vignette|redresse=1.5|Atteint de gangrène à une jambe, Justinien, le sacristain de la basilique Santi Cosma e Damiano, est amputé. Il fait appel au pouvoir hagiothérapique des saints guérisseurs Côme et Damien, patrons des chirurgiens, qui lui greffent une jambe prélevée sur le cadavre d'un Éthiopien tout juste enseveli (La guérison du diacre Justinien, Fra Angelico, 1438-1440). vignette|Un aveugle offrant à l'icône de une plaque votive sur laquelle sont figurés des yeux, représentant une guérison de cécité. vignette|Tablette votive offerte à Asclépios pour la guérison d'une jambe malade, vers 100-200 ap. J.-C.

L’hagiothérapie (du grec ancien / , « saint » et / , « cure ») est l'intercession de dieux ou de saints guérisseurs pour obtenir la guérison d'une maladie. Cette pratique rituelle comprend des pèlerinages thérapeutiques qui s'organisent autour des sanctuaires et hauts lieux placés sous leur vocable et dotés de puissance de guérison. L'expérience sacrale peut aussi faire appel à des dons votifs (ex-votos représentant des membres malades, rubans de remerciement), au culte (invocations aux « bons saints » ou simples prières pour obtenir une guérison à distance), au pouvoir thaumaturge du saint par l'intermédiaire des reliques, de son image (statues, tableaux), ou par la pratique des fontaines sacrées dont ils sont titulaires.

Caractéristiques Selon l'ethnologue Agnès Bernard, .

Dans son ouvrage Se soigner autrefois, l'historien François Lebrun rappelle que les malades n'hésitaient pas à recourir simultanément au médecin (plutôt dans une certaine élite sociale), à l'empirique (praticien qui n'appartient pas à la médecine officielle, il est l'auxiliaire ou le concurrent du chirurgien de village) et aux saints guérisseurs avec le problème de ne pas souvent savoir à quel saint se vouer : .

Saint guérisseurs Le saint guérisseur fait partie, avec le saint thaumaturge, le saint protecteur et le saint propitiatoire, des . Dans la vie du monde rural d'autrefois, ces personnages vénérés tiennent une place importante, les travaux des champs étant rythmés sur le Calendrier des saints. Certains sont plus particulièrement honorés dans un sanctuaire dont ils sont titulaires, à plus forte raison si le lieu possède ses reliques associées le plus souvent à des rites de contact, d'attouchement ou de baiser, d'incorporation ou d'absorption.. Dans certaines régions rurales, un certain nombre de ces rites se pratique encore.

Héritage parfois de survivances païennes, le culte populaire des saints guérisseurs se manifeste par le recours à ces « thérapeutes spécialisés » pour obtenir une guérison par la foi. Le pèlerinage s'accompagne de gestes rituels appropriés : rite de contact directement ou par l'intermédiaire d'un objet appartenant au malade, avec les reliques, l'image du saintContact le plus souvent par imposition de main, attouchement, baiser ou frottement de la partie du corps atteinte par le mal., ou avec l'eau guérisseuseContact par l'ablution, l'application locale, l'immersion et l'absorption. ; rite d'absorption ou d'incorporationAbsorption d'un breuvage obtenu en délayant dans de l'eau ou du vin (pratique du « vinagium » ou vin bénit) de la terre du tombeau d'un saint ou en y faisant tremper de ses reliques ; incorporation des poussières de la statue ou de la chapelle qui ont été grattées. ; rite d'implantationLe fidèle pique des épingles dans une statue, des clous dans la maçonnerie du lieu saint, afin de « fixer » la maladie. ; rite d'allianceLe fidèle noue à la grille du haut lieu placé sous le vocable du saint un linge lui appartenant pour y transférer la maladie., rite de circumambulation… Le contact plus ou moins direct entre le malade et la personne du saint décuple les chances de guérison (par rapport à la simple prière, ou même au pèlerinage thérapeutique)..

L'Église, très suspicieuse dans le domaine de la guérison miraculeuse qui peut être assimilée à de la magie ou de la sorcellerie, n'a reconnu que quatorze saint auxiliaires (essentiellement priés pour leurs qualités de saints guérisseurs, leur pouvoir hagiothérapique s'étend sur tout l'éventail des pathologies) alors que la piété populaire invoque une multitude de saints guérisseurs spécialisés pour telle ou telle affection selon les régions.. Les spécialisations thérapeutiques de ces saints s'expliquent généralement par un calembour à propos de leur nom et de la maladie ou de l'organe concernéSaint Clair et sainte Claire sont invoqués pour les maux d'yeux, sainte Lucie pour retrouver la lumière, saint Eutrope contre l'hydropisie, saint Firmin pour les fourmis dans les membres, saint Ortaire contre les membres tordus, saint Quentin contre les quintes de toux, saint René pour le mal aux reins…, ou sont en rapport avec un épisode miraculeux de leur hagiographie ou de leur martyre, au cours duquel ils sont confrontés ou souffrent du mal dont ils sont devenus par la suite les thérapeutes : saint Christophe et sainte Barbe invoqués pour être préservé de la mort subite sans confession, saints antipesteux, saints convulsionnaires (Valentin, Jean-Baptiste), saint Lubin invoqué dans les maladies nerveuses, saint Méen contre les maladies de peau, sainte Odile pour les maux d'yeux, saint Blaise pour les maux de gorge.…

Lorsque le saint est réputé pour intervenir dans la guérison d'une affection particulière, le mal porte généralement son nomPar exemple, en Bretagne, la plupart des maladies étaient dénommées par le nom du saint guérisseur, précédées du terme « droug » (mal). La gale est appelée droug sant Maen, les écrouelles droug sant Kado, l'enflure du genou droug sant Maodez. Cf .

+ Tableau de saints guérisseurs. Saint Domaine thérapeutique Acaire humeur acariâtre Agathe maux de seins Aignan teigne Amable folie Amiens érysipèle Antoine ergostisme, peste, rhumatisme, zona Apollonie mal de dents Barbe mort subite Bernard difficultés respiratoires Blaise maux de gorge Christophe mort subite Clair et Claire maux d'yeux Clément enfants malades Claude claudication, méningite (mal Saint Claude), dépressions nerveuses Cloud clous Côme et Damien carreau, énurésie, troubles de l'appareil digestif (gastrite) Denis maux de tête (migraines), délires, rage Eloi fractures occasionnées par un coup de pied de cheval, eczéma, abcès, clous, fatigue extrême Erasme crampes et maux d'intestin Eustache accidents de chasse Fiacre maladies du tube digestif (coliques, constipations) et pathologies proctologiques (fistule, hémorroïdes) Foy méningite, maux de tête Geneviève érysipèle Gilles boitement, cancers, maladies nerveuses Guy épilepsie, danse de Saint Guy, abcès dentaires, piqûres de serpent, morsures de chiens Hélier dartres Hubert rage, morsures de serpents, insomnie Jacques le Majeur rhumatisme, paralysies, verrues Laurent rhumatisme, paralysies, verrues, brûlures, lumbago, zona Mammès maux de ventre des enfants Roch peste, malades incurables Sébastien peste, paralysie, fièvre, maladie contagieuse Walburge maladies intestinales

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Arbre à clous Arbre à loques Effet de la prière Religion populaire

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