vignette|La Nature se dévoilant à la Science. Allégorie de Louis-Ernest Barrias, musée d'Orsay.

La théorie de la connaissance (Erkenntnistheorie en allemand), ou philosophie de la connaissance ou encore gnoséologie, est la branche de la philosophie qui se propose d'étudier la connaissance. Le terme « épistémologie » est parfois utilisé comme synonyme, bien qu'en français les deux concepts soient généralement distincts.

La théorie de la connaissance est un domaine majeur de la philosophie qui englobe les questions relatives aux conditions de la connaissance, à l'émergence de la connaissance ainsi qu'aux différentes formes de croyances. Elle étudie la nature, l'origine et la justification de nos connaissances, en questionnant la nature des idées et si nos sens en sont la source principale. Elle examine également ce qui constitue la certitude et la justification, ainsi que le type de doute qui peut objectivement exister à propos de tel ou tel type de croyance.

La théorie de la connaissance est devenue transdisciplinaire et n'est plus uniquement incluse dans le champ de la philosophie.

Terminologie Jusqu’au encore, il n'existait pas de mot unique pour désigner l'étude de la connaissance. À partir du , alors la philosophie de la connaissance commence à s'épanouir comme discipline propre, divers mots ont émergé dans différentes langues pour la nommer.

Parmi les plus populaires : en 1769, Alexander Baumgarten a utilisé le terme gnoseologia, qui a été adopté par certains auteurs francophones. En 1854, James Frederick Ferrier a introduit le terme en anglais. En allemand, le terme Erkenntnistheorie a gagné en popularité après un article influent d'Eduard Zeiler en 1862 et fut rendu en français par « théorie de la connaissance ».

D'autres termes ont également été proposés pour désigner la théorie de la connaissance, tels que "esthétique transcendantale" utilisé par Emmanuel Kant, "Wissenschaftslehre" (Doctrine de la science) utilisé par Johann Gottlieb Fichte et Bernard Bolzano, "Wissenschaftstheorie" utilisé par Eugen Diihring, Erkenntnislehre utilisé par Wilhelm Traugott Krug., Theorie der Erkenntnis employé par Ernst Reinhold, "criterology" utilisé par les néothomistes, et "noetics" également en usage chez les néothomistes..

Philosophie de la connaissance Certains ouvrages choisissent de se référer à la discipline en employant simplement l'expression philosophie de la connaissance. C'est également cette expression qui a été retenue par le Collège de France..

Théorie de la connaissance L'origine s'en rattache à Karl Leonhard Reinhold, qui utilise les expressions (théorie de la faculté de représentation humaine) et (science de la faculté de connaître dans son ensemble). Selon , son extension est due à Eduard Zeller dans l'ouvrage Üeber Aufgabe und Bedeutung der Erkenntnistheorie (Sur la tâche et la signification de la théorie de la connaissance).

Gnoséologie

Le Lalande, le Trésor de la langue française, ainsi que le Dictionnaire historique de la langue française définissent la gnoséologie comme la Alain Rey (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française ( éd. 1992), édition petit format, 1998, réimpression, 2000, tome 1, entrée « Gnose » → Gnoséologie, ..

Lalande donne comme équivalents au terme gnoséologie (ou gnosiologie) les traductions en anglais, en allemand (utilisé par Baumgarten mais actuellement inusité) et en italien (très usuel).

Le terme gnoséologique est employé comme adjectif pour désigner quelque chose ayant trait à la philosophie de la connaissance.

Épistémologie

En français, le terme épistémologie est généralement distinct de la théorie de la connaissance. Cependant, certains auteurs francophones l'emploient dans ce sens.., à l'instar de l'anglais où le mot est strictement équivalent à (théorie de la connaissance).

Le terme épistémologique est régulièrement employé comme adjectif pour désigner quelque chose ayant trait à la philosophie de la connaissance.

Histoire Les chercheurs contemporains utilisent un certain nombre de méthodes différentes pour essayer de comprendre la relation entre les visions passés sur la connaissance et nos visions contemporaines. Des auteurs comme Thomas Sturm se demandent ainsi : . Ainsi la question se pose : doit-on, dans les études contemporaines, chercher à reconstruire et évaluer de façon rationnelle les perspectives historiques, ou simplement les décrire ? Cette section se contente de décrire les points de vue des auteurs du passé sans les ré-évaluer à l'aune des connaissances modernes.

Philosophie antique

La pensée classique distingue différentes formes de connaissance, à savoir la doxa (en grec δόξα) et lepistếmê (en grec ἐπιστήμη, c'est-à-dire la science), discutant de la valeur de la vérité. La doxa, puisqu'elle est fondée sur l'expérience sensible, est trompeuse et instable, et s'oppose donc à la vraie connaissance. Au contraire, la science, étant fondée sur la raison, est le modèle de la connaissance certaine et incorruptible.

Parménide

Parménide est le premier penseur connu à dévaloriser la connaissance sensible, affirmant l'importance d'une connaissance déduite exclusivement de la raison. Or, une telle connaissance n'était pas objectivable, étant sans prédicat : pour Parménide, en effet, d'Être on ne peut que dire qu'il est, et rien d'autre. La philosophie de la connaissance parménidienne est donc totalement soumise à l'ontologie, c'est-à-dire à la dimension statique de lêtre.

Parménide, en exposant dans la première partie du Poème les règles auxquelles toute connaissance du réel doit se soumettre pour prétendre à quelque vérité, peut être considéré comme le père de la science au sens moderne du mot.

Sophistes et Socrate Si avec la sophistique s'affirmait une forme de connaissance basée exclusivement sur la doxa et centrée sur l'éristique indépendamment de toute valeur de véritéDans le dialogue platonicien intitulé Théétète, on retrouve par exemple la doctrine gnoséologique du sophiste Protagoras, véhiculée à travers les paroles de Socrate et de Théétète lui-même. Protagoras, apprend-on, postule que la connaissance équivaut à la sensation. Connaître une chose, c'est en avoir une sensation, la percevoir ; en effet, pour lui, il n'est possible de savoir que ce qui est l'objet de l'expérience, ce qui est communiqué par les sens et à travers les sens. Connaître et percevoir s'avèrent être des termes presque équivalents. L'expérience, cependant, est fortement subjective, c'est-à-dire liée à la sensibilité de chaque sujet ; les hommes, dit le philosophe, ont tous une manière différente de voir et de percevoir les choses, donc une chose ne peut jamais être une, mais pour chacun ce sera différent. Le même vent sera chaud pour les uns, froid pour les autres ; la même nourriture sera douce pour certains, amère pour d'autres. La connaissance ne repose donc pas sur des critères objectifs mais subjectifs ; c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'éléments qui puissent distinguer la vérité (ce qui est) du mensonge (ce qui n'est pas) ; tout est confié à la subjectivité de l'homme, aux perceptions sensorielles, qui ne peuvent jamais être « vraies » ou « fausses », mais toujours légitimes au même titre. Il n'y a plus une connaissance stable et universelle de la réalité, mais de nombreux fragments particuliers. La phrase de Protagoras, "l'homme est la mesure de toutes choses" est interprétée dans le dialogue platonicien en attribuant au terme homme le sens d'homme unique, donnant ainsi lieu à un relativisme gnoséologique., Socrate fut cependant le premier à poser le problème gnoséologique de manière radicale, interrogeant directement les fondements de la connaissance : Que savons-nous ? Qui peut être vraiment sage (savant) ? Commence alors une activité plus dynamique de pensée, le grand philosophe déclarant que la vraie connaissance ne nous vient pas de l'extérieur, mais naît dans l'âme ; c'est pourquoi elle n'est pas enseignable en réalité : le maître ne peut qu'aider l'élève à lui donner naissance lui-même, l'aider à « accoucher » de sa propre connaissance (art de la maïeutique).

Platon

Le thème de la nature et de la recherche de la connaissance prend une part importante dans l'œuvre de Platon, notamment dans la République et le Théétète.

Platon a suivi les traces de Parménide et de Socrate, réévaluant toutefois partiellement l'expérience. En effet, selon Platon, les sens servent à éveiller en nous la mémoire des idées, c'est-à-dire de ces formes universelles avec lesquelles le monde a été façonné et qui nous permettent de le connaître. Connaître signifie donc se souvenir : la connaissance est un processus de réminiscence d'une connaissance qui réside déjà dans notre âme, et est donc "inné". Pour Platon, cependant, les idées se situent au-delà du processus logique-dialectique, et donc (comme déjà chez Parménide et Socrate) elles sont difficiles à objectiver, n'étant accessibles que par le biais de intuition.

Aristote

Aristote a formalisé de manière plus précise et systématique le processus cognitif, resté quasiment inchangé jusqu'au . Par rapport à Platon, Aristote a en outre réévalué l'expérience sensorielle, et pourtant, comme son prédécesseur, il a maintenu l'hypothèse selon laquelle l'intellect humain ne se limite pas à recevoir passivement des impressions sensorielles, mais joue un rôle actif qui lui permet de dépasser les particularités éphémères des objets et saisir leur essence dans l'action. Il distingue ainsi différents degrés de connaissance : au niveau le plus bas, la sensation, qui a pour objet des entités particulières, tandis qu'au niveau le plus élevé, l'intuition intellectuelle, capable d' « abstraire » l'universel des réalités empiriques. Savoir signifie donc abstraire (du latin ab + trahere, "tirer de").

Philosophie médiévale, une branche de la théologie La transmission de la philosophie grecque au christianisme pendant les premiers siècles de la christianisation de l'Empire romain a joué un rôle déterminant dans le développement de la théologie et de la théorie de la connaissance chrétiennes. Cette intégration a permis aux penseurs chrétiens de formuler des concepts théologiques en s'appuyant sur des cadres philosophiques établis.

Traducteurs et intermédiaires

Philon d'Alexandrie, un érudit juif du début de l'ère chrétienne, a été l'un des premiers à harmoniser les enseignements de la Torah avec la philosophie platonicienne.

Des figures telles que Boèce ont également joué un rôle crucial en traduisant les œuvres de Platon et d'Aristote du grec au latin, rendant la philosophie grecque accessible à un public plus large dans l'Empire romain occidental.

Philosophie néoplatonicienne et développement doctrinal

Le néoplatonisme a exercé une influence profonde sur des penseurs chrétiens comme Saint Augustin, dont les écrits continuent de façonner la théologie chrétienne. Augustin a utilisé des éléments néoplatoniciens pour aborder des questions de foi, de la nature de Dieu et de l'âme, intégrant ainsi une riche tradition philosophique dans le discours chrétien.