Les Allobroges sont un peuple gaulois dont le territoire était situé entre l'Isère, le Rhône et les Alpes du Nord. Ils passaient dans l'Antiquité pour de grands guerriers.

Étymologie Ce peuple celte se serait installé dans les Alpes du Nord au début du Les auteurs antiques grecs (Polybe, Ptolémée, Plutarque) les ont appelés Allobriges ou Allobryges. César mentionne Allobrogum fines pour désigner le territoire des Allobroges (, , 10).

La plupart des chercheurs s'accordent aujourd'hui sur l'étymologie de l'ethnonyme . La traduction en est donnée au par un scholiaste de Juvénal (, , 234) : ., .. Les Allobroges sont littéralement .

Le nom est composé des racines allo- (autre) et brogi- (pays), soit : (le peuple) venu d'autres paysArticle de François Perrin, « L'origine des Allobroges », pp.22-25 paru dans .. Xavier Delamare (2008), *allobrog signifierait étranger ou exiléXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : Une approche linguistique du vieux-celtique continental, Éditions Errance, collection des Hespérides, 2008..

Il est apparenté au moyen gallois (), attesté dans une copie du de l' ().

Allobroges et Allobrogie vignette|250 px|Territoire des Allobroges. Le territoire des Allobroges s'étendait sur la plus grande partie des pays qui seront nommés plus tard la Sapaudia (ce « pays des sapins » deviendra la Savoie) et au nord de l'Isère. Mais, à l'est, dans les montagnes alpines, des peuples indépendants, les Ceutrons, occupaient la vallée de la Tarentaise et la haute vallée de l'Arve et les Médulles occupaient la vallée de l'Arc. Au sud, la rivière Isère (puis le Doux, en rive droite du Rhône) marquerait leur frontière avec les Ségovellaunes dont le territoire deviendra la cité de Valence.

L'Allobrogie, habituellement considérée par les historiens comme habitée par un peuple homogène, est en réalité constituée de nombreux territoires séparés par des frontières indiquées par des toponymes gaulois qui existent encore aujourd'hui. Les Allobroges, comme bien d'autres peuples gaulois, sont eux aussi une « confédération ». Les Romains donnèrent, par commodité ou ignorance, le nom d'Allobroges à l'ensemble des peuples gaulois vivant dans la civitas (cité) de Vienne, à l'ouest et au sud de la Sapaudia. Ces pseudo-Allobroges adoptèrent Vienne comme capitale et se fédérèrent. L'ensemble de l'Allobrogie est donc usuellement défini comme le territoire correspondant en grande partie aux actuels départements de la Savoie, de la Haute-Savoie et de l'Isère, ainsi que de la rive gauche du Léman et du Rhône de l'actuel canton de Genève.

Les Allobroges étaient réputés être de bons guerriers. Certains fournirent pendant des siècles des mercenaires, les Gésates, bien connus en Gaule cisalpine où ils vinrent aider leurs frères gaulois à résister aux Romains. Ils combattirent nus à la bataille de Télamon (225) qui marqua la fin de la Gaule cisalpine indépendantePolybe, Histoire Générale II, 6. Après la conquête de l'Allobrogie par les Romains en -121, les Allobroges n'acceptèrent pas la présence de l'envahisseur romain et surtout ses impôts ; ils menèrent plusieurs révoltes (-77, -61, -43).

Les Allobroges ne jouissaient pas d'une réputation très sympathique. Ainsi, selon le Larousse, « « C'est un Allobroge » s'emploie comme nom propre ou commun pour désigner un homme grossier, barbare, d'un esprit lourd et inculte. » L'ouvrage précise que cette locution remonte loin, « puisqu'on la trouve déjà chez les Latins et que Juvénal nous rapporte qu'un certain Rufus, rhéteur gaulois établi à Rome, qualifiait Cicéron de la sorte : Rufus qui toties Ciceronem Allobroga dixit (VII, 214) ; c'est l'une des expressions dont Voltaire se sert le plus souvent pour injurier ses adversaires littéraires : « de très mauvaises tragédies barbares, écrites dans un style d'Allobroge, ont pourtant réussiLarousse sélection, tome3, 1969, publié par sélection du Reader's Digest.. »

Les Allobroges vus par les auteurs antiques

Divers témoignages décrivent les Allobroges comme un des peuples parmi les plus riches et les plus puissants de la Gaule, avec une population nombreuse. Ils labouraient avec une charrue grossière et cultivaient un froment réputé, mais aussi le seigle et la vigne. Ils pratiquaient l'élevage et fabriquaient du fromage, exploitaient leurs vastes forêts, et extrayaient des minerais.

Pline l'Ancien évoque les mines de cuivre, de fer et de plomb argentifère de la Tarentaise. Ils contrôlaient une partie de la vallée du Rhône (Viennois) et se trouvaient au débouché des principales voies de franchissement des Alpes, dont des voies internationales sur lesquelles ils pratiquaient le péage.

Pline et Strabon évoquent les marmottes, que Pline appelle rats des Alpes, les lièvres blancs qui se nourriraient de neige en hiver, chevreuils, cerfs, chamois, bouquetins et les chevaux sauvages. Pline rapporte aussi que le blé de trois mois est connu dans toutes les Alpes, et que le fromage « vatusique » des Ceutrons est célèbre à Rome, que les vaches, malgré leur petite taille, donnent beaucoup de lait et que les bœufs sont attelés par la tête et non par le cou..

Histoire des Allobroges Le passage des Alpes par Hannibal

Au milieu du , l'historien grec Polybe évoque le premier les Allobroges, à l'occasion du récit du passage des Alpes par Hannibal en -218, où les Allobroges de la plaine l'aidèrent, tandis que ceux des montagnes tentèrent en vain de lui barrer le passage. : Hannibal ayant franchi les Pyrénées, pour se rendre en Italie au travers des Gaules, passe le Rhône à une distance de quatre jours de marche au-dessus de son embouchure dans la Méditerranée. Il en remonte ensuite la rive gauche et arrive le quatrième jour dans un pays appelé Ile à cause de sa situation, et semblable pour la grandeur et la forme au delta du Nil, car les deux rivières, le Rhône et l'Isère, coulant chacune le long d'un de ses côtés, lui donnent une figure en pointe à leur confluent. Le commandement des habitants de ce pays était alors partagé entre deux frères. Hannibal ayant pris parti pour l'aîné, ce prince fournit des provisions à l'armée carthaginoise et distribua aux soldats des armes neuves, ainsi que des vêtements et des chaussures pour les mettre en état de passer les montagnes. Enfin, et ce fut là son plus grand service, il forma avec ses troupes l'arrière-garde des Carthaginois qui craignaient d'être attaqués pendant leur passage sur le territoire des Gaulois appelés Allobroges ; il assura ainsi leur marche jusqu'à l'entrée des Alpes. Hannibal, ayant pendant dix jours marché le long de la rivière et parcouru un espace d'environ 800 stadesenviron 150 kilomètres , commença à gravir les Alpes. Tant qu'il avait cheminé en plaine, les divers chefs des Allobroges, redoutant sa cavalerie et les barbares qui l'escortaient, s'étaient tenus à distance; mais quand ces derniers l'eurent quitté et que l'armée carthaginoise se fut engagée dans des passages difficiles, ces mêmes chefs, réunis en grand nombre, prirent position sur la route que devait parcourir Hannibal, et cherchèrent à arrêter sa marche. Ayant essuyé des pertes importantes lors des premiers affrontements avec les Allobroges, Hannibal finit par être obligé d'en venir aux mains avec eux et par triompher; la plus grande partie de ces Allobroges fut détruite et le reste prit la fuitePolybe, Histoires, livre III, chapitre X (traduction Thuillier) https://remacle.org/bloodwolf/historiens/polybe/trois.htm.

Tite-Live, rapportant le même épisode historique dans un récit haut en couleur, évoque . Plus loin, il raconte comment les montagnards étaient « à l'affût sur les hauteurs au-dessus de leurs têtes ». Apprenant que le passage n'étant pas gardé la nuit, l'armée d'Hannibal passe son chemin mais les soldats sont rattrapés et attaqués le lendemain matin par les montagnards « habitués qu'ils étaient à courir à travers la montagne et à passer en dehors des sentiers », basculant des pierres et dévalant les pentes. Hannibal met en fuite les attaquants mais perd de nombreux chevaux qui tombent dans le précipice. Le lendemain, il prend un bourg fortifié qu'il pense être le chef-lieu de la vallée dont les habitants feignent de vouloir la paix. Le lendemain la colonne d'Hannibal est à nouveau attaquée lors d'une embuscade mais les montagnards sont à nouveau dispersés. Après une dure progression, alors que la neige tombe « à la date où disparaissent les Pléaïdes », les Carthaginois parviennent au bout de à un col et commencent leur descente vers la plaine du PôRémi Mogenet, Tite-Live et nos Alpes, un article de l'Essor savoyard du 28 mai 2009, page 36.

La conquête romaine

Les Allobroges furent longtemps des rebelles à l'autorité romaine et la conquête du territoire des Allobroges par les Romains se fit en plusieurs étapes entre -122 et 60 :

Au , les Romains ayant conquis en 125 une partie de la Gaule, au nord de MarseilleTite-Live, Epitome LX. - Velleius Paterculus, I, c. 15. - Ammien Marcellin, XV, c. 12. - Diodore de Sicile, Frag. ap. Valesium, p. 376. , commencèrent à remonter le long de la vallée du Rhône, pour y étendre leur conquête. Les Allobroges se sentant menacés s'allièrent aux Arvernes et à d'autres cités gauloises pour arrêter les Romains. Mais les troupes gauloises furent battues à Vindalium, près d'Avignon, où le consul romain Gnaeus Domitius Ahenobarbus les effraya avec une troupe d'éléphants chargés d'hommes armés et les mit en déroute en l'an -122.

En 121 , les Allobroges, alliés aux Salluviens et aux Arvernes, se levèrent à nouveau en masse contre les Romains alliés aux Éduens. Une deuxième bataille les opposa aux légions de Rome près du confluent du Rhône et de l'Isère (carrefour des Sept Chemins ?). La victoire du proconsul Fabius Maximus ouvrit aux Romains la conquête du pays allobroge et son incorporation dans la province de la Narbonnaise. Ce succès du consul Fabius Maximus lui vaudra le surnom d'« Allobrogicus »Tite-Live, Epitome LXI- Velleius Paterculus, I, c. 15 et II, c. 10.- Tacite, Ann. IV, c. 25.- Strabon, IV, c. 1, § 11. - Pline, Hist nat., VII, c. 51. - P. Mela, II, c. 5. - Appien, De rebus gall., § 12. - Valère Max, VI, c. 9 et IX, c. 6. - Eutrope, I, c. 4. - Orose, V, c. 13 et 14. - Florus, III, c. 2. - Julius Obseq. De prodigiis, c. 27. - Solin, Polyhistor. c. 8..

Après la victoire de Fabius Maximus, les Allobroges sont désormais soumis aux Romains, et leur territoire forme le premier noyau de la Province transalpine , qui comprend tous les peuples gaulois dans la dépendance de Rome au-delà des Alpes. De 113 à 107 , les Cimbres et des Teutons, auxquels se joignent quelques tribus Helvètes menacent les territoires allobroges. Le consul Lucius Cassius Longinus est vaincu par les Tigurins en l'an 107 , dans un combat qui a lieu vers la frontière des Allobroges. Le consul et son lieutenant sont tués et leurs soldats forcés de passer sous le jougTite-Live, Epitome LXV. - J. César, De bello gallico, I, c. 7 et 12.- Strabon, IV, c. 3 et VIII, c. 2. - Velleius Paterculus, II, c. 8 et 12.- Florus, III, c. 3. - Orose, V, c. 15. - Jul. Obseq. De prodigiis, c. 35.- Eutrope, V, c. 1. - Plutarque, Vie de Marius, c. 11..

Pendant la guerre de Sertorius, les Allobroges font partie des nations lourdement mises à contribution par le propréteur M. Fonteius, nommé par le Sénat romain. En 69 , une délégation des Allobroges, Rutènes et Voconces va déposer plainte à Rome contre le gouverneur qui est défendu par Cicéron dans le discours Pro FonteioGérard Chouquer, La situation de la Gaule transalpine d’après le Pro Fonteio de Cicéron, 69 av. J.-C., Formes du Foncier, Août 2014..

En 63 , une délégation va de nouveau se plaindre à Rome. Elle manque d'être impliquée dans la conjuration de Catilina à l'instigation de Lentulus, mais dénonce les conjurés au Sénat romain.