Lélection présidentielle turque de 2023 a lieu les 14 et , afin d'élire le président de la république de Turquie pour un mandat de cinq ans. Le premier tour coïncide avec les élections législatives qui, selon un système de représentation proportionnelle, ont lieu en un seul tour de scrutin.
Le président sortant Recep Tayyip Erdoğan est candidat à sa réélection. La quasi-totalité de l'opposition se réunit quant à elle derrière la candidature de Kemal Kılıçdaroğlu.
Les deux adversaires se qualifient pour le second tour, Erdoğan manquant de peu la majorité absolue permettant une élection dès le premier tour. Arrivé troisième, l'ultranationaliste Sinan Oğan, en position de faiseur de rois, appelle à voter pour Erdoğan dans l'entre-deux-tours.
Vainqueur du second tour, Recep Tayyip Erdoğan remporte un troisième mandat consécutif.
Contexte Gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan vignette|gauche|130px|Recep Tayyip Erdoğan. L'élection présidentielle de juin 2018 marque la transition du pays d'un régime parlementaire à un régime présidentiel en application de la réforme constitutionnelle approuvée par 51 % des suffrages lors du référendum constitutionnel de 2017 sous l'impulsion du président de la république Recep Tayyip Erdoğan. Le président est depuis à la fois chef de l'État et chef de gouvernement, les fonctions de Premier ministre ayant été supprimées. L'élection de 2018 voit la victoire du président sortant, qui occupe alors ce poste depuis l'élection présidentielle de 2014 après onze années passées au poste de Premier ministre.
En parallèle de la victoire d'Erdoğan, sa formation politique, le Parti de la justice et du développement (AKP), perd sa majorité absolue à la Grande Assemblée nationale de Turquie pour la première fois depuis les élections de juin 2015. Devenu minoritaire, le gouvernement est ainsi contraint de s'appuyer sur le soutien sans participation du Parti d'action nationaliste (MHP) de Devlet Bahçeli. Ce dernier s'oppose notamment aux appels à organiser des élections anticipées, allant jusqu'à s'y engager par écrit. Le dirigeant du MHP fait également part de son intention de conserver l'alliance en vigueur avec l'AKP, avec Erdoğan pour candidat conjoint à la présidence.
Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan continue d'exercer une forte pression sur le Parti démocratique des peuples (HDP), parti d'opposition représentant la minorité kurde. Les deux coprésidents du HDP, Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ ainsi qu'une dizaine de députés HDP et plus de du parti sont emprisonnés, tandis que près de adhérents font l’objet d’une procédure judiciaire. La quasi-totalité des élus dans les régions kurdes ont été destitués et remplacés par des administrateurs nommés par le pouvoir ; une vingtaine d’entre eux ont également été condamnés à des peines de prison ferme. En , une action judiciaire est lancée par le procureur général de Turquie contre le HDP qui menace d'interdiction le parti, par ailleurs privé d'aides publiques et dont le verdict pourrait être annoncé avant la présidentielle.. Une vague d'arrestation à l'encontre de membres et soutiens présumés du Parti des travailleurs du Kurdistan intervient trois semaines avant le scrutin..
Troisième candidature contestée La Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, Erdoğan n'est théoriquement pas éligible pour un troisième mandat. La Constitution ne permet un troisième mandat que dans le cas d'un second mandat raccourci par la convocation anticipée des élections (et non pas du premier mandat, qu'Erdoğan a écourté de près d'un an et demi), votée à la majorité des trois cinquièmes des parlementaires, soit 360 sur 600.
Si les élections sont finalement convoquées un mois plus tôt qu'initialement prévu, le chef de l’État présente ce décalage comme un simple justifié par un , le mois de juin étant celui des examens universitaires. La légalité de sa candidature est par conséquent remise en question... Ses partisans avancent quant à eux l'argument d'une du compteur des mandats lors de la révision constitutionnelle de 2017..
Séismes de février 2023 vignette|Carte de l'intensité du séisme en Turquie et en Syrie.
Le pays est durement touché début par une série de violents séismes qui font plusieurs dizaines de milliers de morts et de blessés.. Le président Erdoğan fait l'objet de critiques à cette occasion, ayant rencontré ou appelé au téléphone les maires des communes touchées membres de l'AKP, mais refusé de le faire pour ceux du CHP.. Le gouvernement fait surtout preuve d'un manque de réaction dans la gestion immédiate des zones sinistrées, en tardant à faire appel à l'armée alors même qu'une large partie des populations concernées se trouvent ensevelies sous les décombres de leurs habitations par des températures en dessous de zéro, aggravant le nombre de victimes dans les jours qui suivent. L'évènement est rapidement comparé au séisme de 1999 à Izmit, qui avait vu militaires déployés en 48 heures et avait été l'une des causes de la victoire de l'AKP aux élections législatives de 1999, portant pour la première fois Erdogan au pouvoir.. Celui-ci finit le par pour cette lenteur dans le déploiement des secours...
Cette catastrophe humaine et matérielle fait plus de morts et près de 32 milliards d'euros de dégâts en Turquie selon une estimation de la Banque mondiale.. La non-application des normes antisismiques lors de la construction des bâtiments de cette région est vivement critiquée, d'autant plus que plusieurs taxes spéciales sur les transactions immobilières et les jeux d'argent mises en place après le séisme d'Ismit sont censées alimenter depuis vingt ans un fond de prévention pour un total cumulé de 100 milliards de livre turque, soit environ 5 milliards d'euros. Face à la colère populaire, le gouvernement multiplie les enquêtes et mises en accusations de promoteurs immobiliers..
Si l'impact du séisme sur la campagne électorale fait un temps redouter au président Erdoğan une sévère perte de popularité., celle-ci n'est finalement que peu impactée début mars.. Le gouvernement parvient en effet à convaincre ses électeurs qu'il est le plus à même de mettre en œuvre la reconstruction post-séisme, se donnant ainsi l'image de celui capable de du pays.... Le , Erdoğan fixe officiellement l'élection présidentielle et les législatives au , invoquant la collision avec le calendrier des examens universitaires, des vacances et du pèlerinage du Hajj pour avancer d'un mois ces scrutins, initialement prévus le ... Le choix du revêt par ailleurs une portée symbolique, cette date marquant le soixante dixième anniversaire des élections de 1950, qui mettent fin à plusieurs décennies de quasi-régime à parti unique du Parti républicain du peuple..
Système électoral Le président de la Turquie est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule foisConstitution . Pour être élu au premier tour, un candidat doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés. À défaut, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête au premier tour, et le vainqueur est déclaré élu.
Les candidats à la présidence doivent être âgés d'au moins et avoir terminé leurs études supérieures. Tout parti politique qui a remporté au moins 5 % des voix lors des précédentes élections législatives peut présenter un candidat, bien que les partis qui n'ont pas atteint ce seuil puissent former des alliances et présenter des candidats communs tant que leur part totale des voix dépasse 5 %. Les candidats indépendants peuvent se présenter s'ils recueillent de soutien parmi les individus inscrits sur les listes électorales.
Campagne Recep Tayyip Erdoğan vignette|redresse=1|Recep Tayyip Erdoğan en visite en Ukraine quelques semaines avant son invasion par la Russie. Outre le soutien du Parti de la justice et du développement, Recep Tayyip Erdoğan bénéficie également de celui de ses alliés, le Parti d'action nationaliste (MHP) et le Parti de la grande unité (BBP), réunis au sein de l'Alliance populaire..
Le président sortant fait campagne sur ses grands projets industriels, énergétiques et militaires qu'il met en avant pour exalter l'image de la souveraineté nationale auprès de l'électorat nationaliste. Après avoir inauguré en avril le TCG Anadolu (L400), premier porte-aéronefs et nouveau vaisseau amiral de la marine turque, il visite le salon de l'armement Teknofest où il met en valeur l'industrie militaire turque, dont le drone armé Baykar Bayraktar TB2 utilisé à grande échelle par l'Ukraine lors de la guerre russo-ukrainienne.. Mis en difficulté par la situation économique, il annonce le une augmentation de 45 % du salaire de plus de en fixant le salaire minimum dans le public à . Il promet dans la foulée une augmentation des salaires des fonctionnaires restants ainsi que des pensions de ceux à la retraite..
Le , Recep Tayyip Erdoğan revendique par ailleurs la mort du chef de l'État islamique Abou al-Hussein al-Husseini al-Qourachi lors d'une opération menée par les services de renseignement turcs et la police militaire syrienneLe chef du groupe État islamique «neutralisé» en Syrie, selon le président Erdogan, RFI, mai 2023.. Cette opération aurait eu lieu à , près d'Afrine, dans la nuit du 29 au .
L'électorat de la diaspora, fortement présente en Allemagne, est à nouveau à la fois courtisé et intimidé par les relais du pouvoir. Ses membres, qui votent du au , représentent environ trois millions d'électeurs, un nombre susceptible de faire pencher la balance dans un scrutin jugé très serré....
Kemal Kılıçdaroğlu vignette|redresse=1|Kemal Kılıçdaroğlu présentant Ekrem İmamoğlu et Mansur Yavaş comme candidats vice-présidentiels. Présentant un front unifié depuis plusieurs années, l'opposition se réunit quant à elle sous la bannière de l'Alliance de la nation, composée du Parti républicain du peuple (CHP), du Bon Parti (IYI), du Parti de la félicité (SP), du Parti démocrate (DP), du Parti de l’avenir (GP) et du parti de la Démocratie et du Progrès (DEVA), ce qui lui vaut le nom officieux de . Bien que réunissant des partis aux vues politiques divergentes, la coalition rassemble sur son opposition au président sortant, son programme se basant essentiellement sur un retour au régime parlementaire en vigueur avant 2018. Avant même sa désignation, son candidat à la présidence est ainsi ouvertement présenté comme ayant pour principale fonction de mettre en œuvre une telle révision constitutionnelle qui ramènerait sa fonction à celle d'un président essentiellement honorifique doté d'un mandat unique de sept ans, le pouvoir exécutif devant à nouveau être assumé par un Premier ministre choisi par le parlement... Par ailleurs, pour s'assurer le vote conservateur, il propose d'inscrire dans la loi l'autorisation du port du hidjab à l'université et dans la fonction publique, tandis que ses détracteurs lui reprochent son appartenance à l'alévisme, une branche de l'islam chiite.
vignette|redresse=1|Meeting de campagne de Kemal Kılıçdaroğlu le 6 mai à Istanbul.