L'histoire militaire de la France couvre deux millénaires d'histoire, à travers la France, l'Europe et les anciennes colonies françaises.

Cet article est une synthèse de l'historique des différentes branches des Forces armées françaises : terre, air, mer et Gendarmerie.

À partir de 400, lors du déclin de la domination de l'Empire romain sur la Gaule, la tribu germanique des Francs entame son installation sur le territoire. Avec puis Charlemagne, le royaume, puis l'empire des Francs inclut l'ensemble de l'Europe occidentale, à l'exception de la Bretagne. C'est avec le traité de Verdun, qui partage l'Empire carolingien en 843, qu'apparaît la Francie occidentale, qui deviendra la France.

Au cours du Moyen Âge, à partir du les rois capétiens élargissent le domaine royal aux dépens de l'Angleterre, héritière des duchés de Normandie et d'Aquitaine, et du Saint-Empire romain germanique. Ils s'investissent également des expéditions extérieures, principalement les croisades. C'est au qu'apparaît un pouvoir royal central suffisamment puissant pour créer un État unifié et durable, incarné par Philippe Auguste. Le royaume de France est alors un des états les plus puissants d'Europe. À partir de 1337, les épreuves liées au contexte de la Guerre de Cent Ans poussent la France, après plusieurs désastres militaires, de réorganiser son armée en profondeur. Dans les dernières phases du conflit, l'artillerie jouera un rôle majeur, et Charles VII sera à l'origine de la première armée professionnelle et permanente d'Europe. Au sens strict, même s'il a existé très tôt des « armées en France », la notion d'« Armée française » ne naît qu'à partir de la création de ces compagnies d'ordonnance.

Le royaume, mieux centralisé et doté d'un puissant outil militaire peut maintenant porter la guerre hors du territoire. C'est ainsi que la revendication de pour s'emparer du trône de Naples en 1494 entraîne le début des guerres d'Italie. Malgré plusieurs succès militaires, la France ne parvint jamais à sécuriser ses gains territoriaux. En outre, à partir de la seconde moitié du , les guerres de Religion et la puissance grandissante de l'Espagne relèguent la France à un second rôle sur la scène européenne.

Les guerres de et , au , rendent à la France la première place dans l'équilibre européen ; son territoire agrandi est protégé par une solide armée permanente et par les fortifications de la ceinture de fer. Plus tard, la concurrence coloniale avec la Grande-Bretagne, qui a succédé à la rivalité avec les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne, lui fait perdre ses possessions de Nouvelle-France (Canada français) et comptoirs de l'Inde : l'esprit de revanche pousse la France à apporter son aide aux colons américains en révolte contre Londres lors de la guerre d'indépendance des futurs États-Unis d'Amérique.

Les guerres de la Révolution française, qui opposent la France à la plupart des monarchies européennes, amènent à la création d'une armée de masse avec un corps d'officiers renouvelé, promus au mérite et non plus sur leur seule naissance noble. Les guerres napoléoniennes apportent à la France une expansion militaire inégalée sur le continent européen, mais elle ne peut rien contre la suprématie navale britannique et ses adversaires, s'inspirant du modèle militaire français, prennent leur revanche en 1814-1815 en ramenant la France de la Restauration à ses anciennes frontières.

Au , la conquête de l'Algérie inaugure la constitution du second empire colonial français qui couvrira une grande partie de l'Afrique et de l'Asie. La rivalité franco-allemande, effet tardif du nationalisme allemand né des guerres napoléoniennes, aboutit d'abord à la guerre de 1870 contre la Prusse, se ravive lors la Première Guerre mondiale, et trouve son paroxysme avec la Seconde Guerre mondiale où la France, d'abord battue et occupée par l'Axe Rome-Berlin, reprend le combat dans la France libre et rejoint le camp victorieux des Alliés.

La conflagration laisse les pays européens affaiblis politiquement, et militairement dominés par deux superpuissances, les États-Unis et l'URSS lors de la guerre froide. La France, tout en livrant ses dernières guerres coloniales en Indochine jusqu'en 1954 et en Algérie jusqu'en 1962, se réconcilie avec l'Allemagne de l'Ouest et se range avec celle-ci dans le bloc occidental au sein de l'OTAN ; elle marque son autonomie par rapport au grand allié américain en développant sa propre force de dissuasion nucléaire et en quittant le commandement intégré de l'OTAN en 1966.

Stratégiquement, la France reste longtemps influencée par l'idée d'une défense sur des frontières « naturelles » réelles ou supposées du pays : le Rhin, le massif du Jura et les Alpes à l'est, les Pyrénées au sud. L'armée française est, par son histoire, souvent pionnière de nombreuses innovations techniques et tactiques.

Aujourd'hui, les interventions militaires françaises sont le plus souvent des opérations de maintien de la paix dans ses anciennes colonies ou dans les points chauds du monde, avec ses alliés de l'OTAN, organisation avec laquelle elle renforce ses liens en 1995, près de trente ans après son départ du commandement intégré, et qu'elle réintègre en 2009.

Préhistoire et Antiquité

La présence humaine sur le territoire actuel de la France remonterait à . ou Le musée de paléontologie à Chilhac expose des galets aménagés prouvant la présence d’un hominidé sur le site il y a . mais la date précise des premières armées présentes est inconnue.

Au sortir de la préhistoire, toute la partie occidentale de l'Europe est occupée par les peuples d'origine indo-européenne, qui développent plusieurs civilisations différentes au gré de la diffusion des nouvelles technologies et de l'arrivée de nouvelles vagues migratoires.

Les traditions militaires sont donc multiples. Entre -900 et -800, ce territoire connaît une mutation très rapide avec l'arrivée des Celtes ainsi qu'avec la généralisation de l'emploi du fer, donnant naissance aux civilisations dites d'Hallstatt, puis de la Tène qui correspondent respectivement aux premier et deuxième âge du fer. La maîtrise du fer, plus léger et moins cassant que le bronze, permet de développer des épées plus longues.(plus d' alors que les glaives romains ne mesurent que ) ce qui augmente considérablement l'énergie cinétiqueMultiplication d'environ 2,5. d'un coup porté du tranchant. Cela donne un avantage décisif dans les mêlées et la longueur de l'épée facilite le combat à cheval. Les Celtes développent donc une tactique de charge frontale en essayant d'effrayer au maximum l'adversaire pour le faire débander. La guerre est menée avec force bruits, sonneries de trompettes (carnyx), hurlements et même de volailles accrochées sur des chars.. C'est ainsi que les Celtes auraient été appelés galli (ce qui signifie « coqs ») par les Romains et ce qui a donné le terme gaulois et l'emblème national. Comme arme de jet, les Celtes utilisent les javelots et la fronde. Le travail du fer permet aussi de construire des roues de qualité et des chars très maniables qui sont utilisés pour harceler l'ennemi, d'abord en lui lançant des javelots, puis en mettant pied à terre pour combattre au corps à corps. La cavalerie utilise une unité tactique nommée trimarcisia, composée d'un cavalier secondé de deux écuyers chargés de lui remplacer son cheval ou de prendre sa place en cas de besoin. Enfin les Celtes ont été les inventeurs de la cotte de mailles.

La maîtrise sidérurgique permet aussi d'utiliser des outils agricoles plus performants, comme l’araire à soc de fer qui permet de labourer des terrains plus difficiles et plus en profondeurClaire König, Le fer tombe le masque Futura-sciences. Il en résulte une poussée démographique qui, associée à la supériorité guerrière, permet de diffuser cette civilisation à toute l'Europe septentrionale. La société se fonde sur une aristocratie foncière et commerçante. Les voies fluviales et la monnaie permettent le commerce entre la Méditerranée et la Baltique. Ces routes remontent au commerce de l'étain au premier âge du fer et le trafic s'accélère après que les Ligures sont chassés de la côte méditerranéenneL'économie et les voies commerciales, .. La fortification de leur lieu de résidence permet le contrôle des routes commerciales. Ces fortifications sont essentiellement des oppida, c’est-à-dire des lieux élevés, géographiquement propices à une défense et qui ont été fortifiés par la disposition stratégique du bâti et l'érection d'une enceinte circulaire en bois et en terre. Parfois le soubassement est réalisé en pierre vitrifiée.

vignette|droite|Reconstitution du siège d'Alésia à l'archéodrome de Beaune.

Il n'y a pas de nation celte en tant que telle, mais les liens de clientélisme ont permis à l'aristocratie foncière de constituer une fédération d'États : les aristocrates forment un sénat et une assemblée convoquée par les druides. Ils élisent chaque année un roi, ou le vergobret, qui règne pour un an en tenant compte des avis du sénat. Le pouvoir militaire est placé entre les mains d’un chef militaire élu, lui aussi, annuellement. Ce "ministre de la Défense" n’a pas le pouvoir de déclarer la guerre, mais uniquement celui de la conduire. La décision revient à un Conseil armé qui doit prendre auparavant l’avis des druidesOrganisation sociale des Gaulois, .. Cependant, par les liens de clientélisme et grâce à leur puissance démographique, les Celtes sont en mesure de rassembler des armées de dizaines de milliers d'hommes libres et de menacer les Romains (Brennus les vainc à Allia et attaque Rome qui doit lui verser un important tribut) ou les Macédoniens (Bolgios les écrase en -279) à plusieurs reprises.

La Gaule passe sous la domination romaine vers -125 pour la Gaule narbonnaise, et à partir de -51, après la guerre des Gaules, pour le reste du territoire. La conquête des Gaules est surtout connue par le récit souvent déformant du conquérant, Jules César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules : politique ambitieux, soucieux de sa gloire et de celle de son armée, attentif à justifier des initiatives risquées, voire des crimes de guerre, il met en valeur la discipline et l'intrépidité des légions romaines face à des armées gauloises courageuses et supérieures en nombre mais imprudentes et imprévoyantes, promptes à se rassembler et à se débander, politiquement divisées dans des coalitions sans cesse changeantes. Il note les vertus d'adaptation des Gaulois, qui en font de bons candidats à la romanisation, et la bonne qualité de leurs fortifications (oppida) mais, en huit ans de guerre, les Romains sont presque toujours victorieux en bataille rangée. D'abord appelé par les Gaulois eux-mêmes pour empêcher les invasions des Helvètes et des Suèves, César soumet un État après l'autre jusqu'à ce que le chef arverne Vercingétorix rassemble la plus grande partie de la Gaule dans une révolte contre Rome : après une victoire non décisive lors du siège de Gergovie, le chef gaulois tente d'affamer l'armée romaine en pratiquant la terre brûlée mais la prise d'Avaricum, une des plus riches villes de Gaule, permet à César de refaire ses approvisionnements. Il accule les forces gauloises à Alésia et met en échec l'armée de secours rassemblée par les alliés de Vercingétorix : ce dernier, obligé de se rendre, sera exécuté après le triomphe de César, marquant la fin de la résistance gauloisePaul-Marie Duval, « Autour de César. 1. La relation des exploits de Jules César. la guerre des Gaules ». In: Travaux sur la Gaule (1946-1986), Rome : École Française de Rome, 1989. . (Publications de l'École française de Rome, 116) .

vignette|left|Vercingétorix se livre à Jules César à l'issue du siège d'Alésia. Peinture de Lionel Royer.