Le peuplement des hautes terres par les Israélites est un phénomène identifié par l'archéologie dans les hautes terres situés à l'ouest du Jourdain pour l'âge du fer (c. 1200 à 1000 av. J.-C.), qui voit l'apparition de sites sédentaires dans cette région, occupés par une population généralement identifiée comme les ancêtres des Israélites (parfois désignés comme des « proto-Israélites »). Ce phénomène est l'objet d'un débat quant à l'interprétation de l'origine de ces populations et des raisons qui les ont poussées à se sédentariser durant cette période, qui est marquée par de grands bouleversements dans tout le Proche-Orient.
Historiographie L'origine des premiers Israélites a fait dans le passé, l'objet de nombreuses théories qui s'opposaient. Depuis le début du , il y a un consensus parmi les spécialistes. Celui ci est présenté dans l'Histoire de l'Israël antique.
Avant le - Théorie égyptienne
Il n'existe aucune trace des Hébreux de la Bible dans l'archéologie égyptienne. Aucune trace archéologique ne permet d'affirmer que les Hébreux auraient massivement quitté l'Égypte en traversant le Sinaï : voir l'article Données archéologiques sur l'Exode et Moïse. Les traces archéologiques en Canaan montrent qu'ils ne se sont pas installés par une conquête militaire express, éliminant massivement les Cananéens. Aucune trace archéologique ne permet d'affirmer que les Hébreux auraient été esclaves en Égypte : les fouilles en Égypte montrent que l'esclavage stricto sensu n'existait pas, car les hommes non libres gardaient le droit d’ester (se présenter devant un tribunal comme demandeur ou comme défendeur) et de tester (énoncer sa volonté testamentaire)Bernadette Menu, article Esclavage (Égypte), du Dictionnaire de l’Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, PUF, 2005.. Les ouvriers de Deir el-Médineh, bâtisseurs de la vallée des Rois n'étaient pas des esclaves, mais des petits fonctionnaires bénéficiant d'un logement individuel et du droit de grèveClaire Lalouette, L'empire des Ramsès, éditions Flammarion, 1995, ..
Pour Israël Finkelstein : « Malheureusement, pendant des décennies, les archéologues s'entêtaient à chercher les indices sur l'origine des Israélites partout, sauf au bon endroit ».
1925 - Théorie de l'infiltration Albrecht Alt en 1925 propose une infiltration progressive des Israélites en Canaan, certains pouvant être passés par l'Égypte et ayant rapporté leur tradition particulièreAlbrecht Alt, The Settlement of the Israelites in Palestine, 1925. Ce sont des peuples nomades ou semi-nomades qui arrivent sur une période étendue. Martin Noth y ajoute l'idée d'une fédération de douze tribus liées par un dieu commun et un lieu de culte.
1940 à 1970 - Le modèle Albright-Wright de la conquête C'est le modèle issu de l'archéologie biblique du milieu du . Albright et Wright aux États-Unis et Y. Yadin en Israël représentent le fer de lance de l'archéologie biblique dans les années 1940-70.
En se basant sur les fouilles d'Albright ainsi que sur la découverte par Wright d'une épaisse couche de cendre à Beitin, ils développent l'idée que la conquête de Canaan par les Israélites a eu lieu au en liant les destructions de Beitin, Hazor, Lakish.
Ce modèle est devenu obsolète, il est totalement remis en cause car il représente une conquête rapide et totale de Canaan qui ne correspond ni à l'archéologie ni au texte biblique.
Les destructions qui leur servaient d'exemple ont eu lieu à des moments trop espacés pour faire partie de la même campagne. En particulier la destruction de Jéricho est bien trop précoce pour ce modèle.
1962 - Théorie de la révolte paysanne George Mendenhall propose ce modèle en 1962. Selon lui, l'apparition d'un mouvement religieux rendit possible la révolte des paysans cananéens contre les collecteurs de taxe venus des villes. Ce serait l'apparition d'un petit groupe d'esclaves venant d'Égypte qui aurait permis le soulèvement de tout un pays contre ses rois. C'est un constat sociologique et culturel qui l'amène à cette conclusionThe Tenth Generation: The Origins of the Biblical Tradition Johns Hopkins, 1973. Cette idée est reprise par Norman Gottwald dans The Tribes of Yahwe, qui, au grand dam de Medenhall, inscrit cette théorie dans une version plus marxiste de l'histoire. Gottwald sera sévèrement critiqué par Niels Peter Lemche, qui reprend l'idée de Medenhall, proposant les Israélites comme descendant des Apirous, mais en fait une évolution progressive, d'abord vers une organisation tribale, puis vers une nation, identifiable en tant que telle sur la stèle de Mérenptah. Il n'y aurait pas selon lui d'origine étrangère.
1981 - Entrée en Canaan puis occupation tardive Ce modèle, proposé dans différentes variantes (conquête à différents moments du Bronze récent, entre le ), s'appuie sur une relecture des textes bibliques et les avancées de l'archéologie.
Le livre de Josué indique précisément que seules trois villes sont détruites pendant la conquête, sans toutefois être occupées par les Israélites par la suite : Jéricho, Ai et Hazor. Cette conquête aurait eu pour seul effet de tuer les chefs cananéens et une partie de la population. La Bible hébraïque raconte l'échec de cette conquête rapide et les difficultés des Israélites pour s'installer en Canaan.
Selon Kenneth Anderson Kitchen, les villes cités dans le livre de Josué correspondent effectivement à des villes existantes au , et certaines présentent des traces de destruction à ce momentKenneth Anderson Kitchen, On the reliability of the Old Testament, 2003. Pour d'autres comme John J. Bimson, la conquête correspond à la destruction de certaines villes cananéennes qui marque la fin du Bronze Moyen, tandis que l'histoire des populations nomades et tribales correspond au Bronze RécentJ. Bimson, Redating the Exodus and Conquest. Ed. The Almond press. Sheffield. 1981.
1990 à aujourd'hui - Théorie de la resédentarisation C’est une théorie de Yohanan Aharoni, développée principalement par Israël Finkelstein et William G. Dever.
Le modèle repose sur l'idée que la population qui se sédentarise au Fer est une population indigène, issue de la population cananéenne du Bronze récent. Israël Finkelstein s'appuie sur la similarité de la culture et des modes de vie du Bronze récent avec ceux du Fer , également sur le fait que les villes du Nord retrouvent une culture cananéenne au . La continuité des cultures montre que la population se sédentarisant était déjà présente en Palestine pendant le Bronze récent.
Finkelstein fait la liaison avec un phénomène similaire au Bronze Moyen . En période de crise (bronze intermédiaire dans un cas, bronze récent dans l'autre) l'économie se tourne vers l'élevage de moutons et de chèvres et un mode de vie plus pastoral, tandis qu'en période stable (Bronze Moyen , Fer ) il y aurait une tendance à l'agriculture irriguée et à l'élevage de bétail.
Selon W. Dever, les premiers Israélites seraient issus de l'effondrement de la société cananéenne du bronze récent. Ils auraient migré des basses terres de Palestine vers les hautes terres où l'archéologie les retrouve.
Pour Finkelstein, cela est impossible. Selon lui, les populations expulsées des villes cananéennes à la fin du bronze moyen seraient celles qui se resédentarisent au début du Fer après avoir été nomades pendant le bronze récent : la culture cananéenne décline au cours du , certains trouveraient alors refuge dans les régions montagneuses de Galilée. Plus tard, vers la fin du Bronze récent, un processus de resédentarisation commencerait et serait à l'origine de la population israélite.
D'après A. Mazar, les traditions cananéennes sont générales à toutes les populations du Fer et ne pointent pas nécessairement vers l'origine cananéenne d'Israël. La Bible décrit également un mélange culturel, les Israélites adoptant les traditions de ceux qui les entourent. Cette théorie de la resédentarisation est liée à celle d'un Israël émergeant des groupes nomades du Bronze récent, comme les Apirous ou les Shasous. Or, certains Shasous ont émigré en Égypte, comme le Jacob biblique. Dans un document égyptien, leur territoire est nommé « Yahu ».
Les recherches archéologiques portant sur la transition entre l'Âge du Bronze récent et l'Âge du Fer en Canaan décrivent la sédentarisation de groupes qui suivaient auparavant un mode de vie pastoral semi-nomade. Ces recherches se sont accompagnées de débats sur les modalités de l'apparition des sociétés « proto-israélites ».
Plusieurs aspects du Bronze récent ont été associés à l'origine des Israélites : Les populations nomades comme les Shasous et les Apirous ont souvent été évoquées, mais il est hasardeux d'établir un lien direct entre ces termes et les premiers Israélites. Certains lieux de culte, comme Shilo et Beth-El sont à la fois utilisés par la population nomade des hautes terres et expressément mentionnés dans la Bible comme lieu de culte des Israélites.
Sédentarisation des premiers Israélites au Fer (environ -1200 à -1000) vignette|Sites archéologiques d’implantation des premiers Israélites entre la fin du et le milieu du av. J.-C., sur les Hautes Terres de Canaan. Carte dessinée d’après le film « La Bible dévoilée », montrant le résultat des prospections de surface (Israël Finkelstein). vignette|Cette carte montre l’emplacement des sites archéologiques d’implantation au Bronze Récent, sur les Hautes Terres de Canaan. Carte dessinée d’après le film « La Bible dévoilée », (Israël Finkelstein). La vague d'implantation des Israélites au Fer va se faire sur un territoire pratiquement déserté.
La connaissance de cette période a fait un grand saut qualitatif avec les « regionals survey », une méthode archéologique consistant en une étude statistique régionale, notamment sur des prospections de surface, et non pas sur une étude locale, notamment sur des fouilles. Elles ont permis de mettre en évidence la sédentarisation d'une nouvelle population entre la fin du et le av. J.-C. Leurs résultats sont exposés dans un livre qui a marqué son époque, The Archaeology of the Israelite Settlement, écrit en 1988 par Israël Finkelstein. Deux études ont discuté ces découvertes From Nomadism to Monarchy: Archaeological and Historical Aspects of Early IsraelFrom Nomadism to Monarchy: Archaeological and Historical Aspects of Early Israel, 1994, Israel Finkelstein, Nadav Na'Aman, Biblical Archaeology Society., ainsi que Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai, de William G. Dever .
Les prospections archéologiques menées depuis 1990 sur les Hautes Terres de Canaan montrent, au début de l'Âge du fer, la sédentarisation de petites communautés de nomades qui commencent probablement à cultiver des céréales, sédentarisation marquée ensuite par l'apparition de petits villages.
vignette|Deux cartes de densité montrant l’évolution de la population des Israélites au Fer . Dessiné d’après deux cartes de .
Cette sédentarisation peut avoir débuté à la fin du Bronze récent (fin ou début av. J.-C.), s'être amplifiée au Fer ancien (fin au milieu ) pour culminer à la fin du Fer (fin du et première moitié du ). Selon Israël Finkelstein, on observe sur les Hautes Terres centrales au Fer récent près de occupant une superficie de (voir carte), contre occupant une superficie totale de au Bronze récent. À raison de par hectare (densité communément acceptée), cette population des Hautes Terres s'évalue à . W. Dever compte, lui, vers -1200, au et au . Cette sédentarisation s'observe principalement dans les collines centrales, mais aussi en Transjordanie ( au début du Fer contre une trentaine à la fin du Bronze) et dans le Neguev. Au , elle se continue en Galilée (Hazor , Dan ).