Kardjali (, en bulgare : , translittération internationale Kǎrdžali, en turc: Kırcaali, en grec : ) est une ville de Bulgarie méridionale, située dans les monts Rhodopes. Elle est la capitale administrative de l'oblast de Kardjali et le centre de l'obština de Kărdžali.
Géographie
Géographie physique La ville de Kărdžali est située au cœur des Rhodopes orientales, sur les deux rives de l'Arda. Elle est située à de Sofia, à de Plovdiv, à de la ville de Haskovo. La ville antique de Perperikon se trouve à environ du centre de la ville. Le corridor paneuropéen n° 9 (Helsinki-Moscou-Alexandroúpoli) passe par la ville, puis emprunte la col de Makaza vers la Grèce. Le nouvel embranchement vers Komotiní, qui devrait être achevé fin 2009, va réduire la distance jusqu’à la frontière grecque à .
Sur la géographie de la région, voir l’article obština de Kărdžali.
Climat
Population droite|thumb|250px|Mémorial en souvenir de la communauté juive de Kărdžali Selon le dernier recensement (2001), l’obština de Kărdžali, qui comprend 117 localités outre la ville, avait une population de Institut national bulgare de la statistique (site consulté le 22 janvier 2009)., d’entre eux demeurant dans la ville elle-même Site The World Gazetteer (consulté le 22 janvier 2009)., qui était ainsi la de Bulgarie par sa population. Pour l’année 2009, l’estimation de la Direction générale de l’enregistrement des citoyens et des services administratifs indique pour l’obština Актуална таблица по постоянен и настоящ адрес (по области и общини) (site consulté le 22 janvier 2009). et 51 000 habitants dans la ville en 2008 Site de la Direction générale de l’enregistrement des citoyens et des services administratifs (site consulté le 22 janvier 2009).. Cependant, on peut douter de l’exactitude de ces chiffres, fondés sur l’enregistrement des habitants pour des « adresses permanentes » et « adresses courantes ».
Jusqu’en 1913, la quasi-totalité de la population de la ville étaient des Turcs. À la suite des guerres balkaniques et des « échanges de population » qu’elles déclenchèrent, de nombreux Bulgares réfugiés de Thrace occidentale et orientale ainsi que des populations Rom s’installèrent à Kărdžali. De nombreux Turcs émigrèrent vers l’Empire ottoman après le rattachement du territoire à la Bulgarie. Entre 1913 et 1989, cette émigration turque perdura et s'accentua même sous l'ère Jivkov où des politiques assimilationistes et discriminatoires visait particulièrement les Turcs. Des Bulgares provenant d’autres parties du pays ou des réfugiés issus des territoires de Thrace devenus tout à coup Grecs s’installèrent également dans la ville. L’émigration des Bulgaro-Turcs fut en effet particulièrement importante en 1989, cette année marquera le point culminant de ce que la propagande d’État appela le « processus de régénération nationale » (văzroditelen proces) : plus de Bulgaro-Turcs quittèrent la Bulgarie pour émigrer en TurquieSur le « processus de renaissance » et la « grande excursion » de 1989, cf. Михаил Груев, Алексей Кальонски, Възродителният процес. Мюсюлманските общности и комунистическият режим, София, Институт за изследване на близкото минало, Фондация „Отворено общество“, Сиела, 2008. (Mihail Gruev, Aleksej Kaljonski, Văzroditelinijat proces. Mjusjulmanskite obštnosti i komuničeskijat režim, Sofija, Institut za izsledvane na blizkoto minalo, Fondacija „Otvoreno obštestvo“, Siela, 2008 : Le processus de renaissance. Les communautés musulmanes et le régime communiste., Sofia, Institut d'histoire du temps présent, Fondation Open Society, Siela, 2008), . Présentation en anglais de l'ouvrage sur Възродителният процес, site de l'Institut d'histoire du temps présent (consulté le 22 janvier 2009).. Après 1990, la dégradation des conditions économiques qui sévit en Bulgarie frappa durement la région, et la période dite de « transition » après la chute du régime communiste vit partir de nombreuses familles bulgares vers des régions plus prospères du pays, notamment vers la capitale, ou encore vers l’étranger. Une partie importante de la population turque opta également pour l’émigration vers la Turquie. Dans l’oblast de Kărdžali, la majorité des habitants (61,6 %) se considéraient lors du recensement de 2001 comme Turcs, soit Chiffres de l’appartenance ethnique par oblast, Institut National de la Statistique de Bulgarie (consulté le 22 janvier 2009). : il s’agit de la plus importante concentration de population turque en Bulgarie, environ un septième des ayant déclaré appartenir à cette ethnie en 2001. En 2003, la population de l’obština était, selon les chiffres de son administration СТРУКТУРА НА НАСЕЛЕНИЕТО (structure de la population) (site de l’obština, consulté le 22 janvier 2009)., composée de 62 % de Turcs, 31 % de Bulgares, 1 % de Roms, 3 % des habitants déclarant appartenir à d’autres groupes ethniques et 3 % également refusant de déclarer une appartenance. Ces chiffres sont à considérer avec prudence, notamment à cause du fait que de nombreux Roms se considèrent comme Turcs ou comme Bulgares. On ne dispose pas de chiffres de ce type pour la population de la ville proprement dite, même si ses habitants considèrent en général que le nombre de Turcs et de Bulgares y est sensiblement égal. Les relations entre les deux principaux groupes de la population sont assez apaisées, mais cela n’a pas toujours été le cas. À la fin du régime communiste, des manifestations ont eu lieu à Kărdžali protestant contre l’abrogation des lois répressives adoptées sous Todor Jivkov à l’encontre des Bulgaro-Turcs et de la langue turque. Une revendication récurrente des Bulgaro-Turcs est l’amélioration de l’offre d’enseignement en turc Поискали нови учебници по турски език, (Demande de nouveaux manuels scolaires en langue turque, site Darik news, consulté le 23 janvier 2009)..
Histoire Pendant trois millénaires, Kărdžali a été un carrefour de civilisations, où se sont succédé les civilisations thrace, grecque, romaine, puis byzantine, bulgare et ottomane.
On suppose que les premiers habitants de cette région furent les Thraces. Au , les Slaves et les Protobulgares s’installèrent sur le cours moyen de l’Arda. La ville resta cependant sous la domination de l’Empire byzantin même après la création du premier royaume bulgare en 681. Ce n’est que sous le règne du tsar bulgare Siméon I de Bulgarie qu’elle fut intégrée à l’État bulgare. Un village fut probablement fondé sur l’emplacement de la ville actuelle au . À l’époque byzantine, la ville fut le centre de l’éparchie chrétienne d’Achridos Mark C. Bartusis, The Late Byzantine Army. Arms and society, 1204-1453, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1997, p. 65, – disponible sur : Google Books.. Le monastère Saint-Jean-Baptiste (en bulgare , « Joan Prodrom » ou , Joan Predteča, « saint Jean le précurseur ») fut construit du .
À cause de sa situation stratégique, la région des Rhodopes orientales a été longtemps disputée entre Byzantins et Bulgares. Un personnage légendaire du , Momčil vojvoda (Momčil le voïvode, également appelé dans les épopées Momčil junak, « Momčil le héros »), qui défendit la population locale face aux attaques des féodaux bulgares et byzantins. Le nom bulgare, utilisé jusqu’au , était initialement ŽerkovoCf. Klearchos Guide to the Galaxy (site consulté le 22 janvier 2009).. Le nom actuel serait dérivé de celui du conquérant ottoman de la région au , Kırca AliCf. Как е получил град Кърджали името си? (« d’où vient le nom de la ville de Kărdžali », site de l’obština de Kărdžali, consulté le 22 janvier).. La conquête conduisit à l’émigration de nombreux Bulgares, qui s’installèrent souvent dans des lieux reculés des Rhodopes. Les populations restantes furent très largement assimilées, et une bonne partie d’entre elles se convertit à l’islam. De nombreux Turcs s’installèrent également sur place. À la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878 et du traité de Berlin de 1878, la ville fut intégrée à la province autonome de Roumélie orientale, nominalement sous domination ottomane. Au moment de l’unification de la principauté de Bulgarie et de la Roumélie orientale en 1885, la région de Kărdžali fut cédée à l’Empire ottoman, qui l’intégra au sandjak de Gümülcine, entité administrative du vilayet d’Edirne. La domination ottomane prit fin au cours de la Première Guerre balkanique (1912-1913) : la ville fut prise par les troupes du général Vasil Delov le 21 octobre 1912. Ce jour est commémoré depuis 1937 sous forme de fête locale. Un monument aux libérateurs, dans le centre de la ville, rappelle cet épisode historique. La ville a été déclarée capitale d’oblast sous le régime communiste, en 1949.
Vie politique droite|thumb|Bâtiment de l’obština de Kărdžali. Sa forme et sa couleur lui valent le surnom de « paquebot blanc ». Les institutions politiques de l’oblast et de l’obština sont cependant largement dominées par la population turque, représentée par le Mouvement des droits et des libertés (Dviženie za prava i svobodi, DPS), parti qui représente sur l’échiquier politique bulgare la minorité turque et plus généralement musulmane : la région de Kărdžali est depuis sa création son plus fort bastion. L’oblast de Kărdžali est représenté à l’Assemblée Nationale bulgare par 5 députés. Lors des élections législatives de 2005, le DPS a obtenu 65,32 % des voix dans l’oblast et a remporté la totalité des 5 mandats Парламентарни Избори 2005, site de la Commission centrale des élections de Bulgarie (consulté le 22 janvier 2009) Republic of Bulgaria legislative elections of 25 June 2005, site d'Adam Carr (consulté le 4 décembre 2008)., ce qui constitue de très loin son meilleur score régional. Le DPS gouverne la ville de Kărdžali depuis 2003, date d’élection de l’actuel maire Hasan Azis. Lors des élections locales de 2007, Hasan Azis a été réélu dès le premier tour avec 61,85 % des voixCf. le site de la Commission électorale centrale (consulté le 22 janvier 2009)..
Religions La population de la ville de Kărdžali est composée aujourd’hui d’un nombre à peu près égal d’habitants de tradition chrétienne et musulmane (pour la plupart sunnites). La plus importante communauté chrétienne est constituée par les orthodoxes. On trouve également une communauté pentecôtiste et une communauté baptiste. L’islam, la religion la plus répandue dans l’oblast, est pratiquée par les Turcs, les Pomaks et par une partie de la population Rom. Il n’existe plus de communauté juive à Kărdžali : comme dans beaucoup d’endroits de Bulgarie, la communauté juive, sauvée pendant la Seconde Guerre mondiale, a émigré en Israël au début de la période communisteCf. Jewish Virtual Library, The Virtual Jewish History Tour Bulgaria (site consulté le 23 janvier 2009).. Lors du recensement de 2001, une seule personne a déclaré appartenir au « groupe ethnique » juif dans tout l’oblast de KărdžaliCf. Chiffres de l’appartenance ethnique par oblast, Institut National de la Statistique de Bulgarie (consulté le 23 janvier 2009)..
Économie droite|thumb|Nouveau marché de Kărdžali