vignette|Taux de change entre la livre sterling et le mark allemand lors de la crise de 1992. La crise du système monétaire européen de 1992 parfois appelée aussi crise de la livre sterling de 1992 (ou ) est une crise économique qui a eu lieu sur les marchés financiers, notamment celui du Royaume-Uni le lorsque ce pays a été contraint, par la pression du marché, à retirer la livre sterling du système monétaire européen (SME). L'Italie retire la lire italienne du SME le lendemain après avoir été attaquée au même moment.
Plusieurs pays européens membres du SME, touchés aussi, décident ainsi de dévaluer leur monnaie pour relancer leur économie. C'est le cas de l'Espagne, de l'Irlande et du Portugal, dont les monnaies sont fortement dévaluées le même jour, de même que les monnaies scandinaves quasiment au même moment. Les marges du SME seront fortement élargies l'été suivant lors de la crise du système monétaire européen de l'été 1993
Cette crise a rendu célèbre le financier George Soros, patron d'un fonds spéculatif qui a empoché 1 milliard de dollars en spéculant contre la livre et fut et un car elle deux décennies plus tôt, malgré les efforts des Européens pour renforcer leur système .
Contexte Usure de la crédibilité des marges de fluctuation du SME Le fonctionnement du SME de 1979 à 1990 a recouru à des marges de fluctuation finalement apparues étroites avec des réalignements qui se sont avérés , ce qui impliquait que ces marges étaient finalement .
La crédibilité du SME ne venait pas de son système de bandes de fluctuation étroites, mais d'un où . Entrée de la livre sterling dans le SME à un cours trop élevé Le Royaume-Uni est victime de la récession du début des années 1990 qui le frappe et fait augmenter le chômage. Espérant stimuler ses exportations, il a intégré en le système monétaire européen, servant à harmoniser la valeur des devises européennes entre elles. Le mécanisme de change du SME , mais la livre sterling est parfois jugée surévaluée. La lire, déjà dévaluée en 1990 et toujours surévaluée La crédibilité de la lire est affaiblie par le de l'opération judiciaire mani pulite (mains propres), tandis qu'en France, «Ces hommes qui ont fait l’euro», par Jean Quatremer et Thomas Klau chez Plon en 1999 "Les marchés attaquent: la crise monétaire de 92-93" par Jean Quatremer dans Libération le 12 juin 2010 .
Deux décennies plus tôt, en , la lire italienne avait quitté définitivement le serpent monétaire européen, comme le franc qui s'en retira plus tard en mais a pu y revenir en , avant d'en ressortir le quand le serpent monétaire européen était devenu une simple zone mark, le SME n'étant récréé qu'en 1979 avec un mécanisme amélioré par le retour à l'ancienne unité de compte agricole"Problèmes monétaires internationaux", par Marc Bassoni et Alain Beitone chez Armand Colin en 1998 . Ensuite, depuis 1987, au sein du SME seule la lire avait été dévaluée, en , dans le sillage de l’abandon des marges larges de fluctuations à ± 6 % pour l’adoption des marges étroites à ± 2,25 %. La réduction des marges de fluctuation de la lire avait joué un rôle important dans cette dévaluation.
Pour faciliter le placement des titres publics, le Trésor italien a dû en accroître sensiblement la rémunération, introduire en 1983, après la crise du système monétaire européen de 1982-1983, des bons du Trésor indexés, et encourager le développement des marchés de titres publics , mais sans réussir à totalement "nationaliser" la détention des emprunts publics. Les monnaies du sud de l'Europe ont en effet un rapport particulier aux spéculateurs internationaux: entre 1984 et 1991, la peseta s'est dépréciée face au dollar américain de plus de 50 %.
En 1992, il leur est clairement apparu que la parité de la lire était difficilement soutenable"Italie : rigueur sans récession ?" par Hélène Harasty, du département d'économétrie de l'OFCE, et Jacques Le Cacheux, Département des études de l'OFCE, dans Observations et diagnostiques économiques n°48, en janvier 1994 . Les milieux financiers internationaux y voient le "maillon le plus faible du SME", surévaluée de 8 % à 15 % car l'Italie, en plus d'un déficit budgétaire de 11 % du PIB, a la plus forte inflation de la CEE, mis à part le Portugal et l'Espagne. Sa hausse des prix dépasse de 15 % celle de la France et l'Allemagne en "cumulé depuis 1987""Le réaménagement monétaire au sein du SME La dévaluation de la lire était devenue inévitable", dans Le Monde du 15 septembre 1992 .
La Confindustria mobilise le patronat italien, qui estime lui intolérable voire "dramatique", le niveau des taux d'intérêt imposé à une économie asphyxiée pour défendre cette parité surévaluée.
Réunification et augmentation des taux d'intérêt allemands Toutefois, le début des années 1990 fragilise le système monétaire : la réunification allemande provoque une hausse brutale des dépenses publiques et de l'inflation dans le pays.
Dans l'objectif de juguler l'inflation, la Banque fédérale d'Allemagne décide d'une augmentation de ses taux directeurs, c'est-à-dire des taux qu'une banque centrale applique aux banques. Ces dernières, face à l'augmentation de leurs coûts de financement, répercutent la hausse des taux sur les taux qu'elles pratiquent auprès des particuliers, avec pour objectif de calmer l'inflation mais pour inconvénient de pénaliser la croissance des dépenses et investissements.
La hausse des taux de la Banque fédérale d'Allemagne a toutefois un effet secondaire : les taux d'intérêt augmentant sur les marchés financiers allemands, les capitaux des investisseurs européens sortent des pays où ils étaient placés afin d'être placés en Allemagne, où la rémunération est devenue plus élevée, et ce au détriment des monnaies des autres pays, qui pour les défendre se sont mis à relever leurs taux directeurs encore plus haut que l'Allemagne, déprimant leurs propres économies, qui ne connaissaient pourtant pas l'inflation comme en Allemagne.
La Banque fédérale d'Allemagne eux en récession, pour .
Arrimée au Deutsche Mark par un taux de change , la monnaie anglaise apparaissait ainsi aux spéculateurs et aux économistes tout Article par Nessim Aït-Kacimi le 15 août 2021 dans Les Echos .
La crise a été causée en grande partie par le phénomène d'un dollar faible conduisant à un deutschemark fort, connu sous le nom de "polarisation du dollar- deutschemark", est dû au fait que le deutschemark, faisait en 1992-1993 office de substitut le plus proche de la monnaie américaine car il offrait le marché obligataire le plus important et le plus liquide d'Europe à l'époque. Même si la livre était surévaluée, la Grande-Bretagne a dû relever ses taux d'intérêt, ce qui a affaibli son marché du logement et sa compétitivité. Crise Pressions avant le référendum danois du début de l'été 1992 Les archives ouvertes au public par la Banque d'Angleterre et des données de 14 pays européens, totalisant plus de 500 000 observations sur la période 1986-1995 ont permis de tracer un « Exchange Market Pressure (EMP) index », qui a prouvé que la pression sur les monnaies du SME a commencé à s'intensifier bien avant le référendum danois du début de l'été 1992.
Les sorties de capitaux des pays européens en direction de l'Allemagne font baisser la valeur des devises des pays de sortie. À partir de septembre, les investisseurs qui avaient placé leurs fonds au Royaume-Uni, notamment, vendent leurs livres contre des Deutsche Mark, qui voit sa valeur augmenter car sa demande augmente fortement, la livre baissant au fur et à mesure qu'elle est vendue. Le gouvernement britannique doit alors, pour rester dans le SME, contrecarrer la chute de la livre sterling en augmentant les taux d'intérêt, au risque d'aggraver la situation de chômage et de récession, politique qu'il adopte d'abord mais qui semble intenable sur la durée aux spéculateurs.
En France, les critiques contre la politique du franc fort parcourent tout l'échiquier politique. AU RPR, dès le , Édouard Balladur a pris ses distances avec le projet d'union monétaire en expliquant qu'à la monnaie unique, il "préfère la monnaie commune" et en demandant dans Le Monde: "cette union monétaire-là, contraignante et centralisatrice, est-elle la seule concevable pour l'Europe ?. Au PS, Lionel Jospin va jusqu'à approuver "certaines des critiques qui sont faites par les opposants de gauche au traité" de Maastricht et un an plus tard il fera entendre "une petite musique économique franchement hétérodoxe" en déclarant en 1993 que "le temps est venu de rompre avec l'orthodoxie économique qui domine le monde occidental et la France depuis quinze ans et qui a démontré son inefficacité. Les raisonnements fondés sur la désinflation compétitive (...) ne fonctionnent pas""La longue marche des dirigeants politiques français vers l'euro", par Laurent Mauduit le 31 décembre 2001, dans Le Monde le .
L'interview du président de la Bundesbank au Handelsblatt La crise a culminé le avec l'interview d'Helmut Schlesinger, président de la Bundesbank, non relue et publiée ce jour-là"Une crise qui rappelle celle de 1992-1993" 15 février 2010 par Jean-Marie Pottier, le 11 février 2010 dans Challenges dans le quotidien économique allemand Handelsblatt, qui évoque les difficultés de plusieurs monnaies et le traité de Maastricht, et donne, probablement sans le vouloir, , constituant . Dans cette interview, il estime que la dévaluation de la lire n'est pas suffisante, suggérant un du SME, propos qui attendu et espéré par les spéculateurs. Les archives montrent que la Bundesbank n’intervint que , mais en avait statutairement le droit, et dépensa un total de 92 milliards de marks en faveur des monnaies dites faibles du SME"Entre convictions et obligations" par Nathalie Champroux, Presses Sorbonne Nouvelle, 2009, . La tourmente monétaire provoquée par la chute du mark finlandais Les pressions montent "inexorablement" pour la sortie de la lire du SME, "alimentées notamment par la tourmente monétaire que provoqua en Scandinavie la chute du mark finlandais et la montée à 75 % du taux d'intervention de la Banque de Suède", provoquant une "onde de choc" sur le SME. La Banque d'Italie devra portant son taux d'escompte de 12% en juillet à 15 % le , son taux d'intervention au jour le jour frôlant même 21 %, un "niveau de guerre". Avec la Bundesbank, elle achète massivement de la lire pour empêcher le mark de crever son plafond de 765,40 lires à Milan, au prix de centaines de milliards de lires par jour et Lamberto Dini, sous-gouverneur de la Banque d'Italie, déclare à la veille du week-end avoir "suffisamment de réserves pour résister assez longtemps" mais la situation est rapidement jugée intenable car la Bundesbank craindrait de faire enfler ainsi sa masse monétaire par les marks créés pour acheter des lires.
La livre et la lire sortent du SME les 16 et 17 septembre La sortie de la lire italienne du SME intervint le , au lendemain de celle de la livre, quelques jours avant le référendum français sur le traité de Maastricht, avec des spéculations sur ses "incertitudes" et un probable "résultat très faiblement positif". Au total, en cette fin de l'été 1992, les attaques spéculatives contre les monnaies européennes contraignirent pas moins de cinq pays membres du SME, le Royaume-Uni et l'Italie, l'Espagne, l'Eire et le Portugal, à dévaluer"Les leçons de la crise de la lire italienne de 1992", article par Abdelkader Slifi, dans la revue L'Économie politique d'avril 2015 , faisant parler de "l'éclatement du SME de ""1992 : les spéculateurs mettent en péril le Système monétaire européen" par Adrien de Tricornot le 16 mars 2010 dans Le Monde , les deux premiers en étant sortis durablement à cette occasion. Seule la Banque de France avait massivement emprunté des Deutsche Marks à son homologue allemande pour réussir à empêcher l'éclatement total du SME. Crise aïgue de la lire italienne