Pierre Mauriac, né le et mort le à Bordeaux, frère de l'écrivain François Mauriac, est un médecin français, professeur à la Faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux, dont il est le doyen de 1934 à 1944. Membre de l'Action Française et pétainiste, il soutient activement le régime de Vichy pendant l'occupation allemande. Il est nommé président du conseil départemental de l'ordre des médecins de la Gironde par le gouvernement de Vichy en 1940. À la Libération, son procès pour collaboration se conclut par un non-lieu. Il est suspendu de ses fonctions de doyen en 1944, puis révoqué avec pension en 1946 pour propagande pétainiste et pour sa responsabilité dans l'exécution du Charles Nancel-Pénard. Cette sanction est annulée en 1949 par le Conseil d'Etat.
Biographie
Origines familiales et vie privée Léonard-Pierre Mauriac, dit Pierre Mauriac est né le 21 novembre 1882 à Bordeaux. Il est le fils de Jean-Paul Mauriac (1850-1887), propriétaire, et de Claire Coiffard (1856-1929) . Il est le 4° d’une fratrie de cinq enfants, le benjamin est l’écrivain François Mauriac (1885-1970), dont il est le frère le plus proche. La famille réside 86 rue du Pas-Saint-Georges à Bordeaux.
Du côté paternel, il est issu d’une famille de propriétaires terriens possédant plusieurs domaines (Malagar, château de Langon), vignobles et pinèdes. Du côté maternel, il est issu d’une famille de riches négociants bordelais, son grand-père est propriétaire d’un commerce de tissus et châles des Indes, et sa grand-mère est héritière d’une raffinerie. Son père est laïque et républicain, tandis que sa mère est attachée à une pratique catholique traditionnelle.
Il a cinq ans lorsque son père décède en juin 1887 d’un abcès cérébral. Son oncle paternel, Louis Mauriac, magistrat, assure la tutelle des biens des enfants. La famille est hébergée dans la maison de la grand-mère maternelle rue Duffour-Dubergier jusqu’en 1894, avant d’avoir un logement indépendant, d’abord rue Vital-Carles, puis rue Margaux, et enfin 15 rue Rolland dans une maison achetée par sa mère, où Pierre et François partagent la même chambre. Pierre Mauriac épouse Emilie Latrille (1886-1955) le 21 juillet 1909 à Bordeaux, le couple a sept enfants nés entre 1910 et 1924.
Formation La scolarité de Pierre Mauriac se déroule dans des établissements religieux, d'abord chez les frères Marianistes rue du Mirail à Bordeaux, puis au lycée Grand-Lebrun à Caudéran. En 1900, il est bachelier à la fois en Lettres Philosophie et Lettres Mathématiques. Il est décrit par son frère François comme . Sa mère le décrit comme un enfant .
Pierre Mauriac poursuit ses études à la faculté de sciences de Bordeaux, obtient le titre de licencié ès-sciences, puis en 1902 un certificat d’études chimiques physiques et naturelles. En 1903, il s’engage dans des études médicales, sur les conseils de son beau-frère Georges Fieux, mari de sa sœur ainée Germaine, professeur d'obstétrique à la faculté de médecine de Bordeaux. En octobre 1904, il réussit le concours de l’externat des hôpitaux de Bordeaux, et est nommé dans le service de chirurgie du Pr Lanelongue à l’hôpital Saint-André. En 1905, il devient interne des hôpitaux de Bordeaux. Il est marqué par son stage d'interne dans le service du Albert Pitres où il est formé par le Bitot, auquel il rend hommage dans ses leçons inaugurales, lorsqu'il devient titulaire de chaire professorale en 1927 et 1931. Il est aussi l'élève des Xavier Arnozan, Emmanuel Régis et Jean Abadie. En 1909, il soutient sa thèse pour le doctorat en médecine intitulée Le séro-diagnostic de la syphilis (travail du laboratoire de médecine expérimentale).
Carrière médicale et académique à Bordeaux Pierre Mauriac est nommé médecin-adjoint des hôpitaux de Bordeaux en 1911, et exerce en tant qu'assistant du Bitot à l'hôpital Saint-André jusqu'en 1913. En parallèle, il est enseignant à la faculté de médecine, en tant que moniteur de travaux pratiques de sémiologie médicaleDossier administratif du Professeur Pierre Mauriac. Université de Bordeaux, Direction des Archives - Données et Documents d'activité, côte RHC_23.. Il est nommé professeur agrégé de la faculté de médecine en 1913, dans la section médecine générale.
Pendant la Première Guerre mondiale, il occupe plusieurs postes de 1914 à 1918 dans le service médical des armées, et est professeur au centre médical d'enseignement de Soissons. Blessé, il reçoit la croix de guerre avec deux citations et la Légion d'honneur.
À son retour à Bordeaux, il devient médecin titulaire au laboratoire central assurant les analyses biologiques de l’hôpital Saint-André, et en assure la direction de 1920 à 1931. Mauriac développe les méthodes d'analyses biochimiques, et le laboratoire est un des premiers à mettre au point une méthode d'extraction de l'insuline à partir de pancréas animal, permettant de traiter les personnes avec un diabète insulino-dépendant.
Pendant cette période, il assure à la faculté de médecine le cours de pathologie générale puis de pathologie interne, des travaux pratiques de bactériologie, et la conférence de médecine expérimentale. En 1926, il succède au Ferré à la chaire de médecine expérimentale. En 1931, il obtient la chaire de clinique médicale après le décès prématuré du Verger. Il devient alors chef d'un des services de clinique médicale à l'hôpital Saint-André, où il arrive tous les matins à huit heures précises, tout en ayant en parallèle une clientèle privée en ville dans son cabinet situé dans son domicile rue Vauban. centré|vignette|431x431px|Portraits de Pierre Mauriac et de ses élèves à la faculté de médecine de Bordeaux (Pazzi, 1935) Il est un spécialiste reconnu du diabète, et décrit le syndrome de Mauriac chez les enfants présentant un diabète déséquilibré, caractérisé par une hépatomégalie associée à un retard de croissance et mental. Mauriac est membre de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux en 1927, rédacteur en chef du Journal de Médecine de Bordeaux (1936-1944), et membre correspondant national de l'académie nationale de médecine (division médecine) à partir du .
Il rédige plusieurs ouvrages où il expose sa vision « sacerdotale » de la médecine, dénonçant sa déshumanisation du fait du développement d'une approche scientifique et technique: . Il s'oppose au développement de la médecine préventive : , ainsi qu'à tout contrôle de l'état sur l'exercice médical. Il est hostile à l'anonymat des examens et concours médicaux, qui ne permet pas d'évaluer la moralité des candidats : .
Il est élu doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux le , est maintenu à ce poste le , puis le par le gouvernement de Vichy. A la Libération, il est suspendu de ses fonctions de doyen à compter du par un arrêté du ministère de l'éducation du (détails dans la section Après la Libération). Le , il est concomitamment rétabli dans ses fonctions et révoqué avec pension. Mauriac se pourvoit en Conseil d'Etat, qui annule la décision le . Alors que Mauriac a été mis en disponibilité de ses fonctions hospitalo-universitaires, il est concomitamment réintégré et admis à faire valoir ses droits à la retraite le . Pierre Mauriac reprend une activité libérale dans son cabinet, et poursuit son activité de publications d'articles et d'ouvrages scientifiques et littéraires.
Engagement politique
Adhésion à l'Action Française gauche|vignette|392x392px|Mention de Pierre Mauriac lors d'un banquet médical d'Action française du 14 juin 1932. Après la Première Guerre mondiale, Mauriac adhère à l'idéologie nationaliste et royaliste de Charles Maurras, et rejoint l'Action française. Il intervient à l'Institut d'Action française et participe à des banquets médicaux de l'Action Française.
Mauriac, élevé par sa mère et sa grand-mère dans une pratique religieuse traditionnelle, est un fervent catholique. Il est heurté par l'anticléricalisme auquel il se confronte pendant sa formation médicale : .
Affecté par la condamnation de l'Action française par le pape Pie XI en 1926, imposant un choix entre l'Église catholique et le mouvement maurassien, il annonce à ses élèves : . En tant qu'adhérent de l'Action Française, il est mis au ban de l'Église, interdit de sacrement, et ne communie pas pendant quatre ans. Dans le témoignage de Pierre Mauriac recueilli par Eugen Weber dans son ouvrage L'Action française publié en 1962, il se souvient d'un enterrement où un prêtre survola la tombe en avion pour donner sa bénédiction au mort. En 1928, Mauriac est, avec le Henri Carteron de l'Université de Strasbourg, à l'origine d'une pétition de professeurs catholiques « pour le pardon et réconciliation », qui est abandonnée discrètement devant les attaques des libéraux.
La Seconde Guerre mondiale et l'occupation allemande Soutien au régime de Vichy Quand la Seconde Guerre mondiale débute, Mauriac quitte ses fonctions de doyen pour s'engager en tant que consultant d'armée, partant volontairement sur le front alors que ses cinq fils sont mobilisés. Après la défaite de 1939, il reprend son poste de doyen.
Le soutien de Mauriac au Maréchal Pétain est indéfectible pendant toute la période de l'occupation, et s'affiche à chaque rentrée universitaire dans ses allocutions aux étudiants de médecine et pharmacie. Dans son allocution de rentrée universitaire le , Mauriac se félicite que l'occupation par l'armée nazie n'ait pas eu d'impact sur le fonctionnement de la faculté : .
En 1942, Mauriac incite ses étudiants les plus âgés à aller prendre la relève les médecins prisonniers de guerre en Allemagne : .
Mauriac arbore la Francisque, et est membre de l'association des Amis du Maréchal. Il participe à la première réunion de la Légion d'Aquitaine de la jeunesse française, organisation maréchaliste, tenue le à l'Athénée de Bordeaux.
Conseil de l'ordre des médecins de la Gironde Dès la création de l'ordre des médecins par le gouvernement de Vichy, Pierre Mauriac est nommé président du conseil départemental de la Gironde de l’Ordre des médecins, fonction qu'il conserve pendant toute la période de l'occupation, et s'entoure de médecins proches de ses idées politiques.
Rôle du conseil de l'ordre dans l'exécution du Dr Charles Nancel-Pénard vignette|Charles Nancel-Pénard dans l'uniforme des Brigades Internationales, 1938|gauche
Lorsque le Charles Nancel-Pénard (1906-1941), militant communiste membre des brigades internationales et résistant, est incarcéré à Bordeaux en octobre 1940, une pétition est signée par de nombreux médecins bordelais pour demander sa libération. Cette pétition est désapprouvée le 24 janvier 1941 par une motion du conseil départemental de la Gironde de l’Ordre des médecins présidé par Mauriac :Charles Nancel-Pénard sort brièvement de prison en février 1941, mais est de nouveau arrêté en juin 1941. Il est fusillé au camp de Souge à Martillas-sur-Jalle (Gironde) le 24 octobre 1941 avec 49 autres prisonniers, dont son ami le résistant communiste Roger Allo, en représailles de l'assassinat par la résistance d'un officier allemand Hans Reimers.
Prises de position xénophobes et radiation du Dr Sabatino Schinazi Le , lors de la réunion des présidents et délégués des conseils départementaux de la zone occupée à Paris, Pierre Mauriac souhaite « que l’élimination des métèques hors du corps médical soit poursuivie sans faiblesse ». vignette|Spolpersteine (Pavé de mémoire) à Bordeaux (France) devant le cabinet médical et domicile du Dr Sabatino Schinazi|222x222px