Edme-François Darigrand - alias "Jean-Baptiste" - est un juriste, écrivain et poète français, ex-employé de la Ferme Générale devenu avocat au Parlement de Paris, né aux alentours de 1735 et mort le à Paris.
Biographie
Enfance et Jeunesse (circa 1735-1759)
Peu de choses sont connues des premières années d'Edme-François Darigrand, sinon de sa jeunesse : probablement né dans les années 1730, on lui attribue généralement 1735 comme année de naissance..
Darigrand, également orthographié "d'Arigrand", grandit dans une région viticole de France, au sein d'une famille de la petite noblesse provinciale. Il est alors promis à une carrière comme agent de la puissante Ferme Générale, dans la régie des GabellesCharles-Louis Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, T.4, Jouaust et Sigaut, à Paris, 1888-89, p. 188.Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, ou Biographie de tous les hommes morts et vivants ayant marqué, à la fin du XVIIIe siècle et au cours de celui actuel par leurs rangs, leurs emplois, leurs talents, leurs écrits, leurs malheurs, leurs vertus, leurs crimes, etc., T.10, Nouvelle Edition, à Paris, 1855, p. 132 à l’entrée « Darigrand » premier paragraphe - bien que d'autres sources, minoritaires, soutiennent qu'il s'agissait de celle des Aides.
Il finit par quitter la Ferme, en raison d'un avancement qui lui aurait été refusé. Cette démission pourra également trouver une explication dans sa révulsion des pratiques de l'institution financière, qu'il exposera et combattra pour le restant de sa vie.
Première période parlementaire (1759-1763) Edme-François Darigrand loge à l'année 1759 à Paris au 12b rue des Noyers "vis-à-vis rue des Anglois" - l'actuel boulevard Saint-Germain - et se voit inscrit au Parlement de Paris au comme avocat, mais n'ayant rang qu'à partir du Cf. Nouveau tableau des avocats au Parlement, leurs demeures, & leurs bancs au palais. Mis au greffe de la Cour, par Me Jean-Baptiste Boys de Maisonneuve... le 9 may 1769. Avec les règlements & arrêts sur la fonction des avocats, ..
Sitôt entré au Parlement, Darigrand ne cache pas son hostilité à la Ferme Générale, qu'il combat tant par le verbe dans ses plaidoiries, qui lui font remporter un grand nombre de procès contre les financiers, que par la plume dans ses mémoires où il dénonce "ruses" et "fraudes" des Fermiers auprès de ses collèguesAdrien Richter, Vies des Surintendans des Finances et des Contrôleurs-Généraux, Depuis Enguerrand de Marigny jusqu’à nos jours. Volume III, Chez Debray, à Paris, 1790, ..
Dans l'enceinte parlementaire, il côtoie notamment l'avocat Simon-Nicolas-Henri Linguet et le conseiller au Parlement, l'abbé Terray, lui-même issu d'une lignée de Fermiers Généraux. La relation avec Terray se dégrade à l'occasion d'au moins deux affaires qui opposèrent directement les deux hommes.
La première vit un homme injustement interné à l'institut d'aliénés de Bicêtre à l'instigation de Fermiers Généraux, qui une fois libéré plaida sa cause jusque devant la Cour des Aides du Parlement de Paris ; Darigrand apporta son soutien à la Cour, tandis qu'elle désavoua les tentatives de Terray pour faire annuler le premier jugement, défavorable aux Fermiers. La seconde affaire portait sur un énième mémoire de Darigrand contre la Ferme, que Terray amena devant le Bâtonnier afin d'en obtenir la rature du nom de son auteur au tableau de l'Ordre des Avocats, l'excluant alors du Parlement ; le Bâtonnier lut l'ouvrage devant les avocats réunis et une grande majorité se prononça en faveur de Darigrand, dont on fit l'éloge du mémoire.
La résidence de Darigrand est alors enregistrée « rue Gillescoeur ».
L'écriture de Darigrand finit par dépasser les murs du Parlement en 1763 à la faveur d'une discussion sur une œuvre sensation de l'époque, les Richesses de l’État, de Roussel de la Tour, qui alla jusqu'à susciter une réponse de Pierre Samuel du Pont de Nemours. Darigrand fait partie des publicistes répondant à l'auteur, rédigeant pour ce faire La Patrie vengée ou la Juste Balance, Conclusion des Richesses de l’État, où il propose un Plan de Richesses de l’État, la formation d'un impôt unique, de sorte à réformer les finances de la France minées à la suite de la défaite de la guerre de Sept Ans, afin de retrouver une plus grande justice sociale et prospérité.
Persistant dans cette double ambition d'une réforme du système financier de son temps grâce au Plan, et avec elle l'extinction de la Ferme Générale, Darigrand rédige en réaction à une critique contre les remontrances du Parlement de Bordeaux son célèbre pamphlet, "L'Anti-Financier". Il y développe considérablement les tenants du Plan de Richesses de l’État, notamment dans ses moyens opératifs, et établit un véritable réquisitoire au vitriol contre la Ferme Générale.
Est adjoint au pamphlet la Réponse aux Remontrances du parlement de Bordeaux, mais celui-ci est surtout précédé d'une "Épitre au Parlement de France", où Darigrand fait de l'institution parlementaire un corps uni qu'il incite à se saisir de son Plan, de sorte à éteindre la Ferme ; quitte à réécrire l'histoire de France et le rôle qu'a pu y tenir le Parlement, de sorte à légitimer a priori un coup de force parlementaire contre Louis XV pour lui imposer sa signature au Plan.
L'Anti-Financier ou Relevé de quelques-unes des malversations dont se rendent journellement coupables les Fermiers-Généraux, & des vexations qu’ils commettent dans les provinces : Servant de réfutation d’un écrit intitulé : Lettre servant de Réponse aux Remontrances du Parlement de Bordeaux. Précédée d’une Epître au Parlement de France, accompagnée de notes historiques est publié le , édité et distribué à Paris, chez Michel Lambert l'imprimeur attitré de Voltaire, mais également à Amsterdam et Amiens.
Déchéance et exil hors les murs du Parlement du Paris (1764-1775) Une lettre de cachet est signé à l'encontre de "L'auteur de l'Anti-Financier" dans le mois, et Edme-François est arrêté le avant d'être embastillé. Lambert est arrêté le lendemain. L'arrestation de Darigrand est menée par le Lieutenant de Police local, nommé de Sertine, mais est personnellement supervisée par le rival de l'avocat, l'abbé Terray.
Deux versions s'affrontent sur la réalité de l'incarcération de l'écrivain ex-avocat, celle de l'historien Adrien Richter, et la correspondance royale. La première veut que Darigrand soit resté à la Bastille deux jours, avant d'en sortir par le secours du Duc d'Orléans Louis-Philippe qui, appréciant ses écrits, aurait voulu faire de lui son avocat personnel. La seconde version veut que Darigrand ait séjourné plusieurs mois en geôles.
Darigrand resta moins d'un an en prison, toujours, car il produisit à la même année 1764 un bref opuscule intitulé L'Anthropophagie ou les Anthropophages, qui réaffirme ses idées antifinancières exprimées dans son pamphlet, et narre son exil hors les murs du Parlement de Paris, en une localité de province tenue secrète.
Le nom d'Edme-François Darigrand ne connaît alors plus que quelques sous la forme de signatures de mémoires, dont deux d'importance que sont Mémoires sur délibéré pour les officiers et soldats du régiment de Cambrésis, demandeurs, contre les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes, défendeurs, et le Mémoire pour le receveur du domaine de la généralité de Tours, rendus respectivement en 1765 et 1767. Darigrand renoue ici avec sa profession de juriste, mais en simple conseiller, ces mémoires ayant été rédigés à son compte, très probablement pour raison alimentaire.
Edme-François Darigrand disparaît à l'année 1767.
Seconde période parlementaire (1767-1789) Le nom de Darigrand revient pourtant au tableau de l'Ordre des Avocats au Parlement de Paris, dès le , mais avec un prénom différent : "Jean-Baptiste". Il s'agit pourtant bien du même homme, pour une raison évidente : Edme-François ayant fait l'objet d'une lettre de cachet, son nom fut rayé du tableau, d'où un prénom d'emprunt pour s'y réinscrire, avec la complicité passive de ses collègues avocats retrouvés, pouvant compter sur leur solidarité.
Edme-François à présent Jean-Baptiste a rang au Parlement de Paris au - décalage qui s'explique par la réforme Maupeou - et loge au 4c6b rue de la Verrerie, "près l'hôtel de Pomponne". Il continue d'officier en tant que juriste avocat, produisant un certain nombre de mémoires sur des questions fiscales et commerciales - sans perdre l'occasion de contrer l'influence de la Ferme.
L'influence de ses positions antifinancières continuaient d'infuser au sein du Parlement à la fin des années 1760 et début 1770, se manifestant notamment par une influence palpable dans les écrits de Simon-Henri-Nicolas Linguet, autant que dans la jurisprudence de la Cour des Aides et les représentations parlementaires auprès du Trône, très proches de L'Anti-Financier dans le texte.
Fort de sa réputation, Darigrand est appelé au par le Syndic de La Chapelle Saint-Denis, Gautier, à la rédaction d'un mémoire devant servir de préparation à celle des cahiers de doléances dans les faubourgs de Paris, en prévision de la tenue des États-Généraux à l'année suivante. Le fruit de cette entreprise sera le Mémoire pour servir à la confection du cahier de doléances des habitants de la Banlieue de Paris, ouvrage plus technique mais toujours en opposition à la Ferme Générale maintenant réduite en partie aux entrées de la capitale, ceinte du Mur des Fermiers Généraux. Le Mémoire sera finalement transmis aux États généraux après remise au Comte de Sannois, à l'initiative des habitants de Pantin à la mi-.
Entre-temps accusé de tenir des réunions illégales à caractère fédéraliste, Darigrand passe en jugement au mois de , se concluant sur un non-lieuAndré Vaquier, Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution. Série 1 / Fascicule 1 / publiés et annotés par Sigismond Lacroix, L. Cerf et Charles Noblet, à Paris, 1890, « Index Alphabétique » p. 270 à l’entrée « Darigrand (Jean-Baptiste) ». L'accusateur anonyme n'étant en réalité que le syndic de Montrouge, le Fermier Charles René de Parseval de Frileuse, alors fort impopulaire contrairement à Darigrand dont le Mémoire connaissait un franc succès dans les faubourgs parisiens.
Darigrand semble se retirer à cette époque de la vie publique, bien qu'on lui attribue une Adresse à l'Assemblée Nationale en 1791.
Fin de vie (1789-1810) Darigrand ne prit plus jamais de position publique de sa propre initiative, de sorte qu'il reparaît à l'occasion d'affaires judiciaires, deux au moins.
La première constitue une affaire de faux dans laquelle Darigrand est cité à témoin en 1792, la seconde une affaire de poules débouchant sur un procès où il officie en tant que juré au 28 pluviôse An IX.
On lui attribue une pétition demandant la suppression des droits d'entrée pour les marchands de vin en 1796, chose plausible en cela que le vin fut souvent pris en exemple de politique fiscale par Darigrand dans ses œuvres, dont "L'Anti-Financier".
Darigrand s'éteint dans son appartement, au 52 rue de la Verrerie, même rue où il s'était établi à son retour dans la capitale.
Les morts d'Edme-François Darigrand Louis Petit de Bachaumont annonce le premier la mort de Darigrand - orthographié "d'Arigrand" - pour le début du mois d', sans donner de source, une erreur.
Une première correction est apportée par l'historien Charles-Louis Chassin dans ses travaux historiques au sein de son livre Les élections et les cahiers de Paris en 1789. Paris hors les murs - contenant notamment le Mémoire pour les habitants de la Banlieue de Paris. Il conclut à la faute d'impression, 1771 devant se lire 1791. Une seconde erreur.