La rade de Brest est une grande baie de située dans le Finistère en Bretagne (France). Elle est reliée à l'océan Atlantique, nommé ici la mer d'Iroise, par un passage de de large appelé le goulet de Brest.
Ce très grand plan d'eau est navigable toute l'année.
Géographie Présentation géographique d'ensemble
thumb|Plan de la rade de Brest en 1779. thumb|Les anciens méandres de l'Aulne sous les eaux de la rade de Brest. thumb|Carte géologique de la rade de Brest.
La rade de Brest, accessible aux navires de grand tonnage en raison de sa profondeur, est un vaste plan d'eau abrité des tempêtes de l'océan Atlantique grâce à la presqu'île de Roscanvel qui isole la rade de l'Atlantique, ne laissant qu'un passage relativement étroit (), le goulet de Brest, entre la pointe des Espagnols et la côte Léonarde (côte nord) de la rade.
La rade est très découpée ; plusieurs presqu'îles la pénètrent ou la limitent : la presqu'île de Plougastel, la presqu'île de Logonna, la presqu'île de Landévennec, la presqu'île de l'île Longue (ancienne île, transformé en presqu'île par l'homme), la presqu'île de Roscanvel, qui se terminent par des pointes offrant de beaux points de vue sur la rade : pointe du Portzic, pointe de l'Armorique, pointe du Bindy, pointe de Poulmic et pointe des Espagnols.
Le relief, y compris sous-marin, de la rade de Brest a été longuement décrit par le géographe Antoine VacherAntoine Vacher, La rade de Brest et ses abords, essai d'interprétation morphogénique, Annales de Géographie, 1919 et correspond en partie à la moitié aval de la vallée de l'Aulne désormais ennoyée depuis la remontée du niveau de la mer postérieur à la glaciation de Würm et dont on retrouve les méandres sous-marins, les cours d'eau se jetant dans la rade de Brest étant alors tous des affluents de l'Aulne. Le haut fond du banc du Capelan, à hauteur de L'Hôpital-Camfrout correspond par exemple au lobe immergé d'un ancien méandre et la presqu'île de Landévennec au lobe à demi immergé d'un autre.
Îles à l'intérieur de la rade de Brest La rade abrite plusieurs îles, notamment :
Deux anciennes îles sont devenues des presqu'îles en raison des travaux réalisés par l'homme pour les relier par un isthme artificiel au continent : l'île Longue et l'île de Tibidy.
Fleuves et rivières se jetant dans la rade de Brest
La rade est une immense ria : elle correspond à un réseau de ayant été lors de périodes froides (notamment au Pléistocène supérieur entre et ans) puis ennoyées lors de la remontée marine postglaciaire. La genèse de la rade débute à la fin de l'Oligocène, où un cours d'eau évoluant dans le goulet par érosion régressive capte les cours de deux fleuves côtiers, l'Élorn (bassin nord de la rade) et l'Aulne (bassin sud de la rade) dont les chenaux incisent respectivement le plateau léonard et le bassin de Châteaulin. La morphologie de la rade découle principalement de la présence de ces deux paléo-chenauxCarte représentant les systèmes fluviaux au Pléistocène dans une région comprenant l'Ouest de la Manche, le Nord-Ouest de la France et le Sud-Ouest de l'Angleterre, tirée de . qui confluent au niveau de l'embouchure de la Penfeld (dans le port de Brest) et qui ont leur exutoire en mer au niveau du gouletGwendoline Gregoire, Dynamique sédimentaire et évolution holocène d'un système macrotidal semi-fermé : l'exemple de la rade de Brest, Université de Bretagne occidentale, 2016, 294 p..
En raison de la remontée du niveau des mers après les dernières glaciations quaternaires, les cours d'eau, même les plus modestes, ont de larges et profonds estuaires dénommés rias ou abers, pénétrant profondément à l'intérieur des terres, les parties aval des anciennes vallées ayant été envahies par la mer lors de la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique post-glaciaire : c'est ainsi que Landerneau, Daoulas, Le Faou, Châteaulin sont ou ont été des ports de mer et qu'aujourd'hui encore, l'influence des marées se fait sentir jusqu'au niveau de ces localités (sauf pour Châteaulin sur l'Aulne où l'aménagement de l'écluse de Guily-Glas à Port-Launay a justement été fait pour l'éviter). Le port de Brest est né dans la ria de la Penfeld, profitant lui aussi du tirant d'eau important malgré la modestie de ce petit fleuve côtier. Ce n'est qu'à partir du Second Empire que progressivement le port s'est étendu en rade de Brest.
Les principaux fleuves se jetant dans la rade sont : la Penfeld ; l'Élorn ; la rivière de Daoulas ; le Camfrout l'Aulne ; la Rivière du Faou.
Des ouvrages d'art importants ont été nécessaires pour franchir ces rias : sur l'Élorn, le pont de Plougastel, construit en 1929 L'Ouest-Éclair du et baptisé pont Albert-Louppe et désormais le pont de l'Iroise pour relier Brest (Le Relecq-Kerhuon) à Plougastel-Daoulas, sur l'Aulne, les ponts successifs de Térénez.
À vol d'oiseau, Brest est à peine à une vingtaine de kilomètres de Crozon, mais par la route à une soixantaine de kilomètres en raison du détour par Le Faou qui est nécessaire pour relier les deux villes par la route. Quelques liaisons maritimes « transrade » existent, reliant Brest au Fret.
Importance stratégique Depuis de nombreux siècles, Brest est un important port militaire. Ainsi, la rade de Brest possède de nombreuses installations militaires, telles que : l'arsenal de Brest, au nord de la rade ; la base opérationnelle (base sous-marine) de l’île Longue, au sud-ouest ; l'École navale et le groupement des écoles du Poulmic, à Lanvéoc ; le cimetière des navires de Landévennec.
On y trouve également nombre de vestiges de fortifications militaires et de vestiges des siècles derniers, comme les forts du Portzic, de la pointe des Espagnols, de la pointe de Lanvéoc, de la pointe de l'Armorique, de la pointe du Corbeau, les ducs d'Albe près de la pointe de l'Armorique et ceux qui ont servi de support à la construction de l'appontement pétrolier de Lanvéoc, la ligne de fortifications de Quélern…
Importance économique passée vignette|gauche|Jacques-Nicolas Bellin : carte de la rade de Brest et celles de Bertheaume et Camaret (1764). De nombreux ports sont installés depuis longtemps sur le pourtour en particulier dans les estuaires, et plus précisément les fonds d'estuaires qui étaient le lieu d'échange des charges routières et maritimes. Landerneau, au fond de la ria de l'Elorn, en a tiré une grande richesse dès le Moyen Âge, étant encore, en 1790, la deuxième ville la plus riche du département naissant (après Morlaix), et disputant le titre de chef-lieu à Quimper.
Brest n'était alors qu'un port militaire qui offrait peu de place dans le maigre estuaire de la Penfeld aux rares bateaux de commerce. Ce n'est qu'au milieu du que le remblaiement de la plage de Porstrein permettra de créer des quais utilisant des tirants d'eau exceptionnels allant jusqu'à 20 mètres. On a d'ailleurs envisagé vers 1975 de créer un port spécifique aux énormes pétroliers géants sur la presqu'île de Plougastel.
Châteaulin, situé dans l'estuaire le plus long, celui de l'Aulne a également été un lieu commercial très actif, car situé sur un carrefour sur un axe routier majeur reliant le Nord au Sud et ouvert sur de vastes territoires ruraux dans chaque direction. vignette|Le programme des promenades maritimes en rade de Brest (année 1894).
L’Annuaire de Brest décrit ainsi en 1840 le service de la rade :
Des naufrages survenaient : par exemple le une gabare, qui allait de Brest au FaouLe journal écrit « de Brest au Havre », mais c'est une erreur. fit naufrage en Rade de Brest, ce qui provoquait la noyade de 28 personnes, dont 21 ouvriers de la paroisse de Hanvec qui rentraient dans leur famille pour la fête de NoëlJournal général de la cour et de la ville, , page 52.
Les petites villes de Daoulas et du Faou gardent aussi les traces bâties d'un important trafic commercial médiéval sur leurs estuaires propres. Les ports de Crozon et de Lanvéoc sont directement sur le rivage, mais ont été les points d'appui d'un important et ancien trafic de cabotage pour lequel des bateaux de charge à voile ont été développés. Ce cabotage bénéficiait donc de nombreux lieux d'atterrage d'une grande sécurité sur une très vaste superficie. Les produits transportés étaient essentiellement des produits agricoles et des matériaux de construction (pierre à bâtir, sable, maërl, chaux, bois) et ce trafic a été stimulé par l'ouverture du canal de Nantes à Brest en 1858 en permettant à des péniches de remonter et descendre dans tout le centre de la Bretagne.
Le transport des passagers complétait les charges, car, à la belle saison, il permettait d'éviter de longs déplacements sur des routes souvent de mauvaise qualité. Le la compagnie Bouët inaugure un service régulier de passagers reliant Brest à Port-Launay avec escales à Lanvéoc, Landévennec et Dinéault. La première liaison maritime Brest-Morgat avec visite des grottes a lieu le . Pendant le Second Empire plusieurs compagnies concurrentes desservent depuis Brest les différents ports de la presqu'île de Crozon. En 1894 est fondée la Société anonyme des Vapeurs Brestois qui organise des sorties dominicales vers Le Fret, Roscanvel, Camaret, etc. et l'été assure un service régulier vers Morgat et Douarnenez trois fois par semaineLouis Calvez, "La presqu'île de Crozon", Nouvelle Librairie de France, 1975..
Aspects économiques actuels Transports Un service de transport de la Marine nationale existe pour les personnels entre l'arsenal de Brest et l'Île Longue.
Un service commercial propose des liaisons entre le port de commerce de Brest et Le Fret, et des promenades dans la rade, l'arsenal, ou vers Camaret.
Pêche La pêche a, autrefois, animé les ports et une criée modeste pour les bateaux hauturiers existe à Brest, mais c'est la coquille Saint-Jacques qui est le produit le plus en vue, car pêchée par une cinquantaine de bateaux ayant obtenu une licence. Il arrive que la pêche ne soit pas autorisée pendant une saison ou une partie, car des toxines sont présentes dans les crustacés.
Communes de la rade vignette|Rade de Brest, baie de Camfrout, quai des Kerhors,Eugène Boudin, 1871.Collection privée, vente 2016Boudin, Christie's 2016. Daoulas, Irvillac, Plougastel-Daoulas, Hanvec, Logonna-Daoulas, Saint-Eloy, L'Hôpital-Camfrout, Loperhet, Saint-Urbain ; Le Faou, Rosnoën, Lopérec, Pont-de-Buis-lès-Quimerch ; Dirinon, Plouédern, La Forêt-Landerneau, Saint-Divy, Landerneau, Saint-Thonan, Pencran, Trémaouézan ; Guipavas, Le Relecq-Kerhuon ; Argol, Lanvéoc, Camaret-sur-Mer, Roscanvel, Crozon, Telgruc-sur-Mer, Landévennec ; Brest ; Plouzané
Environnement Le portail de la RADE (Réseau d'Acquisition de Données Environnementales) de Brest a pour but d'informer le public sur la problématique de la qualité des eaux douces et marines de la rade de Brest et de ses bassins versants, de leur surveillance, mais aussi des plans d’action (les SAGE) et programmes de travaux qui s’y sont déroulés ou qui s’y mettent en place.
vignette|Brest, la rade, récolte du varech,Eugène Boudin, 1873.Collection privée, vente 2017Catalogue Christie's.
La rade abritait autrefois en raison de sa configuration une grande diversité d'habitats naturels, une productivité biologique et une biodiversité très élevée. Elle comprend encore des sites d'importance communautaire européenne pour les oiseaux, plusieurs réseaux d'habitats et de corridors biologiques sous-marins et littoraux importants, qui ont été très affectés par les activités humaines pour la partie nord-ouest, mais qui ont justifié le classement d'environ la moitié de la rade en zone Natura 2000.
Au delà des dépôts sur les plages de marée verte en Bretagne, on découvre une extension du phénomène. La qualité des eaux de la rade de Brest se dégrade et on constate la prolifération d'algues vertes dans les fonds marins. Les conséquences sont catastrophiques pour l'écosystème où l'on observe une mortalité plus importante des espèces et une destruction des habitats.