vignette|Mars 2009 : rencontre trilatérale Vladimir Voronine (Moldavie, à gauche), Dmitri Medvedev (Russie, au centre) et Igor Smirnov (Transnistrie, à droite). vignette|alt=Carte de Moldavie, Transnistrie et de la région environnante.|Roumanie, Moldavie, Transnistrie et Ukraine.

Les relations entre la Moldavie et la Russie sont les liens politiques et économiques entre la république de Moldavie et la fédération de Russie. Les deux États entretiennent des ambassades et consulats chacun dans la capitale et les principales villes de l'autre. Des visites de chefs d'État (plus souvent des moldaves à Moscou ou ailleurs, que des russes à Chișinău) ont eu lieu jusqu'en 2022 lorsque la Russie a envahi l'Ukraine. La Moldavie et la Russie ont des de jure, mais trilatérales de facto, et ce dès l'indépendance de la Moldavie en . Le troisième partenaire est en effet un État séparatiste non reconnu par le gouvernement de la Moldavie et le droit international mais soutenu par la Russie : la Transnistrie, officiellement auto-désignée comme République moldave pridnistrienne, et dont le statut occupe l'essentiel des enjeux des relations entre la Moldavie et la Russie. Selon le droit moldave et international, son territoire devrait constituer une région autonome de la Moldavie, comme la Gagaouzie. La position russe est beaucoup plus ambigüe et varie au gré de ses intérêts et des aléas de la politique internationale.

Histoire 1924-1991 vignette|alt=Carte historique de la région.|Modifications de la frontière transnistrienne : le bleu est le territoire roumain jusqu'en 1940 ; l'orange est la Transnistrie actuelle ; le jaune est la la Transnistrie pendant la Seconde Guerre mondiale ; la ligne rouge est la Moldavie après la guerre froide (), et la ligne orange est la République socialiste soviétique autonome moldave. La création en 1924 de la République socialiste soviétique autonome moldave au sein de la république socialiste soviétique d'Ukraine constitue, pour la Transnistrie actuelle, la première étape de son existence en tant qu' autonome. L'URSS ayant occupé la Moldavie roumaine en 1940 conformément aux protocoles secrets du pacte germano-soviétique, une nouvelle République socialiste soviétique moldave (RSSM) a été créée sur une partie du territoire roumain annexé et sur la Transnistrie. La nouvelle RSSM était divisée en égaux en statuts, sans autonomies locales. En 1941, les forces de l'Axe attaquent l'URSS et établissent en Transnistrie une zone d'occupation roumaine, le gouvernorat de Transnistrie ; la situation de 1940 est rétablie en 1944, à ceci près que la Transnistrie d'avant-guerre est supprimée et partagée entre la Moldavie et l'Ukraine soviétiques..

En 1990, la partie moldave de la Transnistrie, soit cinq arrondissements et deux villes, proclame son indépendance vis-à-vis de la Moldavie pour rester au sein de l'URSS en tant que République socialiste soviétique moldave pridnestrovienne (RMP). La partie ukrainienne ne se manifeste pas. Le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev signe un décret annulant les décisions prises unilatéralement par les députés transnistriens (comme par bien d'autres pendant la dislocation de l'URSS) et c'est pour ne pas abroger ce décret qu'en 2024, la Russie continue à ne pas reconnaître la Transnistrie, alors qu'elle reconnaît deux autres États sécessionnistes autoproclamés à la même époque : l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud..

Pendant la dislocation de l'URSS en 1991, l'action politique et militaire de la Russie dans la République socialiste soviétique moldave comme ailleurs, face à la Géorgie soviétique par exemple, a consisté à susciter de nouvelles entités sécessionnistes, désireuses de rester soviétiques, pour enrayer le processus et affaiblir le mouvement indépendantiste des quinze républiques fédérées soviétiques. C'est ainsi que la Transnistrie a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Moldavie, indépendance assurée par la Russie grâce à la guerre du Dniestr de 1992. Depuis l'accord de cessez-le-feu signé à la fin de la guerre, une supervise la zone démilitarisée qui entoure les territoires contrôlés par les forces armées transnistriennes et russes. Les négociations, bien que soutenues par la Russie, l'Ukraine, les États-Unis, l'Union européenne et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, n'ont jamais abouti, le conflit étant gelé et donc, aux yeux de l'ONU, toujours en cours.

1991-présent Guerre du Dniestr Pendant la dislocation de l'URSS en 1991, les Moldaves de langue roumaine (environ 70% des habitants) expriment leur volonté d'être soit indépendants, soit intégrés à la Roumanie dont ils partagent l'histoire et la culture. Alors que le souvenir de la période fasciste de la domination roumaine (1941-1944), entretenu par l'historiographie soviétique, est toujours vif parmi les soviétiques les plus âgés, la crainte d'être persécutées se répand parmi les populations non-roumaines qui forment une organisation d'auto-défense appelée « Interfront ». Celle-ci fait appel à la Russie pour défendre ses intérêts..

Ignorant les références des indépendantistes moldaves aux droits de l'homme, aux accords d'Helsinki et aux démocrates russes comme Andreï Sakharov, les médias russes ne cessent d'assimiler les aspirations moldaves et roumaines au fascisme et à l'impérialisme occidental, de sorte que les tensions culminent par la guerre du Dniestr entre mars et .. Les forces russes de la de la Garde russe fournissant des armes aux nouvelles forces armées transnistriennes. En , le commandant de la G. I. Yakovlev est également devenu le chef de l'armée transnistrienne. Le cessez-le-feu en juillet de cette année a créé une zone de sécurité composée de cinq bataillons russes, trois bataillons moldaves et deux bataillons transnistriens. Pendant la guerre, certains villages ukrainophones du centre de la Transnistrie refusent l'autorité des autorités séparatistes, pour se placer sous la protection des autorités moldaves. Ces villages de la rive orientale du Dniestr (Cocieri, et ) restent donc sous contrôle moldave, mais en revanche les forces russes et transnistriennes prennent le contrôle de plusieurs zones de la rive ouest du Dniestr (dont la ville de Bender-Tighina, nœud ferroviaire stratégique).

Forces russes en Transnistrie

Des forces de maintien de la paix de chaque côté, dont un contingent russe, patrouillent dans la zone de sécurité. Une commission de contrôle mixte (composée de forces moldaves, transnistriennes et russes) supervise la zone de sécurité, et l'OSCE est un observateur. La Moldavie s'oppose aux forces russes en Transnistrie, affirmant que cela viole leur souveraineté. La neutralité de la Moldavie est codifiée dans sa constitution : « La république de Moldavie déclare sa neutralité permanente et n'admet pas le stationnement d'unités militaires étrangères sur son territoire. » En 1994, la Russie et la Moldavie ont signé un accord selon lequel la Russie retirerait ses troupes trois ans après la ratification ; cependant, la Douma d'État russe ne l'a pas ratifié. Lors du à Istanbul, la Russie s'est engagée à retirer ses troupes de Transnistrie d'ici la fin de 2002. Encore une fois, la Douma d'État russe n'a pas ratifié les accords d'Istanbul. Dans une résolution de l'OTAN du , la Russie a été instamment priée de « respecter ses engagements pris lors du sommet de l'OSCE à Istanbul en 1999 et de retirer sa présence militaire illégale de la région transnistrienne de Moldavie dans un avenir proche. » Vadim Pisari, un civil moldave, a traversé un poste de contrôle de la zone de sécurité en 2012 et a été . L'incident a exacerbé les tensions entre la Russie et la Moldavie et a conduit à de nouveaux débats sur la présence continue du contingent russe. Les Moldaves ont manifesté, notamment devant l'ambassade de Russie à Chișinău (capitale moldave), appelant, vainement, au retrait des troupes russes de la région.

Statut, déclarations et négociations L'État de Transnistrie a été autoproclamé par des élites économiques locales ayant des relations privilégiées avec le centre politique soviétique puis russe. Depuis la présidence d'Igor Smirnov (1991-2011), le maintien de relations privilégiées avec la Russie est une constante de la politique étrangère transnistrienne.. Bien que la Russie ne reconnaisse pas la Transnistrie en tant qu'État indépendant, elle entretient à Tiraspol, capitale de facto de la Transnistrie, un consulat qui peut délivrer des passeports russes aux habitants de la Transnistrie (comme à ceux d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud), afin qu'ils puissent voyager à l'étranger.

Il existe toutefois une déclaration d'intentions de 1997, également connue comme , signée par le président moldave Petru Lucinschi et le président transnistrien Igor Smirnov dans le but d'établir des relations juridiques et étatiques entre la Moldavie et la Transnistrie. Les deux parties ont alors réaffirmé l'accord de cessez-le-feu et leur soutien aux tentatives de médiation impliquant la Russie, l'Ukraine et l'OSCE.

Une nouvelle déclaration d'intentions de 2003 connue comme , a été signée par le président moldave Vladimir Voronine et par Igor Smirnov de Transnistrie avant d'être médiatisée par Dmitri Kozak, politicien russe allié de Vladimir Poutine. L'un des fondements de la proposition était la création d'une fédération asymétrique de deux États, la Moldavie constituant la majorité et la Transnistrie la minorité. La proposition aurait permis à la Transnistrie d'opposer son veto à toute modification future de la constitution de la nouvelle fédération et d'autoriser un contingent russe en Transnistrie. Mais, bien que le président Voronine soit un communiste pro-russe, il ne put accepter le grand nombre de sièges attribués à la Transnistrie dans le futur sénat, formant une minorité de blocage, ni la présence continue des forces russes, qui auraient de facto privé la Moldavie de sa souveraineté.

En 2005, les États-Unis et l'UE ont rejoint les négociations moldo-russes en tant qu'observateurs. Comprenant également la Transnistrie, l'Ukraine et l'OSCE, les négociations sont connues sous le nom de (ou ). Des négociations informelles ont eu lieu entre 2006 et 2011, en raison refus transnistrien de laisser surveiller ses frontière par des forces moldaves et ukrainiennes.. En réaction, la Russie a fait pression pour un changement à la tête de l'État transnistrien lors de l'..

En 2005, la Moldavie adopte une loi sur les « dispositions fondamentales du statut juridique spécial des arrondissements de la rive gauche du Dniestr (Transnistrie) » qui revient à reconnaître les unités territoriales autonomes de la rive gauche du Dniestr comme formant une région autonome de la Moldavie. La loi est jugée insuffisante par la Transnistrie, car elle n'évoque pas l'éventualité d'une sécession. Le , un référendum a lieu en Transnistrie, demandant aux électeurs de choisir entre d'une part l'intégration à la Moldavie en tant que région autonome légale et donc une reconnaissance internationale, et d'autre part une indépendance sous couvert russe potentiellement suivie par l'intégration à la Russie. Le résultat du référendum, sans surprise, a été conforme aux attentes des autorités de Tiraspol : favorable à l'indépendance 98,07 % et à l'intégration de la Russie à 96,61 %. L'OSCE, l'UE et de nombreux autres États, dont la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie, n'ont pas reconnu ces résultats. Pour la communauté internationale (y compris la Russie jusqu'au ) la loi moldave sur les dispositions fondamentales est toujours en vigueur et les accords de paix devraient s'y encadrer.