Alphonse Élie Tricot, , est un ecclésiastique français, professeur à l'Institut catholique de Paris, chanoine de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers puis de Paris, traducteur et exégète catholique du Nouveau Testament. Il fait partie des clercs français qui se sont engagés en faveur de la collaboration sous l'Occupation.
Biographie
Alphonse Tricot est élève du petit séminaire de Montmorillon dans la Vienne, séminariste à partir de 1901 au séminaire Saint-Sulpice en région parisienne puis à Paris où il rencontre le futur cardinal Maurice Feltin. Il est ordonné prêtre le dans le diocèse de Poitiers. Il étudie à l'Institut catholique de Paris, obtient une licence d'histoire en 1907, poursuit ses études à Rome en 1909-1910, où il obtient sa licence biblique et le doctorat en théologie, avec une thèse sur le messianisme juif au temps d'Hérode. Il est ensuite professeur d'écriture sainte au Grand séminaire de Poitiers de 1910 à 1922. Il voyage à travers le Proche-Orient en 1911-1912, séjourne à Jérusalem, en compagnie d'un autre prêtre, Jules Touzard, sulpicien, son ancien professeur d'exégèse biblique à l'Institut catholique et ami.
Mobilisé en 1914, il est chef de section du régiment d'infanterie puis au régiment d'infanterie. Fait prisonnier, il est aumônier militaire en Allemagne au camp de Cassel d' à . Il est décoré de la croix de guerre avec deux citations ].
Il retourne à Rome après la guerre où il termine sa formation avec un doctorat en histoire sainte sur les sectes juives au temps de Jésus. Il est désigné professeur adjoint à l'Institut catholique de Paris en 1922, succédant à l'abbé Mangenot, et professeur titulaire en 1930. Il enseigne à sa faculté de théologie l'histoire sainte, c'est-à-dire l'histoire et l'exégèse du Nouveau Testament. Il dirige avec un autre professeur de l'Institut, André Robert (1883-1955), une sorte de manuel, L'Initiation biblique, qui bénéficie de plusieurs éditions et de traductions..
L'évêque de Poitiers le nomme chanoine honoraire de la cathédrale en 1937L’Écho de Paris, 25 novembre 1937, Bulletin de l'Institut catholique de Paris, 1937. Il est ensuite nommé chanoine honoraire de Paris en 1939Bulletin de l'Institut catholique de Paris, janvier 1939. Appelé l'abbé Tricot jusqu'en 1937, il est désormais nommé le chanoine Tricot.
Il remplace en 1939 le vice-recteur de l'Institut, Bressolles, le temps de la guerre, à la demande du recteur de cette université privée catholique, le cardinal Alfred Baudrillart (1859-1942)Nouvelles de l'Institut catholique de Paris, octobre 1939, , Le Petit Journal, 4 novembre 1939. Il conserve en fait sa fonction de vice-recteur par intérim jusqu'à sa démission, le .
Comme le cardinal Baudrillart, Tricot apporte son appui à la collaboration et à la croisade anticommuniste menée par les nazis et les collaborationnistes français, lors de l'Occupation. Il est alors un proche du cardinal et fait partie du petit groupe qui appuie l'engagement de ce dernier en faveur de la collaboration. Il est ainsi membre du comité de patronage de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme en , à l'instar du cardinal 4 décembre 1941]. Il est l'un des rares clercs qui vont jusqu'à fréquenter les autorités allemandes. En , alors que Germaine Tillion cherche à obtenir du cardinal Baudrillart un appui pour ses amis résistants arrêtés et condamnés à mort par les Allemands et que ce dernier lui a demandé de s'adresser à Tricot pour sa requête, il déchire devant elle sa lettre et refuse de voir le cardinal user de son influence pour leur venir en aide, estimant que ses amis car . Tricot assiste à l'inauguration de l'exposition Le Bolchevisme contre l'Europe en , représentant le cardinal, qui aurait été membre du comité d'honneur de l'exposition 28 février 1942] (Liste des noms des membres du comité d'honneur.. Le même mois, son nom figure parmi les premiers signataires du manifeste des intellectuels français contre les crimes britanniques initié par le Parti populaire français (PPF) et dénonçant les bombardements britanniques en France, à la suite du bombardement des usines Renault à Boulogne-Billancourt, aux côtés d'autres personnalités collaborationnistes. Après la mort en de Baudrillart (à qui il a donné l'absolution ), il figure encore au comité d'honneur de la Légion tricolore, avatar de la LVF, le mois suivantLe Journal, 29 juin 1942.
Il n'enseigne plus à l'Institut catholique à partir de 1944Joseph Doré, Les cent ans de la faculté de théologie, Institut catholique de Paris/Beauchesne, 1992, , bénéficie d'un non-lieu en 1946, donne sa démission en 1947 et est désigné professeur honoraire. L'archevêque de Paris Emmanuel Suhard, chancelier de l'Institut, lui adresse une lettre de soutien :
Il publie en 1952 une nouvelle traduction du Nouveau Testament pour une nouvelle édition de la Bible du chanoine Augustin Crampon (la « Bible Crampon »).
Dans les années 1950, il est membre sinon vicaire général pour la France de l'Opus Cenaculi (Œuvre du Cénacle), un institut séculier catholique établi à Rome, fondé en 1953 et dirigé par un clerc, Georges Roche, un proche du cardinal Eugène Tisserant. Ce dernier appuie Tricot. L'évêque de Lourdes Pierre-Marie Théas le nomme en 1960 chapelain honoraire de Lourdes, à l'instar de Roche, supérieur général de l'Opus et du chanoine Papin, vicaire général de l'œuvre. Théas entend en fait se débarrasser de l'Opus avec lequel il est en conflitHenri Fesquet, « L'Opus Cenaculi a pris une influence démesurée à Rome », Le Monde, 27 octobre 1958 (le journaliste présente faussement (?) Tricot comme vice-président du groupe Collaboration pendant la guerre), H. Fesquet, « L'"Opus Cenaculi" quitte Lourdes », Le Monde, 12 février 1960Pierre Assouline, Lourdes, histoires d'eau, A. Moreau, 1980, Sur ce conflit, cf. Étienne Fouilloux, Eugène, cardinal Tisserant, 1884-1972 : une biographie, Paris, Desclée de Brouwer, 2011.
Il bénéficie dans ses dernières années du soutien de Maurice Feltin, devenu archevêque de Paris et cardinal.
Publications Saint Paul apôtre des gentils, Paris, Bloud § Gay, Bibliothèque catholique des sciences religieuses, 1927, 208 p. avec l'abbé G. Bardy (dir.), Le Christ. Encyclopédie populaire des connaissances christologiques, Bloud § Gay, 1932, 1264 p. avec André Robert, Initiation biblique, introduction à l'étude des Saintes Écritures, Paris , Société de Saint Jean l'évangéliste, 1939, 837 p., Lettre-préface du cardinal Achille Liénart Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ d'après les quatre Évangiles (texte de la « Bible Crampon »), Paris, Desclée, 1946 (introduction et notes explicatives par le chanoine A. Tricot) La Sainte Bible du chanoine Augustin Crampon, (L'Ancien Testament, trad. par J. Bonsirven, et Le Nouveau Testament, trad. nouvelle par A. Tricot), Paris et Tournai, Desclée, 1952
Bibliographie Emmanuel Michel, L'esprit des Carmes. L'âge d'or du Séminaire de l'Institut catholique de Paris au temps de Monsieur Verdier, 1919-1929, éditions Lethielleux, 2019 François Laplanche, La crise de l'origine : la science catholique des Évangiles et l'histoire au , Paris, Albin Michel, 2006 « Alphonse Tricot », Nouvelles de l'Institut catholique de Paris, juin-juillet 1972
Notes et références
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