vignette|Laissez passer qui permettait à un juif de quitter la Roumanie en direction d'Israël, en 1961. Le régime communiste de Roumanie autorise des juifs à quitter la Roumanie entre 1958 et 1989 en échange de marchandises, telles que du bétail ou des armes. Il utilise à cet effet des intermédiaires comme Henry Jacober, un juif hongrois naturalisé britannique.
Le contexte Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les juifs sont expropriés de leurs biensLois du 9 octobre du 17 novembre et du 4 décembre 1940, et loi du 28 mars 1941, voir : . Ces biens doivent leur être restitués après la guerre, mais cette restitution ne se concrétise pas dans les faits. À partir de 1944, beaucoup de juifs quittent la Roumanie, surtout à partir de la création de l'État d'Israël en 1948. Le gouvernement roumain cherche à freiner cet exode par différentes lois, notamment par la privation de la nationalité roumaine pour les exilés.
Quelques juifs ont des fonctions importantes au gouvernement, notamment Ana Pauker, vice-premier ministre, ou le grand-père de Sonia Devillers qui était responsable des industries de Bucarest et de sa région. Cela ne dure pas : en 1952, les juifs commencent à être visés par des harcèlements, et ceux qui sont actifs dans le parti communiste sont souvent exclus du parti et emprisonnés. La même année, l'émigration en Israël est stoppée net. Il reste à ce moment juifs en Roumanie.
Les faits En 1958, Henry Jacober approche les autorités de Roumanie, leur propose de payer pour l'exportation des juifs et précise qu'il se ferait rembourser par les familles ou d'autres sources. Toutefois, le gouvernement roumain souhaite que l'opération reste secrète et demande en échange des bestiaux. Pour chaque famille juive, il y aura une négociation spécifique sur le nombre de cochons ou autres animaux que Jacober fera livrer en Roumanie. Jacober négocie inlassablement avec les autorités roumaines. Par exemple, selon un document des archives roumaines, daté de : .
En échange, Jacober demande dollars pour les familles sans problème politique, et bien davantage pour celles qui sont dans le collimateur de la Securitate. Ainsi, les grands-parents de Sonia Devillers ont dû payer dollars, qu'ils ont dû emprunter à une amie qui avait elle-même déjà utilisé la filière en 1960.
Dans un article publié dans Chabbad, Binyamin Gorodetzky raconte comment, grâce à un réseau de rabbins et à un financier israélo-américain, il a réussi à négocier avec Jacober pour dollars l'exportation de quelques milliers de juifs.
Lorsqu'il arrive au pouvoir en 1965, Nicolae Ceaușescu apprend l'existence de ce trafic dont il ignore tout. Dans un premier temps, il pique une colère noire et ordonne l'arrêt du trafic, mais il se ravise quelques mois plus tard et les affaires reprennent.
Fin 1977, alors qu'il ne reste que Juifs en Roumanie, Nicolae Ceaușescu réclame des livraisons d'armes aux Occidentaux en échange de l'exportation de Juifs.
À la suite de la défection du général roumain Ion Mihai Pacepa en 1978, ce trafic fut révélé au monde libre, mais beaucoup de personnes n'y ont pas cru immédiatement.
Le trafic s'arrête en 1989, avec la fin du régime communiste roumain. Les archives de la Securitate n'ont été déclassifiées qu’en 2014, ce qui permet de connaître les modalités précises du commerce de Jacober avec les Roumains.
Sources Radu Ioanid, La rançon des Juifs. L’histoire de l’extraordinaire marchandage secret entre la Roumanie et Israël, 2005 et 2021, Rowman & Littlefield Publishers Sonia Devillers, Les exportés, 2022, Editions FlammarionPour une recension de ce livre, voir : Ion Mihai Pacepa, Red Horizons: Chronicles of a Communist Spy Chief, 1987, et Horizons rouges, traduction française du précédent, Presses de la Cité, 1988, ; France Loisirs, 1988 ; Presses Pocket, 1990,
Références
Articles connexes Vladimir Nemtanu
Catégorie:1958