Le cimetière militaire allemand de Mont-de-Marsan (en allemand : Deutscher Soldatenfriedhof Mont-de-Marsan) est une nécropole militaire de la Première Guerre mondiale. Il se situe sur la commune de Mont-de-Marsan, chef-lieu du département français des Landes.
Présentation Le cimetière militaire allemand de Mont-de-Marsan, situé dans le quartier de Nonères au sud de l'hippodrome des Grands Pins, est un témoin de la Grande guerre, bien que les combats aient eu lieu à un millier de kilomètres de là. 258 soldats allemands, tous morts en captivité, y sont inhumés. Son entretien paysager et le nettoyage des tombes sont assurés chaque été par l'association allemande Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (ou Service pour l'entretien des sépultures militaires allemandes (SESMA)).
Historique Lorsque la France entre en guerre le , l'ordre de mobilisation générale est affiché sur la façade de l'hôtel de ville de l'époque. Mont-de-Marsan est alors une ville de garnison, comptant depuis 1901 un Cercle des officiers et depuis 1913, un foyer du soldat. Les trois régiments d'infanterie locaux (34e régiment d'infanterie, 234e régiment d'infanterie et 141e régiment d'infanterie territoriale, soit plus de 9000 hommes) quittent tour à tour la caserne Bosquet pour rejoindre le front au départ de la gare de Mont-de-Marsan. Pendant toute la durée du conflit, des Poilus reviennent régulièrement à Mont-de-Marsan, qu'ils soient permissionnaires ou blessés de guerre. Ces derniers sont soignés à l'hôpital Lesbazeilles ou, par manque de place, dans des établissements scolaires, telle l'école des arènes, reconvertie en hôpital auxiliaire de la Croix-RougeItinéraires de mémoire des deux guerres mondiales à Mont-de-Marsan, Saint-Pierre-du-Mont et alentours, réalisé par l'ONACVG, AAL-ALDRES, Conseil départemental des Landes, Ville de Mont-de-Marsan, 2017, consulté le 8 février 2024.
Dès , soit quelques semaines après le début de la Première Guerre mondiale, l'armée française a déjà fait des dizaines de milliers de soldats allemands prisonniers. Blessés pour la plupart, ils sont éloignés des lignes du front pour éviter qu'ils ne soient repris par leur camp et que les hommes valides soient renvoyés au combat. Ces prisonniers parcourent à pied puis en train le chemin qui les mène dans différentes garnisons du sud-ouest de la France. C'est ainsi qu'après plusieurs jours de trajet en wagons à bestiaux, 900 prisonniers de guerre allemands arrivent en gare de Mont-de-Marsan. Ils appartiennent à divers corps et à toutes les armes. Figurent dans leurs rangs des mousquetaires, des uhlansCavaliers, mercenaires des armées de Pologne, de Prusse, d'Autriche et d'Allemagne, des cuirassiers, des réservistes, des fusiliers, des grenadiers et des soldats de la garde impériale. Ils sont pour la plupart blessés, parfois lourdementPanneaux de présentation du cimetière militaire allemand de Mont-de-Marsan, réalisés en septembre 2007 par la Base aérienne 118 avec le soutien de l'ONAC-VG des Landes, du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, de l'Observatoire des relations franco-allemandes pour la construction européenne et du Centre d'expertise aérienne militaire, consultés sur site le 18 décembre 2022.
Sort des prisonniers valides La municipalité, qui n'est pas du tout préparée à les accueillir, organise dans l'urgence leur répartition : concernant la captivité des prisonniers valides ou légèrement blessés, elle réquisitionne les arènes du Plumaçon, à proximité de la gare, et les transforme en prison à ciel ouvert. Les conditions de détention, sans être inhumaines, restent difficiles. Les soldats logent dans les gradins soumis aux aléas météorologiques et la nourriture insuffisante n'est pas compensée par l'envoi de colis par les familles. À cela s'ajoutent les souffrances morales causées par la guerre et l'ennui. Le , on dénombre vingt officiers allemands parmi les prisonniers, dont le lieutenant Von Doming, fils du général qui a dirigé le bombardement de la bataille de Liège. Ayant refusé de donner leur parole d'honneur de ne pas s'évader, ils sont dirigés ce même jour en train vers Rochefort pour être ensuite transférés et incarcérés en lieu sûr, dans le dépôt de l'île de Saint-Martin-de-RéLe fils du général von Doming prisonnier, La Dépêche de Brest, 29 septembre 1914. De nouveaux convois de prisonniers arrivent à Mont-de-Marsan. Le , alors que la population carcérale allemande dépasse le millier de prisonniers, 170 d'entre eux sont extraits des arènes et envoyés par train jusqu'à la gare de Bordeaux-Saint-Jean. Le lendemain, ils embarquent au port de Bordeaux avec 324 autres prisonniers détenus dans d'autres villes du sud-ouest à bord du navire à vapeur Montréal à destination de Casablanca, alors ville du protectorat français du MarocPendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, près de 5500 soldats allemands fait prisonniers sont ainsi envoyés au Maroc où ils sont employés à des travaux d'utilité publique. A la fin du mois de , les arènes sont pratiquement vides. Une grande partie des prisonniers a été transférée vers la citadelle de Blaye et celle de Saint-Martin-de-Ré. Quelques semaines plus tard, certains de ces soldats bénéficient des accords entre belligérants pour l'échange de prisonniers et rejoignent des camps de transit en Suisse. Par la suite, les prisonniers qui arrivent à Mont-de-Marsan en bonne santé sont affectés par la préfecture des Landes à des travaux agricoles dans des exploitations des alentours pour pallier le manque de main-d'œuvre, les hommes en âge de travailler étant mobilisés sur le front de l'Est.
Sort des prisonniers blessés Concernant les prisonniers plus gravement blessés au combat, la municipalité les envoie dès l'arrivée du premier convoi au lycée Victor-Duruy, transformé pour l'occasion en hôpital de fortune. Les lycéens délogés doivent quant à eux suivre les cours dans d'autres lieux mis à leur disposition, notamment l'hôtel PlantéLe siège de l'actuel conseil départemental des Landes , où le maître des lieux, le pianiste Francis Planté, donne également des concerts au profit des soldats français ou de la Croix-Rouge française. Les capacités d'accueil du lycée se révèlent vite insuffisantes : tous les lits sont occupés et l'unique chirurgien, assisté d'une seule infirmière, ne peut pas s'occuper d'un si grand nombre de blessés. L'école normale de Mont-de-Marsan est à son tour réquisitionnée et devient une annexe de l'hôpital, réservée aux officiers allemands. Un appel au volontariat est lancé pour susciter dans la population des vocations d'aides-soignants afin de renforcer les équipes du personnel dans ces nouvelles structures.
Un deuxième convoi d'une centaine de prisonniers arrive quelques jours après à Mont-de-Marsan. Une fois de plus se pose le problème de l'insuffisance des capacités d'accueil. Cette fois-ci, c'est l'ancien couvent des CapucinsSitué rue de la Croix-Blanche. Les Capucins, qui avaient été expulsés des lieux en 1880, réintègrent le couvent en 1920 qui est utilisé comme hôpital annexe. Mais ce nouveau convoi présente l'avantage de comporter des officiers médecins et des sous-officiers infirmiers, qui se consacrent aux opérations. Malgré les soins prodigués, les décès s'enchaînent dès les premiers jours : une semaine après l'arrivée du premier convoi, on dénombre 22 morts, puis 23 autres les quinze jours suivants. Le , 60 militaires allemands sont déjà décédés des suites de leurs blessures de guerre.
Il faut enterrer ces morts mais la population refuse que ces ennemis de la France soient inhumés dans le cimetière du Centre de Mont-de-Marsan, parmi leurs proches et les personnalités locales. C'est ainsi que les autorités militaires et municipales prennent la décision de créer dès un carré militaire dédié, dans un lieu discret, à l'écart au nord du centre-ville, proche de l'hippodrome. Les tombes sont creusées par les prisonniers valides eux-mêmes sous la surveillance du service d'ordre de la ville pour y enterrer leurs compagnons d'armes décédés.
Au début de l'année 1915, la plupart des prisonniers valides ont quitté Mont-de-Marsan et une soixantaine de soldats blessés restent hospitalisés au lycée Duruy. Les 15 et , la majeure partie des soldats restants est transférée sur l'île d'Oléron, il ne reste plus que cinq détenus au lycée. Leurs conditions de détention sont largement assouplies et ils travaillent comme aides-soignants pour s'occuper d'une centaine de soldats français blessés qui viennent d'arriver du front. A la fin du conflit, le cimetière militaire allemand totalise 78 tombes.
Côté français, le monument aux morts de Mont-de-Marsan est inauguré le , jour anniversaire de l'armisticeVoir la liste des monuments aux morts dans les Landes.
Après la Première Guerre mondiale Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée à partir du . Les forces d'occupation allemandes érigent le mur d'enceinte autour du cimetière et le bâtiment d'entrée. Sont enterrés sur site les aviateurs de la Luftwaffe morts au combat ainsi que les six victimes allemandes (3 militaires, 2 civils et 1 inconnu) du bombardement de la base aérienne du . La libération de Mont-de-Marsan se produit le , avec la bataille du pont de BatsItinéraires de mémoire des deux guerres mondiales à Mont-de-Marsan, Saint-Pierre-du-Mont et alentours, réalisé par l'ONACVG, AAL-ALDRES, Conseil départemental des Landes, Ville de Mont-de-Marsan, 2017, consulté le 8 février 2024.
En 1951, le cimetière compte ainsi 351 tombes. À l'automne 1962, les morts du conflit de 1939-45 sont exhumés par le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge et transférés dans le cimetière militaire allemand de Berneuil. En 1978, le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge transfère à Mont-de-Marsan 179 dépouilles de soldats allemands en provenance de Toulouse et une en provenance de Saint-Macaire-en-Mauges. Le cimetière atteint à ce moment sa taille actuelle.
En 1981, 257 croix chrétiennes en granit et une stèle israélite sont implantées. Le bâtiment d'entrée est restauré et le site aménagé en 1982.
Personnes inhumées La liste des 258 militaires inhumés dans le cimetière est la suivante :
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Liste des cimetières militaires allemands en France Lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale Arrière en France pendant la Première Guerre mondiale Histoire des Landes
Liens externes
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