James Frederick Schön, né Jacob Friedrich Schön le 28 décembre 1803 à Oberweiler et mort le 30 mars 1889 à New Brompton., est un missionnaire et linguiste allemand naturalisé britannique en mai 1854, qui a notamment travaillé pour le compte de la Church Missionary Society. D’abord actif sur le terrain, notamment dans la colonie de Freetown en Sierra Leone entre 1833 et 1847, il participe à cette occasion à l’, durant laquelle il commence à étudier les langues haoussa et igbo.. Il rentre ensuite en Angleterre pour raisons de santé, et passe le reste de sa vie à étudier les langues africaines depuis son cottage de New Brompton, où il accueille plusieurs voyageurs venus de la région du Sahel.. Il est notamment célèbre pour ses travaux sur la langue haoussa et est considéré comme un précurseur par de nombreux linguistes qui lui ont succédé.
Biographie
Jeunesse et formation missionnaire James Frederick Schön naît le 28 décembre 1803 à Oberweiler, dans le grand-duché de Bade. Il est le troisième d’une famille de cinq enfants. Son père, Johann Jakob Schön, est journalier, et sa mère, Anna Katharina Schön, née Reinhardt, est mère au foyer, la famille vit dans des conditions précaires. D’après Schön lui-même, bien qu’il ait reçu une éducation chrétienne, sa famille n’est pas très pratiquante, ce qui ne l’empêche pas de développer dès l’enfance une sensibilité pour l’œuvre missionnaire. Il n’envisage cependant pas d’en faire son métier et se lance dans un premier temps dans des études de tailleur. À vingt ans, il se rend en Suisse pour trouver du travail et tombe sur un bulletin d’information missionnaire et surtout il écoute régulièrement les sermons de Nikolaus von Brunn, pasteur de l’église Saint-Martin de Bâle et président de la Mission de Bâle. Il décide alors de s’engager comme missionnaire et envoie une candidature pour la préparation du séminaire missionnaire de Bâle. Il est reçu le 10 janvier 1827, et s’installe dans la maison de la mission.
Durant ses années d’études à Bâle, il apprend le grec ancien et l’hébreu. Le but de ces enseignements de langues anciennes est d’apporter aux futurs missionnaires des rudiments de connaissances linguistiques, afin qu’ils soient capables de traduire la Bible dans différentes langues une fois arrivés sur leurs terrains de mission. Le désir de Schön de devenir missionnaire continue de croître durant ses années au séminaire et il envoie une demande en ce sens à l’administration de la mission. Il est alors transféré en 1831 à Londres pour compléter sa formation dans le , institut de formation de la CMS, société partenaire des Missions de Bâle. Ce type d’échanges missionnaires transnationaux et était récurrent dans le monde protestant du, qui comptait un grand nombre de missionnaires d’origine allemande travaillant pour le compte de sociétés missionnaires britanniques..
Mission en Sierra Leone Une fois sa formation à Islington achevée, Schön est ordonné diacre le 18 décembre 1831 puis pasteur le 17 juin de l’année suivante par l’évêque de Londres.. Il retourne ensuite brièvement à Bâle pour y recevoir le 24 juillet 1832 sa mission officielle lors de la fête de la mission et est affecté par la CMS à Freetown, en Sierra Leone pour laquelle il embarque depuis Liverpool le 12 octobre 1832. gauche|vignette|259x259px|Jacob Friedrich Schön, étudiant à Bâle En Sierra Leone, Schön est successivement affectés dans différents villages de autour de Freetown. Il passe plusieurs années à , puis séjourne à , , et . La mission en Sierra Leone n’a alors pas encore d’évêque et est administrée par un comité local dont Schön fait partie . Il exerce ainsi rapidement des responsabilités importantes dans l’organisation de la mission que ce soit sur les aspects financiers, la construction de bâtiments ou sur l’éducation des enfants participant à l’ensemble des aspects du travail de missionnaire. Il est de ce fait rapidement remarqué par les autorités de la CMS pour la qualité de son travail, notamment en matière scolaire..
Le volet linguistique devient rapidement prépondérant dans son travail. Installé à Kissy, il reprend dans un premier temps les travaux de son prédécesseur sur la langue bullom/sherbro. En 1839, il publie une traduction des écritures en langue sherbro Translations of Seven Parables and Discourses of Our Lord Jesus Christ into the Sherbro Language of West Africa, le premier ouvrage imprimé dans cette langue, puis l’année suivante un vocabulaire sherbro. En 1841, Schön est choisi par la CMS en compagnie du missionnaire d’origine yoruba Samuel Ajayi Crowther, pour diriger l’expédition anti-esclavagiste sur le fleuve Niger. Durant cette expédition, il lui est demandé d’étudier les langues qui pourraient être utiles pour communiquer avec les populations rencontrées sur place, il sélectionne alors le igbo et le haoussa. Il apprend les rudiments de ces langues auprès de d’origine haoussa et igbo installés dans les différents villages autour de Freetown, et il embarque le 2 juillet à Freetown en compagnie de Crowther et de douze interprètes représentant les différentes communautés linguistiques connues ou supposées installées aux abords du fleuve Niger. Au cours de ce voyage, Schön produit ses deux premières traductions en langue haoussa : le traité qui sera présenté aux souverains locaux rencontrés au cours de l’expédition et le discours présentant ce traité et l’expédition qui l’apporte.. L’expédition est considérée comme un échec, en raison du faible nombre de traités conclus et parce que la mortalité importante des membres de la mission, 42 des 150 membres de l’équipage sont décédés de maladies tropicales, force l’expédition à faire demi-tour à la confluence du fleuve Niger et de la Bénoué. L'expédition pose néanmoins les bases du travail missionnaire dans la région avec l’acquisition du territoire de Lokoja et l’installation d’une ferme-modèle sur place..
De retour en Sierra Leone, Schön et Crowther, qui ont tissé de solides liens d’amitié et de collaboration intellectuelle, publient leurs journaux de bord respectifs. Ils publient également les premiers vocabulaires des langues sur lesquels ils ont enquêté et dont ils deviendront respectivement les experts, le haoussa. et le yoruba.. Schön reste encore environ quatre ans en Sierra Leone, mais de graves problèmes de santé liés au climat tropical l’obligent à rentrer en Angleterre où il obtient un poste à l’aumônerie de l’hôpital pour marins de Melville, à Chatham, dans le sud-est de l’Angleterre. Il quitte définitivement la Sierra Leone le 12 mars 1847. Cette affectation doit beaucoup à son épouse, Elizabeth Catherine White, originaire de la ville voisine de Rochester et dont le père occupait un poste important à l’hôpital.
Retour en Angleterre cadre|Façade actuelle du Palm Cottage À la suite de sa prise de poste à l’hôpital de Melville, Schön fait construire avec son épouse le Palm Cottage, rue Canterbury à New Brompton près de Chatham, une maison de bonne taille apte à accueillir une famille nombreuse. Il reste missionnaire de la CMS jusqu’en 1853 et continue à collaborer avec l’organisation par la suite, notamment dans le cadre de ses travaux linguistiques. Son retour en Angleterre ralentit grandement ses travaux. De plus, l’échec de l’expédition de 1841 a refroidi les ambitions des autorités de la CMS quant à l’installation d’une mission permanente autour du fleuve Niger qui préfèrent désormais se concentrer sur l’arrière-pays sierra-léonais.. En l’absence de correspondant sur place et d'interlocuteur haoussaphone en Angleterre, Schön se retrouve sans possibilité d'avancer sur ses travaux linguistiques.
Peu après son installation à Palm Cottage, la famille Schön commence à accueillir chez elle des voyageurs venus du continent africain. Lors de son séjour en Sierra Leone, le missionnaire avait été sensibilisé à la politique d'eutanasia of a mission prônée par le secrétaire honoraire de la CMS de l'époque Henry Venn., selon laquelle seuls les Africains sont capables, au moyen de prêches dans leurs propres langues, de diffuser le christianisme en Afrique.. Schön souhaite donc continuer son œuvre missionnaire depuis Chatham en formant de jeunes Africains à la religion anglicane pour qu'ils puissent de retour en Afrique évangéliser leurs pairs. Dans ce cadre, il accueille à Palm Cottage, entre 1855 et 1862, la jeune Sarah Forbes Bonetta, ancienne esclave d’origine yoruba devenue filleule de la reine Victoria. À la même époque, vit chez lui l’homme d’affaires d’origine yoruba James Pinson Labulo Davies et sa fiancée Matilda Serreno. Ces derniers se marient à Chatham en août 1859, au cours d’une cérémonie durant laquelle Sarah Forbes Bonetta et les filles de Schön sont demoiselles d’honneur, puis le couple part en Afrique où la jeune épouse de Labulo Davies décède précocement. Labulo Davies retourne alors à Chatham en 1861 et épouse finalement Sarah Forbes Bonetta l’année suivante.. Bien que laïc, Labulo Davies est chargé par Schön, comme tous les clercs africains qu’il accueille, d’officier régulièrement dans l’église locale. La paroisse de Chatham est ainsi rapidement habituée à voir prêcher des pasteurs originaires d’Afrique lors de ses offices. ; c’est d’ailleurs un missionnaire africain de la CMS, John Christopher Taylor, qui préside au premier mariage de Labulo Davies en compagnie de Schön.. gauche|vignette|Portrait de Dorugu et Abbega C’est par l’intermédiaire de ces Africains accueillis à Chatham que Schön parvient à reprendre ses travaux linguistiques sur la langue haoussa. En 1856, l'explorateur allemand du Sahel et du Sahara Heinrich Barth, rend visite à Schön en compagnie de Dorugu et Abbega, deux jeunes Africains qu’il a ramenés avec lui en Europe pour continuer ses travaux linguistiques, notamment sur la langue haoussa. Dorugu ayant pour langue maternelle le haoussa, Schön demande à Barth de garder avec lui les deux jeunes hommes pour travailler avec eux quelque temps avant leur retour en Afrique.. Barth accepte dans un premier temps, mais s’offusque quand Dorugu et Abbega demandent à rester plus longtemps à Chatham au lieu de retourner en Afrique avec lui. Une longue querelle s’ensuit entre les deux linguistes, Barth reprochant à Schön de lui avoir volé ses deux assistants alors que Schön convoque leur libre-arbitre. Plusieurs de leurs ouvrages respectifs comportent ainsi en préface des critiques mutuelles quant à cet événement.
Dorugu et Abbega sont baptisés l’année suivante, en 1857, et le premier prend les prénoms James et Henry, en hommage à la fois à Schön et Barth. Abbega retourne alors en Afrique et s’installe à Lokoja pour y devenir chef de village, tandis que Dorugu reste sept ans de plus à Palm Cottage.. Schön, qui n’avait jusqu’ici publié que son vocabulaire de haoussa en 1843, entame alors une première période prolifique de production de travaux linguistiques sur le haoussa. La plupart de ces ouvrages sont des traductions de la Bible : les Actes des Apôtres et les évangiles de Jean et de Matthieu en 1857, l’évangile de Luc et le premier livre de la Genèse en 1858, enfin le deuxième livre de la Genèse en 1859. En parallèle, il publie un manuel sur la langue haoussa en 1857 et une grammaire en 1862, qui fera longtemps autorité . Il prépare également la publication d’un dictionnaire censé améliorer considérablement son vocabulaire de 1843 mais qui ne sera publié qu’en 1876, faute de moyens pour achever son travail après le départ de Dorugu.