Ilia Iefimovitch Répine (en , en ) est un peintre russe d'origine ukrainienne. né à Tchougouïev (en actuelle Ukraine) dans le gouvernement de Kharkov (Empire russe) le et mort le à Kuokkala (Finlande).
Il travaille dans sa jeunesse comme peintre d'icônes, étudie le dessin avec Ivan Kramskoï, et poursuit sa formation à l'Académie impériale des beaux-arts à Saint-Pétersbourg.
Il est membre, à partir de 1878, des Ambulants (un groupe de peintres réalistes), et est ensuite nommé académicien de l'Académie impériale des beaux-arts. Professeur, maître d'atelier (1894-1907) puis recteur (1898-1899) de l'académie, enseignant à l'école d'art et d'artisanat de Maria Tenicheva, il a parmi ses élèves Boris Koustodiev, Igor Grabar, Ivan Koulikov, Philippe Maliavine, Anna Ostroumova-Lebedeva et Nikolaï Fechine. Il est aussi le maitre d'étude de Valentin Serov.
Dès le début de son activité créatrice, dans les années 1870, Répine devient une des figures clés du réalisme russe. Il réussit à refléter dans sa production picturale la diversité de la vie qui l'entoure, à embrasser dans son œuvre toutes les dimensions de la contemporanéité, à aborder les thèmes qui traversent la société et à réagir vivement à l'actualité. Son langage pictural a une plasticité qui lui est personnelle, et il s'approprie différents styles, depuis celui des peintres espagnols et hollandais du jusqu'à ceux d'Alexandre Ivanov ainsi que des éléments des impressionnistes français qui lui sont contemporains, mais qu'il n'a jamais vénérés.
L'œuvre de Répine s'épanouit dans les années 1880. Il compose alors une galerie de portraits de ses contemporains, travaille comme peintre d'histoire et de scènes de genre. Dans la peinture historique, il est attiré par la possibilité d'exprimer la force émotionnelle de la scène représentée. Il trouve aussi son inspiration dans la peinture de la société qui lui est contemporaine, et même quand il dépeint un passé légendaire, il reste un maître de la représentation de l'immédiat, en abolissant toute distance entre le spectateur et les héros de son œuvre.
Selon Vladimir Stassov, l'œuvre de Répine est ainsi une . Il passe les trente dernières années de sa vie en Finlande, dans sa propriété des Pénates à Kuokkala. Il continue à y travailler, bien que moins intensément qu'avant. Il écrit des mémoires, publiés après sa mort sous le titre (Proche lointain).
Origines, enfance et adolescence vignette|redresse|Portait de Iefim Vassilievitch, père de Répine (1879).|alt=Portrait d'un homme âgé lisant un livre. vignette|redresse|Portrait de Tatiana Stepanovna, mère de Répine (1867).|alt=Portrait d'une femme, de face. vignette|Portrait de Trofim Tchaplyguine au Musée d'Art de Kharkov. Répine naît à Tchougouïev dans le gouvernement de Kharkov (à l'époque dans l'Empire russe, aujourd'hui en Ukraine). Ses parents font du commerce de chevaux, son père est un ancien soldat cosaque et sa mère tient une petite école rurale. Son grand-père paternel, le cosaque hors-cadre Vassili Iefimovitch Répine, fait du commerce et tient une auberge. D'après les registres d'état civil, il meurt dans les années 1830, et c'est alors à sa femme, Natalia Titovna Répine, qu'échoit la responsabilité de la propriété. Le père du peintre, Iefim Vassilevitch (1804-1894) est l’aîné des enfants.. Dans les esquisses des mémoires consacrées à son enfance, Ilia Iefimovitch indique que son père était un , qui allait avec son frère chaque année au Les cosaques se distinguaient dans l'Empire russe par un système particulier d'obligations militaires (ils étaient en retour exempts de la conscription), d'imposition et de taxation ainsi que d'utilisation des terres appartenant à l'État., et, parcourant une distance de trois cents verstes, y amenait un taboun de chevaux pour les vendre. Pendant son temps de service au régiment de uhlans du Tchougouïevsk, Iefim Vassilevitch participe à trois campagnes de guerre, et il est décoré. Ilia Répine s'efforcera de conserver jusqu'à la fin de sa vie un lien avec sa ville natale, avec la Slobojanchtchina et avec l'Ukraine ; en outre, les motifs ukrainiens prennent une place importante dans son œuvre..
Son grand-père maternel, Stepan Vassilievitch Botcharov, a également consacré nombre d'années au service de l'armée. Le nom de famille de sa femme, Pelagueïa (Pélagie) Minaïevna, ne nous est pas parvenu. Leur fille Tatiana Stepanova (1811-1880) se marie au début des années 1830 avec Iefim Vassilievitch. Ils vivent d'abord chez les parents de l'époux ; ensuite, après des gains dans le commerce des chevaux, la famille s'installe dans une maison spacieuse sur les berges du Donets. Tatiana Stepanovna, femme active, sait lire et écrire, et éduque ses enfants en leur lisant à haute voix des œuvres de Pouchkine, Lermontov et Joukovski. Elle crée aussi une petite école pour les paysans des environs, enfants et adultes. Elle dispose de peu pour enseigner : un manuel de calligraphie, une arithmétique et la Loi de Dieu (« »), l'équivalent d'un catéchisme. La famille est régulièrement en butte à des difficultés financières, et Tatania coud pour vendre des fourrures de lièvre.
Le premier à apporter dans la maison des Répine des couleurs d'aquarelle est le cousin d'Ilia Iefimovitch, Trofim Tchaplyguine. Le peintre écrira par la suite que sa vie change à ce moment même, quand il voit le d'une pastèque : le dessin en noir et blanc de l'abécédaire de l'enfant trouve subitement dans la couleur éclat et consistance. L'idée de transfigurer le monde par la couleur ne le quittera plus.
En 1855, à 11 ans, Ilia est envoyé par ses parents dans une école de topographie — ce métier, prestigieux pour Tchougouïev, comporte des travaux de relevé et de dessin. Toutefois, au bout de deux ans, l'établissement est fermé, et l'enfant entre dans l'atelier de peinture d'icônes d'I. M. Bounakov. La nouvelle du talent de ce nouvel élève circule vite dans les environs et au-delà ; le jeune maître est invité à se rendre en ville par des entrepreneurs du bâtiment, qui ont besoin de peintres et de doreurs. À seize ans, Ilia quitte et l'atelier et la maison familiale : on lui propose par mois pour travailler dans un artel d'icônes itinérant, qui se déplace de ville en ville en fonction des commandes.
À l'été 1863, les compagnons de l'artel travaillent dans le gouvernement de Voronej, non loin d'Ostrogojsk, ville natale d'Ivan Kramskoï. Ilia Répine apprend des compagnons locaux que leur compatriote, qui a déjà reçu à cette époque une médaille d'or pour son tableau Moïse fait jaillir l'eau du rocher (), est parti il y a sept ans pour enseigner à l'Académie impériale des beaux-arts. Le récit des habitants d'Ostrogojsk décide Ilia Iefimovitch à changer de nouveau de vie : à l'automne, avec tout ce qu'il a gagné pendant les mois d'été, il se rend à Saint-Pétersbourg.
Première période pétersbourgeoise (1863-1871)
L'Académie des beaux-arts
Sa première visite à l'Académie des beaux-arts est une déception pour Répine : le secrétaire des conférences, F. Lvov, feuilletant les dessins du jeune homme, trouve qu'il ne maîtrise pas l'estompage, et qu'il ne sait pas faire les traits et les ombres. Cette déconvenue n'ôte pas le désir d'apprendre à Ilia Iefimovitch. Il prend pour et demi une chambre mansardée, s'impose un régime de sévères économies, et rentre dans une école de cours du soir de dessin, dont il devient vite le meilleur élève. Il passe à nouveau l'examen d'entrée à l'académie et le réussit. Après l'admission, de nouvelles difficultés l'attendent ; il doit payer pour pouvoir suivre les cours en auditeur libre. Cette somme est apportée par un protecteur, , directeur de la poste impériale, auquel il a demandé de l'aide.vignette|redresse|Autoportrait (1863).|alt=Portrait au crayon d'un jeune homme chevelu.Durant les huit années passées entre les murs de l'académie, Répine n'a que peu d'amis. Il y a néanmoins parmi eux Vassili Polenov, chez lequel le peintre débutant est toujours reçu chaleureusement, et Mark Antokolski, venu dans la capitale de Wilno apprendre la sculpture, et qui écrira par la suite . En 1869, Répine fait connaissance du critique d'art Vladimir Stassov, qui fera pour longtemps partie du du peintre. Il considère Ivan Kramskoï comme son maître direct : Répine est à ses côtés lorsqu'il crée l'Artel des artistes, et lui montre ses esquisses de débutant, attentif à ses conseils. Après la mort de Kramskoï, Répine écrira qu'il était celui qui lui avait enseigné la peinture.
Ses années d'études valent à Répine quelques prix, dont une médaille d'argent pour l'esquisse L'Ange de la mort frappe tous les premiers-nés égyptiens (« », 1865), une petite médaille d'or pour Job et ses frères (« », 1869) et une grande médaille d'or pour le tableau La Résurrection de la fille de Jaïre (« », 1871).
Des années après, Répine racontera qu'il manquait d'argent lorsqu'il s'était mis à la préparation de cette toile. Perdant espoir, il avait finalement composé une scène de genre à partir de ce qu'il voyait de sa fenêtre d'étudiant, quand il observait une jeune fille d'un appartement voisin. Il apporta ensuite cette œuvre à la galerie Trenti, pour une vente en dépôt, et fut étonné de recevoir une avance non négligeable. . L'argent ainsi obtenu suffisait pour les couleurs et la toile, mais il lui restait à trouver l'idée créatrice avec laquelle il traiterait le sujet du programme évangélique de l'Académie.
Un soir, revenant de chez Kramskoï, Répine s'efforce d'imaginer comment réagiraient ses proches, si une personne faisait revenir à la vie Ousta, sa sœur récemment morte. Il décide de faire de la fille de Jaïre une , décrite ainsi par Alekseï Fiodorov-Davydov :
vignette|redresse=1.7|La Résurrection de la fille de Jaïre (1871).|centré|alt=Tableau représentant le Christ, debout devant le lit d'une jeune fille allongée.
Les Bateliers de la Volga
Le premier tableau célèbre de Répine est aussi inspiré d'un projet de montrer la vie. En 1868, travaillant à des études, il voit des haleurs sur la Neva. Le contraste entre les passants désœuvrés et tranquilles, se promenant sur les berges, et ces hommes, dont le corps est strié par les sangles, marque tant l'élève de l'académie, qu'il commence, dès son retour dans sa chambre, à composer des esquisses représentant . Le concours pour la petite médaille d'or de l'académie, qu'il est en train de préparer, ne lui donne pas la possibilité de se consacrer pleinement à ce nouveau projet, mais, de l'aveu du peintre, jamais alors, ni dans ses sorties en ville avec ses camarades, ni dans ses conversations avec les jeunes filles de sa connaissance, il ne peut libérer sa pensée de ce projet en train de mûrir.
À l'été 1870, il se rend sur la Volga, avec son frère et deux amis peintres, Fiodor Vassiliev et Ievgueni Makarov. Ce sont de riches protecteurs de Vassiliev qui ont donné les nécessaires pour les frais. Répine écrira ensuite qu'ils n'avaient pas fait que regarder des paysages, le carnet de croquis à la main : les jeunes gens rencontrent les habitants, passent quelquefois la nuit dans des isbas inconnues, ou leur soirée auprès d'un feu de camp. Les immensités de la Volga les enflamment par leur envergure épique ; la Kamarinskaïa de Mikhaïl Glinka et le petit volume de lIliade d'Homère qu'il a pris avec lui contribuent aussi à l'atmosphère de la future toile. Un jour, le peintre aperçoit qu'il recherchait, un homme du nom de Kanine. Il figurera sur la toile dans le trio de tête, .
vignette|redresse=1.5|Les Bateliers de la Volga (1870-1873).|alt=Tableau représentant dix hommes sur la berge d'une rivière, halant un bateau.
Selon l'historien de l'art allemand Norbert Wolf, la toile Les Bateliers de la Volga () fait sensation dans la société internationale de l'art parce que son auteur a , dans la hiérarchie académique. Chacun de ses héros porte complètement en lui son individualité, et, en même temps, tout le groupe, placé dans un paysage , rappelle la procession des damnés de la Divine Comédie de Dante.