Les élections législatives thaïlandaises de 2023 ont lieu le afin de renouveler les 500 membres de la Chambre des représentants.
Issu du Coup d'État de 2014, le gouvernement sortant du Premier ministre Prayut Chan-o-cha bénéficie d'une constitution taillée sur mesure. Malgré la baisse de popularité de ses alliés du Palang Pracharat et du Parti de la Nation thaïe unie, le système politique lui permet en effet de se maintenir avec un minimum de 126 sièges à la Chambre grâce au soutien des membres du Sénat, indirectement nommés par l'armée.
L'opposition est principalement menée par le Pheu Thai de Paethongtarn Shinawatra et Aller de l'avant, de Pita Limjaroenrat, qui succède au Parti du nouvel avenir à la suite de sa dissolution en 2020. Largement en tête des sondages, ces formations sont néanmoins soumises à la nécessité d'obtenir au moins 376 sièges pour espérer outrepasser le vote des sénateurs et provoquer une alternance.
Le scrutin se révèle une sévère défaite pour les militaires, l'opposition arrivant largement en tête. Aller de l'avant créé en particulier la surprise en arrivant largement en tête, surpassant le Pheu Thai qui progresse néanmoins et arrive deuxième avec une large avance sur le Parti de la Nation thaïe unie. Tous deux n'obtiennent cependant que près de trois cents sièges, plaçant ainsi le Parti de la fierté thaïe en position de faiseur de roi. Ce dernier annonce cependant son opposition à la candidature de Pita Limjaroenrat au poste de Premier ministre, forçant l'opposition réunie en une vaste coalition à dépendre du ralliement d'une soixantaine de sénateurs. L'échec de Pita Limjaroenrat à se faire élire premier ministre conduit le Pheu Thai à rompre son alliance pour soutenir la candidature de l'un de ses membres, Srettha Thavisin. Ayant obtenu le soutien d'une partie de l'opposition et des partis liés à la junte, dont le Parti de la fierté thaïe, Thavisin est élu Premier ministre le 22 août.
Le retournement d'alliance du Pheu Thai, qui permet à la junte de se maintenir au sein du gouvernement, coïncide avec le retour en Thailande de Thaksin Shinawatra. Ce dernier accepte ainsi de commencer à purger sa peine de prison, en échange d'une promesse de grace royale, qui intervient début septembre.
Contexte vignette|gauche|130px|Prayut Chan-o-cha Élections législatives de 2019 Les élections législatives de mars 2019 interviennent dans un contexte d'effervescence démocratique, le scrutin devant permettre le retour théorique du pouvoir aux civils après cinq années de junte militaire. Arrivée au pouvoir par un Coup d'État en 2014 à la faveur d'une profonde crise politique ayant précédé et suivi les élections législatives de 2014, la junte s'était autoproclamée Conseil national pour la paix et le maintien de l'ordre avant de porter le commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise et auteur du coup d'état, Prayut Chan-o-cha au poste de Premier ministre...
Les élections de 2019 conduisent à la reconduite controversée de Prayut Chan-o-cha. Malgré l'arrivée en tête des suffrages de son parti, le Palang Pracharat, celui-ci essuie une défaite avec sa mise en minorité face aux partis d'opposition. Le rôle dans la désignation du Premier ministre accordé à la chambre haute, nommée par la junte selon une constitution rédigée sur mesure, permet cependant au chef de la junte de se maintenir.. Selon une disposition transitoire de la nouvelle constitution adoptée par référendum dans un contexte d'interdiction de toute critique du projet, le Premier ministre est en effet choisi pendant les cinq premières années par un vote du total des membres de la chambre des représentants et du Sénat réunis.. La chambre comporte 500 représentants directement élus par la population tandis que le Sénat en comporte 250, nommés indirectement par l'armée. Cette disposition s'appliquant tout au long du mandat de cinq ans du Sénat, qui doit s'achever en 2024, les élections législatives de 2023 voient également le futur Premier ministre choisi selon cette méthode controversée, qui permet à la junte de se maintenir avec un minimum de seulement 126 représentants à la chambre basse, là où l'opposition doit obtenir 376 pour espérer provoquer une alternance..
Bien que la constitution interdise à un Premier ministre de rester en poste plus de huit ans, Prayut Chan-o-cha parvient à se maintenir par une décision de la Cour constitutionnelle. Après l'avoir suspendu le 24 août 2022 pour cette raison, cette dernière juge le 30 septembre suivant que son mandat a commencé en 2017 lors de la mise en place de la nouvelle constitution, lui permettant ainsi de repousser son départ théorique à 2025...
Évènements récents
vignette|Manifestation en juillet 2020 à Bangkok Malgré sa tentative de légitimation par les urnes, le gouvernement Prayut Chan-oh-cha reste particulièrement autoritaire et viole les droits et libertés fondamentales, selon une cinquantaine d'ONG thaïlandaises et internationales dont Human Rights Watch. Ces dernières jugent que les élections ne sont pas libres et équitables en raison du climat de répression et d'un système électoral partial, de plus en plus contesté, notamment par la jeunesse. Cette dernière exprime massivement son aspiration à des réformes démocratique lors d'importantes manifestations en 2020 et 2021. Celles-ci sont durement réprimées par le pouvoir, qui s'appuie sur un système policier et judiciaire aux ordres. Depuis juillet 2020, les autorités arrêtent ainsi plus de 1 800 activistes pro-démocratie, militants de l'opposition et individus critiques du gouvernement pour des crimes dits , dont 230 mineurs. Le gouvernement a notamment recours à la loi punissant de manière draconienne le lèse-majesté pour réprimer les appels à réformer le système politique, une tactique devenue habituelle dans le pays. La commission électorale interdit de fait toute référence à la monarchie dans les programmes des partis en lice, une pratique approuvée par la Cour constitutionnelle, qui juge en novembre 2021 que la critique de la monarchie est un acte de trahison.
L'ensemble des médias sont par ailleurs soumis à la censure, tandis que les partis d'opposition subissent la menace constante d'une dissolution en cas de critique trop vive du pouvoir militaire ou royal. Le Parti du nouvel avenir est ainsi dissous le par la Cour constitutionnelle de Thaïlande.
Le gouvernement sortant ne dispose en retour que d'un bilan économique mitigé. La croissance économique du pays en 2022 n'est ainsi que de 2,8 %, soit un taux très bas pour le pays, tandis que les projections du Conseil national thaïlandais de développement économique et social pour 2023 donnent un taux similaire. Les questions du coût de la vie et de l'endettement des ménages, en forte augmentation de 2019, figurent au centre des préoccupations de la population, provoquant une baisse de popularité du premier ministre et des partis de la coalition au pouvoir, qui glissent derrière l'opposition dans les sondages.
Mode de scrutin vignette|gauche|Le Sappaya-Sapasathan, siège de la Chambre des représentants à Bangkok vignette|redresse|Sièges par circonscription La Thaïlande est dotée d'un parlement bicaméral composé d'une chambre basse, la Chambre des représentants, et d'une chambre haute, le Sénat. Les de ce dernier sont intégralement nommés par un panel d'une dizaine de grands électeurs choisis par la junte militaire.. vignette|Bureau de vote à Bangkok La chambre des représentants est composée de pourvus tous les quatre ans selon un mode de scrutin mixte. Sur ce total, 400 sont ainsi pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions électorales, tandis que les restants le sont au scrutin proportionnel plurinominal de liste selon un système parallèle. Les électeurs remplissent ainsi deux bulletins séparés, le vote pour un candidat choisi au niveau d'une circonscription pouvant être différent de celui envers un parti pour les sièges à la proportionnelle au niveau national..
Il s'agit d'un retour à un système parallèle, abandonné pour la première fois au scrutin précédent. Les élections de 2019 avaient en effet eu lieu selon un système compensatoire avec attribués au scrutin majoritaire, puis 150 autres à la proportionnelle de manière à faire correspondre le plus possible la répartition totale des sièges à celle des suffrages au niveau national. Les partis ayant remporté une part des au scrutin majoritaire plus importante que leur part des suffrages au niveau national ne se voyaient ainsi pas attribués de sièges, répartis sur les partis dont le total de sièges était en sur leur part des voix..
Le retour à un système parallèle dans lequel la part proportionnelle est attribuée indépendamment de celle majoritaire sans logique compensatoire est vivement critiqué par l'opposition, en particulier par les partis mineurs. La réforme entreprise en 2021 via un amendement constitutionnel a ainsi été menée par les principaux partis, dont le Palang Pracharat et le Pheu Thai..
La loi électorale impose par ailleurs aux partis en lice d'annoncer à l'avance jusqu'à trois candidats au poste de Premier ministre. Ceux-ci n'appartiennent pas nécessairement aux partis les désignant.
Forces en présence vignette|gauche|130px|Prawit Wongsuwan Le gouvernement du Premier ministre Prayut Chan-o-cha dispose du soutien de plusieurs partis pro-junte dont principalement le Palang Pracharat (PP), le Parti de la fierté thaïe (BJT), le Parti démocrate (PP). L'ensemble de ces partis et de ceux plus mineurs subissent depuis plusieurs années un fort déclin de popularité. Aucun d'entre eux ne dépasse ainsi les 5% d'intentions de votes dans la plupart des sondages effectués en avril 2023.
Fin 2022, le Palang Pracharat est le théâtre d'une scission entre les partisans de Prayut Chan-o-cha et ceux de son premier vice-Premier ministre Prawit Wongsuwan, partisan d'un rapprochement avec le principal parti d'opposition, le Pheu Thai. Militaires de longue date, les deux hommes sont liés politiquement depuis plusieurs décennies et assurent maintenir des liens forts malgré leurs différences. Chan-o-cha rejoint fin décembre 2022 le Parti de la Nation thaïe unie, tandis que le Pheu Thai caracole en tête des sondages d'opinion.... Malgré les faiblesses des soutiens de Prayut Chan-o-cha, ce dernier pourrait malgré tout se maintenir avec un minimum de 126 sièges à la Chambre des représentants en raison du système politique qui implique le Sénat dans le vote de la motion de confiance au Premier ministre.
L'opposition est quant à elle composée de plusieurs partis favorables au rétablissement d'une démocratie pleine et entière, dont principalement le parti Pheu Thai (PTP). Mené par Paethongtarn Shinawatra, il s'agit du troisième parti politique fondé par la famille Shinawatra dont fait notamment partie Thaksin Shinawatra, Premier ministre de 2001 à 2006 avant son renversement par un coup d’État. Leurs formations politiques ont été en tête de toutes les élections législatives depuis 2001. Au Pheu Thai s'ajoutent Aller de l'avant, héritier du Parti du nouvel avenir dissous en 2020, désormais mené par Pita Limjaroenrat, ainsi que plusieurs petits partis d'opposition, tels que le Parti libéral thaïlandais et Thai Sang Thai. Principaux partis d'opposition, le Pheu Thai et Aller de l'avant figurent largement en tête des sondages, portés par la popularité de leurs dirigeants respectifs. Le premier est ainsi crédité en avril 2023 de 34 à 47 % des intentions de vote, et Aller de l'avant de 16 à 50 %. Bien que l'obtention d'une majorité à la chambre des représentants par l'opposition soit largement attendue, ceux-ci sont néanmoins soumis à la nécessité d'obtenir 376 représentants sur 500 pour surmonter le vote des sénateurs et pouvoir désigner un Premier ministre qui leur soit favorable.