Laccord Paulet-Newcombe ou ligne Paulet-Newcombe est un accord conclu en entre les gouvernements français et britannique portant sur les frontières entre, d'une part, le mandat français en Syrie et au Liban et, d'autre part, le mandat britannique en Palestine. Les actuelles frontières israélo-libanaise, syro-jordanienne et israélo-syrienne sont définies par ces accords, exception faite des zones contestées à la suite des conflits de 1948, 1967 et 1973 entre Israël d'une part, le Liban et la Syrie d'autre partInternational Boundary Study, No. 100 – May 15, 1970, Iraq – Syria Boundary: "The boundary as it is today is based on the League of Nations Report of the Commission entrusted by the Council with the study of the Frontier between Syria and Iraq, Geneva, September 10, 1932.".
Avant la création des mandats français et britanniques en 1920, les pays concernés s'inscrivaient dans l'Empire ottoman. Il n'y avait pas de frontière au sein de cet Empire, mais des divisions administratives en provinces. La circulation était libre entre les territoires nommés dès 1920 Palestine, Liban, Syrie, qui correspondent à la moutassarifat de Jérusalem, au vilayet de Beyrouth, à la moutassarifat du Mont-Liban, au vilayet de Syrie, et au vilayet d'Alep d'avant la présence européenne.
Un accord préliminaire de définissait, de façon moins détaillée, la frontière entre les territoires des mandats français et britannique. Les deux accords de 1920 et de Paulet-Newcombe forment les accords frontaliers franco-britanniques.
La frontière entre le Liban et la Syrie n'est pas définie par ces accords parce qu'elle était considérée comme relevant de la politique française exclusivement. De même, la frontière entre la Palestine et la future Jordanie était censée relever des affaires britanniques (elle a été fixée en 1922 dans un texte britannique, le mémorandum transjordanien), ainsi que la frontière entre le protectorat britannique de Transjordanie et l'Irak. Quant à la frontière entre la Syrie sous mandat français et l'Irak sous mandat britannique (appelé Mandat britannique en Mésopotamie), elle a été tracée en 1920 puis redéfinie en 1932 au moment de l'accès de l'Irak à l'indépendanceLeague of Nations, Report of the Commission entrusted by the Council with the Study of the Frontier between Syria and Iraq, C. 578. M. 285. 1932. VI, Geneva, September , 1932.
L'accord Paulet-Newcombe de 1923 tire son nom des deux lieutenants-colonels chargés de cartographier précisément les frontières et de rédiger l'accord : le lieutenant-colonel français N. Paulet et le lieutenant-colonel britannique The Seven Villages: Origins and Implication, Nicholas Blanford.
Accords franco-britanniques antérieurs thumb|Carte des accords secrets Sykes-Picot conclus entre le Royaume-Uni et la France en 1916 ; les zones bleue et A sont « françaises » ; les zones rouge et B sont « britanniques ». Accords Sykes-Picot de 1916
La ligne séparant les zones sous contrôle britannique et français dans la région a été définie par les deux grandes puissances coloniales européennes pour la première fois dans le cadre de l'accord Sykes-Picot de 1916.
Les frontières tracées de manière schématique en 1916 ont été par la suite précisées ou modifiées en fonction de rapport des forces militaires sur le terrain et au gré des négociations. Ainsi par exemple la Palestine qui, selon les accords de 1916, était censée devenir une zone internationale sous le contrôle de la France, de la Grande-Bretagne, de la Russie, de l'Italie, et d'un représentant arabe, a été cédée en définitive aux Britanniqueshttps://truman.huji.ac.il/sites/default/files/truman/files/AtlasFrench.pdf.
L'armée britannique a occupé la Palestine et la Syrie à la fin de la Première Guerre mondiale et, en 1920, l'armée française a envahi la Syrie. Le , les Français confirment aux Britanniques qu'ils respecteront la ligne Sykes-Picot et ne déplaceront aucune force militaire vers le sud (vers la zone « B »).
Accord préliminaire de décembre 1920 La frontière entre les futurs mandats britannique et français a été déterminée en termes généraux dans la "Convention franco-britannique sur certains points liés aux mandats pour la Syrie et le Liban, la Palestine et la Mésopotamie" de 1920, signée par Charles Hardinge, ambassadeur britannique en France, et Georges Leygues, ministre français des Affaires étrangères, le à ParisText available in American Journal of International Law, Vol. 16, No. 3, 1922, 122–126.Text available in .
Voici le tracé de la frontière prévu en 1920, qui demeure présenté de manière schématique : « la frontière devait d’abord suivre le Tigre, depuis Jazirat Ibn Umar (Cizre) jusqu’à la limite des anciens vilayets de Diyarbakir et de Mossoul, et de là jusqu’à une localité appelée Rumaylan Köy. Elle se dirigeait ensuite en ligne droite vers l’Euphrate qu’elle franchissait à Abu Kamal, avant de rejoindre la localité d’Imtan dans le sud du Djebel Druze. Entre ce dernier point et le chemin de fer du Hedjaz, qu’elle rejoignait à Nasib à au sud-est de Darca, la frontière traversait le djebel Druze en laissant en zone britannique tout le piémont méridional du massif. Elle suivait ensuite la voie ferrée et la vallée du Yarmouk. Plus à l’ouest enfin, la convention introduisait un certain nombre de retouches par rapport aux accords Sykes-Picot, au profit de la Palestine britannique et de la colonisation sioniste (région de Safed et de la Houla) »Jean-David Mizrahi, Chapitre X. « Effervescence frontalière et resserrement de la tutelle mandataire » In : Genèse de l’État mandataire : Service des renseignements et bandes armées en Syrie et au Liban dans les années 1920 [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2002, lire en ligne. . DOI : https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.45426.
Cet accord divise les hauteurs du Golan et en place la majeure partie en Syrie, donc dans la zone française, et une petite partie en Palestine dans la zone britannique, point qui sera modifié en 1923, le Golan devenant alors entièrement syrienSous l’Empire ottoman, le plateau du Golan se trouvait dans la province ou vilayet de Syrie, plus précisément dans le district ou sandjak de Damas. Selon le professeur de géopolitique Pierre Berthelot, en 1920, « les puissances mandataires modifient cette situation et brisent l’unité géographique de la sous-zone constituée par le Golan, dès lors partagée entre une partie occidentale au Nord du lac de Tibériade, désormais majoritairement situé en Palestine, la Syrie se voyant cependant attribuer une portion du lac (environ un tiers) et la plus grande partie du plateau à l’Est », BERTHELOT Pierre, « Le Golan : statu quo ou restitution ? », Politique étrangère, 2010/3 (Automne), . DOI : 10.3917/pe.103.0647. URL : https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2010-3-page-647.htm .
Le traité a établi une commission mixte pour régler les détails précis de la frontière et la marquer sur le terrain<ref>La commission de 1932 a conclu que l'accord de 1920 avait été établi sur la base de la "British International 1: map publiée en 1916 et révisée en 1918", anciennement connue sous le nom de carte Asia 1: . Projection de la carte internationale compilée à la Royal Geographical Society sous la direction de la Section géographique, état-major. Dessiné et imprimé au War Office, 1916, aujourd'hui connu sous le nom de "GSGS 2555", League of Nations, Report of the Commission entrusted by the Council with the Study of the Frontier between Syria and Iraq, C. 578. M. 285. 1932. VI, Geneva, September , 1932</ref>.
Accord de mars 1923 L'accord Paulet-Newcombe confirme certains points de l'accord franco-britannique de 1920, et en modifie d'autres en fonction de l'évolution du poids des deux puissances mandataires sur la scène internationale et en fonction des enquêtes menées sur le terrain ; il apporte des précisions sur l'accès à l'eau, un des points névralgiques des négociations.
Frontière libano-palestinienne devenue israélo-libanaise vignette|redresse=2|Carte des Nations unies du Liban du Sud (août 2006). La frontière suit la ligne Paulet-Newcombe de 1923. Elle part de Ras al-Naqoura-Rosh HaNikra à l'ouest, et monte jusqu'à un point de jonction des frontières près de Al Ghajar à l'est. vignette|gauche|Le Doigt de Galilée sur la frontière nord de la Palestine mandataire / d'Israël. Le mouvement sioniste plaide auprès de la Grande-Bretagne pour que l'accord de 1920 soit modifié dans le sens d'un agrandissement de la Palestine mandataireMarwa Daoudy, « Le long chemin de Damas. La Syrie et les négociations de paix avec Israel », L e s É t u d e s d u C E R I, N° 119 - novembre 2005, p.12, . Les sionistes voulaient absorber dans la Palestine sous mandat britannique le fleuve Litani (dans l'actuel Liban), ainsi que la rivière Hasbani (actuel Liban), où ils avaient projeté d'installer une centrale hydroélectrique. La frontière idéale des sionistes partait de Sidon (Saïda dans l'actuel Liban) sur la côte méditerranéenne, au nord de la frontière finalement tracée en 1923« In its memorandum of 3 February 1919 to the peace conference, the Zionist Organisation had set the northern borders of the ‘national homeland for the Jews’ at Sidon and the ‘elbow of the Litani’ » , , et s'étendait à l'est jusqu'à Rashaya (dans l'actuel Liban), ensuite elle redescendait tout en intégrant en Palestine le mont Hermon (Jabal ash-Shaykh, dans l'actuel Liban), le Golan (revenu à la Syrie), et l'actuelle Jordaniehttps://www.durham.ac.uk/media/durham-university/research-/research-centres/ibru-centre-for-borders-research/maps-and-databases/publications-database/boundary-amp-security-bulletins/bsb8-4_eshel.pdf. La Grande-Bretagne n'a pas suivi sur ces points les revendications sionistes, et a convenu avec les Français que la frontière libano-palestinienne passerait plus au sud, comme prévu en 1916 et 1920« British and Zionist maximalist demands called for inclusion of the Litani River and Mount Hermon within the aspired boundaries of Palestine. The first boundary delimitation treaty, however, signed on December 23, 1920, left both within French-controlled areas.», Asher Kaufman, Contested Frontiers in the Syria-Lebanon-Israel Region: Cartography, Sovereignty, Conflict, Washington, Woodrow Wilson Center Press with Johns Hopkins University Press, 2014, .