Abel Moumé Etia, souvent désigné par ses initiales MEA, né le à Yabassi et mort le à Douala, est un ingénieur météorologue, haut fonctionnaire et écrivain camerounais. Il est le premier ingénieur camerounais de la météorologiePromotion 62/63 - École nationale de la météorologie du Fort de Saint -Cyr (France) et un pionnier dans le domaine des prévisions météorologiques et l'hydrométéorologie au Cameroun.

Au sein de la fonction publique, il est le plus gradé dans le cadre de la météorologie nationale du Cameroun, depuis de la création du Cadre Météo pendant la période coloniale française, jusqu’à l’accession du pays à l’indépendance en 1960. Après l’indépendance, il a l’indice le plus élevé de son administration, lors du reclassement des cadres du Cameroun (RCC).

Parallèlement à sa carrière d’ingénieur et haut fonctionnaire, il est également écrivain, auteur de plusieurs ouvrages comme Le Foulbé du Nord-Cameroun, paru en 1948.

Abel Moumé Etia est titulaire de plusieurs distinctions honorifiques dont celle de commandeur de l’ordre de la ValeurDécret du Président de la République du Cameroun - Décoration remise le 20 mai 2001, pour services éminents rendus à l'État du Cameroun.

Biographie Origines et famille Abel Moumé Etia, de son nom complet, Abel Etia Moumé Etia est né le 16 avril 1919 à Yabassi dans le Nkam. Son père y est alors en poste comme chef de subdivision administrative de Yabassi. Il est le fils d’Isaac Moumé Etia, premier écrivain camerounais d’expression française et de Christine Mouna Ntonè Ekwalla Eyoum Ebelè, princesse de la chefferie supérieure de Deïdo, fille du prince Ntonè Ekwalla Eyoum Ebelè, petite-fille du prince Fritz Ekwalla Eyoum Ebelè, et arrière petite-fille de Deïdo Ier Eyum-Ebele Charley Dido, roi de Bonebela de 1804 à 1876.

Abel Moumé Etia est également le frère de Léopold Moumé Etia, syndicaliste, homme politique et écrivain camerounais. Il est marié à Géraldine Eitel Hélène Ndôndôki Ekamè Mobi, assistante de service social et institutrice, de Bonambappè, Bonabéri, Douala.

Originaire de Bonatanga, Bonatéki, Deïdo, Douala, la famille Moumé Etia est une famille aristocrate et protestante, issue de la noblesse Douala et de l’élite intellectuelledu Cameroun.

Études et début de la carrière administrative (1934-1962)

École supérieure d’administration de Yaoundé Après des études primaires aux termes desquelles, il obtient son certificat d’études primaires (CEPE), le 18 août 1934 à Douala, Abel Moumé Etia est admis sur concours, le , à l’École supérieure d’administration de Yaoundé, dont le but est de former en trois ans, les agents pour les différents corps de l’administration camerounaise. Il y obtiendra son diplôme le 27 mai 1937. Parmi les élèves de son école, on compte notamment Ahmadou Ahidjo, premier président de la république du Cameroun, Félix Sabal-Lecco, ministre sous le gouvernement d'Ahmadou Ahidjo, Albert Kotto Ekambi, docteur en médecine, Epoupa Mooh Samuel et Etimè Din Evert...

Les élèves de l’École supérieure d'administration de Yaoundé ayant été reçus à un concours sélectif, sont tous logés à l’internat, nourris et habillés gratuitement, et disposent de blanchisseurs payés par l’État français. Ils sont des privilégiés, car ils vont servir dans l’administration publique française à la fin de leur formation. Leurs déplacements en période de vacances scolaires vers le domicile, sont également pris en charge par le budget de l’État.

À sa sortie de l’école, Abel Moumé Etia est nommé fonctionnaire à compter du , confirmé par arrêté du haut-commissaire de la République française au CamerounÉtat sous tutelle du Cameroun - Arrêté en date du 4/6/37 du Commissaire de la République française. Il est intégré dans les cadres de l'administration coloniale française et affecté au sein du corps des Écrivains-interprètes.

Pendant la période coloniale, que ce soit en Afrique occidentale française (AOF) ou en Afrique équatoriale française (AEF), il existe deux types de cadres au sein de l’administration française : le cadre africain, constitué exclusivement des corps du personnel autochtone, et le cadre général, composé des corps du personnel européen. Le cadre africain est placé sous l’autorité du Gouverneur général de l’AOF ou de l’AEF, tandis que le cadre général se trouve sous la tutelle directe du ministre des colonies du Gouvernement français.

Le corps des écrivains-interprètes est quant à lui composé de fonctionnaires africains parmi les plus instruits et qui, ayant suivi une formation professionnelle de trois ans, après leurs études générales, occupent les postes les plus hauts gradés réservées aux africains dans leurs professions respectives au sein de l’administration.

Début dans l’administration et découverte de la météorologie Abel Moumé Etia commence donc sa carrière administrative, le à Tibati, comme stagiaire agréé dans le cadre local des écrivains-interprètes. À l’issue de ce stage, il sera confirmé dans le poste d’écrivain-interprète de classe.

De 1937 à 1939, il servira à Tibati dans la région de l’Adamaoua et à Batouri, dans la région de l’Est. Il accompagnera le projet de création de l’aérodrome de Batouri, décidé par l'arrêté du , portant création des aéroports frontaliers de Batouri, Garoua, Yaoundé et Douala.

Le , son père Isaac Moumé Etia décède, ce qui provoque son affection à Douala, et un congé administratif de dix jours, décidé par le gouverneur Richard Brunot, nouveau haut-commissaire de la République française au CamerounÉtat sous tutelle du Cameroun - Décision du 3/11/1939 du Haut-Commissaire de la République Française.

Le , il quitte le corps des Écrivains-interprètes, et est nommé à la station principale de la météorologie de Douala, par décision du haut-commissaire de la République française au Cameroun, en tant qu’Aide - météorologue, auprès de l’ingénieur météorologue français, qui dirige la station. Il occupe ce poste pendant huit ans. Il découvre ainsi la météorologie, « sa destinée divine » selon ses propres mots.

C’est à l’époque coloniale que fut créée au Cameroun, une direction de la Météorologie nationale, qui est longtemps dirigée par des ingénieurs français, nommés par le gouvernement français. Ce n’est qu’après l’indépendance que des ingénieurs camerounais sont formés, et des Camerounais nommés par décrets présidentiels à la direction de la Météorologie nationale.

Le , Abel Moumé Etia est nommé Chargé de l’expédition des affaires courantes de la climatologie et adjoint à l’ingénieur français qui est le chef de la section climatologie et recherches, à la station météorologique de DoualaÉtat du Cameroun sous tutelle - Note de Service /MET/2C du 25/11/47. Il occupe ce poste pendant sept ans. Plus tard, un statut de Cadre Météo, est créé pour le personnel non européen.

Le , il accède au statut de Cadre, par décision du chef de service de la météorologieÉtat du Cameroun sous Tutelle: Décision /MET/Adm du 7/6/54, du Chef de Service Météo.. Devenu cadre, Abel Moumé Etia est ensuite promu, chef de la station principale de Yoko en remplacement d’un ingénieur météorologue français. Il occupera cette fonction pendant trois ans et contribuera à la formation de plusieurs agents locaux de la météorologie.

Le , il est de nouveau affecté à Douala en tant que chef du bureau de la climatologie et recherchesÉtat du Cameroun sous Tutelle: Décision /MTP/METD DU 18/09/57 en remplacement d'un ingénieur français. Abel Moumé Etia occupe ce poste jusqu'à l'indépendance.

En 1960, lors du reclassement des cadres du Cameroun (RCC) après l’indépendance, il a l’indice le plus élevé de son administration.

Ingénieur et haut fonctionnaire (1962 -1978)

École de la météorologie du fort de Saint-Cyr (France)

Dans le but de préparer les indépendances des pays africains, les Nations unies mettent en place, un vaste programme de formation des futures élites africaines post indépendances, avec l’octroi de bourses pour les plus méritants. L'objectif étant qu’ils remplacent les cadres européens dans tous les domaines : la médecine, la pharmacie, la météorologie…

Lauréat d'une bourse de l’UNESCO, Abel Moumé Etia part pour la France, le . À son arrivée, il est admis à l’École de la météorologie au fort de Saint-Cyr en région parisienne, d’où il sort avec le diplôme d’Ingénieur des travaux météorologiques

Son parcours académique qui l’a conduit tour à tour à Paris, Lyon et Genève, est notamment marqué par un stage pratique de fin d'études de cinq mois et demi, à la station météorologique de l'aéroport de Lyon-Bron et un voyage d'études au siège de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à Genève. Il a acquis durant cette période, une meilleure connaissance de l’élaboration des normes internationales qui permettent la standardisation des mesures météorologiques.

Retour au Cameroun Son diplôme d'ingénieur en poche, Abel Moumé Etia rentre au Cameroun, pour se mettre au service de son pays. Il réintègre la direction de la Météorologie nationale du Cameroun à Douala, dans l'attente du décret de régularisation de son nouveau statut, la direction de la Météorologie nationale du Cameroun étant sous la tutelle du ministère des Transports.

Le , il est nommé Ingénieur prévisionniste principalDécision /MET/D du 17/5/64 du Directeur de la météorologie.

Le il est nommé chef de la station météorologique principale de Garoua, par décision du ministre des Transports, des mines et des Postes et Télécommunications, Salomon Tandeng MunaDécision administrative /20/MET/D du 21/08/64 du Ministre des Transports, des Mines et des PTT.

Le , il est promu chef du secteur météo du Nord Cameroun.

Le , il est nommé, chef de secteur météorologique de tout le Grand Nord-Cameroun, par décision administrative du 28/08/1971, amplifiée au ministère des Transports et des PTT et à la direction de l'ASECNA à ParisDécision du 28/08/1971, amplifiée au Ministère des Transports et des PTT et à la Direction de l'ASECNA à Paris.. La région du Nord était éminemment stratégique pour le gouvernement, le ministère des Transports, la météorologie et l’avion civile camerounaise, dans la mesure où il y avait un projet de construction d’un aéroport international, voulu par le président de la République Ahmadou Ahidjo et celui du barrage de Lagdo, sur le cours de la Bénoué. Abel Moumé Etia y était à la fois en tant que représentant de la direction de la Météorologie nationale et de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA).

Le , il revient à Douala et est nommé chef de service hydrométéorologie, par arrêté /CAB/PR du 30/9/72, du président de la république du CamerounRépublique du Cameroun: Arrêté /CAB/PR du 30/9/72, du Président de la République du Cameroun..

Le , il est nommé chef de service du poste pluviométrique de Douala, par décision administrative /D/MINT/MET/AD, du 18/4/73.

La retraite Abel Moumé Etia est mis à la retraite à compter du , après quarante et un ans de bons et loyaux services, au sein de la fonction publique camerounaisePar arrêté du 14/7/78, du ministre des Transports et des Postes et Télécommunications..

En 1979, il est rappelé à la demande expresse du président de république du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, pour une mission spéciale, consacrée à la préparation de l’arrivée à Douala, du président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing, le 8 février 1979. Avec les équipes de l'ASECNA, il a dirigé la cellule chargée de transmettre le dossier météo aux autorités françaises, afin de préparer l’atterrissage dans de bonnes conditions, à l’aéroport international de Douala, de l'avion supersonique Concorde.