femmes (1965), un best-seller, où elle développe le caractère historique de la condition féminine, qui n'a rien de naturel. En 1965, Évelyne Sullerot, en compagnie de Madeleine Guilbert, Marguerite Thibert, Gisèle Halimi, Colette Audry, Andrée Michel, participe au Mouvement démocratique féminin, sorte d’union de la gauche avant la lettre qui soutint la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1965 et voulait unir socialisme et féminisme. En 1967, elle donne à l'université Paris X Nanterre un cours sur les études consacrées aux femmes : de la génétique à la place des femmes dans la vie politique, en passant par la sociologie et le travail des femmes.
Elle se spécialise sur la question du travail des femmes. En 1968, par son rapport sur « L'emploi des femmes et ses problèmes dans la CEE », elle est à l'origine de la « directive européenne sur l'égalité de traitement entre hommes et femmes ». La même année, elle commence à proposer ses articles féministes à Marie Claire. En 1984, la CEE lui demande un rapport sur la diversification des choix professionnels des jeunes filles et des femmes dans lequel elle formule 80 « recommandations » dont 78 seront adoptées par le Conseil de l'Union européenne. En 2000, elle est élue présidente, puis présidente d'honneur de l'association « Population et Avenir », vice-présidente des « Associations familiales protestantes », vice-présidente de la « Fédération nationale des associations de prévention de la toxicomanie ».
Ses positions évoluent dans les années 1980. Elle prend position contre l'homoparentalité et le PACS. Dans son ouvrage intitulé Pilule, sexe et ADN, trois révolutions qui ont bouleversé la famille, Évelyne Sullerot écrit notamment au sujet de la révolution sexuelle de 68 : Parlant de l'avortement :
Réticente au don d'ovocytes pour les femmes stériles, elle s'oppose à la GPA : l'idée « qu’on s’achète un incubateur » la « révulse », dit-elle.
Pour la cause des pères et des enfants En 1992, Évelyne Sullerot publie un ouvrage sur la condition des pères divorcés : Quels pères, quels fils ?. Elle entre dans le comité d'honneur de l'association SOS Papa, dont elle devient la marraine en 2005.
Vie privée Mariée à François Sullerot (en 1946) elle est mère de deux enfants et élève aussi les deux enfants de son mari. Elle meurt le des suites d'un cancer, à l'âge de 92 ans, quelques jours avant la publication de son dernier livre retraçant ses actions, L'insoumise : femmes, famille : les combats d'une vie où elle répond à Bernard Morlino, qui est venu l'interviewer pendant un an.
Distinctions ()
Prix Kastner-Boursault (1975) Prix de Jouy (1985)
Ouvrages
Notes et références
Annexes Bibliographie Christiane Goldenstedt, Les femmes dans la Résistance, coll. Frauen in Geschichte und Gesellschaft, Herbolzheim, 2006 Christiane Goldenstedt, « Motivations et activités des Résistantes. Comparaison France du Nord-France du Sud », dans : Robert Vandenbussche (éditeur), Femmes et Résistance en Belgique et en zone interdite, colloque à Bondues, 2006, université Charles-de-Gaulle-Lille 3, Bondues, 2007 .
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