Pierre Fortaner Paul de Cazenove de Pradines, né le à Nantes et mort le à Boulogne-Billancourt, est un as français de la Première Guerre mondiale, crédité de sept victoires aériennes.
Durant l'entre-deux-guerres, il s'engage politiquement dans l'Action Française. Mobilisé brièvement en 1939-1940, il passe le reste de la guerre sans s'impliquer dans la collaboration ou la Résistance. Il tente toutefois de reprendre du service dans l'armée de l'air en 1945, sans succès. Pierre de Cazenove de Pradines se tient jusqu'à la fin de sa vie à l'écart de ses homologues as, ne participant jamais aux réunions de l'association des as de 14-18, fondée par Léon Vitalis.
Biographie
Jeunesse alt=Portrait peint d'un homme barbu portant un manteau sombre.|gauche|vignette|Édouard de Cazenove de Pradines. Pierre Fortaner Paul de Cazenove de Pradines naît le à Nantes. Il est issu d'une vieille famille aristocratique française. Son grand-père, le comte Édouard de Cazenove de Pradines, né en 1838, fervent royaliste et secrétaire particulier du comte de Chambord, prétendant légitimiste à la couronne de France. Participant à la guerre de 1870 où il perd un bras, Édouard de Cazenove est élu député du Lot-et-Garonne en 1871 et siège à l'extrême droite parmi les monarchistes intransigeants qui œuvrent pour le retour d'un roi de France. L'intransigeance du comte de Chambord, qui refuse tout compromis avec les symboles républicains, comme le drapeau tricolore, empêche définitivement ce retour à la monarchie des Bourbons. Le comte Édouard de Cazenove de Pradines poursuit néanmoins une carrière politique au début de la Troisième République. Battu aux élections de 1876, il se retire brièvement de la vie politique à la mort du comte de Chambord en 1883 et est réélu député dans la circonscription de Nantes en 1884. Réélu en 1885, 1889 et 1893, il est également conseiller général et maire de Grandchamp-des-Fontaines. Il meurt en 1896 et peut ainsi rencontrer son petit-fils Pierre, né deux ans avant sa mort. Le grand-père laisse le titre de comte à son fils aîné Henri, né en 1867, qui, bien que filleul du comte de Chambord, n'a pas l'activité politique de son père et se contente de vivre en rentier, gérant la fortune familiale. Il épouse Juliette Boscals de Réals, sœur du général Charles-François Boscals de Réals et petite-nièce de Jules de La Gournerie. Leur fils unique, Pierre, connaît donc une enfance très aisée. Il recevra le titre de comte à , à la suite de la mort de son père, décédé prématurément à l'âge de en 1908. Comme son grand-père, il s'intéresse à la politique et rejoint dans sa jeunesse le mouvement politique royaliste de l'Action française mené par Charles Maurras. Outre la politique, le jeune homme s'intéresse à l'aviation naissante, dont il suit les pionniers dans la presse. Bien qu'il grandisse dans un environnement très patriote et de tradition militaire, Pierre de Cazenove de Pradines n'envisage pas de carrière dans ce domaine. La fortune familiale dont il a hérité lui permet de commencer des études : il obtient son baccalauréat et étudie l'anglais et l'allemand, deux langues qu'il maîtrise très bien. Il entreprend ensuite des études de droit et de sciences politiques, se destinant au concours de l'Inspection des finances.
Première Guerre mondiale
Cavalerie La Première Guerre mondiale éclate alors que Pierre de Cazenove de Pradines est encore étudiant, en août 1914. Malgré son âge, il n'est pas en train d'effectuer son service militaire à ce moment, car il avait été ajourné pour un défaut de poids au début de l'année. Il cherche cependant à s'engager, mais éprouve des difficultés à le faire. Alors qu'il réside à Agen lors du début de la guerre, il se heurte au refus du capitaine d'un bureau de recrutement, arguant que la guerre sera . Ce n'est finalement que le qu'il parvient à s'engager pour trois ans dans un bureau de recrutement de Rennes. Il est alors affecté comme soldat de au régiment de dragons. Après une formation qui ne lui pose aucun problème (il est déjà bon cavalier), Pierre de Cazenove de Pradines est envoyé au front en mars 1915.
Il est alors déçu par les missions qui lui sont proposées : les cavaliers sont rendus inutiles par la guerre de tranchées, et leur armement léger (uniquement des mousquetons et aucune mitrailleuse) les empêche de monter en première ligne. Cazenove de Pradines sert donc uniquement à la garde des tranchées de deuxième ligne. Peu de temps après, il est muté au de hussards. Il sert un temps comme estafette auprès du d'armée avant de rejoindre le gros de son régiment sur le front d'Argonne, où il reprend les missions de garde, qu'il juge ennuyantes. Promu brigadier le , Pierre de Cazenove de Pradines cherche une première fois à être transféré dans l'aviation, sans recevoir de réponse. Après une nouvelle promotion au grade de maréchal-des-logis le , Pierre de Cazenove demande une mutation dans l'infanterie, lorsque sa demande de transfert dans l'aviation émise en juin est finalement acceptée.
Aviation Le , Pierre de Cazenove de Pradines est muté au d'aviation de Dijon pour sa formation initiale. Il y reste pendant deux mois pour un enseignement théorique, apprenant selon ses propres termes. Il est ensuite envoyé à l'école Farman de Chartres vers le mois de mai. Là, il perfectionne ses connaissances théoriques et apprend à piloter un Farman MF.7. Il obtient son brevet de pilote militaire () le , puis se rend à l'école d'Avord le .
Il s'y entraîne sur divers types d'avions, dont des Blériot XI et des chasseurs Nieuport, puis part à Cazaux pour un stage de tir de deux semaines. Il termine sa formation de pilote à l'école de voltige de Pau et, après un passage au Groupe des divisions d'entraînement, est officiellement affecté à l'escadrille le . Il s'agit d'une nouvelle escadrille de chasse formée sur l'aérodrome de Villacoublay, composée pour moitié de pilotes fraîchement sortis de l'école et pour moitié de pilotes expérimentés transférés d'autres escadrilles du front. Elle est équipée de chasseurs , ainsi que de quelques biplaces pour la reconnaissance. Pierre de Cazenove de Pradines se voit attribuer un de ces biplaces, avec lequel il se rend sur l'aérodrome de Fontaine, près de Belfort, où l'escadrille est affectée. Il est l'un des seuls à arriver à bon port : le mauvais temps a dispersé le reste des pilotes au cours du trajet. gauche|vignette|Les pilotes de l'escadrille N81 en janvier 1917, posent devant leur premier . Pierre de Cazenove de Pradines tente de monter sur le moteur du SPAD. Au sol, les autres membres de l'unité, de gauche à droite : Félix Estienne (mitrailleur), Xavier Boiteux-Levret (tué au combat le ), Maurice Rivière (disparu au combat le ), Henri Caillou (tué dans un accident le ), Maurice Mandinaud (commandant, + 1 probable, tué au combat le ), Georges Maillan (, quitte l'unité le ), Joseph Deboste (mitrailleur), Jacques Leps (futur commandant, et 4 probables), Aimable Gayon (mitrailleur), Achille Plaisir (, blessé au combat le et quitte l'unité). L'escadrille est au complet quelques jours plus tard. Elle cohabite sur son aérodrome avec l', présente dans la région depuis plus d'un an. Pierre de Cazenove de Pradines ses quatre premières missions sur le front avec son et un observateur. Peu de temps après, il réussit à obtenir un , qu'il inaugure le en allant narguer les Allemands au-dessus de leur aérodrome de Habsheim. Cette sortie (que Cazenove de Pradines effectue avec un autre jeune pilote) se termine brutalement lorsque les deux Français sont attaqués par cinq chasseurs allemands. Touché au moteur, Cazenove de Pradines est contraint de se poser dans le no man's land de la ligne de front, parmi les cratères et les barbelés. Récupéré par des fantassins français et mis à l'abri dans leur tranchée, il réussit à regagner sa base indemne, tout comme son camarade d'expédition. Au lieu de la punition qu'il attendait pour avoir perdu un avion, Pierre de Cazenove de Pradines est simplement réprimandé par son chef d'escadrille, qui n'est pas mécontent de l'agressivité du jeune pilote. Il reçoit même deux citations : l'une à l'ordre de l'Aéronautique militaire et l'une à l'ordre du d'infanterie (qui l'a recueilli et dont le colonel tenait à le féliciter). Le pilote allemand crédité pour la victoire sur Cazenove de Pradines est Ernst Udet, qui remporta au cours de la guerre et fut plus tard l'un des maîtres d’œuvre de la montée en puissance de la Luftwaffe.
Peu de temps après, l'escadrille reçoit ses premiers . Ces appareils récemment mis en service présentent de nombreux problèmes de moteur. Lors d'une sortie sur SPAD, Cazenove de Pradines est obligé de rentrer en raison de ces problèmes et laisse son chef d'escadrille terminer seul la patrouille. Ce dernier sera abattu par un chasseur allemand.
En , l'escadrille N81 quitte les Vosges pour rejoindre La Noblette en Champagne, où elle soutient l'attaque de la plaine champenoise lancée parallèlement à l'offensive Nivelle sur le Chemin des Dames. Les combats aériens sont intenses dans la région et le , Pierre de Cazenove de Pradines perd un ami (celui avec lequel il était allé provoquer les Allemands en mars). Ce dernier est tué par une trajectoire d'obus de mortier qui a brisé en deux son appareil. C'est toujours dans le secteur de la Champagne que Pierre de Cazenove de Pradines remporte sa première victoire aérienne en abattant un avion allemand près de Reims le ..
Il est promu au grade d'adjudant le . Presque un mois plus tard, il remporte sa deuxième victoire en abattant un drachen à l'aide de balles au phosphore (après avoir échoué à toucher sa cible avec des fusées Le Prieur).
Cette victoire lui vaut une permission, du au . Après être revenu au front, Pierre de Cazenove de Pradines remporte contre un Halberstadt C sa troisième victoire le . Le , il obtient sa quatrième victoire dans le secteur de Verdun. Le du même mois, Cazenove de Pradines devient officiellement un as en participant à la destruction d'un biplace de reconnaissance allemand. Ce dernier était ce que les pilotes français des environs appelaient le , un imposant biplace de reconnaissance qui pénétrait à heure fixe les lignes françaises. Trop haut pour les canons anti-aériens et les chasseurs français, il n'était généralement pas inquiété. Mais Cazenove de Pradines et un autre pilote tentent quand même de l'approcher, sans grand espoir de pouvoir atteindre son altitude. Le pilote allemand prend peur à leur vue, pique, et commet l'imprudence de se mettre au niveau des chasseurs, où il est vulnérable en raison de sa lenteur. Les deux Français finissent par abattre le biplace après plusieurs passes. Le mitrailleur est éjecté dans les airs et tombe dans un bois. Huit kilomètres plus loin, l'avion allemand s'écrase sur le dos, ce qui tue également son pilote sur le coup.
Pour cette victoire, Pierre de Cazenove de Pradines ne sera toutefois pas cité dans le communiqué aux armées, comme c'est normalement le cas pour les pilotes ayant remporté cinq victoires : le seuil vient en effet d'être relevé à dix victoires. Il est cependant décoré de la médaille militaire le et bénéficie d'une permission du au . Dès le lendemain de son retour au front, il est grièvement blessé : au cours d'un affrontement avec un DFW, une balle explosive lui transperce le tibia gauche. Il réussit cependant à poser son , in extremis avant de s'évanouir. vignette|Pierre de Cazenove de Pradines. Cette blessure vaut à Cazenove de Pradines sa à l'ordre de l'armée, ainsi qu'une longue convalescence. Promu au grade de sous-lieutenant le , il accorde une interview au journaliste Jacques Mortane, qui la publie dans sa revue La guerre aérienne illustrée de .