Le , un Boeing 767 cargo effectuant le vol Atlas Air 3591 pour le compte d'Amazon Air, entre l'aéroport international de Miami, en Floride, et l'aéroport intercontinental George-Bush de Houston, au Texas, s'écrase à , près de la ville d'Anahuac, lors de son approche sur Houston. Les deux membres d'équipage et le seul passager présent à bord meurent dans l'accident. Il s'agit du premier accident aérien mortel d'un Boeing 767 cargo.

L'enquête du Conseil national de la sécurité des transports américain (NTSB) attribue l'accident à une erreur de pilotage, affirmant que le copilote a subi une désorientation spatiale et a placé par inadvertance l'avion dans un piqué irrécupérable. Le commandant de bord, quant à lui, n'a pas surveillé de manière adéquate les actions de son collègue ainsi que la trajectoire de vol de l'avion. Des problèmes de formation des équipages chez Atlas Air et dans l'industrie de l'aviation commerciale aux États-Unis ont également été des facteurs contributifs à l'accident.

Avion et équipage L'avion impliqué est un Boeing 767-375ER cargo nommé , immatriculé N1217A et âgé de près de vingt-sept ans au moment de l'accident, ayant été construit en 1992.. Il est initialement commandé en version passagers par Canadian Airlines International, mais mis en service pour la première fois par China Southern Airlines en .

thumb|left|Le 767 impliqué dans l'accident, ici en service pour LAN Airlines, avec son ancienne immatriculation (CC-CRG), en avril 2007. En , il est transféré à LAN Airlines et vole pendant dix-neuf années avant d'être entreposé en à dans l'Arizona aux États-Unis. Il est par la suite converti en version cargo en 2017 et mis en service par Atlas Air pour le compte d'Amazon Air . L'avion, propulsé par deux turboréacteurs General Electric CF6-80, cumule de vol au moment de l'accident.

Trois personnes sont présentes à bord de l'avion. Le commandant de bord Ricky Blakely, âgé de , possède de vol à son actif, dont sur Boeing 767. Il rejoint Atlas Air en et devient commandant de bord sur 767 en . Par le passé, il a également été copilote sur Beechcraft 1900D ou encore commandant de bord sur Embraer ERJ 145. L'officier pilote de ligne Conrad Jules Aska, âgé de , travaille pour Atlas Air depuis et compte de vol, dont sur 767. Auparavant, il a travaillé sur Embraer EMB 120, Embraer ERJ 145 et sur Embraer 175. Une troisième personne, Sean Archuleta, âgé de et pilote chez Mesa Airlines, se trouve à bord, prenant la place du strapontin (« ») du poste de pilotage..

Accident Le vol décolle de l'aéroport international de Miami à . Par la suite, l'avion est en approche vers Houston lorsqu'il survole le bord d'un front froid, produisant une zone de conditions météorologiques de vol aux instruments (IMC) avec des nuages de type arcus et des turbulences. Le copilote demande alors un changement de direction vers le côté ouest de l'aéroport pour éviter les intempéries. Le contrôleur aérien accepte mais conseille à l'équipage d'accélérer leur descente vers ().

Dès lors, les pilotes commencent à configurer l'avion pour l'atterrissage. À , le copilote annonce la sortie des volets à la position numéro une. Vingt-neuf secondes plus tard, alors que l'avion se trouve à une altitude de () et à environ soixante-quatre kilomètres de l'aéroport, le mode de remise des gaz est activé. Le pilote automatique ordonne alors à l'avion de prendre de l'altitude et d'augmenter le régime des moteurs, mais dans le même temps, les pilotes effectuent des manœuvres pour faire descendre l'avion. Celui-ci effectue un virage serré vers le sud avant d'amorcer une descente rapide. Les témoins de l'accident ont décrit l'avion entrant à ce moment dans un piqué prononcé jusqu'à ce qu'il touche le sol.. Quelques secondes avant l'impact, les pilotes tentent de redresser le nez, mais trop tardivement. Des caméras de vidéosurveillance de la prison du comté de Chambers montrent l'avion dans une descente abrupte et en piqué juste avant l'impact... Vers , le s'écrase à l'extrémité nord de , dans le comté de Chambers, au Texas, à proximité de la ville d'Anahuac...

Peu après, la garde côtière américaine dépêche un hélicoptère et plusieurs bateaux pour rechercher des survivants. Le site de l'accident est principalement recouvert d'un marais de boue, avec une profondeur d'eau variant de zéro à de profondeur, des hydroglisseurs étant nécessaires pour accéder à la zone. Les chercheurs trouvent rapidement des restes humains et de nombreux petits fragments de l'avion et de sa cargaison.. Le plus gros morceau récupéré mesure environ quinze mètres de long. Dans le même temps, le shérif local décrit la scène comme une « dévastation totale » et suppose qu'il a été impossible de survivre à l'accident..

Le lendemain de l'accident, Atlas Air confirme que les trois personnes à bord sont décédées.. Les victimes sont d'abord identifiées sur les réseaux sociaux par des amis et des proches. Le , les corps des trois personnes ont été retrouvés et le , tous ont été identifiés avec certitude..

Enquête Premiers éléments vignette|Des enquêteurs du NTSB examinent des débris de l'avion éparpillés sur le sol.

Des enquêteurs de la Federal Aviation Administration (FAA), du Federal Bureau of Investigation (FBI) et du Conseil national de la sécurité des transports (NTSB) sont rapidement dépêchés sur le site, le NTSB menant l'enquête sur l'accident.. De plus, Boeing, Atlas Air, plusieurs syndicats de pilotes et de contrôleurs aériens ainsi que le constructeur de moteurs General Electric offrent leur assistance à l'enquête. Des équipes de plongée du (DPS), assistées par des équipes des services de police de Houston et de Baytown, sont chargées de localiser les enregistreurs de vol de l'avion.. L'enregistreur phonique (CVR) et l'enregistreur de données de vol (FDR) sont localisés début mars et transportés vers un laboratoire du NTSB pour analyse....

Le , le NTSB annonce que la prochaine réunion publique de son conseil d'administration dévoilerait la cause de l'accident.. Le NTSB dévoile lors de sa réunion tenue le que l'avion s'est écrasé en raison de la réponse inappropriée du copilote à une activation par inadvertance du mode de remise de gaz de l'avion, ayant entraîné une désorientation spatiale qui l'a amené à placer l'avion dans une descente abrupte que les pilotes n'ont pas pu récupérer..

Conclusions Environ un an et cinq mois après l'accident, le NTSB détermine la cause probable de l'accident comme étant :

vignette|Reconstitution du NTSB montrant la position de la main et du poignet gauche d'un copilote, tenant le levier des aérofreins () et activant par inadvertance le mode de remise de gaz ().

Le NTSB a constaté que la descente s'était déroulée normalement jusqu'à ce que le mode de remise de gaz soit activé et que le pilote automatique et l'automanette de l'avion aient augmenté la poussée du moteur et l'assiette comme le prévoit l'activation de ce mode. Aucun des pilotes n'a reconnu verbalement que le mode de remise de gaz avait été activé ni pris aucune mesure apparente pour le désactiver. Quelques instants plus tard, le copilote effectue des commandes de vol en piqué qui suggère une volonté de récupération d'un décrochage, mais les systèmes d'avertissement ne s'étaient pas activés et les données du FDR étaient incompatibles avec un avion en état de décrochage. Le NTSB conclut alors que le copilote a très probablement appuyé accidentellement sur l'interrupteur de remise de gaz avec son poignet gauche ou sa montre alors qu'il manipulait le levier des aérofreins situé à proximité et qu'aucun des pilotes ne s'est rendu compte que le mode de vol automatisé de l'avion avait été modifié.

Les procédures établies exigeaient que le pilote surveillant (« »), dans ce cas le commandant de bord, désengage immédiatement le pilote automatique et l'automanette et annonce les changements d'altitude et de vitesse en cas de décrochage suspecté, mais aucun des pilotes ne l'a fait. Alors que les commandes de vol du copilote étaient suffisamment agressives pour désactiver le pilote automatique, les enquêteurs ont conclu que le commandant de bord était distrait par l'exécution d'autres tâches et n'avait pas surveillé les performances de l'avion..

Le NTSB conclut également que l'avion volait probablement en conditions météorologiques de vol aux instruments (IMC) sans que le sol ne soit visible lorsque le mode de remise de gaz a été activé. Ainsi, le copilote a très probablement ressenti une illusion somatogravique à cabrer, une fausse sensation que l'on s'incline vers l'arrière lors d'une accélération inattendue vers l'avant en l'absence de repères visuels. Les pilotes dont la maîtrise du vol aux instruments est limitée ont une tendance bien documentée à ne pas tenir compte des instruments de vol et à agir instinctivement en réaction à cette illusion. Les enquêteurs concluent que les pilotes n'étaient pas en mesure de voir le sol jusqu'à ce que l'avion sorte des nuages à environ () au-dessus de la baie, moment auquel une récupération en toute sécurité après la descente abrupte était impossible.

Problèmes de formation des pilotes Le NTSB a noté que les deux pilotes avaient eu des difficultés dans leur formation. En , le commandant Ricky Blakely est déclaré inapte à un contrôle en raison de performances insatisfaisantes lors de sa qualification de type sur Boeing 767, notamment concernant la récupération des décrochages et de sa difficulté à effectuer des approches interrompues. Par la suite, il suit une formation de rattrapage, cette fois avec des résultats satisfaisants, ce qui lui permet d'obtenir sa qualification. Toutefois, malgré ses améliorations, Atlas Air le place dans un programme de veille de compétence pilote (PWP) en raison de ses difficultés en formation.

Le copilote Conrad Jules Aska a également connu des difficultés d'entraînement avec Atlas Air, encore plus que le commandant de bord. Il avait également enregistré des échecs de formation avec d'anciens employeurs, mais les premiers problèmes du copilote sont signalés en , le même mois où il rejoint Atlas Air, lorsqu'il se voit refuser un examen concernant sa qualification de type sur 767 en raison de son manque de formation. À l'issue de celle-ci, il réussit l'examen, mais après plusieurs sessions de simulateur de vol, ses difficultés avec les procédures normales persistent et il doit une nouvelle fois suivre une formation supplémentaire. En , après deux sessions sur simulateur, un de ses collègues se plaint de son attitude et ce dernier doit finalement recommencer la formation sur simulateur au départ. Au cours de ses entraînements, le copilote se caractérise par une mauvaise gestion des ressources de l'équipage (CRM) et d'un contrôle inapproprié de l'avion, un examinateur le décrivant comme stressé et manquant de conscience de la situation. Il suit une formation de rattrapage en et obtient finalement sa qualification de type sur l'avion.