Le Manifeste des intellectuels français contre les crimes britanniques (ou anglais) est un manifeste publié dans des journaux français en , durant l'Occupation, et signé par diverses personnalités, souvent collaborationnistes, plus ou moins éminentes. Ce manifeste vise à dénoncer les bombardements britanniques en France et à appeler à la collaboration franco-allemande.
Contexte
Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, le territoire de la France métropolitaine est divisé en plusieurs zones. Le Nord et l'Ouest forment la zone Nord, occupée par les Allemands depuis la défaite des armées françaises en 1940 et l'armistice du 22 juin 1940. La France est dirigée par le maréchal Pétain, établi à Vichy, en zone libre. Le régime de Vichy pratique une collaboration d'État. Des personnalités, des journalistes, des partis politiques comme le Parti populaire français de Jacques Doriot veulent aller plus loin dans la collaboration franco-allemande : ce sont les milieux dits collaborationnistes.
Dans la nuit du 3 au , des avions britanniques de la Royal Air Force ont bombardé les usines Renault à Boulogne-Billancourt, dans la banlieue parisienne, visant leurs ateliers de réparation de chars et de camions de la Wehrmacht. Les victimes parmi la population civile sont nombreuses : , plus de et beaucoup de sinistrés. C'est le premier grand bombardement massif des Alliés sur le territoire français de la métropole depuis la signature de l'armistice. L'événement a un grand retentissement médiatique et politique. Le régime de Vichy ordonne une journée de deuil national et une cérémonie est organisée à Paris place de la Concorde le Andrew Knapp, Les Français sous les bombes alliées, 1940-1945, Tallandier, 2014.Gilles Morin, « Le Comité ouvrier de secours immédiat, une entreprise allemande sous le masque de la solidarité », dans la Revue d'histoire, 2019/2, .Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au , réédition, Fayard, 1990..
Initiateurs du manifeste
Le manifeste est initié par les Cercles populaires français, antenne culturelle du Parti populaire français (PPF) présidée par l'Académicien Abel Bonnard. .. C'est l'écrivain et cadre du PPF Ramon Fernandez, secrétaire général des Cercles, qui est chargé de recueillir les signatures. C'est pourquoi leurs deux noms sont cités en premier par les journaux. D'autres signataires sont liés au PPF. Henri Lèbre est le directeur du quotidien parisien du PPF, Le Cri du peuple, Rouchon est son rédacteur en chef, Sicard, membre du bureau politique du parti, est quant à lui le rédacteur en chef de L'Émancipation nationale, l'hebdomadaire de ce parti collaborationniste. D'autres signataires sont membres du PPF, écrivent dans ses périodiques, tels Cousteau, Montandon, Querrioux ou Soupault, militent aux Cercles populaires (Boulenger, Boursat, futur animateur de la commission d'études raciales du PPFCédric Meletta, Jean Luchaire : L'enfant perdu des années sombres, Perrin, 2013 (note 925), L'Émancipation nationale, 21 novembre 1942, Ibid., 28 février 1942., Vignard, à Lyon L'Émancipation nationale, 17 mai 1941, Ibid., 28 février 1942, Gérard Le Marrec, Lyon sous l'Occupation, 1984. Il a milité au parti depuis l'avant-guerre.). D'autres sont des cadres du parti, à Paris, tels Vauquelin, secrétaire national à la propagande et futur responsable national des Jeunesses du partiAntoine Godet, « Les jeunes avec Doriot ! » : étude d’une jeunesse fasciste française, dans Siècles, 47/2019 : Lire en ligne., ou Raymond Auriac, délégué adjoint à la propagande du PPFMarc Knobel, « Doriot, le PPF et les Juifs », dans Le Monde juif, 1988/3, (Lire en ligne).Gilles Morin, Le Comité ouvrier de secours immédiat, « une entreprise allemande sous le masque de la solidarité », dans la Revue d'histoire, 2019/2, (Auriac, avocat et cadre du Secours national, membre du PPF, va être le premier directeur du Comité ouvrier de secours immédiat (COSI), fondé au lendemain du bombardement. Il sera renvoyé à la suite d'un conflit interne entre PPF et RNP)., ou en province, tel le docteur Wangermez, futur secrétaire fédéral du PPF en GirondeGrégory Bouysse, Encyclopédie de l'Ordre Nouveau - Histoire du SOL, de la Milice française et des mouvements de la Collaboration, Volume 8, 2020. Contrairement à ce que suppose l'auteur, il est condamné par la chambre civique de la Cour de justice de Bordeaux en janvier 1945 à l'indignité nationale (Journal officiel, 11 septembre 1947) et révoqué de sa chaire en mars 1945 (Bulletin officiel du ministère de l'Éducation nationale, 12 avril 1945)..
Le manifeste accompagné de ses premiers signataires est d'abord publié dans Le Cri du peuple, dans son numéro daté du , sous le titre : Le Cri du peuple, 8 mars 1942.. Deux quotidiens parisiens collaborationnistes, Le Petit Parisien, qui reprend le même titre (Le Petit Parisien, 9 mars 1942.), et Le Matin, sous le titre Le Matin, 9 mars 1942. (Les auteurs n'évoquent pas Le Cri du peuple)., reproduisent le texte et donnent la liste des premiers signataires. L'Émancipation nationale, dans son numéro du , publie aussi le texte et la liste de ces signataires. Des extraits du texte et des noms de signataires sont publiés en zone Nord par des journaux comme le quotidien breton L'Ouest-Éclair« Un manifeste des intellectuels français contre les crimes anglais », L'Ouest-Eclair, 10 mars 1942 (L'article ne cite ni Bonnard, ni Fernandez). ou Le Réveil du Nord« Un appel des intellectuels français », Le Réveil du Nord, 10 mars 1942..
Selon plusieurs auteurs, c'est l'unique manifeste paru en France sous l'Occupation. ..
Contenu du manifeste
Le manifeste dénonce le . Le bombardement traduit selon le texte . Le manifeste accuse le gouvernement britannique de vouloir , de , poursuit le manifeste qui affirme que . Le texte continue ainsi : Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au , Gallimard, coll. « Folio / Histoire », 1996..
Le manifeste est selon la sociologue Gisèle Sapiro un .
Signataires
Les premiers signataires sont notamment, selon Jean-François SirinelliJean-François Sirinelli, op. cit. : Abel Bonnard, de l'Académie française, Ramon Fernandez, Jean Ajalbert, Henri Béraud, Georges Blond, Robert Brasillach, rédacteur en chef de Je suis partout, Horace de Carbuccia, directeur de Gringoire, Louis-Ferdinand Céline, Paul Chack, Alphonse de Châteaubriant, Maurice Donnay, de l'Académie française, Pierre Drieu la Rochelle, Philippe Henriot, Abel Hermant, de l'Académie française, Claude Jeantet, rédacteur en chef du Petit Parisien, Alain Laubreaux, Charles Lesca, directeur de Je suis partout, Jean Luchaire, le professeur George Montandon, Maurice-Ivan Sicard, Georges Suarez et Jean de La Varende.
Figurent aussi parmi les premiers signataires : Denys Amiel, Bernard Gaubert d'Aubagnat, directeur-rédacteur en chef de Jeunesse, Jacques Boulenger, le docteur Charles Boursat, CesariniSans doute le curé-archiprêtre de Corte en Corse, , ce qui lui donne droit au titre de (« Noces de diamant et noces d'or sacerdotales », La Croix, 6 janvier 1942 : il a alors )., André Chaumet, le savant Georges ClaudeRenaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, Les Patrons sous l’Occupation, Odile Jacob, 2013., le général de division Louis Kieffer, Roger de Lafforest, Henri Lèbre, Louis-Charles Lecoc, secrétaire général de l'exposition Le Bolchevisme contre l'Europe, Jean-Pierre Maxence, Jacques Ménard, rédacteur en chef du Matin et président de l'Association des journalistes antijuifsLe Cri du peuple, 4 février 1942., Georges Prade, secrétaire général des Nouveaux Temps, le médecin-général Régis Sabatier, le caricaturiste Ralph Soupault, le chanoine Alphonse Tricot, vice-recteur de l'Institut catholique de Paris, Roger Vauquelin, le docteur Vignard, chirurgien honoraire à Lyon, Charles Wangermez, professeur de médecine à la faculté de Bordeaux, etc.