Marianne est une figure symbolique de la République française.

Sous l’apparence d’une femme coiffée d’un bonnet phrygien, elle représente la République française et ses valeurs traduites par sa devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». C'est un important symbole républicain et une icône de la liberté et de la démocratie.

Figure allégorique nationale, Marianne occupe une place d'honneur dans les mairies et les bâtiments officiels de la République française ainsi que dans ses manifestations. Elle symbolise Le Triomphe de la République, du nom de la sculpture érigée dans le jardin de Marianne situé place de la Nation à Paris.

Son profil apparaît sur les documents officiels, sur les timbres postaux, et sur certaines pièces de monnaie françaises en euro (série des pièces de 1, 2 et 5 centimes) ou en franc (série des pièces de 5, 10 et 20 centimes).

La représentation de la République apparaît également sur les sceaux officiels.

vignette|upright|Buste de Marianne sculpté par T. Doriot et exposé au Sénat.

Histoire de la Marianne Origine du choix du prénom vignette|gauche|upright|La Garisou de Marianno (la Guérison de Marianne), chant composé par Guillaume Lavabre. Selon l’historienne Florence Gauthier, le choix du prénom « Marianne » pourrait être une référence au philosophe et théologien espagnol Juan de Mariana (1536–1624), figure de l’École de Salamanque. Dans ses écrits sur le droit naturel et la souveraineté populaire, Mariana défendait le droit de résister à l’oppression, y compris par le tyrannicide. Gauthier suggère que ses idées ont influencé les Déclarations des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de 1793, et que son nom aurait symboliquement inspiré celui de la République française. Mariana enseigna à l'Université de Paris entre 1569 et 1574. Dans sa théorie, la monarchie reçoit le pouvoir de la main du peuple, qui est le véritable souverain, le tyrannicide étant un acte légitime si le roi trahit la confiance du peuple. Pendant la Révolution française, les partisans de l'Ancien Régime auraient qualifié les révolutionnaires péjorativement de « marians ».

Son utilisation comme allégorie féminine de la République renvoie à une chanson révolutionnaire du pays albigeois en occitan, la Garisou de Marianno (en français, la Guérison de Marianne), composée par le cordonnier-poète Guillaume Lavabre, de PuylaurensChristian Laux, Albigés, païs occitan : recueil de textes tarnais, 1980.Christian Laux, « D'où vient donc Marianne ? », Annales historiques de la révolution française, 254, 1983, en ligne.. La chanson, racontant les péripéties du nouveau régime, fut vraisemblablement écrite en octobre 1792, une dizaine de jours seulement après la fondation de la République. Il s’agit de la première occurrence du prénom Marianne en tant que symbole de la République. Marianne y représentait la devise française. Les républicains du Midi contribuèrent à associer ce prénom à leur idéal politique (en reprenant la chanson devenue très populaire à l’automne 1792).

Bien que cette chanson date de 1792 et soit déjà mentionnée dans le dictionnaire Lou Tresor dóu Felibrige de Frédéric Mistral, l’association de la chanson au symbole de la République n’a été faite qu'en 1976. Quoi qu'il en soit, le village de Puylaurens revendique désormais le titre de « berceau occitan de la Marianne républicaine ».

Dans son livre Marianne au combat, l'historien Maurice Agulhon propose une explication plus prudente. Il rappelle que le prénom Marie-Anne, Marie et Anne, était très répandu à la fin du dans les milieux populaires, notamment à la campagne, et qu'on le retrouvait ainsi parmi les domestiques des maisons bourgeoises. Ce prénom banal (Marie la Vierge et Anne sa mère) répandu, et donc populaire, était voué à désigner le régime qui se voulait tel.

Agulhon insiste sur le fait que l'usage en a d'abord été péjoratif. Le prénom est attesté comme sobriquet de dérision pour désigner la République dès l’époque de la Révolution française. Les contre-révolutionnaires exprimèrent leur haine de la République en choisissant un prénom de paysanne.

La fonction symbolique de ce prénom se serait donc répandue tant parmi les partisans que parmi les adversaires de la République mais pour des raisons diamétralement opposées.

Maurice Agulhon propose également une autre origine, plus élitiste : Mariamne, une princesse juive antique contrainte d’épouser Hérode le Grand, persécutée puis exécutée sur ordre de son époux. « Au bout du compte, l’historien ne tranche pas. Maurice Agulhon estime que la Marianne a d’un côté une origine évidemment populaire ; mais de l’autre, une possible origine élitiste », résume l'historienne Mathilde Larrère. Ainsi, toutes les classes sociales peuvent-elles s’approprier la représentation de Marianne..

Une autre origine possible de cet usage serait que le premier modèle de Marianne aurait été Marie-Anne Reubell, épouse de Jean-François Reubell de Colmar en Alsace. Lors d'une réception chez eux, Paul Barras aurait complimenté l’hôtesse par ces mots : « votre prénom sied à la République autant qu’il sied à vous-même »..

Ce n'est que lentement que Marianne devient un symbole courant de la République. Sous la Deuxième République (1848-1852), son utilisation est encore assez rare mais en progrès. Parmi les sociétés secrètes républicaines qui se forment au moment du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (décembre 1851), certaines prennent ainsi le nom de « Marianne » ou « la Marianne ».

En 1855, une révolte éclate dans les carrières d'ardoise de Trélazé (Maine-et-Loire). Les mécontents avaient formé depuis 1851 une société républicaine appelée « Marianne ». La révolte, survenue lors de la phase la plus autoritaire du Second Empire, attira l'attention sur le prénom Marianne, qui commença à sortir des cercles républicains militants. En 1856, le journaliste républicain Félix Pyat publie à Londres une Lettre à Marianne, pamphlet contre l'empereur .

Dans les années 1880, alors que la Troisième République est en train de s'enraciner, le prénom Marianne est surtout utilisé au sein des catégories populaires du Sud de la France, et surtout par les personnes les plus acquises à l'idée républicaine . Les dirigeants républicains, comme Ferry ou Gambetta, n'emploient guère cette appellation populaire. Son usage comme synonyme de République continue de progresser au cours du .

Évolution des représentations de Marianne thumb|upright=0.7|Buste polychrome de Marianne. Cette section étudie l'évolution des représentations de la Liberté et de la République sous la forme d'une allégorie féminine. Le prénom Marianne ne fut que progressivement associé à ces allégories féminines.

Les premières représentations d’une femme à bonnet phrygien, allégorie de la Liberté, apparaissent dans l'Antiquité romaine, qui associent l'ancienne allégorie grecque de la liberté (ainsi un statère en électrum du avec l'inscription Eleutheria) et le bonnet phrygien, coiffure du dieu perse Mithra comme du dieu Atys, honoré à Rome dès 204 av. J.-C. Un denier dit de Brutus, et le journal Les Révolutions de Paris, , des 17-24 mars 1792, y font référence.

Pendant la Révolution française et l'Empire (1789-1815) En septembre 1792, la France devient une République. À la place du sceau ou du portrait du monarque, il fallut adopter un symbole visuel de la République, cet état anonyme et abstrait. Un décret du 22 septembre 1792 imposa la représentation d'une femme coiffée d'un bonnet phrygien sur les sceaux de tous les corps administratifs de la République. La médaille servant d’insigne distinctif à la Convention comporta de même l’image d’une femme ayant à la main un bonnet phrygien. La femme à bonnet phrygien devint une allégorie double, celle de la Liberté et celle de la République française.

Tandis que le bonnet phrygien lui était très couramment associé, les autres attributs (sceptre de la Raison, massue écrasant l'hydre du mal…) étaient moins constants. Les représentations différaient selon les époques et les préoccupations du peuple français.

Dès 1792, il y eut à Paris deux statues de la République : l’une sur la place de la Révolution (ancienne place Louis XV, actuelle place de la Concorde), l’autre sur la place des Piques (ancienne place Louis-le-Grand, actuelle place Vendôme). Les principales villes françaises en eurent également. Statues, bustes ou images décoraient les salles de réunion des grands édifices publics ou des sièges de sociétés populaires.

Sous le Consulat et l'Empire, la femme au bonnet phrygien s'est progressivement effacée de l'espace public. Les deux statues parisiennes ont été remplacées en l'an par des colonnes. Au même moment, de nombreuses villes ont fait disparaître leurs statues.

Pendant la monarchie de Juillet (1830-1848) En , Louis-Philippe devient roi, et s'engage à respecter les libertés qui avaient été bafouées par son prédécesseur . Pendant la monarchie de Juillet (1830-1848), il redevient courant de voir la Liberté représentée sous les traits d'une femme. Mais ces allégories féminines ne comportent généralement pas le bonnet phrygien, qui risquerait d'évoquer la République.

L'historien Maurice Agulhon rappelle également qu'au cours des années 1830, le drapeau rouge devient progressivement un symbole de la révolte populaire. Il fait l'hypothèse que le nouveau sens pris par ce drapeau ait également radicalisé le rouge du bonnet, et donc la figure de la femme au bonnet phrygien.

Pendant la Deuxième République (1848-1852) À la suite de la révolution de , la monarchie de Juillet laisse place à la Deuxième République (1848-1852). En 1848, le gouvernement provisoire lance un concours d'allégories de la République sous forme de figures peintes, sous forme de statues et sous forme de médailles. C'est également en 1848 qu'Elisa de Lamartine, femme du poète Alphonse, sert de modèle pour un buste de Marianne.

Dès 1848, le mouvement républicain est marqué par d'importantes divisions, qui se traduisent dans le domaine des symboles. Les partisans d'une République démocratique et sociale optent pour une Marianne combattante, avec cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte. Les défenseurs d'une République plus conservatrice préfèrent une Marianne sereinement assise, sans arme, avec les cheveux attachés, les seins couverts. Cette représentation de la République est souvent plus complexe, puisqu'elle intègre des attributs comme le Travail, le Commerce, la Guerre, ou encore la Paix.

thumb|upright=0.7|Buste de la Marianne noire.

En 1848, année de l’abolition de l’esclavage, la maçonnerie toulousaine commande une statue de Marianne sous les traits d’une esclave noire affranchie, supposément au sculpteur Bernard Griffoul-Dorval. Inaugurée le , elle est déplacée en 1868 dans la salle du Conseil du nouveau temple de la rue de l’Orient à Toulouse ; portée disparue en 1941 mais retrouvée le 6 février de la même année dans un inventaire du Comité d’investigation et d’enquêtes du régime de Vichy ; récupérée par des résistants francs-maçons et enterrée dans un terrain du quartier du Faubourg-Bonnefoy à Toulouse, jusqu’à la Libération ; de nouveau perdue de vue jusqu’à sa restitution officielle en 1977 au conseil général de la Haute-Garonne et son intronisation dans la salle d’exposition permanente du musée de la Résistance et de la Déportation de Toulouse. Aucune autre œuvre représentant Marianne avec une couleur de peau noire ne deviendra célèbre avant les années 1990....

À partir de l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République, en décembre 1848, le parti de l'Ordre impose une conception conservatrice de la République. Les allégories de la République s'effacent progressivement de l'espace public, surtout celles qui intègrent un bonnet phrygien ou une poitrine dénudée.