vignette|Carte israélienne de la zone occupée au Sud-Liban en 1988.vignette|Chars israéliens partant en patrouille dans la zone libanaise occupée, le .L'occupation israélienne du Sud-Liban a duré 22 ans, entre 1978 et 2000. Son but est autant de lutter contre la présence des combattants palestiniens de l'OLP que de contrôler les réserves en eau de la région.

En 1978, Israël envahit le Liban une première fois, jusqu'au fleuve Litani, et occupe alors une zone dans le sud du Liban. En 1982, Israël envahit le Liban une deuxième fois et élargit alors sa zone d'occupation. Après être arrivée jusqu'à la capitale Beyrouth, l'armée israélienne s'est ensuite retirée d'une partie du territoire occupé entre 1983 et 1985, mais a conservé le contrôle des zones le long de la frontière israélo-libanaise, en coordination avec l'État séparatiste du Liban libre, qui s'est effondré en 1984.

À partir de 1985, Israël a soutenu l'Armée du Sud-Liban (ALS), milice composée de supplétifs de l’État hébreu, contre le Hezbollah et d'autres militants musulmans, ainsi que des combattants communistes, dans la majeure partie du Sud-Liban. La bande de territoire occupée était large de dix kilomètres à l'exception d'un saillant qui atteignait au nord Jezzine et le fleuve Litani et mettait Tyr et Sidon ainsi que la vallée de la Bekaa à portée d'artillerie.

À la suite des actions menées par le Hezbollah, Israël se retire du Sud du Liban en 2000.

À partir de 2024, Israël occupe à nouveau une partie du Sud-Liban, pillant puis rasant des dizaines de villages.

Histoire

Contexte

Projet sioniste et réserves hydrauliques vignette|Tracé du fleuve Litani (en violet). La région libanaise située au sud du fleuve Litani fait partie des revendications territoriales des dirigeants sionistes pour leur projet d’État en Palestine, notamment en raison de ses réserves hydrauliques nécessaires au développement du futur État juif. En 1916, pendant les négociations qui aboutiront aux accords Sykes-Picot entre la France et le Royaume-Uni sur le partage des possessions ottomanes au Proche-Orient, les représentants du mouvement national juif, dont Chaim Weizmann et David Ben Gourion, réclament l’extension de la frontière nord de la Palestine jusqu’aux régions bordant la partie sud du Litani — soit près de cinquante kilomètres au-delà de la limite septentrionale de l’actuel État d’Israël. Ces prétentions territoriales sont précisés trois ans plus tard lors de la conférence de paix organisée à Paris.

Quand le , la France crée l’État du Grand-Liban avec les frontières actuellement reconnues, les sionistes poussent les Britanniques, qui contrôlent la Palestine, à réclamer à nouveau de changer le tracé de la frontière. Cette demande est plusieurs fois refusée par la France jusqu'à ce que l’accord Paulet-Newcombe ne soit ratifié le , mettant fin à trois années d’efforts soutenus des sionistes pour obtenir en vain le contrôle du Litani et du Hasbani.

Le contrôle du Litani redevient une priorité sioniste avec le lancement par l'Agence juive, entre 1938 et 1939, de deux projets de planification des eaux. Le premier, réalisé en secret afin de ne pas se heurter immédiatement au veto des Français et des Anglais, est confié à des membres de la Haganah, principale milice sioniste pré-étatique. Il est déposé à Tel-Aviv en , mais ne connait aucune suite. Le second est réalisé à New York par la Commission on Palestine Surveys (C.P.S), financée par des sources américaines. Il concerne l’ensemble des ressources hydrauliques du bassin du Jourdain et inclut le Litani. Ce dernier fleuve est finalement retiré du projet en 1945.

Un troisième projet de planification hydraulique globale est réalisé à la même période par Simcha Blass, un ingénieur du Yishouv. En 1944, il publie son plan, Trésors d’eau en Terre d’Israël, incluant la diversion du fleuve Litani. Toutefois, si le comité mis en place par l'Agence juive pour évaluer le projet approuve le principe du transfert de l’eau du nord vers le sud, il considère que l’exécution du plan requiert l’extension des frontières de la Palestine vers le nord, le nord-est et l’est pour inclure des sources d’eau et des territoires faisant partie du Liban, de la Syrie et de la Jordanie.

Après 1948 et la création de l'État d’Israël, l'intérêt pour le Litani reste important pour les dirigeants israéliens, notamment Ben Gourion et Dayan. Un rapport de la CIA daté de 1957 décrit « l’institutionnalisation » d’un double langage israélien en ce qui concerne le Litani : « Les rapports disponibles publiés par le ministère de l’Agriculture incluent systématiquement les eaux du Litani et du Yarmouk dans les discussions sur le "développement ultime d’Israël", mais elles ont été ostensiblement exclues du rapport final, probablement pour des raisons politiques ».

Occupations précédentes Lors de la guerre de 1948-1949, les troupes israéliennes occupent la région pendant plusieurs mois.

Conflit israélo-palestinien et guerre civile libanaise

L'occupation israélienne du Sud-Liban est à replacer dans le double contexte du conflit israélo-palestinien et de la guerre civile libanaise.

Depuis la guerre israélo-arabe de 1948, de nombreux Palestiniens expulsés ou exilés trouvent refuge dans des camps de réfugiés, notamment au Liban. Puis, à la suite de la guerre de Six Jours en 1967 et l'occupation de la bande de Gaza et la Cisjordanie par Israël, de nouveaux Palestiniens viennent augmenter la population des camps. Les combattants palestiniens, en particulier ceux de l'Organisation de libération de la Palestine, s'installent dans les camps de réfugiés situés dans les pays voisins, et notamment du Liban. Dans le sud du pays, ils profitent de la faiblesse de l'État libanais pour franchir clandestinement la frontière et mènent leurs opérations commandos en territoires israéliens.

vignette|Le camp de réfugiés palestiniens de Nabatieh, avant et après sa destruction complète par les bombardements israéliens du ..

Avant même le début de la guerre civile libanaise qui commencera en 1975, l’armée israélienne réplique violemment par des raids aériens ou des bombardements au Sud-Liban, voire même jusqu’à Beyrouth. Le but est de pousser le gouvernement libanais à agir contre l’OLP, et dresser la population libanaise contre les fedayins palestiniens.

Quand éclate la guerre civile, l’État s’effondre et l’armée se divise. Saad Haddad, un des majors chrétiens fait sécession. Grâce au soutien logistique d’Israël, il gère avec sa milice trois enclaves de villages chrétiens à la frontière sud, et entre en conflit contre les villages libanais voisins où sont retranchés les militants palestiniens. Pour l'État hébreu, cette politique de la « bonne frontière » consiste à s'attirer les faveurs de certaines minorités du Sud-Liban afin de contrôler la frontière.

Invasion israélienne du Liban de 1978

À la suite du massacre de la route côtière par des militants palestiniens à Tel-Aviv, Israël envahit le Liban en sur une profondeur d'environ . Après une semaine de combats, l'OLP se retire du Sud-Liban. À la fin de l'opération en , Israël transmet ses positions à sa milice supplétive, l'Armée chrétienne du Liban sud (ALS), qui voit sa zone d'influence largement étendue. La « ceinture de sécurité » ainsi instaurée sur une profondeur de 10 km vise à bloquer les infiltrations de fedayins palestiniens sur le sol israélien.

Dans ce territoire, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) est déployée le long de la frontière israélo-libanaise afin de confirmer le départ des troupes d'occupation israéliennes du Liban conformément à la résolution 425 de l'ONU. Toutefois, cette mission est visée par des attaques récurrentes de l’Armée du Liban sud (ALS), en concertation avec l’armée israélienne, avec pour objectif de forcer son départ. La Finul reste malgré tout et sa présence permet, dans les villages où elle est déployée, d’assurer une relative sécurité aux habitants. Elle est aussi parfois attaquée par le Hezbollah, qui considère certains contingents européens comme pro-israéliens.

En , Saad Haddad, le fondateur de l'ALS, proclame la création de l'État du Liban libre avec le soutien israélien. Le délégué américain au Conseil de sécurité de l’ONU accuse alors Israël de procéder à l'annexion rampante d’un territoire de au Sud-Liban, un projet qui date de la fondation de l’État hébreu et a pour base de permettre d’accroître les ressources en eau d’Israël.

Invasion israélienne du Liban de 1982

Par l’intermédiaire des services secrets du Mossad, Israël noue une alliance stratégique avec Bachir Gemayel, chef de la milice des Forces libanaises, rassemblant toute la droite chrétienne. À l'été 1982, afin de l'aider à accéder au pouvoir et combattre l'OLP, leur ennemi commun, Israël mobilise pour envahir le Liban. Les combattants de l'OLP sont repoussés jusqu'à Beyrouth où, après un siège militaire particulièrement sanglant, ces derniers doivent quitter la capitale sous protection internationale. Dans la foulée, le , Bachir Gemayel est élu président de la République libanaise avec le soutien d'Israël, mais est assassiné trois semaines plus tard par un militant chrétien du Parti social nationaliste syrien (parti libanais pro-syrien). Deux jours plus tard, le ministre israélien de la Défense, Ariel Sharon, envoie les miliciens des Forces libanaises nettoyer Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés palestiniens situés en zone occupée, d'éventuels fedayins. Sur place, ils commettent un massacre de vengeance, tuant entre 800 et ., essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards.

Le Sud-Liban devient une zone administrée par Israël où circulent sa monnaie et ses produits agricoles. Toutefois, après des échecs successifs rencontrés au Liban (assassinat de Bachir Gemayel, massacre de Sabra et Chatila, échec du projet de paix séparée avec le Liban, pertes militaires élevées en raison de la résistance libanaise, désinvestissement américain), l'armée israélienne se retire progressivement d'une partie des territoires qu'elle occupe. À partir de 1985, elle se recentre alors sur une « zone de sécurité » de dans le Sud-Liban, même si celle-ci a perdu la majeure partie de sa raison d’être, les fedayins palestiniens étant partis.

Dans ce secteur, elle maintient des troupes qui, aux côtés des supplétifs de l'Armée du Liban Sud, combattent une guérilla menée d’abord par les communistes et par les miliciens du mouvement chiite Amal, puis par le Hezbollah. C'est le début du conflit au Sud-Liban de 1985 à 2000.

Conflit du Sud-Liban (1985-2000)

gauche|vignette|Chars israéliens au Sud-Liban le . En 1985, lorsque l'armée israélienne se redéploie au Liban-Sud, elle confie le commandement d'une partie de la zone aux forces supplétives de l'Armée du Liban Sud, commandée par Antoine Lahad, qui demande et obtient de tenir la zone de Jezzine au nord de la bande. Au fil des années, les attaques des groupes militants libanais, dirigés par le Hezbollah chiite, se multiplient côté israélien de la zone occupée.

Le , le chef du Hezbollah au Sud-Liban, le cheikh Abdel Karim Obeid, et deux de ses assistants, sont enlevés à son domicile de Jebchit par des commandos de Tsahal. Le raid nocturne est planifié par le ministre de la Défense de l'époque, Yitzhak Rabin. Le Hezbollah répond en annonçant l'exécution du , un officier supérieur américain travaillant avec la FINUL, enlevé en .

Le , le chef du Hezbollah de l'époque, Abbas Moussaoui, est assassiné par des missiles d'hélicoptère israélien. Tsahal suppose que les dirigeants du Hezbollah réduiront leurs activités par crainte pour leur vie et celle de leurs familles. Le Cheikh Nasrallah dirige désormais le mouvement chiite. gauche|vignette|Entrée de troupes israéliennes dans la zone occupée au début de la guerre des Sept-Jours en juillet 1993.