L'histoire d'Haïti est indissociable de celle de l'île d'Hispaniola, dont elle occupe aujourd'hui la partie occidentale, et de l'histoire de la République dominicaine, État situé dans l'autre partie orientale. gauche|vignette|Carte de l'île d'Hispaniola, partagée entre Haïti et la République dominicaine. Avant de désigner l'État actuel, Ayiti était le nom que les indigènes taïnos donnait à leur île avant la colonisation européenne. En 1492, lorsque Christophe Colomb en prend possession pour l'Espagne, il la nomme Hispaniola (« petite Espagne »). Cette colonisation entraîne rapidement le génocide de la population autochtone des Taïnos. Afin de poursuivre l'exploitation agricole de l'île, les Européens recourent alors à la traite atlantique pour faire venir massivement des Africains et les utiliser comme esclaves.
La partie occidentale de l'île est ensuite conquise par les Français qui donnent à leur colonie le nom de Saint-Domingue, déjà porté par la capitale de la colonie espagnole, désormais cantonnée à l'Est. À la fin du , la prospérité des plantations de la partie française est telle que la colonie est considérée comme la « perle des Antilles ». Puis, dans la foulée de la Révolution française, éclatent des révoltes d'esclaves et des guerres civiles qui aboutissent, en 1804, à l'indépendance de la partie occidentale, qui reprend alors le nom d'Haïti et devient la seconde colonie à prendre son indépendance après les États-Unis. Les relations restent conflictuelles avec la colonie espanole, qui finit par devenir indépendante à son tour, et est aujourd'hui la République dominicaine. L'histoire récente d'Haïti est marquée par une succession de tragédies, allant des catastrophes naturelles aux crises politiques.
Époque précolombienne : Arawaks, Taïnos
Comme en témoignent les sites de leurs bivouacs, les plus anciens autochtones d'Amérique étaient arrivés plusieurs milliers d’années avant J.C., peut-être vers 9000 avant le présent, en provenance, peut-être, de Floride ou du Yucatán. C’étaient des chasseurs, des cueilleurs et des pêcheurs, bons navigateurs.
Le peuplement des Petites et Grandes Antilles s'est réalisé en trois vagues successives de migrations venant des régions sud-américaines situées à l'embouchure du fleuve Orénoque. La première intervient entre 5000 et 3000 ans avant J.C. et est composée de Ciboneys. La deuxième migration est celle des Arawaks (dont sont issus les TaïnosLe terme « taïno » fait allusion, en langue arawak, à une classe sociale particulière. Il signifie « homme de bien » ou « homme sage ».). Entre 0 à 300 de notre ère, ceux-ci repoussent les Ciboneys vers les îles Vierges puis vers Cuba. Enfin, entre 300 et 800, arrivent les Kalingos (Caraïbes) qui délogent une partie des Arawaks. Sur l'île d'Haïti, ces derniers restent malgré tout majoritaires, les Kalinagos n'étant implantés que dans la partie nord-est et ayant adopté le mode de vie des Arawaks..
Vers l’an 600, les Taïnos d’Haïti s’organisent en chefferies dirigées par des caciques. Leur culture rayonne surtout à partir de l’an 1000. Pour ces habitants, l'île porte plusieurs noms signifiant Terre haute ou Île montagneuse, notamment Kiskeya ou Quisqueya, ou encore Haïti.
La population totale de l’île, avant l'arrivée des Européens, fait l’objet d’estimations très différentes. Certaines sources estiment la population à quelques centaines de milliers, d’autres à plusieurs millions. Dans son récit de la Destruction des Indes Bartolomé de las Casas estime la population de l’île à 3 millions. Ces estimations, faites quelques décennies après la colonisation, sont considérées comme exagérées, car la culture sur brûlis en milieu forestier subtropical n’aurait pas pu nourrir des millions d’habitants, et il n’est pas sûr qu’elle ait été pratiquée. Philippe Hrodéj rapporte l’étude de Philippe Joseph selon laquelle les habitants autochtones précolombiens des Petites Antilles étaient des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs stricts, sans culture sur brûlis qui aurait été trop dévastatrice : leur peuplement ne pouvait donc être que de faible densité. L'estimation la plus probable tourne autour du million d'individus habitant sur l'île au moment de sa découverte par les Européens.
Époque coloniale (1492-1804)
Colonisation espagnole de l'île (1492-1550)
Premier contact vignette|Organisation politique de l'île en 1491 avec les 5 caciquats d'Hispaniola (royaumes taïnos) et les principales agglomérations.|gauche Le , Christophe Colomb, explorateur génois missionné par l'Espagne, aborde Guanahani, l’une des îles Bahamas qu'il a rebaptisée San Salvador. Il découvre ensuite Cuba le , puis débarque à Haïti le , île qu'il nomme Hispaniola (« petite Espagne »). Les populations autochtones, des Arawaks, sont groupées sous l'autorité de cinq caciques (chef ou roi amérindien), qui se partagent l'île en cinq royaumes. vignette|redresse|Christophe Colomb débarquant aux îles d'Amérique, par Thédore de Bry. Le premier accueil fait aux Espagnols est bienveillant. Malgré tout, les nouveaux colons restent méfiants et construisent un fortin sur leur implantation qu'ils nomment La Navidad. Leur voyage a pour but d'atteindre les Indes, de fonder une colonie et d'amasser des richesses. Ils observent d'ailleurs avec intérêt la présence d'or. Après le départ de Christophe Colomb, les relations se dégradent entre la garnison espagnole occupant cette citadelle et les populations arawaks. Le cacique Caonabo, qui tient le territoire abordé par les Espagnols, fait massacrer la garnison de et détruire le fortin.
Exploitation puis massacre des Arawaks
vignette|redresse|Le massacre de la cacique Anacoana et de ses sujets.|gauche À son deuxième voyage en 1493, Christophe Colomb apporte avec lui des chiens d'attaque - des mastiffs et des greyhounds - pour terroriser la population taïno. Il fonde une seconde colonie qui devient la première ville européenne du Nouveau Monde : La Isabela, en l'honneur de la reine Isabelle la Catholique, s’y installe et asservit les populations autochtones. À la suite d'une révolte de ces populations, une femme devenue un de leurs caciques, Anacaona, est capturée et pendue. Après avoir vaincu les autres caciques qui dirigent le pays, les Espagnols soumettent systématiquement les autochtones à des travaux forcés afin d’extraire l’or des mines.
vignette|redresse|Amérindiens récoltant l'or. En moins de vingt-cinq ans, les populations autochtones sont décimées à cause des mauvais traitements subis, de l’esclavage et des maladies importées par les conquérants. Sur le million d'autochtones que comptait l'île au moment de sa découverte par les Européens, il n'en restait plus qu'environ en 1507, en 1514, 600 en 1533 et seulement 150 en 1550. Les premiers vice-rois d'Hispaniola responsables de ce génocide sont : Barthélémy Colomb (frère du découvreur), Francisco de Bobadilla, Nicolás de Ovando, et Diego Colomb (fils aîné de Christophe).
Importation d'esclaves africains
vignette|Coupe d'un navire négrier.|gauche Le nouveau gouverneur, Nicolás de Ovando (1450/60-1511), tente dès 1503 de faire venir des Noirs d’Afrique pour remplacer les autochtones. La majeure partie des esclaves noirs qui sont déportés vers l’île sont originaires du Dahomey, de la Guinée, du Nigeria et du Royaume du Kongo.vignette|Esclaves africains récoltant l'or pour les colons espagnols d'Hispaniola, gravure de Théodore de Bry, 1595.La présence massive de descendants d'esclaves africains en Haïti notamment dahoméens, y explique l’importance prise par le culte vaudou. La traite négrière est officiellement autorisée en 1517 par l'empereur Charles Quint, qui l’interdit officiellement quinze ans plus tard, avant même la lettre Veritas ipsa de Paul III, mais dans les faits, elle se poursuit néanmoins. Les premiers navires négriers, partant de Sao Thomé à destination des Caraïbes espagnoles appareillent en mer vers 1525.
Christophe Colomb avait importé la canne à sucre dans la colonie en 1493 et au début du les Espagnols fondèrent les premières plantations du sucre du Nouveau Monde. En 1530, on dénombre plus de 30 exploitations sucrières.
Fondation de la ville de Saint-Domingue
Fondée en 1502, la ville du sud Saint-Domingue (ou Santo Domingo, devenue depuis la capitale la colonie espagnole puis de la République dominicaine) devient le port de transit des colons européens venant s’installer dans le Nouveau Monde. Ne s’intéressant qu’à la collecte de l’or, les Espagnols importent en quantité des chevaux, des bovins, des caprins et des porcins qu’ils laissent en liberté pour les y chasser, mais qui bouleversent les équilibres naturels de l’île. Dès 1530, le troc ou la spoliation des indiens sur les pépites d’or rapporte moins. Les colons espagnols concentrent leurs efforts dans la partie orientale de l’île peuplée par les amérindiens Higüey, qui recèle encore un peu d’or, et ils délaissent l’ouest montagneux.
Colonisation française de la partie occidentale (1626-1804)
Repère de pirates et boucaniers vignette|redresse|gauche|Boucanier en 1698. L’ouest montagneux de l’île, délaissé par les autorités espagnoles, devient alors, à la fin du , le domaine vivrier d'aventuriers, en grande partie de langue française. Ces flibustiers basés sur l’île de la Tortue, au nord, font périodiquement des incursions sur la « Grande Terre » où leurs boucaniers chassent les animaux devenus sauvages et vendent les viandes séchées ou fumées et le cuir. Vers 1625, des Français occupent la partie nord-ouest et gagnent progressivement les territoires plus au sud. En 1640 le commandeur de Poincy, « gouverneur des Îles de l’Amérique » basé à Saint-Christophe, envoie le huguenot François Levasseur chasser les Anglais qui se sont emparés de l’île de la TortueMoreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, Philadelphie, Paris, Hambourg, 1797-1798, (réédition, 3 volumes, Paris, Société française d'histoire d'outre-mer, 1984), p. 644-645, et prendre le commandement des flibustiers et boucaniers français.
Contrôle colonial français vignette|Carte de l'île d'Hispaniola en 1725 faisant apparaître la partie français (Ouest) et la partie espagnole (Est).En 1659, l'île de la Tortue est conquise semble-t-il définitivement par les Français et est cédée en 1764 à la Compagnie française des Indes occidentales, une compagnie commerciale publique créée par Jean-Baptiste Colbert. Sous l’impulsion du ministre Colbert en France, et sur place du premier administrateur Bertrand d'Ogeron de La Bouëre nommé en 1665, la « colonie de Saint-Domingue » prend son essor. Sa première capitale, Le Cap-Français, est fondée en 1670. À la suite du traité de Ryswick (1697) et de l’accession au trône espagnol d’un petit-fils de Louis XIV, le duc d’Anjou Philippe de France (1700), l’Espagne abandonne ses prétentions à la possession de l’ensemble de l’île Hispaniola et accepte la présence française dans sa partie occidentale, la future Haïti, malgré les combats sur place qui tournent souvent à l'avantage de la flotte anglo-espagnole. Le traité d'Aranjuez en 1777 officialise la souveraineté française sur ces territoires.
Colonie esclavagiste
Économie de plantation
gauche|vignette|Esclave produisant l'indigo.