LAppelée sous le nom « Operation Boot » par les Britanniques et « TP-AJAX » par les Américains (« TP » était le préfixe de pays de la CIA pour l'Iran, tandis que « AJAX » semble, plutôt prosaïquement, avoir été une référence à la marque de nettoyant ménager pour signifier que l'opération débarrasserait l'Iran de l'influence communiste). est une opération secrète menée en 1953 par le Royaume-Uni et les États-Unis, exécutée par la CIA avec le soutien du MI6 (Secret Intelligence Service), visant à renverser le Premier ministre d'Iran Mohammad Mossadegh pour le remplacer par le général Fazlollah Zahedi. Hors planification et préparation, l'exécution s'est déroulée en Iran du 15 au . L'ordre de planification vient du président des États-Unis en Gasiorowski, MJ (2013) The CIA’s TPBEDAMN operation and the 1953 coup in Iran. Journal of Cold War Studies 15(4), 4–24, et “ZENDEBAD, SHAH! ’ ’: THE CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY AND THE FALL OF IRANIAN PRIME MINISTER MOHAMMED MOSSADEQ, AUGUST 1953, History Staff, Central Intelligence Agency, Washington, DC, June 1998, "Eisenhower turn to CIA, p19", CIA, Scott A. Koch, Top secret released on 2017/12/06. Le plan élaboré par la CIA fut approuvé par le Premier ministre britannique Winston Churchill le , et par le président des États-Unis Dwight D. Eisenhower le . Le plan s'appuya sur de nombreux collaborateurs, des membres éminents du clergé, la majorité des membres du Parlement iranien et le chah, lesquels soutinrent l'armée iranienne..
Dans son discours du Caire du , le président Barack Obama a déclaré : L'opération est dirigée par deux officiers de la CIA, Kermit Roosevelt (petit-fils de Théodore Roosevelt) et Donald N. WilberLITTLE Douglas, « Mission: Impossible, the cult of covert action in the Middle-East », Diplomatic History, Volume 28, Issue 5, pages 663–701, novembre 2004, p. 669. Ce dernier travaille avec l'agent du MI6 Christopher Montague " Monty " Woodhouse à la planification de l'opération qui pour les Britanniques s'appelle « Opération Boot ». Il est fait appel aux frères Rashidian (Assadollah, Saifullah et Qodratollah) qui sont des correspondants iraniens du MI6Ruehsen, M (1993) Operation ‘Ajax’ revisited: Iran, 1953. Middle Eastern Studies 29(3), p. 467-486. Assadollah est chargé de la « manipulation » d'Ashraf Pahlavi pour qu'elle convainque son frère le shah de participer au plan. Les autres frères se chargent de la « manipulation » de la presseLouis, WR (2004) Britain and the overthrow of the Mosaddeq government. In Gasiorowski, MJ and Byrne, M (eds), Mohammad Mosaddeq and the 1953 Coup in Iran. Syracuse, NY: Syracuse University Press, 126-177.
Le successeur de Mossadegh est choisi, par les Américains et les Britanniques, en la personne du général Fazlollah Zahedi, qui fut général de la division d’Ispahan durant la Seconde Guerre mondiale, puis chef de la police de Téhéran au début du règne de Mohammed Reza Shah. Le rôle du shah consistera à désigner Zahedi comme Premier ministre une fois le gouvernement de Mossadegh renversé. Wilber insiste pour un contrôle étroit de l'opération par la CIA. Il note, à l'occasion du « plan de Londres », première étape de la planification « l’incapacité reconnue des Iraniens à planifier ou à agir de manière parfaitement logique »"What's New on the Iran 1953 Coup in the New York Times Article (April 16, 2000, front page) and the Documents Posted on the Web", By Professor Mark Gasiorowski, 19 April 2000. Par ailleurs, un rapport interne à la CIA note « L'armée iranienne est corrompue et impuissante » “ZENDEBAD, SHAH! ’ ’: THE CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY AND THE FALL OF IRANIAN PRIME MINISTER MOHAMMED MOSSADEQ, AUGUST 1953, History Staff, Central Intelligence Agency, Washington, DC, June 1998, "Eisenhower turn to CIA, p19", CIA, Scott A. Koch, Top secret released on 2017/12/06, p. 44.
Chronologie La première phase de l'opération débuta le . Asadollah Rashidian se rendit sur la Côte d'Azur pour rencontrer la princesse Ashraf. Il lui expliqua que Mossadegh représentait un danger permanent pour l'Iran et qu'elle devait convaincre son frère de le destituer. Elle se montra peu enthousiaste. Mais, ne pouvant plus subvenir à ses besoins en Europe, elle se laissa convaincre qu'une visite secrète au shah pourrait améliorer ses chances de rentrer définitivement au pays. Bien qu'interdite de séjour en Iran, la princesse Ashraf arriva à Téhéran le . Cela fâchera Mossadegh ainsi que le shah, mais elle rencontra son frère quatre jours plus tard. Toutefois, incapable de le convaincre de signer l'ordre de destitution (firman), elle quitta Téhéran le lendemain. C'est le général Norman Schwartzkopf qui continue les pressions après son départ. Entre-temps, peu-après le , le chef de station de la CIA à Téhéran, Designate Goodwin, reçoit le général Fazlollah Zahedi. Il note : « Zahedi semble manquer de dynamisme, d'énergie et de projets concrets. Il conclut qu'il devait être étroitement encadré et que les plans nécessaires devaient être élaborés pour lui »CIA Clandestine Service History, "Overthrow of Premier Mossadeq of Iran, November 1952-August 1953," March 1954, by Dr. Donald Wilber, p. 27.
Dans le cadre de la campagne de propagande anti-Mossadegh, la CIA demande une déclaration aux affaires étrangères américaines. Le , John Foster Dulles déclare « L'activité croissante du parti communiste illégal en Iran et la tolérance dont il bénéficie de la part du gouvernement iranien suscitent l'inquiétude de notre gouvernement. Ces développements rendent plus difficile l'octroi d'une aide à l'Iran »CIA Clandestine Service History, "Overthrow of Premier Mossadeq of Iran, November 1952-August 1953," March 1954, by Dr. Donald Wilber, p. 29. Il s'agit de faire passer au second plan l'origine du conflit avec les Britanniques relatif à la nationalisation de l'Anglo-Persian Oil Company.
Le , le shah rencontre le général Norman Schwartzkopf et réitère son refus de signer l'ordre de destitution de Mossadegh (firman ou décret). Il n'est pas sûr de la loyauté de l'armée. Par ailleurs, il pense que si Mossadegh poursuit sur son idée de référendum pour dissoudre l'Assemblée (Majlis), il pourra légalement, selon la constitution, le destituer. Au cours de plusieurs autres réunions les Américains tentent de vaincre son « indécision ». En effet, ils préféreraient conserver l'Assemblée dans son état actuel où il y a une majorité anti-Mossadegh. Ce dernier ne gouverne que grâce à des pouvoirs exceptionnels.
Le , Assadollah Rashidian, le correspondant iranien du MI6 obtient la promesse du shah pour la signature de l'ordre de destitution de Mossadegh.
Le , Kermit Roosevelt rencontre le shah qui n'a toujours pas signé l'ordre de destitutionCIA Clandestine Service History, "Overthrow of Premier Mossadeq of Iran, November 1952-August 1953," March 1954, by Dr. Donald Wilber, p. 34.
Le a lieu le référendum, lancé par Mossadegh, pour la dissolution de l'Assemblée. Le référendum est gagné à plus de 99 % des voix ce qui le déligitime.
Le , Rashidian rencontre de nouveau le shah, suivi le par Kermit Roosevelt. Ils obtiennent un engagement oral du shah pour s'adresser à ses militaires, et leur indiquer qu'en cas de succès d'une révolte, il nommerait Zahedi Premier ministre. En attendant, il décide de se retirer de Téhéran le pour ne pas être impliqué dans les événements.
Le , le shah est informé des noms des officiers prêts à participer à un soulèvement. Il approuve l'action, mais confirme qu'il ne signera l'ordre de destitution qu'en cas de succèsCIA Clandestine Service History, "Overthrow of Premier Mossadeq of Iran, November 1952-August 1953," March 1954, by Dr. Donald Wilber, p. 35. Face à de nouvelles pressions de la CIA et du MI6, le shah déclare qu'il signera l'ordre de destitution si on lui envoie dans sa résidence de Ramsar hors de Téhéran.
Les chefs de l'opération AJX décident de soumettre deux documents au shah, l'un pour la destitution de Mossadegh, l'autre pour la nomination de Fazlollah Zahedi en remplacement. Le soir du ces documents sont envoyés par avion au shah. Une campagne anti-religieuse avec des attentats est lancée et mise sur le « dos » du Tudeh, le parti communiste iranien, un des derniers soutiens de Mossadegh.
Le la station de la CIA de Téhéran participe à une réunion préparatoire des colonels iraniens qui doivent conduire la rebellion contre MossadeghCIA Clandestine Service History, "Overthrow of Premier Mossadeq of Iran, November 1952-August 1953," March 1954, by Dr. Donald Wilber, p. 37.
Tard dans la soirée du 13, le colonel Nematollah Nassiri (futur chef de la SAVAK) revient de sa rencontre avec le shah à Ramsar avec les documents de destitution et de nomination signésGordon H. Mattison, telegram to department of State. 16 August 1953. Tehran No. 342. C'est la reine Soraya qui l'aurait convaincu. Il y a d'autres versions moins crédibles. Le est un vendredi, jour férié. Il faut attendre le . La station de la CIA à Téhéran n'en est pas informée.
Le , il apparait que l'opération est éventée par l'entourage de Mossadegh. Toutefois, le chef d'Etat-major de Mossadegh, le général Taghi Riahi a ensuite déclaré qu'il a été informé le à 17h. Ainsi, lorsque vers minuit, le , lorsque le colonel Nematollah Nassiri arrive avec deux camions de militaires pour remettre l'ordre de destitution à Mossadegh et l'arrêter, il est lui-même arrêté par des troupes loyalistes.
Le matin du tous les conspirateurs sont arrétés, le contrôle de l'armée est affermi et la tentative de « coup d'État » est dénoncée à la radio. Le général Nader Batmanghelidj, qui devait s'emparer du quartier général de Riahi, fait demi-tour en voyant les troupes encercler le bâtiment. Le shah quitte l'Iran et se réfugie à Bagdad. Vers midi, Mossadegh fait une déclaration sur Radio Téhéran « Conformément à la volonté du peuple, exprimée par référendum, la 17e assemblée est dissoute. Les élections pour la 18e session auront lieu prochainement ».
Mossadegh se maintint au pouvoir, tandis que les États-Unis s'inquiétaient de la tournure des événements. Le chah ayant fui le pays, l'armée du général Fazlollah Zahedi et le clergé, dirigé par le grand ayatollah Hossein Boroudjerdi, organisèrent de massives manifestations pro-chah à travers le pays, ce qui fit basculer la situation et l'opinion publique et politique, et Mossadegh fut finalement renversé le . Zahedi devint Premier ministre et le chah Mohammad Reza Pahlavi rentra en Iran le .
Contexte politique Durant tout le , et lors de la majeure partie du Sublime État de Perse, le pays s'est vu souvent la victime des pays voisins : en premier lieu, l'Empire russe, qui dépeça à de nombreuses reprises le territoire iranien, l'amputant de son territoire au nord en 1813, 1828 et 1884 lors de ., puis en lui imposant des zones d'influence au nord, ayant accès à la quasi-totalité des territoires limitrophes de la mer Caspienne.. Ensuite, et de façon plus importante ici, l'Empire britannique : si les Britanniques imposèrent aussi des zones d'influences britanniques en Perse, limitrophes avec le Raj britannique, ce fut surtout le pétrole qui se révéla intéressant. En 1901, le souverain qadjar, Mozaffareddine Chah, signa un contrat avec William Knox D'Arcy, un industriel et homme d'affaires britannique, permettant à ce dernier d'exploiter des territoires pétroliers dans le sud du pays, autour d'Abadan. Mais les puits ne foraient rien, et en 1907, D'Arcy vendit la quasi-totalité de ses droits à la Burman Oil Company. Mais en 1908, d'énormes réserves de pétrole sont découvertes, et rapidement est créée une société d'exploitation : l'Anglo-Persian Oil Company.
gauche|vignette|Reza Chah Pahlavi.