L'environnement de la Nouvelle-Calédonie comprend son milieu naturel, l'ensemble des formes de vies s'y étant développées durant les temps géologiques, et la modification de cet environnement par l'être humain. Territoire insulaire de l'hémisphère sud, l'archipel se démarque d'autres régions de la planète par la diversité exceptionnelle de ses espèces et de ses habitats, ainsi que par son important taux d'endémisme.
Milieux Milieu terrestre
Géographie La Nouvelle-Calédonie est un archipel continental situé dans la partie méridionale de la mer de Corail, dans l'océan Pacifique sud. Plus de 2000 km la séparent de l'équateur terrestre, ce qui la place en limite sud de la zone tropicale. Elle regroupe plusieurs dizaines d'îles, dont les plus importantes après la Grande Terre sont Lifou, Maré, Ouvéa et l'île des Pins, auxquelles s'ajoutent quelques ensembles d'atolls périphériques. Le relief montagneux de l'île principale a permis le développement de nombreux cours d'eau, dont les bassins versants s'étendent depuis la Chaîne Centrale jusqu'au littoralplanche 1.planche 12.. alt=Carte géologique de la Nouvelle-Calédonie (échelle 1:1 300 000).|vignette|274x274px|Carte géologique de la Nouvelle-Calédonie (échelle 1:1 300 000).
Géologie La formation géologique de la Grande Terre débute par une subduction ayant lieu au Carbonifère, il y a environ 300 Ma. Entre le Crétacé et l'Éocène, le microcontinent Zealandia se sépare du Gondwana, donnant à l'île sa position actuelle. Les îles Chesterfield se forment il y a 40 à 50 Ma par volcanisme de point chaud, et l'archipel des îles Loyauté à la suite de l'apparition d'un arc volcanique, lors de l'Oligocène (vers 25 Ma). Une diversité de structures coralliennes se forme par la suite sur la majorité des îles de Nouvelle-Calédonie, entre le Néogène et le Quaternaire (entre 15 Ma et l'époque actuelle)planche 13.. vignette|301x301px|Cyclone Erica, au large de la Nouvelle-Calédonie et de l'Australie.
Climat
L'analyse des roches carbonatées (récifs et sédiments pélagiques) indique un réchauffement de la région lors l'optimum climatique de l'Éocène (54 à 49 Ma), suivant la tendance mondiale. Une baisse rapide du niveau de la mer vers 2400 ans AEC est suggérée par la formation d'un marais d'eau douce dans la région de Gouaro Déva, éventuellement précédée d'un évènement extrème tel qu'un cyclone ou un tsunami.
Le climat actuel de la Nouvelle-Calédonie est tropical, bien que sa nature insulaire introduise quelques influences océaniques. Quatre saisons s'alternent annuellement : une saison chaude et cyclonique (été austral), puis une période de transition plus humide, suivie d'une saison fraîche (hiver austral) et enfin d'une saison sèche ; toutes connaissent un régime continu d'alizés. L'archipel subit par ailleurs régulièrement les anomalies climatiques de type ENSO, associées à une résurgence des cyclones lors des phases La Niña. À l'année, le température moyenne se situe entre 22°C et 24°C, avec un fort ensoleillement et des pluies abondantesp. 6-9.planches 10 et 11..
Pédologie Une très grande diversité de sols s'est formée sur l'ensemble du territoire. Elle s'explique par la combinaison de deux facteurs : la multiplicité des roches-mères différentes (principalement siliceuses, basiques et ultrabasiques), et l'action combinée du climat et de la topographie, occasionnant une dissymétrie est-ouest dans les précipitations et l'exposition aux vents dominants. La côte orientale de la Grande Terre subit ainsi plus fortement l'érosion et la percolation par les eaux de pluie, occasionnant des différences moins marquées entre les sols, qui demeurent relativement acides. À l'ouest, l'érosion est également significative, et l'alternance appuyée des saisons contribue entre autres à la déstabilisation des argiles, entrainant un lessivage plus important que sur le versant oriental. Les sols sont distingués sur la base de leur substrat.
Sur la nappe de péridotitesCette nappe occupe notamment la partie sud de la Grande Terre., se sont constitués des sols riches en fer, silice et magnésium, et fortement carencés en bases échangeables telles que le calcium, le potassium ou le phosphore, en faisant des milieux peu fertiles. De couleur rouge foncée et brune, ils présentent une tendance à la cimentation, rendue visible par la présence de gravillons ferrugineux et de matériaux meubles sur plusieurs mètres d'épaisseur. Également très sensibles à l'érosion, leur manque en minéraux argileux réduit drastiquement la capacité d'échange entre les horizons du sol. Au niveau des surfaces érodées des versants, les sols sont d'autant plus riches en magnésium, chrome et nickel, diminuant encore leur fertilité.
Les substrats volcano-sédimentaires et métamorphiques sont le lieu de deux types de sols : fersiallitiques et ferralitiques. Les premiers sont argileux, de couleur rouge à orangée, et fortement érodés. Peu fertiles sur la côte ouest, c'est leur texture discontinue qui les rend plus vulnérables à l'érosion. À l'est et sur la Chaîne Centrale, ils demeurent très acides et pauvres en phosphore et azote, malgré une réserve hydrique élevée en surface. Les seconds sont argilo-limoneux et se trouvent dans les secteurs les plus humides de la Grande Terre. Bons substrats forestiers, ils sont en revanche désaturés en bases échangeables et peu fertiles.
Sur les formations basaltiques du littoral occidental, les sols sont de couleur brune, sensibles à l'érosion et moyennement fertiles, avec de faibles réserves en eau. Enfin, les sols les plus fertiles de l'archipel présentent un substrat alluvionnaire (vertisols). Souvent localisés dans les vallées et marqués d'apports fluviatiles, on les trouve également à l'embouchure des cours d'eau. Ils sont argileux, saturés en bases échangeables, faiblement acides et de couleur sombrep.11-14.planche 15..
Milieu aquatique
Eau douce Le réseau hydrographique de la Grande Terre est relativement dense, ponctué de bassins versants de faible envergure donnant lieu à une majorité de petits cours d'eau. Associée à des substrats fortement imperméables, il en résulte un développement réduit des nappes alluviales. Les plus développées se trouvent sur la côte ouest (Iouanga, Koumac, Dumbéa). La Nouvelle-Calédonie compte ainsi plus d'une centaine de cours d'eau, qui s'écoulent depuis les reliefs escarpés de la Chaine Centrale jusqu'aux estuaires du littoral. Ils atteignent leur débit le plus important entre janvier et avril (60 à 70% du volume annuel total).
Les cours d'eau principaux sont des rivières. Elles peuvent faire plusieurs dizaines de kilomètres de longueur, et sont souvent perpendiculaires à la direction de l'île principale. S'étirant sur près de 100 km, le Diahot est la plus longue rivière du territoire et forme une exception à cette règle (direction parallèle). À l'ouest, les plaines côtières sont larges, malgré un étiage parfois significatif entre octobre et novembre (Pouembout, Boghen). Les vallées de la côte est sont souvent plus encaissées, mais aboutissent parfois sur des embouchures de plusieurs centaines de mètres de largeur, subissant les remontées de marée (Tchamba, Amoa). Parmi les plus petits cours d'eauPrincipalement ceux dont la longueur est inférieure à 10 km, et la superficie du bassin versant à 15 km²., le dénivelé important (plus de 20 %) et l'abondance des pluies (2500 à 4000 mm) peut entraîner la formation de cascades, s'écoulant sur péridotites (cascade de Goro, au sud-est) ou roches métamorphiques (Cascade de Tao, près du Mont Panié au nord-est). La région du Grand Sud contient des milliers de dolines, résultant de l'altération des roches ou de leur effondrement, où l'eau météorique peut parfois s'y stabiliser et s'équilibrer avec l'aquifère. En dehors du lac artificiel de Yaté, le sud de la Grande Terre comporte par ailleurs quelques petits lacs naturelsp.17-23..
Milieu marin Dans la zone économique exclusive (ZEE) calédonienne, la variété des habitats marins est liée à leur profondeur dans la colonne d'eau, l'influence des courants marins, et celle de leur éventuel substrat (plancher océanique).
Autour de la Grande Terre s'étend une couronne barrière, délimitant son lagon qui communique avec l'océan par des passes. Sur la côte ouest, à l'île des Pins, Lifou, et Maré, on constate par ailleurs des récifs frangeants. Les fonds meubles du lagon de la Grande Terre ont une profondeur maximale de 40 m, et sont constitués de sédiments. Ils proviennent à la fois des apport terrigènes de l'île (érosion pluviale des roches latéritiques, sous forme dissoute ou particulaire), et de la dégradation des récifs coralliens sous l'effet de la houle. Les premiers se concentrent le long des côtes (sédiments carbonatés), et les seconds proche de la barrière (sédiments silicatés). La zonation des fonds marins qui en résulte se répartit ainsi entre des vasières littorales, une zone intermédiaire (« fonds gris »), et des fonds blancs sableux en arrière-récifp. 123-128.. Les récifs d'Ouvéa, d'Entrecasteaux et de Chesterfield forment un ensemble de couronnes d'atoll, délimitant un lagon d'atoll, tandis que les îles Beautemps-Beaupré et les récifs de l'Astrolabe sont des bancs coralliens de haute merplanche 14..
La zone bathyale qui succède au récif barrière voit une alternance de substrats durs et sédimentaires. Ces derniers augmentent avec la profondeur jusqu'à la plaine abyssale, qui représente près de 40 % de la ZEE. Elle se trouve ponctuée de monts et de canyons sous-marins. Autour des îles Matthew et Hunter, des sites d’hydrothermalisme pourraient être présents en zone volcanique. La fosse des nouvelles-hébrides est relativement méconnue.
Biosphère
Paléo-écosystèmes alt=Plantes et traces d'insectes fossiles : cônes de Taxodiacées (a), feuilles (b, d), et traces d'insectes sur des feuilles (c, e, f, g). Barre d'échelle à 1 cm.|vignette|Plantes et traces d'insectes fossiles : cônes de Taxodiacées (a), feuilles (b, d), et traces d'insectes sur des feuilles (c, e, f, g). Barre d'échelle à 1 cm. Lors du Crétacé moyen, les deltas sont dominés par les conifères (Cupressaceae et Taxodiaceae), alors très présents en zone littorale. La proche physionomie folliaire des premières plantes à fleurs australiennes et calédoniennes suggère leur diffusion en Nouvelle-Calédonie entre le Crétacé inférieur et le Crétacé supérieur. Elles permettent également de déduire la présence d'insectes herbivores (Taeniopteris) par les dégâts qu'ils occasionnent sur les feuilles. Les végétaux sont mieux documentés que les autres taxons, principalement par des dépôts de pollen et de bois entre le Permien et l'Holocène.
Jusqu'à récemment, la biosphère terrestre calédonienne était considérée comme héritée du supercontinent Gondwana. Les recherches géologiques actuelles suggèrent toutefois la submersion complète de l'île principale entre le Crétacé supérieur et le Paléocène. Il est donc probable que certains ancêtres des écosystèmes actuels aient colonisé l'archipel à partir d'îles proches existant à l'époque, seulement quatre millions d'années après sa réémergence, lors de l'Oligocène (cela pourait par exemple être le cas des précurseurs d' Amborella). Le premier paléobiote terrestre connu consécutif à l'obduction de la Grande Terre date du Miocène (Népoui), et conserve une communauté végétale diversifiée (angiospermes, tels que Gymnostoma) associée à des populations d'arthropodes, qui se développent dans un climat plus humide qu'aujourd'hui. Les paléo-écosystèmes du Néogène recouvrent une diversité d'environnements, de la forêt tropicale humide au maquis. Dans le Grand Sud, l'accumulation d'eau à l'origine des formations fluvio-lacustres est datée du Miocène (12 Ma). Par sa composition, la végétation actuelle du territoire en particulier diffère amplement de celle du Gondwana.