Le Rallye de l'Acropole 1986 ( Rallye Acropolis), disputé du 2 au , est la cent-cinquante-troisième du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la sixième manche du championnat du monde des rallyes 1986.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1986 intègre treize manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement onze sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Côte d'Ivoire et le Rallye Olympus en étant exclus). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :

Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 5% de la production).

Avec la participation de nombreux grands constructeurs, la saison 1986 s'annonçait particulièrement prometteuse avant qu'une série d'accidents ne vienne bouleverser son bon déroulement. Si le spectacle offert par des machines dont la puissance avoisine les 500 chevaux est remarquable, les vitesses atteintes sur asphalte entraînent de sérieux problèmes de sécurité, particulièrement dans les zones concentrant une bonne partie du public. Si les deux premières épreuves de l'année s'étaient déroulées sans incident notable, la sortie de route de Joaquim Santos au cours de la première étape du Rallye du Portugal a mis en évidence les risques encourus par les équipages et par les spectateurs dans les zones rapides, trois personnes ayant alors perdu la vie, fauchées par la voiture en perdition, une trentaine d'autres ayant été blessés dans cet accident qui avait fortement marqué les pilotes professionnels et entraîné leur retrait de la course. Le mois suivant, la mort d'un spectateur lors du Safari, causée par une défaillance mécanique survenue sur la Volkswagen de Kenneth Eriksson ayant entraîné une sortie de route, ne pouvait certes pas être imputée à l'escalade de puissance touchant les voitures du groupe B mais avait cependant accru la tension entre pilotes et instances officielle de la Fédération internationale du sport automobile. Disputé dans une ambiance explosive, les organisateurs ayant ignoré les demandes des équipages de réduire la distance des secteurs chronométrés jugés trop éprouvants ou trop dangereuxRevue L'Automobile - juin 1986, le Tour de Corse fut le théâtre d'un nouveau drame, la violente sortie de route d'Henri Toivonen dans un passage délicat étant fatale au jeune pilote finlandais et à son copilote Sergio Cresto. La disparition de l'équipage vedette de la Scuderia Lancia eut pour conséquence immédiate l'interdiction des voitures du Groupe B à compter du et l'annulation du futur Groupe S. Les décisions radicales prises par les autorités officielles sont loin d'avoir fait l'unanimité parmi les principaux intéressés et une vingtaine de pilotes ont signé un communiqué, distribué à la presse avant le départ, précisant les mesures qu'ils souhaitaient voir appliquées pour les années suivantes, demandant notamment à la FISA de rétablir le Groupe SRevue Auto hebdo - 11 juin 1986. C'est dans ce contexte tendu que va se dérouler la suite du championnat du monde.

Principaux points du communiqué commun des pilotes Les pilotes supportent totalement les efforts de la FISA pour contrôler la sécurité de spectateurs et des pilotes. Ils pensent cependant que les propositions faites seront insuffisantes et demandent que soient réévalués les points suivants : utilisation des turbos risques d'incendie suspension, direction et freins interdiction des pneus lisses introduction d'un groupe S avec moteur atmosphérique d'une puissance maximale de 300 chevaux interdiction des matériaux inflammables imposition d'un crash test

Juha Piironen Juha Kankkunen Timo Salonen Seppo Harjanne Bruno Saby Jean-François Fauchille Saeed Al-Hajri John Spiller Philippe Wambergue Jean-Bernard Vieu Stig Blomqvist Kalle Grundel Benny Melander Maurice Chomat Didier Breton «Tchine» Bruno Berglund Gilles Thimonier

L'épreuve

Créé en 1953 alors que le réseau routier grec ne comprenait que des chemins rocailleux, le Rallye de l'Acropole est rapidement devenu une référence parmi les épreuves sur terre. Dès 1958, il fut intégré au calendrier du championnat d'Europe des rallyes, puis à celui du championnat du monde à partir de 1973. Malgré l'évolution du réseau routier local, son parcours est resté spécifique, empruntant en majorité des pistes très éprouvantes pour les mécaniques et les équipages. Vainqueur à trois reprises entre 1975 et 1983, Walter Röhrl est le pilote le plus titré en Grèce.

Le parcours thumb|upright|right|alt=Acropole|Athènes, ville départ et arrivée du rallye de l'Acropole. départ : d'Athènes arrivée : à Athènes (l'arrivée effective a lieu le , mais la remise des prix est organisée le 5) distance : 1909 km, dont 574,13 sur 38 épreuves spéciales (46 épreuves initialement prévues pour un total de 723,40 kmRevue Auto hebdo - 28 mai 1986) surface des épreuves spéciales : terre Parcours divisé en trois étapesRevue L'Automobile Magazine n°481 - juillet 1986

Première étape Athènes - Thèbes - Lagonissi, le 450 km dont 108,10 sur 7 épreuves spéciales

Deuxième étape Lagonissi - Thèbes - Itéa - Lidoríki - Kaména Voúrla, le 759 km dont 180,07 sur 14 épreuves spéciales (20 épreuves initialement prévues)

Troisième étape Kaména Voúrla - Lamia - Lidoríki - Itéa - Thèbes - Athènes, le 700 km dont 285,96 sur 17 épreuves spéciales (19 épreuves initialement prévues)

Les forces en présence Peugeot thumb|right|upright=1.1|alt=Lancia Delta S4|Trois Lancia Delta S4 groupe B seront au départ. Peugeot-Talbot Sport a engagé trois 205 Turbo 16 Évolution 2 groupe B, à transmission intégrale. Elles seront aux mains de Timo Salonen, Juha Kankkunen et Bruno Saby. Pesant environ une tonne, elles sont pourvues d'un moteur quatre cylindres de 1775 cm3 placé en position centrale arrière et alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur Garrett. Avec une pression de suralimentation de 2,6 bars, leur puissance est de 450 chevaux à 7500 tr/min. Les trois voitures disposent de la boîte de vitesses à six rapports et bénéficieront des nouveaux pneus Michelin «F» spécialement étudiés pour limiter les dérives des voitures à quatre roues motrices sur les routes en terreRevue Auto hebdo - 4 juin 1986.

Lancia La Scuderia Lancia aligne trois Delta S4 groupe B, à transmission intégrale, pour Markku Alén, Massimo Biasion et Mikael Ericsson, ce dernier nouvellement recruté en remplacement du regretté Henri Toivonen. Leur moteur quatre cylindres de 1759 cm3 à injection électronique Magneti Marelli est disposé en position centrale arrière. Il se distingue par son double système de suralimentation, avec un compresseur volumétrique à lobes Abarth pour les bas et moyens régimes et un turbocompresseur KKK efficace à haut régime, la puissance pouvant avoisiner les 500 chevaux en jouant sur la pression de suralimentation. Elles pèsent un peu plus d'une tonne et sont chaussées de pneus Pirelli.

Ford Deux Ford RS200 groupe B, à transmission intégrale, seront au départ, aux mains de Stig Blomqvist et de Kalle Grundel. Également dotées, comme les Peugeot et les Lancia, d'un moteur central suralimenté, elles sont cependant plus lourdes, leur poids approchant les 1100 kg. Elles ont toutefois pour atout des suspensions à grand débattement parfaitement adaptées aux pistes grecques. Leur quatre cylindres de 1803 cm3, alimenté par un système d'injection Bosch associé à un turbocompresseur Garrett, délivre 420 chevaux à 8000 tr/min. Les Ford utilisent des pneus Pirelli.

MG Austin Rover avait initialement engagé deux MG Metro 6R4 groupe B pour Tony Pond et Malcolm Wilson, mais lors des essais préliminaires en Grèce les voitures britanniques ont été sujettes à des casses répétitives des suspensions, incitant l'équipe à déclarer forfait.

Citroën thumb|right|upright=1.1|alt=Citroën BX 4TC|La Citroën BX 4TC groupe B de Jean-Claude Andruet. Comme au Rallye Monte-Carlo et en Suède, Citroën Compétitions engage deux BX 4TC groupe B pour Jean-Claude Andruet et Philippe Wambergue tandis que Maurice Chomat, soutenu par Total, disposera d'un modèle identique et sera assisté par l'usine. Ces berlines à transmission intégrale pèsent 1150 kg. Leur moteur quatre cylindres est dérivé de celui équipant les Chrysler 180. D'une cylindrée de 2140 cm3, il est alimenté par un système d'injection mécanique Bosch associé à un turbocompresseur KKK. Sa puissance maximale est de 380 chevaux à 7000 tr/min. Avec 4,59 mètres de long, les BX sont les voitures les plus imposantes de leur catégorie. Leur suspension hydropneumatique constitue un avantage sur parcours accidenté. Elles sont équipées de pneus Michelin.

Nissan L'importateur grec du constructeur japonais a préparé deux coupés 240RS groupe B (transmission classique, quatre cylindres, 2340 cm3, 260 chevaux) pour les pilotes locaux Iórgis Moschous et Stratissino. Le pilote privé cypriote Vahan Terzian s'aligne sur un modèle identique. Les Nissan sont chaussées de pneus Dunlop.

Opel Le Monégasque «Tchine» (pseudonyme d'Auguste Turuani) engage son Opel Manta 400 groupe B (transmission classique, quatre cylindres, 2420 cm3, 275 chevaux). Il utilise des pneus Michelin.

Porsche Le Rothmans Porsche Rally Team aligne une Porsche 911 SC RS groupe B pour le pilote qatari Saeed Al-Hajri. Pesant un peu plus d'une tonne, elle est motorisée par un six cylindres à plat de trois litres de cylindrée, refroidi par air et placé en porte-à-faux arrière. La puissance est de l'ordre de 300 chevaux. Elle est chaussée de pneus Michelin.

Audi Rudolf Stohl prendra le départ sur un Coupé Quattro groupe A, à transmission intégrale, animé par un moteur cinq cylindres atmosphérique de 200 chevaux. Il utilise des pneus Michelin.

Volkswagen Volkswagen Motorsport a engagé deux Golf GTI groupe A (moteur quatre cylindres de 1781 cm3, injection mécanique Bosch, 170 chevaux), confiées à Kenneth Eriksson et Franz Wittmann. Elles sont chaussées de pneus Pirelli.

Fiat Le Jolly Club aligne trois Fiat Uno Turbo groupe A (moteur quatre cylindres de 1301 cm3, turbocompresseur IHI, 170 chevaux à 6500 tr/min) pour Giovanni del Zoppo, Michele Rayneri et Alessandro Fiorio. Ces berlines de 885 kg utilisent des pneus Michelin.

Déroulement de la course Première étape