Nemausus est le nom antique de l'actuelle ville de Nîmes. Il s'agit, à partir du , de la capitale de la tribu des Volques Arécomiques, l’une des tribus de Gaule narbonnaise. À l'époque romaine, la ville est l’une des plus vastes de Gaule au niveau de la superficie et compte vingt mille habitants à son apogée. À titre de comparaison, Lugdunum (Lyon) capitale des Gaules, compte à la même époque environ cinquante mille habitants.
On se situe dans une région aride qui pourtant dispose d’un approvisionnement en eau grâce à une source importante. Cette source deviendra très vite un lieu sacré aux yeux des habitants de Nîmes.
Historique Du Autour de Massalia (Marseille) fondée en 600 se développent plusieurs comptoirs commerciaux qui vont au fur et à mesure se regrouper en Oppida. Les premiers habitats attestés à Nîmes sont datés de la fin du Le site était vraisemblablement peuplé d'Ibères. Ils étaient constitués de cabanes de terre crue à toiture en torchis soutenue par des poteaux de bois. Cet habitat primitif va progressivement être abandonné au profit de bâtisses plus solides, constituées de pierre ou de briques crues.
Au , la puissance de la ville s’accroît et une enceinte en pierre sèche ponctuée par plusieurs tours de surveillance est bâtie autour du site. Dans la partie basse on y ajoute même un fossé de de profondeur pour renforcer la protection. Selon les estimations, les remparts devaient englober pas moins de 30 ha, ce qui représente une superficie quatre ou cinq fois supérieure à la moyenne des oppida de la région..
Strabon et Pline rapportent qu’une peuplade celte se serait établie dans la région et aurait fondé, sur le territoire de la ville de Nîmes, l’antique capitale des Volques Arécomiques. Cette dernière devint maîtresse de vingt-quatre bourgs considérables. Durant l'âge du fer (), Nîmes constitue l'un des principaux oppida de la Celtique méditerranéenne.
À Nîmes, les Volques Arécomiques s'installent près de la source de la Fontaine. Là, au pied du mont Cavalier, un sanctuaire se crée et la source est divinisée. C'est à cette époque qu'est notamment édifiée la tour Magne, au sommet du mont Cavalier, qui sera plus tard intégrée à l'enceinte romaine.
Nemausus étant considérée comme la capitale de la cité des Volques Arécomiques, elle va prendre une importance territoriale considérable, et ce pour deux raisons : tout d'abord, la ville va devenir un lieu d’échanges crucial pour la région, ce qui va accroître sa puissance économique. On sait, par des découvertes archéologiques, que Nîmes avait des relations avec de nombreuses régions, en particulier avec les régions méditerranéennes. On a par exemple retrouvé (principalement dans des sépultures) des amphores ou d’autres céramiques venues de tout le monde méditerranéen (Marseille, Etrurie, et même Grèce). La seconde raison de l’importance prise par Nîmes est liée au caractère sacré de sa source. Le culte rendu au dieu Nemausus (qui a donné son nom à la ville) a pu attirer les foules depuis de nombreuses années.
Période romaine
La victoire remportée sur les Arvernes du roi Bituit par Cnaeus Domitius Ahenobarbus et Quintus Fabius Maximus, en 121 av. J.-C., décida du sort de la ville. En effet, l’inquiétude que leur causaient leurs turbulents voisins engagea les Volques à s'offrir d'eux-mêmes aux Romains et à se mettre sous leur protection. Cela ne leur permit pas pour autant d’échapper aux dévastations causées par l’irruption des Cimbres et des Teutons. La colonie fondée par Octave Auguste sous la direction de Marcus Vipsanius Agrippa ne fut définitivement organisée qu’en l’an 27 . La Colonia Augusta Nemausus est dotée de nombreux monuments et d’une enceinte de de long, enfermant la troisième superficie urbaine des Gaules (provinces de Germanie incluses), ..
Après 121 av. J.-C., la région méditerranéenne de la Gaule devient romaine et prend le nom de Gaule narbonnaise. Le développement de la ville de Nîmes va encore s'intensifier, notamment grâce à sa situation géographique, puisque la ville sera traversée par la via Domitia, voie construite par Rome sur la trajectoire d'une ancienne voie gauloise, la voie héracléenne. La via Domitia deviendra essentielle dans le développement économique de la ville puisque son emprunt est obligatoire pour se rendre de l’Italie jusqu'à la péninsule Ibérique. Au cours du avant notre ère, Nîmes se détache progressivement de l'influence de Marseille pour entrer peu à peu dans l'orbite de Rome.
Après la conquête de Marseille par César, la romanisation de Nîmes va encore s’accélérer ; la ville reçoit alors le titre de Colonia Augusta Nemausus, ce qui correspond à une colonie de droit latin. Ce titre de colonie permet à la ville de garder une certaine autonomie sans que la romanisation ne soit freinée avec, par exemple, la frappe de diverses monnaies utilisant l'alphabet latin. Architecturalement, la ville prend une forme de plus en plus romaine avec une apparition importante de plusieurs bâtiments à caractère public. De même, les habitations se déportent de plus en plus des collines vers la plaine. Il s’agit là d’un véritable symbole de l’expansion urbaine de Nîmes. .
En 1840, une plaque de pierre dédiée à la déesse gauloise Belisama, écrite en caractères gallo-grecs, est découverte à Vaison-la-Romaine : elle nous apprend qu'un certain Segomaros, citoyen de Nîmes, a offert à Belisama un sanctuaire (« nemeton »). Segomaros (« grand victorieux » en langue gauloise) était très probablement un Nîmois d'origine volque arécomique« Segomaros », sur encyclopedie.arbre-celtique.com.
Vers la fin du , le christianisme commença son histoire en 287 à Nîmes avec saint Baudile. Au début du (407-408), une invasion des Vandales avec Chrocus à leur tête apporta son lot de dévastations dans la colonie qui vit disparaître, entre autres, la basilique civile ou le temple élevé(e) en l’honneur de Plotine.
En 2016 est officialisée la découverte de ce qui aurait été la première église de Nîmes, construite au , avec autour 130 tombes.
Organisation de la société de Nemausus
Classes sociales Il existe en Gaule une hiérarchie en trois classes entre les hommes ; hommes libres, affranchis et esclaves, et ce déjà avant l’arrivée des Romains. La romanisation de la Gaule n’a pourtant pas réellement bouleversé cette hiérarchie puisqu’elle était plus ou moins semblable à celle de Rome. L’esclave n’a aucun droit, mais un nombre important de devoirs dont le plus important est bien sûr de servir son maître. L’affranchissement s’obtient presque systématiquement de la grâce du maître. Pour autant l’affranchi garde éternellement certains devoirs envers ce maître. Bien que conquis, les Gaulois ne sont pas pour autant asservis et sont considérés comme des Hommes libres. Concrètement les tribus gardent leur existence matérielle, leur nom, leur territoire ou leurs dieux, mais n’ont pas la citoyenneté romaine. Officiellement, les Nîmois sont sujets des Romains, on les appelle pérégrins. Pourtant une certaine élite de privilégiés va tout de même pouvoir obtenir cette citoyenneté. Cet état de fait va entraîner une hiérarchisation à l’intérieur même de cette catégorie de population. Les droits que les différentes populations gauloises ont pu obtenir dépendent fortement de la résistance opposée à Rome lors de leur conquête. Ainsi des peuples ayant lutté jusqu’aux derniers instants, comme les Arvernes, ont des droits plus restreints et sont souvent régulés par un gouverneur romain local. En revanche, à Nîmes qui n’opposa pratiquement aucune résistance à Rome les droits étaient plus importants. La cité appartient à cette catégorie de ville qui possédait un statut de colonie de droit latin. Ce statut va donner naissance à un nouveau groupe d’hommes libres hiérarchiquement situés entre les pérégrins et les citoyens romains. Ils ont d’abord le droit de commercer avec les Romains, mais leur véritable privilège est de pouvoir obtenir la citoyenneté romaine relativement facilement, en particulier pour les aristocrates. En effet, ces citoyens latins obtenaient la citoyenneté romaine dès lors qu’ils entraient dans une magistrature locale. Ainsi les élites d’époques gauloises vont très vite récupérer leurs avantages sous l’occupation romaine. La citoyenneté romaine pouvait aussi s’obtenir par des services rendus à l’armée ou simplement par le bon vouloir d’une haute puissance de Rome. Dès qu’il obtient cette citoyenneté, le Nîmois prend un nom latin et est rattaché à l’une des trente-cinq tribus du territoire de Rome. Ainsi officiellement ces citoyens sont domiciliés de ces cantons. Dans le cas de Nîmes, comme pour la plupart de ces Gallo-Romains de la Narbonnaise, les citoyens romains sont rattachés à la tribu Voltinia. Ces citoyens vont obtenir plusieurs droits plus théoriques que véritablement appliqués comme l’exonération de capitation ou le droit d’être jugés uniquement à Rome. Mais leur véritable privilège se situe dans leur « droit aux honneurs publics », c'est-à-dire la possibilité de parvenir à la fonction publique. L’élite nîmoise fut l’une des premières à obtenir ce droit. Accorder cette possibilité d’intégrer les plus hautes hiérarchies romaines à des provinciaux est clairement une façon stratégique de romaniser les provinces en profondeur, non pas en soumettant les peuples par la force, mais en changeant les mentalités. L’objectif est de faire en sorte que les conquis se sentent à la fois romains et impliqués dans le succès de l’empire. Tout cela dénote à la fois d’une volonté romaine de rallier les meilleurs éléments provinciaux à la cause de l’Empire, mais aussi de limiter les révoltes. Évoquons pour finir la tenue de la vie politique de la ville de Nîmes. Elle se situe sur le forum au cœur de la cité comme toutes les activités administratives. Le bâtiment qui la cristallise le plus est sans doute la Curie dont les vestiges ont tardivement été identifiés au nord de la maison carrée. Il s’agit d’un grand édifice à péristyle au plan grossièrement carré, dont les dimensions ont dû évoluer entre quinze et vingt mètres de côté. Ce lieu est particulièrement symbolique puisque c’est ici que sont prises toutes les décisions importantes de la ville par le sénat. C’est aussi l’une des magistratures qui requièrent la citoyenneté romaine.
Vie économique
Pour introduire cette partie sur l’économie nîmoise, il est intéressant d’évoquer rapidement la monnaie frappée par la ville. Aux débuts de la romanisation de Nîmes, les monnaies frappées sur place de bronze ou d’argent semblent apparentées aux monnaies de Marseille. Sur une petite monnaie de bronze qui prend en modèle la monnaie marseillaise, on retrouve le nom de Nîmes en grec (Namasat), et le taureau présent sur la monnaie marseillaise est remplacé par un sanglier. Il n’est d’ailleurs pas à exclure que ces monnaies destinées aux besoins d’un marché local aient été frappées par un atelier marseillais. Par la suite, à partir de 28 avant notre ère, Nîmes va produire une véritable monnaie coloniale qui restera célèbre, le Dupondius au crocodile. Cette monnaie, frappé de l’inscription COL NEM, indique que Nîmes disposait du statut de colonie. Cette marque se retrouve d’ailleurs bien avant, puisqu’on la retrouve sur des monnaies dès 44 avant notre ère. Il s’agit purement de monnaies coloniales ayant été justement frappées dans le but d’approvisionner les colonies romaines de la région.