Le Requiem en do majeur (CG80) est un requiem composé par le compositeur français Charles Gounod à partir de 1891 jusqu'à sa mort. Il s'agit non seulement de sa dernière messe de requiem mais aussi de sa dernière œuvre.
Historique Motif de composition Avant que Charles Gounod ne parachève cette œuvre, trois messes de Requiem furent composées par le compositeur, qui était l'un des rares musiciens du à écrire de nombreuses messes en polyphonie. Le , un de ses petits-fils, Maurice Gounod, mourut à l'âge de quatre ans, à la suite d'une maladie infectieusep. viii, note . À cause des querelles de famille, son enterrement eut lieu dans un cercle familial très limité, ce qui attrista Gounod. La perte était telle qu'à partir de cet événement, le compositeur commença à concevoir une nouvelle messe des défunts.
Premier achèvement On ne sait pas quand Gounod prit la plume pour cette œuvre. La première date précisée se trouve dans un catalogue des enchères de l'Hôtel Drouot contenant le manuscrit autographe du Requiem, dans lequel Gounod a noté : « fin . Jour des Rameaux »p. viii, note . Cette partition autographe en version pour orchestre y fut présentée le Notice Bnf .
Remaniements sans arrêt En admettant qu'il ait composé cette œuvre « À la mémoire de mon Petit-Fils Maurice GounodPartition publiée par les Éditions Choudens en 1895 », elle fut finalement dédiée à la Société des concerts du Conservatoire de Paris. Dans une lettre datée du et destinée aux membres du comité, il précisait : « Je viens [de] demander à la Société des concerts si elle veut bien me faire l'honneur non pas de faire entendre, il serait trop tard cette année, mais d'en accepter la dédicace et de l'exécuter l'an prochain, que je sois ou non de ce mondep. viii, note . » Vraiment, Gounod sentait que la fin de sa vie approchait. C'est la raison pour laquelle au début, « Messieurs, » écrivit-il, « je viens de mettre la dernière main à une messe de Requiem, ma dernière œuvre sans douteJoël-Marie Fauquet, livret du disque Arion ARN38443, 1974, consulté en ligne le 17 novembre 2022. » C'est avec cette lettre que la partition autographe fut expédiée à l'association.
Chant du cygne de Charles Gounod thumb|upright=0.9|Le Requiem en do majeur fut parachevé en octobre 1893, juste avant sa mort, en tant que chant du cygne de Charles Gounod. Auparavant, cette œuvre, posthume, était considérée comme composition achevée en 1891. Or, récemment, une note fut découverte dans les archives de la Bibliothèque nationale de France. Il s'agit de celle d'une partition de ce requiem, utilisée en 1943 en faveur du concert mémorial, au moment du anniversaire de la mort du compositeur.
En fait, Charles Gounod a remanié cette messe de requiem jusqu'à son décès. En , Henri Büsser, son disciple fidèle, fut prié de venir le revoir, de sorte que soit remise la partition du Requiem dont l'instrumentation avait été définitivement terminée. Büsser fut chargé de faire une réduction pour orgue. Le , le compositeur, jouant le piano, et sa fille Jeanne de Lassus († 1946)Notice Bnf chantèrent l'œuvre, devant Büsser. À peine avait-il quitté la maison que Charles Gounod subit un accident vasculaire cérébral qui causera son décès trois jours plus tard.
Premières représentations Par la Société des concerts du Conservatoire Cette Messe de requiem fut créée, selon l'intention du défunt, au Conservatoire de Paris l'année suivante. Il s'agissait de deux exécutions dans le cadre du Concert spirituel pendant la Semaine sainte. En raison de la nature de l'œuvre, les dates avaient soigneusement été choisies : les Vendredi saint 23 et Samedi saint . Paul Taffanel dirigea cette exécution. Henri Büsser, qui résidait à la Ville éternelle comme lauréat du prix de Rome, avait été rappelé par Taffanel qui avait besoin de ses conseils pour la représentationGérard Condé, Charles Gounod, p. 447, 2009 . Deux cantatrices chantèrent les voix de soprano et d'alto.
Or, cette création n'attira guère l'attention des Parisiens. La veille, les journaux parlaient des représentations de Richard Wagner, d'Edvard Grieg, notamment la première représentation deTristan et Iseult en françaisLe Gaulois, - 3, le 22 mars 1894 . Quoi qu'il en soit, la création eut lieu dans la solennité, en rendant hommage au compositeur.
À l'église de la Madeleine de Paris en grande pompe Ces représentations furent suivies d'une autre qui était plus importante. C'était la messe d'anniversaire, ou "du bout de l'an", de Charles Gounod, célébrée à l'église de la Madeleine de Paris le . Il ne s'agissait pas d'un concert spirituel, mais d'une véritable commémoration religieuse, effectuée en grande pompe, car on compta 120 choristes et instrumentistes. Comme les voix de femmes n'étaient pas encore autorisées dans les célébrations catholiquesL'interdiction de la voix féminine était une longue tradition auprès des églises occidentales. En ce qui concerne l'Église catholique romaine, c'était l'encyclique Musicæ sacræ disciplina du pape Pie XII, publiée en 1955, qui l'autorisa officiellement., de chœur environ chantèrent la partie de soprano. Parmi eux, deux enfants chantèrent les soli de soprano. Des membres masculins de l'Opéra national de Paris, de l'Opéra-comique et des musiciens du Conservatoire de Paris participèrent également pour renforcer toutes les autres voix. La Messe de requiem en do majeur fut dirigée, bien entendu, par le chef de chœur de la Madeleine, Gabriel Faurép. viii - ixLette de Gabriel Fauré datée du 15 octobre 1894, destinée à Camille Saint-Saëns . Avec ces conditions, l'exécution n'était pas convenable. Théodore Dubois, quant à lui, avait été chargé de jouer l'orgue.
Quelle que soit la qualité de l'exécution, ce jour-là il s'agissait d'un grand événement de Paris. Une fois la date fixée, Giuseppe Verdi et son ami Ambroise Thomas avaient décidé de participer à cette célébration. Or en octobre, le président de la République française avait prié Verdi à déjeuner à midi de ce même jour. La dévotion du compositeur italien avait finalement fait repousser au lendemain cette honorable invitation de repas. Et grâce aux indications rapportées par Verdi, au commencement du Dies iræ, l'église accueillit le ministre de l'Instruction publique Georges Leygues et le sous-secrétaire d'État Henry Roujon en tant que représentants de l'ÉtatLe Gaulois, le 18 octobre 1894, articles Souvenir de Verdi d'Ambroise Thomas sur Gounod () et Nécrologie () .
Le journal Le Gaulois présenta, le lendemain, la longue liste des personnalités qui avaient assisté à la messe : presque tous les curés de Paris, Alexandre Dumas (fils), Jules Barbier, Camille Doucet, Louis Gallet, Charles Lecocq, Fernand de Schickler, Carolus-Duran, Raoul Madier de Montjau, Francisque Delmas, Tony Robert-Fleury, William Bouguereau, Édouard Detaille, Louis-Ernest Barrias, Pierre Puvis de Chavannes, Victorin de Joncières, Pedro Gailhard, Eugène Bertrand, Léon Carvalho, Gaston Bérardi, Albert Cahen, Camille Bellaigue, Eugène Ritt, Jean-Baptiste Weckerlin, Maurice Paléologue, Arthur Meyer, Guillaume Dubufe ... thumb|center|Église de la Madeleine à l'époque où Charles Gounod mourut (vers 1900). Il est à noter que, parmi les nombreuses églises parisiennes, celle de la Madeleine a une particularité, car elle a célébré des obsèques nationales pour deux musiciens distingués. En France, c'est rare. D'une part, il s'agit de celles de Charles Gounod, décrétées par le gouvernement le 21 octobre 1893Bulletin des lois, n° 27262, le 28 octobre 1893 et célébrées le 27 octobre. D'après la volonté du défunt, la messe de Requiem a été chantée en grégorien. Le chœur a été dirigé par Gabriel Fauré. D'autre part, les deuxièmes obsèques nationales ont été celles de ce dernier, avec sa propre Messe de Requiem. La célébration y eut lieu le 8 novembre 1924.
Lettre de Gabriel Fauré écrite après la messe "du bout de l'an" et expédiée à Anna Gounod, veuve de Gounod (octobre 1894) « Combien ces souvenirs me sont précieux, chère Madame, et combien m'est précieuse la bonté si grande, si généreuse et si indulgente que vous me témoignez ! Mais quel regret que des éléments de qualité trop différentes m'aient privé d'atteindre la perfection que j'aurais souhaitée, que j'entends dans ma tête et dans mon cœur mais que je ne puis, hélas obtenir ! J'ai vécu avec bonheur dans cette œuvre si belle et j'y ai encore beaucoup appris. C'est donc moi qui vous dois des remerciements toujours et je vous prie de vouloir bien les accepter avec l'expression de mon affection bien respectueuse et reconnaissanceLettre de Gabriel Fauré datée vers 20 octobre 1894 . »
Postérité Le a été célébré le anniversaire de la disparition de Gounod. À l'église de la Madeleine, eut lieu un concert officiel en hommage au disparu, sous la direction d'Henri Büsser (1872-1973, qui avait déjà participé aux trois exécutions de 1894 !) qui dirigea l'Orchestre national (futur Orchestre philharmonique de Radio France). Selon les renseignements de l'Institut national de l'audiovisuel et de Radio France, ce concert du Requiem en do majeur fut directement diffusé par la radiop. ix, note .
Or, devant la popularité du Requiem de Gabriel Fauré, qui connut de nombreux concerts, enregistrements et publications de sa partition, cette œuvre posthume de Gounod tomba dans l'oubliNotamment, Nadia Boulanger, en exil aux États-Unis, promut l'œuvre de son professeur, en effectuant de nombreux concerts pour les victimes de la Deuxième guerre mondiale. Ce qui fit gagner une immense popularité au Requiem de Fauré parmi les Américains..
C'est en 1978 que Joachim Havard de la Montagne, maître de chapelle de l'église de la Madeleine, fit paraître le premier enregistrement de l'œuvre de son ancien prédécesseur. Encore fallut-il attendre les années 1990 pour que d'autres musiciens contribuent à redécouvrir ce chef-d'œuvreL'oubli était tel que le disque de Francis Bardot sorti en 1996 manifestait, mais par erreur : « Premier enregistrement mondial » (site Discog).
L'année 2018 a été celle du anniversaire de la naissance de Gounod. Le à la Madeleine, Francis Bardot dirigea le Requiem avec un grand chœur, composé de son chœur d'enfants d'Île-de-France et de plusieurs chorales américainesWarwick Valley Chorale, Paris 2018 .
Versions Version originale Charles Gounod ne composa que la version pour 4 solistes, chœur à 4 voix, orgue et orchestre.
Transcriptions confiées à Henri Büsser D'après la volonté du compositeur, Henri Büsser fut chargé d'effectuer une transcription pour orgue seul. Cet élève de Gounod acheva finalement trois versions, basées sur la version originale : (édition A) chœur à 4 voix, 4 solistes (SATB) et piano (édition B) chœur à 4 voix, 4 solistes (SATB) et orgue (édition C) 2 voix égales et orgue ou grande orgue C'est en 1895 que ces transcriptions de Büsser furent publiées chez Choudens à Paris. version pour piano : éditions Choudens 1895
Structure Si l'œuvre garde par essence le texte de la messe de requiem catholique, selon la foi du compositeur, on compte quelques particularités. Malgré sa longue élaboration de l’œuvre, Gounod n'avait pas eu l'intention de compléter le texte liturgique. Tout comme celui de Gabriel Fauré, le Pie Jesu est chanté lors de l'élévation. Il s'agit d'une tradition en France depuis le Requiem des rois de France d'Eustache Du Caurroy. Au contraire, dans cette messe manquent le Graduale "Requiem æternam" et lOffertorium "Domine Jesu Christe rex gloriæ".
Introït et Kyrie- Introït (chœur)- Kyrie (chœur) Séquence- Dies iræ (chœur)- Liber scriptus (chœur)- Quid sum miser (ténor et basse en soli)- Rex tremendæ majestatis (chœur)- Recordare (soprano solo et chœur)- Quærens me (soprano, contralto, ténor et basse en soli)- Juste judex (chœur)- Lacrimosa (chœur) Sanctus (chœur) Benedictus (soprano et ténor en soli ainsi que chœur) Pie Jesu (soprano, contralto, ténor et basse en soli ainsi que chœur) Agnus Dei et Communion- Agnus Dei (chœur)- Communion (chœur)