Paul B. Thompson est un éthicien et philosophe américain, enseignant actuellement à Université d'État du Michigan (MSU), où il est titulaire de la chaire WK Kellogg en agro-alimentaire et éthique communautaire.

Notamment inspiré par le philosophe allemand Jürgen Habermas (contributeur à la philosophie morale et sociale, par sa théorie de la discussion en morale et en droit), Thompson défend l'importance cruciale de la concertation et de l'implication citoyenne de toutes les parties prenantes, plaidant pour une éthique intégrant les valeurs humaines, mais aussi des valeurs et des évaluations non exclusivement-anthropocentrées (faisant appel à l'Éthique environnementale pour mieux prendre en compte le Vivant non humain, de plus en plus affecté par la technologie, et désormais génétiquement modifiable).

Biographie Né en 1951 à Springfield, dans le Missouri, il obtient un BA à l'Université Emory puis un doctorat en philosophie à l'Université d'État de New York à Stony Brook.

Il enseigne ensuite à la Université A&M du Texas et à l'Université Purdue, puis rejoint la MSU, où il enseigne et anime des recherches sur les aspects éthiques et philosophiques des évolutions techno-industrielles de l'agriculture et de l'alimentation, notamment à propos du développement des biotechnologies et des techno-sciences agricoles sans réel débat public.

Champ de travail L'un des axes principaux de son travail est le forçage génétique. Mais au-delà de ce qui se passe quand on envisage ou quand on effectue l'insertion forcée d'un gène pris à une espèce (ou biotechnologiquement construit) dans le génome d'une autre espèce (ce qui entraîne sa propagation automatique dans la descendance des individus), Paul B. Thompson étudie, à une échelle plus large, les implications éthiques et philosophiques des impacts croissant de la pénétration très rapide des biotechnologies dans le secteur agroalimentaire et l'Industrie alimentaire.

Il recommande dans ce domaine une approche holistique de l'éthique ; .

Il a aussi plaidé pour l'implication et l'engagement éthique des développeurs de biocarburants et d'agrocarburants, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, pour assurer leur soutenabilité dans un contexte de crise environnementale et de concurrence avec les cultures alimentaires et l'espace nécessaire à la biodiversité.

Contributions à la philosophie Thompson est un ancien président de la Society for Philosophy and Technology et de l' Agriculture, Food and Human Values Society. Thompson a été co-auteur avec le philosophe David Kaplan d'une encyclopédie (Encyclopedia of food and agricultural ethics) et il a aussi été invité à contribuer au rapport du National Research Council intitulé The Environmental Effects of Transgenic Plants. Il n'est pas qu'un enseignant et un auteur ; il s'est aussi appliqué à co-construire et confronter ses analyses et propositions avec de nombreuses parties prenantes des mondes de l'agroindustrie, de l'industrie alimentaire et des administrations, en particulier en siégeant comme éthicien et philosophe invité dans plusieurs comités nationaux et internationaux sur les biotechnologies agricoles dont :

le Groupe consultatif international du projet PEGASUS sur les biotechnologies animales, le Comité consultatif sur la biotechnologie du Conseil américain de l'agriculture et des ressources naturelles (au sein du Conseil national de la recherche basé à Washington DC), le Comité consultatif scientifique de la Mansholt Graduate School de l'Université et de l'Institut de recherche de Wageningen. Il a aussi présidé le groupe de travail sur l'éthique et la biotechnologie agricole animale du Conseil des sciences et technologies agricoles de 2006 à 2010.

Paul B. Thompson est aussi membre du comité consultatif de rédaction du Public Philosophy Journal

Contribution à l'éthique Thompson s'est en particulier intéressé aux enjeux éthiques soulevées par les projets et les mises en œuvre des technologies de forçages génétiques.

En 2018, il interroge les normes et les valeurs qui sous-tendent et modulent ces projets, qu'ils concernent le domaine agroalimentaire ou non (comme par exemples avec les projets de créer et lâcher dans la nature des moustiques génétiquement modifiés pour ne pas pouvoir véhiculer la dengue ou du paludisme). Comprendre ces valeurs sous-jacente est important, car elles peuvent être sources de biais, de problèmes et/ou d'opposition à certains projets.

Paul B. Thompson propose aux parties prenantes un nouveau cadre éthique. Là, en complément des volets classiques de l'éthique fondamentale de la recherche (et de l'évaluation des risques), le forçage génétique doit aussi être interrogé dans les termes développés ci-dessous :

Devoir fiduciaire Thompson pense que face aux spécificités et à l'ampleur des technologies de modification du génome et de génie génétique telles qu'utilisées (hors du domaine de l'Économie de la santé), il est devenu nécessaire et urgent d'instituer des « responsabilités fiduciaires » pour les scientifiques en activité (Pour rappel, au sens de la common law, une obligation fiduciaire (fiduciary duty) d'une partie pour une autre partie est l'obligation pour la première de toujours agir dans les meilleurs intérêts de la seconde)[http://www.businessdictionary.com/definition/fiduciary-duty.html Fiduciary duty]..

Orienté vers le public et la société, ce devoir fiduciaire doit dans le domaine du forçage génétique servir l'intérêt général et le bien commun. Selon Thompson, cette responsabilité, tout comme la "question de savoir si les conditions de leur emploi ou de leur financement sont pertinentes pour leur obligation de servir le bien public général" n'ont pas ou trop peu jusqu'ici été discutées.

La bioéthique a certes progressé mais peine à suivre l'évolution rapide biotechnologies, et si beaucoup de laboratoires ont un comité éthique et que diverses expérimentations sur l'Homme et l'animal doivent légalement être validées par un comité de bioéthique, le modèle dominant de la R&D fait encore porter une large part du poids de la responsabilité d'éventuels effets délétères des technologies émergentes sur la santé, la société, l'économie et/ou l'environnement sur les organismes de réglementation. On a en quelque sorte délégué à ces organismes, soumis aux pressions du monde économique et politique, la responsabilité de veiller aux intérêts équilibrés de toutes les parties, de la manière envisagée par les lois. Thomson fait remarquer que dans ce contexte, tant que les chercheurs utilisant les biotechnologies respectent la loi (que l'industrie des biotechnologies a souvent contribué à écrire), en raison d'un vide juridique, ceux qui décident de modifier un génome ou le font par erreur ou de non-anticipation d'un risque, sont fiduciairement à peu près' irresponsables' devant la loi. Or, grâce aux nouveaux outils de forçage génétique (y compris CRISPR-Cas9 et assimilées), ils ont désormais la possibilité de créer facilement et à peu de frais des chimères, en court-circuitant le Vivant et la sélection naturelle, d'une manière impossible jusque dans les années 1980, et au risque d'induire des changements inattendus et indésirables dans l'arbre du Vivant.

Il est temps, selon Thompson, d'associer (comme cela est depuis longtemps le cas pour les ingénieurs ou les médecins) aux responsabilités éthiques des métiers du forçage génétique une composante fiduciaire. Le terme « responsabilité fiduciaire » indique ici, comme chez Stanley Kaplan.

Thomson déclare se placer dans la continuité des recommandations pour une conduite responsable du forçage génétique chez les organismes non humains : produites dans un rapport (230 page) des Académies nationales des sciences, d'ingénierie et de médecine, rédigé par son « Comité sur la recherche sur le forçage génétique des organismes non-humains ». Thomson s'appuie notamment sur le chapitre 7 de ce rapport où les auteurs considèrent que les équipes scientifiques travaillant sur les forçages génétiques doivent travailler de manière ouverte avec parties prenantes (y compris les communautés et le public) pour leur apporter des informations clés dans tout projet de forçage génétique, pour l'acceptabilité sociale du projet, si elle est possible, mais aussi pour une simple question de respect ; « la question n'est pas de savoir s'il faut impliquer les communautés, les parties prenantes et le public dans les décisions concernant les technologies de forçage génétique, mais comment le faire au mieux » conclut le NASEM (), cité par Thomson à ce propos.

La notion de devoir fiduciaire est ancienne, mais hormis dans quelques métiers (médecin, avocat par exemple) où ne pas le respecter est une faute professionnelle grave, elle n'est souvent qu'une valeur morale, peu évaluée, et non opposable au tiers. En 2017, elle a été (ré?)introduite dans les débats sur l'éthique des affaires et une tentative de moralisation de l'industrie financière, via une proposition consistant à légalement obliger aux États-Unis les conseillers financiers à systématiquement préciser leur clients si les produits financiers qu'ils leur proposent sont "conformes à l'intérêt supérieur du client" (Guerriero 2017, cité par Thompson)Guerriero E (2017) Fiduciary Responsibility, 1974 to 2017. Journal of Financial Service Professionals, 71(2).(résumé). Thomson, note qu'auparavant, en 2009, le PNUE avait déjà publié un document mettant le principe fiduciaire en avant pour améliorer la gouvernance de l'investissement institutionnelPNUE (2009) Aspects légaux et pratiques de l'intégration des problématiques environnementales, sociales et de gouvernance dans l'investissement institutionnel, Rapport du Groupe de travail sur la gestion des actifs (AMWG) de l'Initiative financière du programme environnemental des Nations unies (UNEP FI) ; Troisième édition du « Rapport Freshfields » de 2005 de l'AMWG ; Juillet 2009 https://www.unepfi.org/fileadmin/publications/investment/Executive%20summary%20-%20Fiduciary%20responsibility%20-%20French.pdf , puis en 2015, les Nations unies, via les PRI (Principes pour l’investissement responsable) et dans un rapport intitulé L’obligation fiduciaire au 21e siècle affirmaient que ne pas considérer tous les facteurs générateurs de valeur d’investissement à long terme, notamment les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), équivaut à ne pas remplir son devoir fiduciaire..

Démocratiser la technologie Dans le contexte où au début du , les relations entre politique, science, vérité et démocratie se complexifie, cette démocratisation doit permettre, selon Thompson citant le philosophe des sciences Philip Kitcher (2001), .

Démocratiser la technologie signifie éviter les situations biaisées car fndées sur des rapports de force et un pouvoir asymétrique, où sont utilisés par les porteurs de projet.

Thompson, s'appuyant sur Ball, Dagger et O'Neill (2014), invite les monde des biotechnologies et la société à prendre le temps de contribuer honnêtement et éthiquement à un débat public, par exemple organisé autour de conférences de citoyens et de conférences de consensus basées sur une conception .

Selon Thompson, (Cf. Pielke 2007). Le débat ne doit pas avoir de point aveugle, il doit par exemple envisager des questions telles que : à la suite d'un forçage génétique, qui perd et qui gagne quoi ?, quand ? où ? comment ? avec quel système d'évaluation ? avec quelles conséquences socio-économiques et environnementales ? ces conséquences sont-elles immédiates et/ou différées ?, irréversibles ou non ? Sont-elles certaines ou plausibles ? Quid des espèces non-humaines et des écosystèmes ?, quel sera (Sandel 2010) Sandel M.J (2010) Justice: What’s the Right Thing to Do? New York: Farrar, Straus and Giroux. ; le sujet sera si vaste que beaucoup associeront l'intégralité de l'éthique à la justice distributive estime Thompson ;

Relier l'épistémologie et les relations de pouvoir social