Cinéaste et producteur, Claudio Pazienza est né en 1962 à Roccascalegna, en Italie. Ses films mélangent volontiers enquête documentaire et écriture fictionnelle. Se situant aux frontières du cinéma expérimental, du journal filmé et de l'essai cinématographique, Claudio Pazienza propose un cinéma ouvert dont les critiques se plaisent à souligner l'aspect "ouvert" et "ludique" voire, quelquefois, "oulipien"Jacques Kermabon, introduction à Claudio Pazienza, un gai savoir in "Bref. Le magazine du court-métrage, n° 58, page 28Dépliant Cinémathèque québécoise / Rétrospective Claudio Pazienza 25-29 janvier 2012 Montréal : https://www.cinematheque.qc.ca/workspace/uploads/files/2012-01-02-03depliant_jan_mars_cq.pdf. Il vit et travaille à Bruxelles.

Biographie

Claudio Pazienza grandit dans la province de Limbourg (Belgique). Il étudie d'abord dans une école italo-flamande créée par des missionnaires italiens avant d'obtenir un baccalauréat à l'École européenne de Mol. En 1980, il s'inscrit à l'Université libre de Bruxelles pour étudier la sociologie. Au sein de cette université francophone et laïque, son parcours évolue vers l'anthropologie, tout en s'enrichissant de cours à la faculté d'Histoire de l'art et d'une pratique du théâtre en amateur. A la même époque, il fréquente assidument la Cinémathèque royale de BelgiqueJ'avais été un "rat de cinémathèque", un cinéphile. Mon école, c'est la Cinémathèque de Bruxelles qui programme cinq films par jour. J'entrais dans les salles sans même regarder les titres, in Dominique Villain, Claudio Pazienza, réel et surréel in Faire des films – Entretiens, Presses Universitaires de Vincennes, 2016, p. 310.. Il y suit régulièrement les cours de Hadelin Trinon et d'.

Diplômé en ethnologie européenne en 1985, il s'initie au cinéma en autodidacte en réalisant divers courts-métrages en Super 8. En 1991, La Sept, qui deviendra ensuite Arte France, soutient son premier projet de documentaire, Sottovoce, tourné dans son village natal des Abruzzes et achevé en 1993. Par la suite, c'est la même chaîne audio-visuelle qui lui passe commande plusieurs soirées thématiques et co-produit, quelquefois avec la RTBF, une bonne partie de sa filmographie. En 1998, il fonde sa propre maison de production, Komplot films etc. sprl. Comme le souligne Jacques Kermabon en 2003Jacques Kermabon, introduction à Claudio Pazienza, un gai savoir in Bref. Le magazine du court-métrage, n° 58, page 28, c'est ainsi souvent dans le cadre de commandes destinées à une diffusion télévisuelle que l'auteur développe une œuvre hybride qui déborde, récuse et subvertit largement la syntaxe et l' "objectivité" du documentaire traditionnel.

Cette même année 2003, la BPI (Bibliothèque Publique d'Information) du Centre Pompidou consacre à un Claudio Pazienza déjà primé de multiples foisLa plupart de ces prix sont mentionnés plus loin dans la notice sous la rubrique "Prix" une première rétrospective. Suivent, en 2012 et 2014, une rétrospective à Montréal et une autre à Rio de JaneiroClaudio Pazienza ou la chasse au réel, du 25 au 29 janvier 2012 à la Cinémathèque québécoise à Montréal et Claudio Pazienza, o encontro que nos move, du 11 au 16 mars 2014 à la Caixa Cultural de Rio de Janeiro. Https://oglobo.globo.com/cultura/mostra-traz-ao-rio-documentarios-de-claudio-pazienza-11830996...

Outre ses activités de réalisation, Claudio Pazienza s'investit dans la pédagogie en animant des ateliers et en donnant des cours dans plusieurs écoles d'art et de cinémaEntre autres à la Haute école d'art et de design à Genève, à l'Institut des arts de diffusion à Louvain-la-Neuve (Belgique), à La Fémis à Paris mais aussi à l'École du Documentaire de Lussas, au KASK à Gand, à la Máster en Documental de Creación de l'Université Pompeu-Fabra à Barcelone ou à l' ERG à Bruxelles..

Style « Je n’ai pas une approche naturaliste du documentaire. Je n’ai pas la prétention d’épuiser les sujets, de répondre ou d’épuiser des questions. Je crée plutôt du mouvement dans les films, des choses qui s’agitent dans l’esprit de ceux qui regardent » Https://comptoirdudoc.org/carte-blanche-a-claudio-pazienza/, 10 janvier 2025 C’est par ces mots que Claudio Pazienza résume sa démarche. Selon Dominique Villain, ses films « portent une pensée, une réflexion sur le cinéma par le cinéma en train de se faire, mais de façon très incarnée. Non seulement par la voix mais par le poids du corps dont la présence permet selon lui d'échapper à la routine langagière. Présences physiques du cinéaste, de ses proches, ses parents (…). Comment laisser parler l'inconscient ? Telle est la question qui le taraude, et, comme le suggère la psychanalyste filmée dans "Tableau avec chutes", comment parvenir à lâcher les armes du regard et du langage, qui sont les deux armes du cinéma ? » Claudio Pazienza, réel et surréel in Faire des films – Entretiens, Presses Universitaires de Vincennes, 2016, p. 309.. Ce questionnement permanent traduit un rapport singulier au réel. Loin de se réduire au perçu ou de se livrer d’un bloc, le réel dépend aussi du regard qu’on lui porte. Le cinéaste l’envisage comme une stratification de sens où s'entremêlent histoire personnelle, archives politiques, histoire de l’art et philosophie. Si le tournage sert à capter une matière brute, c'est le montage qui fait résonner le réel de façon poétique ou incongrue en confrontant ces fragments.

Dans Scènes de chasse au sanglier, Claudio Pazienza livre ainsi une méditation critique sur les images, leur matérialité et leur propension à mentir, s’effacer ou devenir muettes. En manipulant la pellicule, en dévoilant les dispositifs de tournage ou en adoptant une voix off à la deuxième personne (« tu »), il rappelle constamment au spectateur qu'il fait face à une construction mentale. Néanmoins, comme le souligne Jean-Paul Curnier, le ton et la forme de ses films restent « toujours suspendus entre un comique nonchalant et la rigueur du documentaire savant, un équilibre que l'on pourrait qualifier de "burlesque savant" » Cadres de vies. Le cinéma de Claudio Pazienza in Images documentaires, n° 67/68, 2010, p. 84.

Filmographie 1985 : L'Arteriosclerosi del nonno /l'Artériosclérose du grand-père 1988 : Oggi è primavera / C'est le printemps 1991 : Un pó di febbre / Un peu de fièvre 1993 : Sottovoce /A voix basse 1995 : De bouche à oreille 1997 : Tableau avec chutes 1997 : Panamarenko, portrait en son absence 1997 : La complainte du Progrès 1999 : Esprit de bière 2000 : Oedipus Rex 2000 : Ya Rayah 2002 : Mic Mac 2002 : L'Argent raconté aux enfants et à leurs parents 2004 : Les Îles Aran 2007 : Scènes de chasse au sanglier 2009 : Archipels Nitrate 2011 : Exercices de disparition 2025 : Contribution à la psychologie des trous

Comme cela a été dit, Doc.net Films . a édité en 2012 Claudio Pazienza. Fragments d'une œuvre, coffret anthologique regroupant en trois DVD Tableau avec chutes, Esprit de bière, L'Argent raconté aux enfants et à leurs parents, Scènes de chasse aux sangliers et Exercices de disparition. Le coffret contient également un livret reprenant, entre autres, une nouvelle version du texte de Jean-Paul Curnier paru en 2010 dans le numéro 67/68 de la revue Images documentaires consacré à l'auteur.

Prix pour Un pó di febbre / Un peu de fièvre : Prix Fuji et Prix Procirep de la première oeuvre au Festival de Villeurbanne, 1991 Grand Prix au Festival de Montréal, 1992 Prix du Jury au Festival de Pantin, 1992 Prix à la Qualité, CNC.

pour Sottovoce : Prix de la Première Œuvre au festival Filmer à Tout Prix, Bruxelles, 1993 Prix du meilleur film à SulmonaCinema, Sulmona, Italie, 1993 Prix Scam Maeterlinck Découvertes, Bruxelles, 1994.

pour Tableau avec chutes : Mention spéciale au XVIII Festival AVART, Locarno, 1997 Deuxième Prix - Traces de vies - Clermont-Ferrand, 1997 Prix Scam Découvertes, SCAM, Paris, 1998 Vela D'Oro, Premier Prix à AdriaticoCinema, Rimini, 1998 European Documentary Award - Prix Arte. Londres, 1998.

pour Esprit de bière : Mention au festival Filmer à Tout Prix, Bruxelles, 2000.

pour Ya Rayah : Studio Universal Award, Festival Arcipelago, Rome, 2001 Prix du Meilleur Film Expérimental (ex-aequo), Festival Saarlorlux, Saarbrucken 2001 Viper International Award for film & video. Bâle 2001.

pour L'Argent raconté aux enfants et à leurs parents : Mention au festival Filmer à Tout Prix, Bruxelles, 2002.

pour Scène de chasse au sanglier : Prix du Jury, TSR – Idée suisse. Visions du Réel, Nyon, 2007 Prix du Film Long, Écrans Documentaire, Arcueil, 2007 Prix de la Création, Traces de Vies, Vic Lecomte, 2007 Etoile de la Scam, Paris 2008 Prix des auteurs de la Scam, Filmer à tous prix, Bruxelles 2008 Prix de l’œuvre de l’année, Meilleur Documentaire, SCAM - Paris, 2008.

pour Archipels Nitrate : Prix FIFA / Festival International sur l’ART – Montréal 2010.

pour Exercices de disparition : Prix du Jeune Public – Cinéma du réel, Paris, 2011.

Voir aussi

Bibliographie Hugo Bélit et Jacques Kermabon, "Claudio Pazienza, un gai savoir", entretien avec l'auteur, Bref, le magazine du court-métrage, n° 58, Paris, 2003, p. 28-34, Jean-Louis Comolli, Jean-Paul Curnier, Frédéric Sabouraud, Jacques Sojcher et alii, numéro 67/68 de la revue Images documentaires consacré à Claudio Pazienza, Paris, 2010, 155 p. . "Passeur de Réel : Claudio Pazienza" sur France Culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/sur-les-docks-14-15/passeur-de-reel-claudio-pazienza-3283140.

Articles connexes Cinéma belge

Notes et références

Liens externes

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