Bernard Teyssèdre est un philosophe et écrivain français né le à Decazeville (Aveyron) et mort le au Rayol-Canadel (Var)selon l'acte de décès établi par l'officier de l'état civil de la commune du Rayol-Canadel sur mer.. Son activité s'est déroulée dans plusieurs domaines qui vont de la création littéraire à la théorie esthétique et à l'histoire de l’art. Il a cofondé à l’Université Paris 1 l'UER d'arts plastiques et sciences de l'art, puis l'École doctorale en Arts, esthétique et sciences de l'art. Il a publié de nombreux ouvrages dont les plus récents analysent la relation entre l'imaginaire, la contre-culture et leur contexte historique à propos de deux œuvres scandaleuses, L'Origine du monde de Gustave Courbet et les poèmes de Rimbaud dans l'Album zutique.
Biographie Bernard Teyssèdre naît le à Decazeville (Aveyron). Il fait ses études secondaires à Toulouse puis entre en khâgne au lycée Louis-le-Grand de Paris. En 1949, il est reçu au concours d'entrée à l'École normale supérieure de Paris.
Les années de formation Bernard Teyssèdre s'est trouvé mêlé à l'intense agitation intellectuelle et politique qui animait l'ENS pendant les années 1949-1952. C'est là que s'échangeaient ou s'affrontaient les idées à l'intérieur d'un groupuscule d'apprentis-philosophes ou apprentis-littéraires qui s'appelaient Maurice Pinguet, Paul Veyne, Henri Dussort, Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Louis Marin, Christian Metz, Gérard Genette, etc. non loin de la figure ironique, qu'on devinait secrètement tourmentée, de leur aîné Michel Foucault. Les communistes (Emmanuel Leroy-Ladurie) côtoyaient les catholiques (Gérard Granel), les sceptiques (Dominique Fernandez) et les sages (Michel Serres). Le marxisme, l'existentialisme et le surréalisme faisaient bon ménage avec la pataphysique. Pendant son année de maîtrise B.T. a parcouru l'Italie en vespa pour étudier sur place, en dessinant quantité de croquis d'après le motif, l'art du Haut Moyen Âge italienL'esthétique des arts plastiques du Haut Moyen Âge italien, sous direction d'Étienne Souriau.. Il est revenu rue d'Ulm pour préparer l'agrégation de philosophie. Après l'avoir obtenue () il est resté à l'ENS pendant une année supplémentaire, sur proposition de Louis Althusser qui l'avait chargé d'un séminaire sur l'esthétique de HegelCe séminaire, destiné aux agrégatifs de philosophie, représente une première ébauche du livre que B.T. a publié sous ce titre en 1958.. De 1954 à 1958 il a été professeur en classe de philosophie au lycée, au lycée de Talence, à côté de Bordeaux, puis au lycée Jeanson-de-Sailly de Paris. Une période entrecoupée par dix-huit mois de service militaire. Il a gardé de cette époque un goût très vif pour l'enseignement et le besoin d'exprimer ses idées au contact des élèves. Le temps qu'il ne consacrait pas à préparer ses cours, il le partageait entre sa famille (trois enfants), ses amis (Maurice Pinguet, Dominique Fernandez) et la musique. Il écrivait, c'était son jardin secret, de la poésie.
Premières publications En 1958 Teyssèdre a publié aux PUF un petit livre sur L'Esthétique de HegelDans le film de Jean-Luc Godard, Une femme est une femme, une jeune femme lit à haute voix une phrase de Teyssèdre extraite de ce livre: « Les créations de l’art, ce sont les quarante jours de vie glorieuse de la nature. » . La même année il a été détaché au CNRS. Étienne Souriau, qui avait dirigé son mémoire de maîtrise, lui a proposé dès l'année suivante un poste de « chef de travaux » à la Sorbonne, chargé de préparer à l'épreuve de dissertation les agrégatifs de philosophie. B.T. a poursuivi ses recherches sur l'esthétique de Hegel qu'il a confrontée à celles de Marx et de LukácsCes études ont fait l'objet du livre sur L'Esthétique de Hegel (PUF, 1968) et d'une série d'articles : « Les soirées parisiennes de Hegel (1827) », dans Revue d'esthétique, t. XI, fasc.1-2, janv.-juin 1958, p. 40-74. « Hegel à Stuttgart. Essai sur la formation esthétique de Hegel », dans Revue philosophique, 1959, p. 197-227. « Lukács et les fondements d'une esthétique marxiste », dans Les Lettres nouvelles, II, févr. 1961, p. 84-114. avant de la soumettre à la critique de l'esthétique sémantique anglo-saxonne« La réflexion sur l'art et le devenir de la raison », dans Revue philosophique, 1959. « Esthétique et sémantique », dans Critique, n° 204, mai 1964.. Il a d'autre part étudié les arts plastiques du Haut Moyen Âge« Un exemple de survie de la figure humaine dans les manuscrits précarolingiens : les illustrations du De Natura Rerum d'Isidore », dans Gazette des Beaux-Arts, juillet 1960.. Cette période l'attirait parce qu'il cherchait à comprendre comment les modèles de l'antiquité gréco-romaine classique s'étaient peu à peu dissous pour être remplacés par un style apparemment plus fruste et comment l'art roman était né de cette mutation. Il a copié les miniatures des manuscrits mérovingiens de la BN en les dessinant à la main au lieu de les photographier (« Il n'y a qu'un moyen de savoir comment est fait un entrelacs, disait-il, c'est de le refaire »). La partie de son travail qui traitait des enluminures décoratives est restée inédite, mais celle qui portait sur les figures humaines a attiré l'attention de Raymond Rey. C'est ainsi que Le Sacramentaire de Gellone et la figure humaine dans les manuscrits francs du , après avoir reçu le prix de la Société archéologique du Midi de la France, a été publié à Toulouse (1959). Ce livre a mis B.T. en relation avec Pierre Francastel, qui lui a fait observer que sa méthode d'analyse se situait à mi-chemin entre ses propres travaux en sociologie de l'art et l'iconologie d'Erwin Panofsky. Sur un tout autre registre B.T. a publié en 1961 ses Romans-Éclairs, un recueil de textes très courts, qui tiennent souvent dans une seule page – un raccourci sur une soixantaine de façons de rater sa vieCe livre a été partiellement traduit en anglais (North West Review, V.4, Univ. of Oregon, 1962) et en espagnol (Univ. of New Mexico, Albuquerque, 1966)..
Le débat du dessin et du coloris De 1962 à 1965, tandis qu'il enseigne l'histoire de l'art à la Faculté des Lettres de Nancy, B.T. a travaillé à ses thèses de doctorat. Il a choisi pour thème "l'art au temps de Louis XIV", non pas parce que cette époque répondait le mieux à ses goûts personnels (il est davantage porté vers l'art roman ou vers le Quattrocento), mais pour deux raisons principales. D'un côté le débat entre le dessin et le coloris lui permet de mettre en évidence l'interpénétration entre le classique et le baroque qui passent pour s'exclure mutuellement. D'autre part ce débat, en apparence limité à la théorie, met en jeu un conflit plus général entre deux milieux socio-culturels et ce conflit est lui-même une conséquence de la transformation du statut des peintres qui est en train de s'élever du niveau des artisans (corporations de métiers) à celui des artistes égaux des poètes (l'Académie). Ces recherches ont abouti à deux thèses de doctorat, l'une en esthétique, dirigée par Étienne Souriau, sur Roger de Piles et les débats sur le coloris au siècle de Louis XIV, et l'autre en histoire de l'art, dirigée par André Chastel, sur L'Histoire de l'art vue du Grand Siècle. Ces thèses ont été publiées en 1965 et ont été toutes deux couronnées par l'Institut de France.
L'iconologie d'Erwin Panofsky Depuis longtemps B.T. cherchait à attirer l'attention du public français sur la pensée d'Erwin Panofsky, connu depuis les années 1930 essentiellement des spécialistes français d'histoire de l'art avec lesquels Panofsky entretenait d'ailleurs de nombreux rapports, comme Henri Focillon, Louis Grodecki, et André Chastel. B.T. avait publié en dans la Gazette des Beaux-Arts un compte rendu de son livre sur Renaissance and renascences in Western Art qui lui a valu d'entrer en relations amicales avec l'auteur. Parmi diverses publications sur l'art du français« Félibien et Roger de Piles, historiens de la peinture française avant Poussin », dans L'Information d'histoire de l'art, mai-juin 1961. Une collection française de Rubens au : le Cabinet du duc de Richelieu, décrit par Roger de Piles, ouvrage constituant le n° de la Gazette des Beaux-Arts pour nov. 1963. « Peinture et musique : la notion d'harmonie du coloris au français », communication au international d'histoire de l'art (Bonn, sept. 1864), publiée dans les Actes de ce congrès (1967). « Les arts visuels : s », dans Civilisations, peuples et mondes, tome VI, Paris, éd. Lidis, 1968. L'art français au siècle de Louis XIV, Paris, Librairie générale française, « Le Livre de poche », 1967, ouvrage couronné par l'Institut de France., sur la théorie esthétiquePrésentation de Wölfflin, Renaissance et baroque, Paris, Le Livre de poche, 1967. W.F. Hegel : Esthétique de la peinture figurative, Paris, éd. Hermann, coll. Miroirs de l'art, 1964. « La réflexion sur l'art après la déroute des systèmes esthétiques » dans Les sciences humaines et l’œuvre d'art, Paris-Bruxelles, 1969. et sur la culture d'avant-garde« Réalisme critique et avant-garde et avant-garde », dans Les Lettres Nouvelles, juillet 1961. « La critique artistique au siècle d'Ubu », dans Les Lettres Nouvelles, févr. 1963. « André Pieyre de Mandiargues critique d'art ? Belvédère sur quelques artistes subversifs », dans Les Lettres nouvelles, n° 39, oct. 1963. « La mariée mise à nu par ses célibataires, même », dans Les Cahiers du Chemin, 15 avr. 1969. « Préface à un ouvrage que personne ne publiera », dans Revue d'Esthétique, 1971., il a consacré en 1964 un article détaillé au concept d'iconologie« Iconologie. Réflexions sur un concept d'Erwin Panofsky », dans Revue philosophique, 1964, p. 321-340.. Il a traduit, présenté et annoté deux ouvrages de Panofsky, les Essais d'iconologie en 1967 et L'Œuvre d'art et ses significations en 1969.
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