Charlotte Augusta de Galles, née à Londres le et décédée à Claremont House le , est une princesse de Grande-Bretagne et de Saxe-Cobourg-Saalfeld. Elle est membre de la famille royale britannique.
Unique enfant de George IV et de Caroline de Brunswick, elle est désignée comme l'héritière du trône d'Angleterre. Son père laisse son éducation aux soins de gouvernantes et de serviteurs, ne lui autorisant que de brèves rencontres avec sa mère. Celle-ci quitte finalement le pays.
Elle est promise au futur roi des Pays-Bas, Guillaume II, avant que son père ne se ravise et lui fasse épouser le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld, futur roi des Belges. Elle meurt un an plus tard, en donnant naissance à un fils mort-né.
Étant la seule et unique fille du roi George IV, sa mort presse les frères du roi à se marier et à engendrer des héritiers. C'est ainsi que le quatrième fils du roi George III, Édouard-Auguste de Kent, devient le père de la future reine Victoria.
Biographie Origines gauche|vignette|297x297px|Charlotte de Galles, vers 1801 par Thomas Lawrence. En 1785, le prince George épouse secrètement Maria Anne Fitzherbert, de confession catholique romaine. Son père s'oppose à ce mariage. Il est jugé illégal en vertu de la Loi des mariages de 1772.
En 1794, George, prince de Galles, recherche une épouse convenable dans toute l'Europe, pour bénéficier de la somme promise par le Premier ministre William Pitt le Jeune s'il venait à se marier. Ses revenus personnels ne lui permettent pas de couvrir les intérêts de ses dettes.
Deux mariages s'offrent à lui en 1794, tous deux avec une princesse germanique et issue de son cercle familial, avec deux de ses cousines : Louise de Mecklembourg-Strelitz, 18 ans, fille de son oncle maternel, et Caroline de Brunswick, 25 ans, fille de sa tante paternelle. Le prince de Galles choisit la princesse Caroline.
La réputation de la princesse Caroline était entachée par la rupture de précédentes fiançailles pour des motifs inconnus et par un comportement jugé déplacé vis-à-vis d'un soldat irlandais de l'armée de son père. Lady Jersey voyait en Caroline une piètre rivale comparée à Louise. George dépêche le diplomate James Harris, comte de Malmesbury, auprès de sa promise, afin qu'il l'escorte durant son voyage du Brunswick à l'Angleterre.
Selon Harris, la femme qu'il découvre était vêtue de manière débraillée et, d'évidence, ne s'était pas lavée depuis plusieurs jours. Il juge qu'elle avait une conversation déplorable et un langage des plus familiers.
Le diplomate décide de passer les quatre mois du voyage à changer le comportement et les attitudes de Caroline.
Au palais Saint James, en voyant son épouse pour la première fois, le prince de Galles s'exclame: . Caroline trouve le prince . Le soir même, lors de leur premier dîner ensemble, elle évoque à la relation de son fiancé avec Lady Jersey. Selon Harris, cette provocation provoque l'aversion du prince. Peu avant le mariage, le , George envoie son frère, le duc de Clarence, dire à Fitzherbert qu'elle est la seule et unique femme qu'il aime. Il arrive à la cérémonie du mariage complètement ivre.
George déclarera plus tard que le couple n'eut de rapports sexuels qu'à trois reprises et que les commentaires de la princesse à propos de leurs ébats l'ont amené à penser qu'elle avait une base de comparaison et qu'elle n'était plus vierge. En réponse, Caroline aurait laissé entendre que le prince était impuissant. Le couple royal fait chambre à part quelques semaines plus tard, étant obligé de demeurer sous le même toit. Neuf mois plus tard, Caroline donne naissance à une petite fille.
Enfance Charlotte naît le , au palais de son père situé à Londres, Carlton House. George est déçu qu'elle ne soit pas un garçon. Elle est d'emblée l'adoration du roi qui préfère les petites filles. Elle est sa première petite-fille. Le vieux souverain, malgré ses accès de folie, espère que cette naissance va réconcilier le couple princier. Ses souhaits resteront vains.
Trois jours après la naissance de Charlotte, George ordonne que sa femme ne joue aucun rôle dans l'éducation de la petite princesse, et confie tous ses biens matériels à Fitzherbert. À cette époque, la famille royale est plutôt impopulaire, mais la naissance de Charlotte ravit le peuple. Le , la petite princesse est baptisée au palais St. James sous les noms de Charlotte Augusta, d'après ses grands-mères la reine Charlotte et la duchesse Augusta-Charlotte de Brunswick-Lunebourg. Le roi est son parrain.
George interdit à Caroline de voir leur fille hors de la présence de sa nourrice et de sa gouvernante. Elle est seulement autorisée à une visite quotidienne, comme de nombreux parents des classes aisées à cette époque, et est volontairement écartée de toutes décisions concernant l'enfant. Cependant, il semblerait que des membres du personnel désobéissent au prince, et lui permettent d'approcher la petite en secret.
Le prince a peu de contact avec la petite princesse. En revanche, Caroline s'affiche parfois en carrosse dans les rues de Londres avec Charlotte, sous les applaudissements de la foule.
Charlotte est une enfant saine, dotée d'une forte constitution. Selon le biographe Thea Holme: Son enfance est cependant marquée par la guerre de ses deux parents, chacun cherchant à influencer l'enfant, voire le Roi et la Reine eux-mêmes.
En 1797, Caroline quitte Carlton House, et s'établit près de Blackheath. Elle laisse sa fille, la loi anglaise de l'époque considérant que les enfants mineurs dépendent uniquement de leur père.
En 1798, le prince invite son épouse à passer l'hiver à Carlton House, mais celle-ci refuse. Cette réponse signe la fin des espoirs de George de voir un fils naître après Charlotte.
Cela n'empêche pas Caroline de rendre visite à sa fille à Carlton House, ni l'enfant de chasser aux abords de Blackheath afin de voir sa mère; il lui est seulement interdit de s'installer dans sa maison. Tous les étés, le prince loue pour sa fille Shrewsbury Lodge à Blackheath, ce qui facilite les visites. Caroline a donc vu son enfant bien plus souvent qu'elle n'aurait dû selon son mari.
Lorsque Charlotte a huit ans, son père, qui était reparti auprès de Fitzherbert, décide de revenir à Carlton House. Il prend possession des appartements de son épouse (Caroline se verra dédommagée par un espace personnel au palais de Kensington), et déplace sa fille à Montague House, non loin de Carlton House. James Chambers, un autre biographe de Charlotte, note alors que la petite princesse .
De plus, Lady Elgin (veuve de Charles Bruce, comte d'Elgin), la gouvernante de Charlotte dont Caroline était très proche, est obligée de se retirer, officiellement à cause de son grand âge, officieusement sur l'ordre de George, furieux que la lady ait permis à Charlotte de voir le Roi sans sa permission.
Le prince congédie aussi la sous-gouvernante, Miss Hayman, trop proche de Caroline à son goût - la princesse de Galles l'a d'ailleurs prise à son service peu après. Lady Elgin est remplacée par Lady de Clifford (veuve d'Edward Southwell, baron de Clifford). Lady de Clifford fait appel à l'un de ses petits-enfants, George Keppel, de trois ans plus jeune que Charlotte, afin qu'il soit son camarade de jeu. De nombreuses anecdotes nous sont parvenues de l'enfance de Charlotte; l'une met en scène les deux enfants: une foule s'était rassemblée devant la demeure des parents du garçonnet, espérant apercevoir la jeune princesse. Les deux enfants, peu farouches, se mêlèrent à la foule, qui leur en fut très reconnaissante.
En 1805, le Roi commence à s'occuper de l'éducation de Charlotte, son seul et légitime petit-enfant. Il fait appel à un large panel de professeurs. Parmi eux, l'évêque d'Exeter doit lui enseigner la religion. Le Roi espère que ces professeurs en feront une bonne reine. Toujours selon Holme, il semble que ces instructions n'ont que peu d'effet sur Charlotte : elle n'apprend que ce qui lui plaît. Ainsi, sous l'égide de son professeur de piano, Jane Mary Guest, elle devient une excellente pianiste.
En 1807, un nouveau scandale éclate dans la famille royale: Caroline est accusée d'avoir eu des relations extraconjugales. La preuve serait William Austin, un enfant pour qui Caroline éprouve une réelle affection et qui serait en fait son fils illégitime. Le prince de Galles compte sur cette accusation pour obtenir le divorce. Il interdit formellement à Charlotte de voir sa mère. L'enquête se désintéresse rapidement de Caroline et de ses supposés amants. Elle se concentre sur sa domesticité, à qui on demande de plus amples renseignements, sans succès.
Charlotte est au courant de l'enquête. Croisant sa mère dans le parc, elle fait semblant de ne pas la reconnaître, sur les ordres formels de son père. George est déçu: l'enquête ne lui permet pas de confondre son épouse. Le prince de Galles finit par autoriser sa fille à revoir Caroline, avec pour seule condition que le petit William Austin ne joue pas avec elle.
Adolescence Adolescente, la princesse est jugée indécente par les membres de la Cour. Lady de Clifford la laisserait se promener avec les bas apparents sous ses jupes. Son père reste fier d'elle et de sa façon de monter à cheval comme un homme. Elle aime Mozart et Haydn, et s'identifie au personnage de Marianne dans Raison et Sentiments.
À la fin de l'année 1810, le roi George III sombre lentement dans la folie. Très proche de son grand-père, la princesse est touchée par cette maladie qui l'éloigne de lui.
Le , son père est intronisé prince régent devant le Conseil privé, une cérémonie qu'elle tente d'apercevoir au travers des fenêtres du rez-de-chaussée de Carlton House. Elle est une Whig convaincue, comme son père auparavant. Elle prend son revirement politique maintenant qu'il est investi des pleins pouvoirs comme une trahison. Pour montrer son opposition, elle adresse un baiser de la main au chef des Whig, Charles Grey, un soir d'opéra.
Le prince-régent ne facilite pas la vie de sa fille et lui donne à peine assez d'argent pour se vêtir. L'opéra lui devient même difficile d'accès : elle doit s'asseoir dans le fond de sa loge et partir avant la fin.
Elle loge la plupart du temps à Windsor, auprès de ses tantes célibataires. Elle se rapproche de son cousin germain, George FitzClarence, bâtard de son oncle Clarence. Quand FitzClarence rejoint son régiment à Brighton, la jeune fille s'éprend du lieutenant . Il serait l'enfant illégitime de Frederick, duc d'York. Cette relation est approuvée et encouragée par la princesse Caroline.
Les deux amoureux se rencontrent à plusieurs reprises. Hesse rejoint finalement les forces anglaises en Espagne. Tous les membres de la famille royale désapprouvent la manière avec laquelle George traitait sa fille.
En 1813, les guerres napoléoniennes prennent un tournant inquiétant pour l'Angleterre, et obligent George à considérer le mariage de sa fille. Il se prononce sur Guillaume, prince héritier d'Orange, fils et héritier présomptif du prince d'Orange. Un tel mariage permettrait d'augmenter l'influence britannique en Europe du Nord.
Le , leur première rencontre a lieu lors de la fête d'anniversaire de George. Le jeune Guillaume est totalement ivre, comme la plupart des invités et le prince-régent lui-même. La princesse se doute que la présence du prince d'Orange n'est pas innocente. Des rumeurs circulent au palais. La jeune fille s'entête: selon elle, une reine d'Angleterre ne doit pas épouser un étranger.